Le fort lien qui unit l’auteur de Banjo à Marseille n’est plus à démontrer. L’écrivain jamaïcain, qui a vécu aux États-Unis avant de vagabonder en Europe et en Afrique du Nord, s’est implanté dans la cité phocéenne entre 1923 et 1928. Du 17 au 21 février, la bibliothèque de l’Alcazar lui a consacré plusieurs événements dans le cadre d’une rétrospective intitulée « Claude McKay, back to Marseille ». La maison d’édition marseillaise Héliotropismes s’était déjà penchée sur l’œuvre de l’écrivain, en publiant notamment en 2022 son autobiographie, Un sacré bout de chemin. C’est au tour d’Hors d’atteinte, également basée à Marseille, de s’y consacrer avec la publication d’une sélection de poèmes rassemblés sous le titre Nous qui nous révoltons.
Une sélection de poèmes en version bilingue
Cette édition bilingue permet d’apprécier à la fois les poèmes dans leur version originale, en créole jamaïcain et en anglais « standard », ainsi que le travail des trois traductrices pour tenter de faire entendre le rythme puissant et la couleur des mots de McKay. Les poèmes présentés dans cette édition ont été choisis parmi les Complete Poems (2008) qui réunissent quatre recueils publiés entre 1912 et 1922, auxquels s’ajoutent d’autres poèmes datant de 1910 à 1940. Dans Nous qui nous révoltons, ces poèmes sont répartis en six ensembles (Jeunesse jamaïcaine, Racisme et résistance, Engagement politique et conscience sociale, Les ombres de Harlem, Exils et Vagabondages) et abordent des thématiques aussi variées que les violences raciales, le rapport à la nature, l’amitié ou encore la nostalgie du pays natal. L’un de ces poèmes rapproche avec tendresse « les collines de Jamaïque » et les champs provençaux par l’intermédiaire d’une couleur, le rouge, commune aux poinsettias et aux coquelicots.
Un poète précurseur et actuel
McKay, grand lecteur de Villon, Baudelaire, Byron ou encore Keats, utilise généralement des formes poétiques classiques, comme la ballade et le sonnet, et met souvent un refrain ou une structure cyclique qui rappelle le blues. Parmi les poèmes choisis figure « If We Must Die » (Si nous devons mourir), qui devint un symbole de la lutte contre les violences raciales lors du sanglant « Red Summer » en 1919 aux États-Unis. Il fut l’un de textes fondateurs du Harlem Renaissance, ce mouvement culturel, artistique et politique de renouveau de la culture afro-américaine qui s’est développé dans les années 20 et 30. Pourtant, McKay ne s’est jamais « considéré comme un poète noir », selon ses propres dires, et cette apparente absence d’engagement lui a parfois été reprochée. Il n’empêche que son chant de révolte, qui a inspiré jadis les poètes de la Négritude, est aujourd’hui encore d’une criante actualité.
GABRIELLE BONNET
Claude McKay, Nous qui nous révoltons, Traduit du créole jamaïcain par Karine Guerre et de l’anglais (États-Unis) par Gaëlle Cogan et Michaëla Cogan, Édition dirigée par Matthieu Verdeil






