On est à Greiz, en Thuringe. La ville du grand père de la réalisatrice. En ancienne RDA. Léa (Frida Hornemann) a seize ans. Elle a un petit frère adorable. Se rebelle contre sa mère Reike (Gina Henkel), récemment divorcée de son père Matze (Max Riemelt), et qui attend un enfant de son nouveau compagnon Arthur (Florian Lukas), le directeur du lycée où la jeune fille étudie. Ses grands-parents paternels, Friedrich et Christel (Peter René Lüdicke et Rahel Ohm) peu adaptés au nouveau régime capitaliste, ont bien du mal à tenir à flot leur hôtel restaurant. Ce domaine, au cœur de la forêt, qui accueille conférences, colloques et chevaux, périclite. Sa tante Kati (Eva Löbau) qu’elle admire, travaille à la création d’un musée d’histoire locale dans le château de la région, fleuron de la monarchie passée, divisé en logements populaires et flanqué d’une usine sous le régime communiste. Projet patrimonial financé par les capitaux de l’Ouest au grand dam de la grand-mère qui trouve cette dépense scandaleuse au vu des difficultés économiques des entreprises locales. Léa fait du théâtre avec ses camarades de classe, de la musique avec Bonnie, sa meilleure amie et la fête avec son cousin Edgar en pétard contre la société et la montée des idées nazies.
Matze a inscrit Léa en cachette de son ex-femme à une émission de télécrochet, The Voice of Germany. Elle vient d’être retenue. C’est ce concours, de la sélection initiale aux auditions et étapes éliminatoires à Cologne, qui réunira la famille et servira de trame narrative. Une trame ténue brodée de fils de traverse, qui se croisent, se nouent, remontent le temps ou dessinent délicatement des motifs inachevés. Les traces des fractures est-ouest, le sentiment de dévalorisation des Allemands de l’Est après la réunification, l’individualisme face au collectif, la société du spectacle triomphante, la place de chacun parmi les siens. Et la quête d’identité. Le titre allemand Quelque chose de très spécial reprend la question d’un journaliste à Léa : Qui es-tu ? qu’est-ce qui fait de toi quelqu’un de spécial ? L’adolescente ne saura quoi répondre.
Home, c’est la maison mais aussi la patrie. Stories est au pluriel : ce sont les histoires bidonnées pour les shows télévisés, celles toujours un peu opaque des romans familiaux, celles plus secrète d’une intimité qu’on ne partage pas, celles du récit national qui se modèle au gré des politiques, et enfin celle parcellaire, sans narrateur principal que nous propose ici la réalisatrice.
Le film, tout à la fois, fragmente et tisse des liens. Un bestiaire le jalonne : le paon, le cheval malade, le chat, les oiseaux tués, les massacres aux murs de la salle à manger, les rats morts dans les assiettes d’hôtes indésirables. « Ce n’est pas dans mes habitudes de prendre les spectateurs par la main de manière paternaliste, et de faire comme si j’avais une réponse à leurs questions. » dit Eva Trobisch.
Servi par un casting impeccable, Home story n’est pas un film confortable. Il travaille sur les tensions, le malaise, le mal être mais n’exclut jamais ni la tendresse, ni l’espoir. Un enfant naît et le chant bouleversant de la lumineuse Léa fait presque l’unanimité du jury.
ELISE PADOVANI
Home Stories d’Eva Trobisch
Sortie le 29 juillet 2026
Météore Film Distribution



