mercredi 13 mai 2026
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Gémenos, carrefour de toutes les littératures

Des auteurs·ices, des rencontres, des éditeurs régionaux, un carré jeunesse et des débats qui ont mis les livres face aux crises du monde : la 5e édition du Salon du livre de Gémenos a tenu ses promesses

Salle Jean-Jaurès comble, hôtel de ville transformé en village littéraire ; durant deux jours, cinquante écrivains ont investi le centre-ville pour dédicacer leurs ouvrages, débattre et échanger. Floryse Grimaud, l’enthousiaste organisatrice du salon, est satisfaite : « Il faut se battre pour le livre et les auteurs dans cette époque où tout vacille, et le public était au rendez-vous. »

Le plateau de cette édition ne manquait pas d’ambition. Johana Gustawsson, nouvelle reine internationale du thriller français, née à Aubagne, en assurait la présidence. Jean-Paul Delfino, auteur prolifique à la plume érudite en était l’invité d’honneur. Deux grands témoins complétaient ce quatuor d’exception : Pascal Ory, de l’Académie française, historien de référence sur l’époque contemporaine et la culture, et Richard Werly, correspondant du média suisse Blick et l’un des meilleurs éditorialistes européens. À leurs côtés, des auteurs très estimés, comme Laurine Roux – tout juste lauréate du Grand Prix des libraires 2026 pour Trois fois la colère (Éditions du Sonneur) – ou René Frégni.

Un monde qui « part en vrille »

C’est dans les débats que cette édition a pris son relief particulier. Vingt rencontres se sont succédé, débordant rapidement du cadre purement littéraire pour ausculter le temps présent. Jean-Paul Delfino, évoquant son roman Counani (Istya & Cie) au côté du photographe et sportif de haut niveau Stéphan Plana, a exprimé une inquiétude partagée : celle d’un monde qui « part en vrille » miné par les guerres, l’individualisme et la déferlante des réseaux sociaux. Sophie Boutière-Damahi, dont l’éditeur marseillais Le Bruit du monde publie La Part des vivants, a tracé un parallèle troublant entre l’atmosphère de Marseille dans les années 1930 et situation politique et économique actuelle. Pascal Ory et Richard Werly ont prolongé cette réflexion, l’un avec le regard de l’historien, l’autre avec l’urgence du journaliste qui observe les démocraties vaciller.

La région à l’honneur

Fidèle à sa vocation territoriale, le salon a mis en lumière les maisons d’édition implantées localement : Le Bruit du monde, Hors d’atteinte, Melmac et L’Écailler à Marseille, Rouge profond à Aix-en-Provence, Feed Back à Toulon, Kels éditions à Aubagne, Les Livres de la promenade à Nice. Autant de structures indépendantes précieuses, à l’heure où de grands groupes dictent leurs lois et potentiellement, comme l’a rappelé la récente affaire Grasset, leurs idées d’extrême droite.

Genre, polar et peinture ont aussi trouvé leur place. La toute jeune Lucie Ramognino présentait Trop fortes, un jeu des 7 familles singulier où mères et grand-mères cèdent la place à « la Doyenne », « l’Oubliée » ou « l’Inspirante » et réhabilitent les artistes invibilisées par les hommes. Robert Rossi avec son Chasseur de figues interrogeait la genèse du masculinisme, tandis qu’Agnès de Clairville et son roman autobiographique La Poupée qui fait oui explorait les logiques d’emprise et le silence des femmes transmis de génération en génération.

Enfin, Thierry Maugenest a fait revivre Cézanne, et Audrey Sabardeil, Thierry Aguila et Mathieu Croizet ont exploré les noires -et toujours très politiques- contrées du polar.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le salon s’est déroulé le 9 et 10 mai à Gémenos.

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