C’est toujours un bonheur d’assister à un concert de l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée. Leur fougue et leur enthousiasme donnent aux œuvres une vitalité particulière, celle d’une jeunesse qui découvre ensemble un répertoire exigeant.
Plus de vingt nationalités sont représentées dans cette formation symphonique, réunie quelques jours avant le concert dans le cadre du Festival d’Aix-en-Provence : le pari est de faire naître en quelques jours une communauté sonore à partir de personnalités qui n’ont rien de commun a priori. Pour cette session, l’orchestre affiche 87 musiciens et un programme construit sur mesure autour du grand répertoire et sous la direction musicale, la cheffe coréenne Sora Elisabeth Lee, ample et enthousiasmante qui est déjà venue à l’Académie du Festival en 2024 comme cheffe en résidence.
Le concert s’ouvre sur les Danses de Galánta de Zoltán Kodály, magnifique compositeur hongrois trop peu joué. L’œuvre puise dans ses souvenirs d’enfance : le village de Galánta, sur la route reliant Prague, Bratislava et Budapest, était renommé pour son orchestre tsigane, dont le répertoire de danses nourrit toute l’inspiration de la pièce.
Vient ensuite une œuvre d’un autre hongrois Ernő Dohnányi, dont tout le monde a le thème principal à l’oreille : les Variationen über ein Kinderlied, tournent autour du « Ah vous dirai-je maman », popularisé par Mozart mais attribué aussi à Campra ou à Rameau. Cette fresque symphonique est portée au piano par Aris Alexander Blettenberg, directeur musical de l’Opéra de chambre de Munich depuis 2024, qui fait ici ses débuts au festival d’été. L’œuvre déploie un dialogue constant avec chaque pupitre. On peut entendre des carillons de Noël, des moments joueurs et des passages plus sombres ou lyriques, des fugues enjouées où le thème circule d’un pupitre à l’autre. Une partition qui va comme un gant à cet orchestre, mettant en valeur cors, bassons, flûte et piccolo, avant une dernière variation convoquant l’orchestre au grand complet, puis un finale qui redonne toute sa place au soliste.
Terre et mer
Comme toujours avec l’OJM, un principe de création clôt la première partie. Cette année une composition collective pour quintette, née d’une résidence au Caire sous la direction de Fabrizio Cassol, directeur musical depuis 2015 des sessions de composition collective de l’orchestre. Le propos : depuis un lointain recoin du cosmos, la Terre apparaît comme un point bleu pâle ; l’humanité s’est égarée sur de sombres chemins, oubliant l’importance du contact, de la paix et de la solidarité. Cette musique se veut un noyau de gratitude et de bienveillance.
Grande place est donnée au trombone impressionnant du jeune Jules Regard, qui ouvre la création, rejoint par Akram Ben Romdhane à l’oud, passé par l’Institut Supérieur de Musique de Tunis. Le quintette s’enrichit du piano de la Grecque Eirini Alisá et des voix d’Amena El Abd,chanteuse égyptienne formée sur les appels à la prière et les maqâms, et du Tunisien Saber Radhouani, aux graves exceptionnels. Une belle richesse née de la rencontre entre traditions multiples.
La seconde partie est consacrée aux Tableaux d’une exposition de Moussorgski. Chaque tableau y ménage un solo pour un musicien de l’orchestre : un exercice formateur pour ces jeunes interprètes, appelés à porter seuls la couleur de l’œuvre avant de se fondre à nouveau dans le tutti. Un programme généreux, une soirée qui confirme la vitalité de ce magnifique projet de rencontre entre des jeunes musiciens méditerranéens… Ovationnés.
ANNE-MARIE THOMAZEAU
Le concert s’est déroulé le 20 juillet au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence
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