Camille a 10 ans en 2006. Dans la cour de récréation, les amitiés se nouent, se déchirent, se rabibochent. Les rêves frétillent puis s’effritent. La vraie Camille, la metteuse en scène Camille Dordoigne, a retrouvé son journal intime en mettant de l’ordre dans ses affaires. Dans ces mots rédigés quinze ans auparavant, elle trouve, inquiétude ou rage, une vérité pure. Brute, l’écriture s’est faite sans calcul n’étant pas destinée à être lue. Avec le recul, elle voit se dessiner sa trajectoire et porte son regard de jeune adulte sur son parcours.
Turbulences de l’adolescence
Elle a choisi une amie comédienne qui a la même énergie : Chloé Zufferey possède une voix aux modulations étonnantes dans les graves qui ouvre d’ailleurs le spectacle. Descendant du fond de la salle, elle saute sur la scène dans un hurlement. S’ensuivent les récits alternés de victoires amoureuses, de défaites et de trahisons. Car le sujet est bien celui des amours de jeunesse, du désir de plaire, du corps qui change, des premières règles…
La scénographie est sobre. Un grand tableau noir occupe le fond. Camille y écrit et dessine, note les dates. Les épisodes se succèdent avec cocasserie, recherche de vêtements sexy, jeux de lèvres et de hanches dans le miroir. Épisode enthousiasmant : la comédienne va s’assoir sur les genoux d’un spectateur qu’elle appelle papa et lui donne à lire des répliques imprimées. Tout cela a un charme fou, c’est inventif et léger !
Le spectacle se fait plus sobre et plus sérieux quand Camille est confrontée au décès de sa grand-mère, découvrant à la fois la douleur de la perte et la crainte de sa propre disparition. Surgissent alors les questionnements sur ce que l’on devient après la mort avec l’angoisse de grandir trop vite. Un spectacle très équilibré et des artistes pleines de promesses.
CHRIS BOURGUE
De 10 à 13 écrit et mis en scène par Camille Dordoigne se joue au Train Bleu jusqu’au 23 juillet
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