mardi 28 juillet 2026
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Festival de Châteauvallon : Théâtre en résistantes

Les Résistantes, une pièce radiophonique de Philippe Collin et Violaine Ballet mise en scène par Charles Berling, mélange les genres participatifs pour un spectacle particulièrement réussi

Le dispositif à l’intersection des genres a été initié avec la mise en scène de Léon Blum, une vie héroïque, qui était à l’origine un podcast sur France Inter de Face à l’Histoire. Avec l’apport de Charles Berling, à la fois à la conception scénique et sur le plateau comme acteur, la radio avait pris corps. Pour ce deuxième volet il est question de résistance durant la Seconde Guerre mondiale, en France, au féminin. Les trois résistantes sont incarnées par des actrices amateures, Charles Berling passe au rôle de narrateur en compagnie de Bérangère Warlouzé.

Confronter amateurs et professionnels est le principe de ces pièces radiophoniques théâtralisées : les trois actrices lisent des témoignages de et sur Geneviève de Gaulle, Lucie Aubrac et Mila Racine, et le spectacle est accompagné du Chœur de préparation militaire marine d’Hyères et de l’Orchestre d’harmonie d’Ollioules, ponctué de deux débats ouverts aux questions du public, animé de chansons connues reprises en chœur par les spectateurs, illustré par les dessins réalisés en direct par Sébastien Goethals. Le magnifique amphithéâtre de plein air de Châteauvallon, offre un cadre idéal à ce déploiement, qui dure cinq trop courtes heures… 

Le récit est découpé en huit chapitres et un épilogue, structurés par périodes. Résister en 1940 n’est pas la même chose qu’en 1944. Philippe Collin en maitre de cérémonie prévient : la Résistance a trop longtemps été assimilée au maquis, au maniement des armes, d’où une invisibilisation des femmes peu nombreuses dans ce rôle. L’historien Fabien Archambault apporte des précisions lors des débats : la résistance armée était menée par ceux qui savaient se servir d’une arme, donc plutôt des militaires, anciens ou démobilisés. Ce qui caractérise l’engagement des femmes est la précocité affirme Philippe Collin : ainsi Geneviève de Gaulle entre en résistance en arrachant un drapeau allemand, ou en allant fleurir la tombe délaissée de sa grand-mère, la mère de Charles.

Collectif et individu·es

Les retours du public démontrent que les questionnements sont toujours là. Qui a résisté ? Quel nombre ? Qu’est-ce que résister ? Collin souligne qu’entrer en résistance n’est pas un acte de courage individuel, qu’il est lié à des engagements d’avant-guerre dans un réseau d’amitiés, de liens sociaux, susceptibles de se transformer en action collective et souterraine de renseignements, d’aide aux victimes et aux persécutés, de presse clandestine, voire de la prise d’armes comme a pu le faire avec son incroyable témérité Lucie Aubrac.

De son côté, Geneviève de Gaulle ne se contente pas de fleurir des tombes, elle rejoint le premier réseau de résistance français, celui du Musée de l’Homme. Et Lucie Aubrac, militante et proche du parti communiste, participe de ce fait à la création du journal clandestin lyonnais « Libération ». Mila Racine, la troisième protagoniste de la pièce, appartient avant-guerre à des mouvements clandestins qui lui permettent d’organiser la fuite de juifs et juives, victimes de pogroms, vers la Suisse. C’est pour ces faits qu’elle sera arrêtée et déportée.

Mais ces femmes apparaissent aussi dans la différence de leurs histories intimes. L’engagement très jeune de Geneviève de Gaulle au service des autres, dans le cadre d’une éducation catholique traditionnelle, répond à celui de Lucie Aubrac dans les mouvements d’éclaireuses. 

Ces deux figures célèbres représentent les deux grandes tendances qui structurent la résistance : gaullisme et communisme. Mila Racine une inconnue parmi les 800 000 résistant·es recensé·es après-guerre, apporte cette part d’héroïsme des invisibles. À leur courage, on peut associer la fougue de la jeunesse. Nos trois protagonistes avaient 20 ans en 1940, tout comme les actrices amateures qui les « incarnent » aujourd’hui.

CAMILLE LE PAT

Les Résistantes a été créé le 4 juillet à Châteauvallon, Scène nationale d’Ollioules
Charles Berling, bientôt sur le départ 
Comme annoncé il y a quelques mois, Charles Berling quittera ses fonctions de directeur de la Scène nationale Châteauvallon-Liberté ce 31 août. Une décision liée à « une certaine fatigue », mais certainement pas à un désir de retrait.
Sarah Behar, actuelle administratrice, assurera la transition jusqu’en janvier. Cinq candidatures restent en lice et la succession devrait être tranchée à la fin du mois de septembre. Charles Berling précise qu’il n’intervient pas dans le choix. « Cela ne relève plus de mes compétences ».
De passage à Avignon le 14 juillet, il insistait surtout sur la nécessité de réfléchir à l’avenir de ces lieux, « d’autant plus que les financements risquent de s’y raréfier ». Le comédien et metteur en scène reviendra dès octobre au Liberté dans Lost and Found de Lars Norén, avant de retrouver L’Histoire du soldat de Stravinski et Ramuz à l’Opéra de Toulon. S’il cesse ses activités de direction, il dit avoir « hâte de continuer à diriger et à jouer ».
SUZANNE CANESSA

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