Glaneuses et glaneurs propose de considérer les pratiques artistiques comme autant de façons de « glaner » dans l’environnement, qu’il soit physique ou intellectuel. Dans les travaux des 36 jeunes artistes et designers présents, l’acte de glaner devient moins une collecte qu’une manière de prêter attention aux relations : entre les êtres, les matières, les territoires et les mémoires. Les pratiques sont multiples et les médiums variés : peinture, sculpture, photographie, installation, design, performance, vidéo.
Terre et ciel
À l’entrée de l’exposition on découvre une constellation de cinq vases en céramique de Yijie Fan, présentés sur des socles à différentes hauteurs, titrée Mémoire du sol, portant sur tous leurs côtés des empreintes de sol récoltées par l’artiste. Tout autour, plusieurs œuvres qui regardent du côté du ciel, de la spiritualité, des rêves : Promenade stellaire de Valentin Aubert, une structure en tiges et plateaux de métal fine et légère, telle une cartographie en 3D, accueillant diverses sphères en verre coloré, réalisées lors d’un workshop avec le Cirva.
Esprit es-tu là ? d’Elliot Fortin, une vidéo documentaire d’une trentaine de minutes, accompagnée d’un petit carnet de photographies et de dessins rêveurs, réalisée lors de son séjour au sein de la communauté spirituelle de la Vale do Amanhecer au Brésil, où on découvre une communauté baignant dans un syncrétisme religieux total, qui compte des milliers d’habitants et de médiums résidents. Ou bien encore un tableau de Victoire Junot, La chimère et les endormies, à l’aspect de conte doux, et une série de 16 dessins aux traits fins de Kaki Weiss, Cantique des oiseaux, réalisés sur set de table jaune, figurant sur chacun un homme ou une femme à tête d’oiseau et au corps nu, en train de danser.
Intimes
En peinture, à côté des propositions à tendance surréaliste amusante et inquiétante de Mathilde Jardin (Les jeux sont faits – Communion, colza et gymnastique – Tubercules) on trouve plusieurs travaux figuratifs liés aux relations familiales ou intimes : une peinture qui regarde pour retenir avec Florian Leu et ses deux portraits attentionnés de grand-mère, accrochés côte à côte, Nonna et Mamie. Et dispersés dans plusieurs espaces de l’exposition, les œuvres d’Emilie Martinez Ngombet, une constellation autour de la transmission, de la filiation et des gestes domestiques : portrait de Sophie Akendengue, assise cigarette à la main au coin d’une table, regard perçant. Main de maman et Structure de soutien, petite peinture à l’huile sur bois posée à l’horizontale sur un petit support en plâtre et en grès, au-dessus desquels est installée Aux tresses que j’ai coupées, deux suspensions composées de mèches synthétiques et de grès blanc. Et Triptyque autour de la table, huile sur un bloc de bois aux côtés biseautés, représentant une sorte d’architecture familiale : ombre de dossier de chaise, bras nu et main ouverte, verre de vin, femme assise.
Dans ce même registre, une vidéo d’une dizaine de minutes signée Zoé Bardot, J’aime tout (extrait). L’artiste est filmée en train d’ouvrir de vieilles portes, fermées depuis longtemps, dont les serrures résistent, de sa maison familiale, et redécouvre en les commentant espaces, objets et histoires intimes.
MARC VOIRY
Glaneuses et glaneurs
Jusqu’au 4 octobre
Friche la Belle de Mai, Marseille
Retrouvez nos articles Art Visuel ici






