Zébuline. Comment décririez-vous ce qu’a vécu le village cet été ?
Sylvie Aniorte Paz. Le Haut-Var et sa population, les exploitations agricoles, les villages et la nature ont souffert d’une série de méga-feux longs très impactant pour la nature et le vivant. Le feu est rentré pratiquement dans le cœur du village, et l’incendie a ravagé ce que le journal de France 3 a décrit comme un « jardin d’Eden ». Le feu a détruit beaucoup, mais pas détruit la force des habitants ni leur solidarité. La crise climatique prépare un terrain miné pour toutes les régions. Correns et son territoire doivent être pensés comme un laboratoire d’idées : prévenir, transformer, réunir.
Quelles sont les répercussions sur la saison ?
Dans ce contexte inédit, nous débutons la saison sous le signe de la solidarité, avec des opérations de soutien en faveur des sinistré·es. Le spectacle vivant et la transmission des musiques traditionnelles sont au cœur de notre métier : c’est l’ADN de notre lieu, de la résidence artistique à notre festival, fin mai, qui fêtera ses 30 ans. Cette année, le fil rouge est bien sûr la Nature. Nous orientons une grande partie de nos ateliers, concerts et actions culturelles pour recréer du lien, ouvrir un espace de dialogue pour les habitant·es éprouvé·es. Ensemble, il nous faudra transformer ce traumatisme en nouvelles forces, d’une certaine façon, renaître de ses cendres.
Pouvez-vous nous en tracer les grandes lignes ?
La nouvelle saison sera placée sous le signe du Vivant et de la Mini-Nature. Cette thématique est une idée proposée par la marraine artiste de la nouvelle édition, l’instrumentiste et chanteuse iranienne Shadi Fathi. L’image de la miniature persane – composition rigoureuse qui raconte chasse, musiciens, château, fontaines, guerre – synthétise l’essentiel. Elle parvient, dans ses chefs-d’œuvre, à aborder des questions complexes liées à la nature, dans un espace poétique différent.
Concrètement, comment s’organise la solidarité ?
Les musiciens corrensois, en solidarité avec le CCFF (réserve communale de sécurité civile feux et forêt du Var) souhaite participer à l’achat de matériel de protection. Ils organisent plusieurs événements : un grand concert familial le 5 septembre avec sept groupes de musique qui se relaieront sur scène. La chanteuse et cheffe de chœur Sylvia Auclair y sera aussi présente avec sa chorale MezzeM. Le 12 septembre, l’humoriste Laura Calu, native de Correns, jouera son spectacle et reversera l’intégralité des entrées aux sinistré·es. D’autres actions sont à venir : exposition photos, performances autour de la Mémoire, ateliers d’éducation à l’environnement pour les enfants…
Quels rendez-vous du Chantier peut-on déjà noter ?
À ce stade, nous donnons rendez-vous au public aux dates suivantes : le 9 octobre 2026, à la salle de la Fraternelle avec un ciné-concert de Johanni Curtet autour du cinéma mongol. Musicien, compositeur et ethnomusicologue, il est spécialiste du chant diphonique et de la musique traditionnelle mongole. Le 20 novembre, avec le concert du trio féminin La Soubirane, à l’issue d’une résidence de création qui s’interroge sur la nature sacrée et tisse un répertoire sensible. À la rentrée, le Chantier ouvre aussi les portes d’un nouvel atelier de percussions à l’année, dirigé par le percussionniste Nicola Marinoni.
Et pour la suite ?
Les résidences du Chantier débuteront en janvier. Nous accueillerons la chanteuse sicilienne Maura Guerrera pour sa nouvelle création avec l’instrumentiste Malik Ziad et le chanteur Manu Théron. Le Chantier renouera aussi avec sa grande tradition de bals trad et folk, ainsi qu’avec les rencontres tout au long de l’année. Nous initierons également des partenariats, notamment avec la Cité de la Musique de Marseille, le festival de Chaillol, et dans le Var avec des structures telles que l’association varoise Mundozika. Nous sommes ouvert·es aux propositions et prenons dès à présent contact avec des lieux, des exploitations agricoles et des écomusées pour penser ensemble des concerts insolites au cœur de la Provence verte et de ses alentours.
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR ANNE-MARIE THOMAZEAU
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