C’est tout près de l’étang que la nouvelle salle de spectacle s’est construite, dans un geste architectural osé, et très réussi. L’agence d’architectes marseillaise Leteissier-Corriol a remporté le concours et la Ville lui a donc confié, en novembre 2024, une parcelle triangulaire pour y construire son projet. Celle-ci a choisi l’ellipse, et un geste architectural ambitieux : des voiles de béton de grande hauteur, des murs qui oscillent comme des vagues, encerclent une salle de spectacle de 350 places (700 places debout) qui sera équipée d’un plateau large, profond et surmonté d’une belle hauteur, et pourra ainsi accueillir théâtre, musique, danse et cirque. Un soin particulier est apporté à l’acoustique externe pour couvrir le bruit des avions qui survolent l’étang. Les espaces entourant la salle centrale sont en partie dédiés aux professionnels (locaux de stockage, loges, coulisses, bureaux), et pour partie au public, qui sera accueilli dans un hall vaste et lumineux.
Si la scène, les gradins et les espaces intérieurs sont encore à construire, le gros-œuvre est achevé. « On a tenu les délais, on a tenu les budgets » fait remarquer le maire Mario Martinet lors de la visite de chantier du 26 avril. Soit 5 millions d’euros, pour un bâtiment de 1650 m2, qui doit répondre à des impératifs écologiques forts dans une zone à la fois inondable et classée. Pourtant rien n’a ralenti le chantier sinon la découverte, dans le sol, des ruines de béton de l’ancien aérodrome (voir ci-dessous).
« Tout est allé si vite, si bien, que nous n’avons pas encore réussi à décider de son nom ! ». Une consultation est lancée auprès des Berrois, et devra aboutir vite…
Politique publique, sans concurrence
Car la programmation prévue, quant à elle, est « déjà finalisée pour la saison prochaine » annonce Sandrine Prat, directrice des affaires culturelles de la ville, qui va également assurer la direction de la nouvelle salle. Elle promet une vingtaine de levers de rideau, à partir du dernier week-end de novembre. L’adjoint à la culture, Loïc Baladéjo, l’approuve d’un sourire, mais précise que tout cela ne sera dévoilé que le 12 juin, lors d’une conférence de presse qui présentera « toute la programmation des équipements culturels municipaux, ainsi que celle du Forum. »
En effet la ville de Berre possède déjà une salle de spectacle bien connue des programmateurs et des artistes (voir ci-dessous) : Sandrine Prat assure que la complémentarité est son souci permanent « Cette salle donnera l’occasion à l’association qui dirige le Forum de programmer ici, quand elle le voudra, pour aller au-delà de sa jauge de 80 places. Il n’est pas question de concurrence, les politiques publiques bâtissent des synergies entre les équipements de la ville, pour aller plus loin. Cette politique du spectacle vivant a été initiée historiquement par le Forum, son École des Arts est essentielle, nous comptons beaucoup sur elle ! »
AGNÈS FRESCHEL
Berre et la culture publique, une affaire qui dure…
À Berre-L’Étang, la politique culturelle publique n’est pas secondaire. Le maire Mario Martinet, réélu depuis 2016, explique même que sa troisième mandature sera « celle de l’affirmation du caractère essentiel, pour les Berrois, de la vie culturelle ». Son adjoint à la culture, Loïc Baladejo, est désormais Premier adjoint. Un symbole fort, qui repose sur une politique volontaire d’équipements structurants et de médiation entamée dès les années 1980 par la municipalité communiste, et poursuivie par les édiles socialistes qui ont succédé.
En effet la petite ville de 14 000 habitant·es s’est équipée dès 1986 de sa Médiathèque Edmonde Charles-Roux Defferre, véritable lieu de vie en centre-ville qui met à la disposition gratuite des Berrois·es plus de 45 000 livres, journaux, et DVD. Son cinéma, municipal, Ciné89, à quelques pas, est classé « art et essai » et « label jeunesse » : il propose une programmation de films d’auteurs, de rencontres, d’avant-premières et de festivals remarquable.
Quant au Forum de Berre, il est connu de tous les programmateurs de spectacle vivant : la salle, historique, propose depuis 1989, sous la direction de Patrick Veyron durant 35 ans, puis sous celle de Mikhael Piccone, une programmation exigeante, attentive aux artistes du territoire, à la pointe des musiques actuelles mais aussi classiques et lyriques, fondée sur un travail de médiation avec les publics, en particulier les jeunes des cités environnantes. Son École des arts associe les participants aux cours de théâtre, d’arts plastiques, de danseS et de musiques, à la programmation et à la médiation, et tient lieu de conservatoire.

Bol d’air
Dans cette ville dont l’histoire industrielle et sociale est très marquée par la pétrochimie, le barrage EDF de Saint-Chamas qui a tant pollué l’étang, et les restes enfouis de la base aéronautique navale – camp militaire d’hydravions détruit par les l’armée nazie en 1942 – le bol d’air d’une vie culturelle riche et généreuse est indispensable.
C’est d’ailleurs au bord de l’étang, sur l’ancien site de la base navale, que la salle de spectacles sans nom mais avec murs ondulés s’élève. L’état sanitaire de l’étang permet à nouveau la baignade et Berre a engagé, avec Martigues et les autres villes de l’étang, une démarche d’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco. Le nouveau quartier, plus résidentiel, pavillonnaire, estival, est désormais relié au centre-ville par « une promenade plantée d’arbres » où le maire promet aussi des « œuvres d’art et des sculptures de grande taille ».
Les arbres sont déjà plantés, et la promenade du centre-ville vers la rive est déjà fréquentée par les familles, qui observent le chantier, et ce beau bâtiment qu’ils ont hâte de pouvoir nommer.
A.F.
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