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La persistance du son

Prologos, concert de l’ensemble Itonéraire consacré à Gérard Grisey, a proposé un parcours d’une remarquable cohérence autour de l’héritage spectral, de l’électroacoustique et de l’alto

Loin d’un hommage démonstratif ou trop théorique à la musique spectrale, écueil auquel ce type de programme n’échappe pas toujours, la soirée a fait entendre, d’une œuvre à l’autre, une même attention aux phénomènes de résonance, aux glissements de texture et à la lente transformation du timbre. Plus qu’une esthétique commune, c’est une manière d’écouter qui semblait traverser l’ensemble du concert.

Cette cohérence s’est particulièrement révélée dans les pièces mêlant alto (Lucia Peralta) et informatique musicale (Marco Suárez-Cifuentes). Dans Big-Bang de Luis Rizo-Salom, les prolongements électroniques ont accompagné l’instrument avec une grande souplesse, comme si certaines harmoniques continuaient à se déployer dans l’espace après le geste instrumental lui-même.

Tangent de Camila Agosto a poursuivi ce dialogue avec la même finesse, sans jamais chercher l’effet spectaculaire. L’électronique n’y fonctionnait pas comme une couche ajoutée au son de l’alto, mais comme l’extension naturelle de sa matière.

À l’intérieur du timbre

Au centre du programme, la création mondiale de Matiz XVII de Rodrigo Lima s’est imposée avec une évidence rare. La pièce, la 17e d’un cycle de solos, déploie une écriture dense, précise, attentive aux micro-variations de timbre, tout en conservant une vraie lisibilité formelle. Elle parvient à porter en elle le son chaleureux et incisif que l’alto peut avoir. L’attention presque suspendue du public pendant l’exécution témoignait de la force de cette création.

Les moments plus strictement électroacoustiques ont semblé moins marquants. Les pièces de Ariadna Alsina Tarrés et Marco Suárez-Cifuentes proposaient des matières sonores riches et travaillées, mais avec une tension dramatique plus diffuse. Placées entre des œuvres où la présence physique de l’’altiste occupait un rôle central, elles donnaient l’impression d’une écoute plus distante.

La soirée se refermait avec Prologue, solo pour alto qui a marqué l’histoire de la musique spectrale, dans sa version avec électronique (20001). Gérard Grisey apparaît ainsi moins comme une figure tutélaire que comme une présence discrètement persistante. Le concert aura surtout rappelé combien cette pensée du son demeure féconde dans la création actuelle, bien au-delà du seul héritage historique du spectralisme.

ÉVA TURBANT

Prologos s’est joué le 9 mai à La Friche dans le cadre de Propagations, festival du GMEM, Centre national de Création musicale à Marseille

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