Elle a tenu, dans les années 90, la rubrique culture de La Marseillaise, succédant à Jean-Claude Izzo. A été un peu comédienne au Théâtre de Lenche, dirigé par Maurice Vinçon. Puis elle s’est consacrée à l’écriture, théâtrale, mais aussi radiophonique, et romanesque, portant la même attention poétique à ses albums jeunesse qu’à son roman sur son enfance marseillaise, entre quartiers est et quartiers nord, ou à son récit d’amour sur Patti Smith.
Personnages récurrents de ses propres livres, la Jeune fille qu’elle fut -plus ou moins- côtoie souvent l’autrice qu’elle est devenue, et qui la regarde être. Tango, une des dernières parutions de la collection Hors cadre d’Espaces 34 (voir ci-contre), reprend ce principe à l’œuvre aussi dans Hurlevent, qui vient de paraitre aux Solitaires Intempestifs.
Dans les deux livres, elle travaille sur la réception d’œuvres problématiques où des hommes fragiles, mystérieux et violents, Heathcliff et Paul/Marlon Brando, sont désirés par des femmes parce que fragiles et violents.
Devenir libre prend du temps
Claudine Galéa, qui a lu Sarraute, ne définit pas des personnages, plutôt des instances de parole. Elle écrit sans ponctuation, sans autre respiration que les blancs de la page, les marges, et les rythmes, les énumérations de verbes succédant aux isolements d’un adjectif choisi, aux triades de réalités qui ont plusieurs faces.
Dans Tango la langue est particulièrement crue, au sens où aucune sauce, aucune cuisson ne vient troubler les viol, sodomie, suicide dans la baignoire ou balle dans le ventre que le film met en scène. Le scandale de l’agression sexuelle réelle de Maria Schneider par Brando n’est pas occulté, mais Claudine Galéa explore surtout l’autre scandale, celui d’un désir de souffrance, de violence, d’une pulsion de mort qui accompagne la jouissance, et l’existence même du corps. Elle laisse aussi transparaître, au détour d’une page, qu’elle fut une enfant violentée.
Aujourd’hui, avec son regard queer, libéré, l’autrice a le courage de ne pas trouver refuge dans une attitude morale. Elle affronte la noirceur, les élans inexpliqués du corps, la soif juvénile de jouir, et la proximité si dérangeante entre ce que l’on désire et ce que l’on tue. Elle explore des interstices noirs que les plus jeunes ne comprendront certainement pas : les femmes de 60 ans ont dû apprendre à désirer ceux qui les opprimaient , les violentaient parfois. Elles admirent toutes celles qui, aujourd’hui, savent faire autrement, et détester Marlon Brando, Woody Allen et Depardieu sans avoir pour autant à renier les jeunes filles qu’elles ont été.
Agnès FRESCHEL
Tango
Claudine Galéa
Espaces 34






