« L’amour c’est du pipeau, c’est bon pour les gogos… » Les paroles rageuses de Brigitte Fontaine s’échappent du Boulodrome de la Tour d’Aigues, où devant un public nombreux joue le Borboleta Théâtre. Madame, diva déchue, se retrouve à chanter dehors et malmène tout le monde, ses partenaires comme les spectateurs. Les trois comédiens sont excellents ; mention spéciale à Romain Triouleyre qui a écrit le texte dense et subtil de Confession d’une nihiliste, pièce touchante sur l’image de soi, les affects amoureux, et l’humain désarroi devant la mort.
La mort est aussi au centre de Goodbye Georges, par la compagnie marseillaise L’Engrenage. Quatre jeunes gens circulent en camion depuis un an pour trouver le scénario idéal de dernier hommage à leur ami disparu, sans parvenir à parfaire une cérémonie qui les verrait se séparer « pour retourner à leurs vies nulles ». Parce que le monde du travail, c’est vraiment pas la joie. Pleins de peps et de sens du rythme, ils réalisent une comédie douce-amère percutante sur le lien et le deuil.
Des femmes fortes
Dans la cour du château, déjà écrasée de soleil, deux femmes en jupette dansent, sur fond d’archives de l’INA. Tandis qu’elles incarnent la gestuelle encore aujourd’hui imposée aux corps féminins – abattre les taches du quotidien tout en restant désirable, souriante, disponible – des propos ultra-sexistes des années 1960 résonnent, jusqu’à la banalisation la plus minable du viol. Sans rien appuyer, Sabine Anciant et Coline Morel (Cie i) portent un puissant message politique.
De manière bien plus tonitruante, le soir venu, déboule au camping municipal la Cie Tout en vrac, avec Burning Scarlett. Objectif : dégommer Autant en emporte le vent et ses valeurs racistes, esclavagistes, patriarcales. Cinq filles portées par une vitalité folle et une scénographie spectaculaire, à grand renfort de pyrotechnie, racontent à leur manière le classique américain.
Est-ce parce que l’air du temps est à l’incertitude ? Parce que l’avenir est hypothéqué entre discours martiaux, inégalités exponentielles, crises environnementales et sociales ? En tout cas les artistes participant à cette belle édition du Grand ménage de printemps avaient pour point commun de déployer une belle énergie, nourrie par la colère, et de ne pas mâcher leurs mots.
GAËLLE CLOAREC
Le Grand ménage de printemps s'est déroulé du 10 au 26 avril à Lauris, La Tour d'Aigues, Cucuron et Cadenet.
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