Quel drôle de film qui se projette dans un futur et revient sans cesse sur le passé ! Qui se procrée de scène en scène, se clone sur les écrans, passe du documentaire à la romance, du film d’action au conte indo-africain, du clip musical pop au péplum ! D’une Afrique fantasmée à une Suisse devenue une Nordanie tout aussi fantaisiste. Du vrai-faux au faux-vrai. Un film qui perd ses couleurs pour les retrouver et se retourne comme un gant ! Making of des tâtonnements à la recherche d’un arc dramatique et d’une perspective. Un film kaléidoscopique qui, tenant à la fois du bricolage poétique et du savant montage, déroute -au sens premier du terme en s’échappant des sentiers battus ou en les rebattant joyeusement.
On est en 2099. Après la grande guerre de 2073 à l’issue de laquelle les technologies modernes ont été prohibées, et d’anciens royaumes ont ressuscité. Un monde rétro-futuriste. Kuve (Ibraham Joseph) se souvient de 2093. Il voyage alors dans le royaume d’Umata aux villes aériennes, agglomérats de structures en bois sur pilotis, comme si une intelligence artificielle avait réinterprété les villages africains de pêcheurs, en châteaux dans le ciel, version Miyazaki. Kuve et Damien veulent faire un doc sur la guerre et récolter les témoignages des anciens combattants. Damien parfois interpellé, restera toujours hors champ. Kuve sera au premier plan. Il tiendra le premier rôle avec Mumbi (lumineuse Shandra Apondi ) qu’il rencontre sur le casting. Elle a été promise dès son enfance à un prince qui s’appelle Prince, mais se rêve actrice. Elle change le projet cinématographique initial. Il s’agira désormais de réaliser un film qui rende heureux. De l’amour, de l’action et tant de jolies choses. Sans l’aide de l’Intelligence Artificielle qu’elle déteste. Kuve et Damien trichent. Et intègrent dans leur montage des images générées par des logiciels que le générique citera.
Bien vite, la vie double la fiction. Les baisers de cinéma deviennent de vrais baisers. Et Kuve et Mumbi, des Bonnie and Clyde en cavale. Les amants se sépareront. Se retrouveront. Dans le tourbillon de la vie et des scenarii. La guerre dont l’humanité ne semble pas pouvoir se passer, les rattrapera au Royaume de Pesa. A nouveau réunis, en trio cette fois, avec l’époux princier de Mumbi. Pour un nouveau tournage mené par un autre réalisateur.
On ne s’attardera pas sur cette trame rocambolesque. Alternent scènes filmées, projections des rushes, extraits de faux films jalonnant la carrière de Kuve devenue au fil des années, une star internationale. Les films s’emboîtent en poupées russes. Les écrans dans l’écran se multiplient. Résolument méta, fourmillant d’inventions visuelles, A la Mémoire de la Princesse Mumbi n’est en rien un exercice purement formel. Damien Hauser qui dédicace son film à son frère disparu, interroge la vérité du cinéma, et s’émerveille de son pouvoir de transformer des larmes de chagrin en larmes de joie.
ELISE PADOVANI
Memory of Princess Mumbi de Damien Hauser
Sortie le 26 août 2026





