mardi 7 avril 2026
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À la croisée de Parallèle

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Lou Colombani © Camille D Tonnerre

Zébuline. Vous êtes nommée directrice du Pavillon ADC – Association pour le Développement Chorégrahique – de Genève, et quittez la direction de Parallèle dès mai 2025. Dans quel état est cette structure que vous avez créée ? 

Lou Colombani. Nous sommes enfin sortis du nomadisme très précarisant en devenant une structure de production de la Friche la Belle de Mai, un lieu de création, de multidisciplinarité, de coopération, ce qui nous correspond bien. Mais nous sommes moins nombreux qu’à une époque, et tout aussi fragiles. 

C’est à dire ? Combien êtes-vous et quel budget avez-vous ?

Nous sommes quatre postes stables à l’année, en prod, en com, en administration, en direction artistique, et plus nombreux bien sûr à l’approche du festival. Mais nous abattons le travail de huit je pense… Le problème lorsqu’on a commencé petit comme Parallèle, c’est que les budgets ne bougent pas, et les petites structures ne peuvent que rester petites. On a 200 000 euros de fonctionnement, c’est-à-dire de quoi payer les salaires, ou le festival, pas les deux ! Nous parvenons, en répondant à des appels à projets, en construisant des collaborations, en nous inscrivant dans des programmes… à 650 000 euros de budget cette année. Mais rien n’est jamais sûr, et cela nous oblige à inventer. Selon le point de vue c’est vertueux ou dangereux, cette fragilité, mais c’est surtout épuisant.

Est-ce pour cela que vous partez ? 

(un temps)

Bien sûr que c’est usant de porter un projet à bout de bras comme cela. Bien sûr que j’aspire, à 44 ans, après 20 ans de métier, à cesser de lutter pour la survie de ma structure pour avoir du temps, des moyens, à consacrer aux artistes. Je pars à la direction d’un formidable outil pour les échelles de production que je veux défendre. Hélas en France, les choix politiques qui sont faits actuellement ne vont pas dans le sens du soutien à la création. À Marseille, j’ai passé plus de temps à gérer la survie qu’à défendre ou élaborer des contenus. Je ne veux pas y laisser ma peau.

Que va devenir Parallèle ? 

Le festival a amorcé un projet de transmission-passation. Depuis longtemps je ne voulais plus être seule à la programmation : quand on produit des artistes émergents, militants, il faut s’entourer d’énergies d’aujourd’hui, de jeunes gens, et collectiviser les décisions. La Fondation de France a soutenu notre projet de transmission et trois jeunes femmes brillantes, habituées à l’accompagnement d’artistes, ont été retenues par notre jury, sur 51 candidats. Nous avons d’ailleurs été sidérés du potentiel de réflexion, de motivation et d’engagement des candidats. Je passe donc le relais à Assia Ugobor, Flora Fettah et Lamia Zanna qui dessineront la programmation de la prochaine édition, accompagnée par un directeur général à mi-temps que nous allons recruter. Une fois formées nous verrons si l’une d’entre elles, ou toutes, veulent rester dans une direction qui peut être collégiale. C’est bien d’être à deux à ces postes. 

Vous vous assurez donc que Parallèle survive à votre départ ? 

Les festivals de l’émergence sont essentiels pour nourrir la création artistique et la diversité des esthétiques. Mais qui peut avoir des assurances dans le secteur aujourd’hui ? Le soutien à l’émergence est une responsabilité collective, et nous devons nous mobiliser ensemble pour défendre cet espace-là. En tous les cas l’outil est là, pour une génération à laquelle on ne donne rien et qui cherche en général des solutions hors institution.

Dans cette édition, qui commence le  31 janvier, vous vous concentrez sur la danse, les arts visuels et la performance. Quelles sont les raisons de l’absence de théâtre ? 

Je viens du théâtre pourtant… Au niveau global, j’ai la sensation qu’esthétiquement le renouvellement est plus net, en ce moment, dans le champ chorégraphique et la performance, à l’endroit de l’émergence et des petites formes. Bien sûr dans la danse et les arts plastiques le problème de la langue et de la traduction ne se pose pas, et cela facilite la circulation. Au niveau local, je veux aussi respecter les équilibres marseillais, avec actoral et Les Rencontres à l’échelle qui sont davantage programmateurs de théâtre, de textes. Et je m’inscris dans l’héritage de Dansem, pour l’émergence, la danse, la Méditerranée.

Pour ce qui est des arts visuels, notre cycle de professionnalisation ne pouvait pas s’en tenir à une exposition collective, et nous avons donc produit deux solos show au 3bisf et à l’Espace Fernand Léger de Port-de-Bouc, de Nina Boughanim et Valentin Vert, qui étaient dans l’expo collective l’an dernier. La Relève 7, elle, réunit vingt artistes lauréats à Château de Servières, et le collectif Mastoc à Art-Cade.

Pourquoi cette édition s’intitule-t-elle « La part belle » ? 

Quand on regarde l’actualité on ne les trouve pas très beaux, les humains… Je voulais revendiquer notre part de vulnérabilité, de doute, celle qui est stigmatisée, désignée comme déviante, queer, rejetée quand elle se montre et cachée, dissimulée trop souvent encore, comme étant notre « part belle », notre part d’humanité.

La programmation se concentre à la Friche ? 

Oui, en partie, nous y sommes installés désormais, et on est contents de l’ouverture sur le grand plateau avec Jeremy Nedd, un artiste danseur magnifique qui avec cinq interprètes interroge la virtuosité, le droit d’auteur du geste, la danse urbaine et ses récupérations dans les jeux vidéos. On produit aussi avec Radio Grenouille Maud Blandel pour une création sonore, radiophonique, partagée avec des non-voyants et des malvoyants, une très belle aventure et des rencontres qui font du bien. Il ne faudra pas manquer non plus Armin Hokmi qui a bouleversé Montpellier danse avec Shiraz, une reconstitution du festival iranien interdit par le régime des mollahs, avec 7 danseureuses. C’est bouleversant. On programme plus de 40 artistes, une quinzaine de propositions, autour de deux grands week-ends.

Dont un commence le mardi… 

Oui, j’ai toujours tendance à déborder !

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AGNÈS FRESCHEL

Parallèle 15, Notre Part belle
Festival des pratiques artistiques émergentes internationales
Du 31 janvier au 8 février
Marseille, Aix en Provence

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Dans l’univers étouffant de la mode 

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L’écrivaine et plasticienne Sabrina Calvo, née à Marseille, propose avec Les Nuits sans Kim Sauvage un voyage onirique, à la limite de la dystopie, dans les tréfonds du monde de la mode et de l’hyperconsommation. Dans ce roman cyberpunk où les personnages transitent d’un monde à l’autre, d’un genre à l’autre, l’autrice met en scène des points de contact et de friction entre réel et virtuel, ces derniers devenant parfois difficilement dissociables. 

Au-delà des questionnements intimes qu’il soulève, notamment ceux liés à la construction identitaire et à l’acceptation de sa sexualité, Les Nuits sans Kim Sauvage est un roman politique, dans lequel Paris semble transformé en un Ikea monumental, divisé entre des Maisons de mode rivales. Le féminin y est au premier plan, tant du point de vue des personnages représentés que des choix linguistiques qui y sont à l’œuvre, tel l’usage du féminin comme neutre. 

Linge de Maisons

« Ce qui m’intéresse, c’est de restituer la manière dont nos paysages intimes se transforment au contact du merveilleux et du sublime », déclarait Sabrina Calvo en 2022 à l’occasion du symposium Réalités de la science-fiction à Luma Arles. C’est bien ce qui se passe dans ce récit, dans lequel Vic, à l’aide de son assistante virtuelle et amante Maria, enquête sur le look glamour de la chanteuse britannique Kim Wilde, ce qui la mènera à outrepasser les règles des sacrosaintes Maisons. 

GABRIELLE BONNET

Les nuits sans Kim Sauvage, de Sabrina Calvo 
Éditions La Volte - 19 €

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Au nom du père

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Ce roman est une enquête autour de la figure du père Jean-Charles, dont le nom est aussi celui d’une île de la Louisiane, entourée de marécages et menacée de disparition. Un travail d’investigation qui amène Hélène Gaudy à faire émerger, non seulement les souvenirs de son père, mais aussi de ses grands-parents, notamment de son grand-père paternel et, de manière plus discrète, de sa mère. Une tentative de l’autrice pour rééquilibrer sa relation avec ses parents : ayant tissé un lien très fort avec sa mère, elle cherche à découvrir la figure de son « petit père », homme discret, souvent gêné, qui semble se dissimuler derrière l’amoncellement d’objets qu’il entrepose dans chacun des lieux qu’il habite. Le père comme la fille sont tout d’abord peu à l’aise face à cette nouvelle forme de relation quelque peu forcée et au déballage intime qu’elle implique. 

Archipels développe une réflexion sur les relations familiales, sur l’intime mais aussi sur l’écriture – sur ce qui pousse à écrire sur sa famille et sur soi, sur les conséquences de l’écriture sur le réel : « Mon père me rappelle. Il a fini de lire mon manuscrit. Il ajoute qu’il est « sous le choc » – il glisse ça avec son petit rire, histoire de ne pas dramatiser, mais il les dit quand même, ces mots-là, si étranges dans sa bouche. »

Voyage en scoot

Pourtant, d’objet, le père devient peu à peu sujet, le récit laissant au fil des pages toujours plus d’espace à celui qui se confine dans son atelier, jusqu’à lui donner voix à travers la transcription d’extraits de ses carnets ou de quelques-uns de ses innombrables poèmes. Le texte, disséminé en petits paragraphes, compose lui-même un archipel au sein duquel se construit le portrait mouvant d’un homme dont la vie a été percutée par l’histoire, de la Seconde Guerre mondiale, la guerre d’Algérie et le Covid. Se dessine aussi, peu à peu, la figure d’un père qui fut également ami, amant, âme isolée dans de petites « villes grises » ou jeune aventurier en scooter. Si l’aspect erratique du roman peut d’abord dérouter, son écriture précise, juste, sensible, emporte finalement le lecteur dans cette biographie éclatée, qui est aussi introspection et analyse d’une mémoire archipélique. 

GABRIELLE BONNET

Archipels, de Hélène Gaudy 
Éditions de l’Olivier - 21 €

Carole Errante présente L’Aire Poids-Lourds 

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Carole Errante © X-DR

Zébuline. Comment est né le projet de cette pièce ? 

Carole Errante. En 2022, la Maison Antoine Vitez [Centre international de la traduction théâtrale, ndlr] m’a proposé de créer une lecture d’une deuxième pièce de Lachlan Philpott, en partenariat avec le Théâtre Joliette. Suite à cela, nous avons été invitées à nous produire dans le cadre d’Avant le Soir, un festival d’été que la mairie des 1er et 7e arrondissements de Marseille produit dans les parcs. Mais il fallait que le spectacle soit tous publics, alors que la pièce est assez crue, et dans une version assez courte. On a donc créé L’Aire Poids-Lourd [Voir notre critique ici, ndlr] « light », composée d’extraits et d’insert de paroles de jeunes que nous avons rencontrés dans le cadre d’une résidence au centre social Jean-Paul Coste. C’est en parlant avec ces jeunes, en me rendant compte de la manière dont le texte résonnait avec leurs interrogations et leurs difficultés, que le désir de monter la pièce dans son intégralité est né. 

C’est une pièce qui s’adresse directement aux adolescents ? 

Je voyais la nécessité d’aborder ces problématiques : l’éveil à la sexualité des jeunes à l’ère des réseaux sociaux, les représentations de plus en plus genrées qu’ils ont et la manière dont ils se construisent avec l’accès au porno. Mais la pièce confronte aussi les adultes aux choses que peuvent vivre, faire ou dire leurs enfants, et à côté desquelles ils peuvent passer. Cela peut créer un vrai choc des générations, notamment par rapport à la crudité du langage utilisé, qui choque le public plus âgé alors que les jeunes s’y retrouvent. 

« Je voyais la nécessité d’aborder ces problématiques »

Les protagonistes sont des adolescentes, et il n’y a pas de personnages masculins. C’est intéressant qu’un homme écrive une telle pièce.  

Son écriture n’est pas genrée, il n’est pas tendre avec les hommes, qui existent par leur absence. Mais chez Lachlan, il n’y a jamais de morale ni de condamnation. Il laisse un trouble que j’aime beaucoup mais qui peut aussi choquer, car il ne nous dit pas quoi penser de ces adolescentes de 14 ans qui revendiquent leur droit à s’autosexualiser. Cette notion de trouble est au cœur de mon travail, parce qu’elle permet d’appréhender la complexité de chacun et de sortir de représentations figées qui nous amenuisent dans notre définition d’humains. C’est à la fois un enjeu artistique et un outil.

Donc cela offre une certaine liberté ? 

Venant de la danse, j’aborde le plateau d’abord par le corps. Pour moi l’écriture de Lachlan est un bijou à travailler car ce n’est que de la rythmique, il n’y a pas de psychologie. Cela me permet vraiment de travailler à mon endroit. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CHLOÉ MACAIRE 

L’Aire poids-lourds a été créé au Théâtre Vitez (Aix en Provence) les 16 et 17 janvier et au Chêne noir (Avignon)  les 24 et 25 janvier
À venir  
Du 4 au 8 février
Théâtre Joliette, Marseille
Du 1er au 3 avril
Scène nationale de Châteauvallon

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L’Aire poids-lourds : Élevées au pop porn

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L’Aire poids-lourds © Caroline-Pelletti-Victor

L’écriture scénique rejoint, magistrale, celle du texte de Lachlan Philpott. On sait, d’entrée, que quelques chose de grave est arrivé à ces adolescentes. On les découvre avant et après le point de rupture, qui sera révélé à la fin : comme dans un film à suspense l’intrigue vous amène au dénouement, à la révélation qu’on soupçonnait sans l’admettre tout au long. Ces adolescentes, australiennes mais qui pourraient être d’ici, sont d’une inconséquence sidérante : racistes, fières d’êtres des « pouffes », nourries de clip sexuellement dégradants et de porno, mentant sans cesse aux parents, s’assénant des « vérités » caricaturales, des « actions » dégradantes, elles méprisent les adultes, entourées de familles déconnectées ou démissionnaires, et se maltraitent entre elles sans retenue.

Au cordeau 

La maitrise de la scène de Carole Errante [Voir notre entretien ici] impressionne : on passe d’un temps à l’autre, d’un espace à l’autre, par des balances brutales de lumière et de son (la régisseuse est présente sur scène). Un mot : « avant », « maintenant », suffisent. La metteuse en scène sait aussi parfaitement diriger des comédiennes qui incarnent l’adolescence avec une vérité subtile mais entière : Alia Cosman,  campe une gamine de 14 ans provocatrice, autoritaire, perdue, révoltée contre tout et sans interdit. Annaelle Hodet joue sa copine, plus enfantine, portant une douleur et une douceur anciennes, obéissante. Elisa Girard subit leur racisme et se soumet pourtant, voulant elle aussi échapper au poids de sa famille, immigrée et pauvre. Elle s’échappera de l’étau à temps, peut être parce que sa mère l’aime ? Ou par hasard…

Anne Naudon joue toutes les adultes. Toutes les mères, la proviseure, les psys, les médecins, auprès desquelles ces adolescentes vont se reconstruire. Car « après » la rupture L’Aire poids-lourds raconte aussi une reconstruction, une prise de conscience progressive, et la faculté de résilience.  Nous suggérant comment sortir nos ados d’un piège dont peu d’adultes mesurent la violence.

AGNES FRESCHEL

L’Aire poids-lourds a été créé au Théâtre Vitez (Aix en Provence) les 16 et 17 janvier et au Chêne noir (Avignon)  les 24 et 25 janvier
À venir  
Du 4 au 8 février
Théâtre Joliette, Marseille
Du 1er au 3 avril
Scène nationale de Châteauvallon

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Au Pavillon Noir, des folies à deux

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Danseur.s.e.s au Pavillon Noir pour le spectacle Annonciation d'Angelin Preljocaj
Larmes blanches Didier © Philispart

Depuis sa création en 1995, Annonciation d’Angelin Preljocaj semble se réinventer à chaque nouvelle distribution, dévoilant des subtilités nouvelles et prête à livrer de nouvelles lectures, tout en préservant une part de son mystère. La saison dernière, associée à Torpeur (2023) et Noces (1989), elle s’inscrivait dans un triptyque révélant des rapports complexes et souvent douloureux entre hommes et femmes. Tout en esquissant un lien fort et énigmatique entre ses personnages féminins, solidaires dans une subordination partagée, où complicité et résignation semblaient se répondre en silence. Adossée à Un Trait d’union (1989) et Larmes blanches (1985), elle rappelle que le chorégraphe ne se révèle jamais aussi puissant que dans le duo et ses déclinaisons les plus nuancées et ambivalentes.

Ferveur baroque

Le quatuor qui conclut ce très bel enchaînement et rassemble les deux duos vus précédemment résonne ainsi comme un retour aux sources. Larmes Blanches, érigé sur le contrepoint de Bach et de Purcell joliment délié au clavecin, convoque une grammaire inflexible et savante des corps et une tenue aristocratique. Préfigurant les jeux tour à tour badins et cruels qui seraient le nœud du Parc (1994), les duos et genres échangent et s’intervertissent. La grâce juvénile de Florette Jager, encore marquée par la candeur de sa Marie, se heurte à la jovialité sans détour de Clara Freschel, archange déterminé et vigoureux. Revenus d’Un Trait d’UnionAntoine Dubois et Valen Rivat-Fournier demeurent dans une dynamique de rivalité et de complémentarité. Le dialogue est complexe et savoureux, aussi riche et envoûtant qu’une fugue. Car c’est bien la ferveur du baroque, dont la musique accompagnera chaque pièce, qui marque ici le langage, davantage qu’un désir de classicisme.

Avant cela, on aura découvert des duos sublimes, dans leur exigence technique comme dans leur inventivité folle : ni Un Trait d’union, ni Annonciation semblent n’avoir aujourd’hui pris une ride. Tout juste lira-t-on plus obstinément dans leur enchaînement un passionnant récit d’assujettissement et d’affrontement, là où d’autres époques ne nous y auront fait miroiter que de gracieux et audacieux pas-de-deux. Plusieurs motifs se détachent. On remarque notamment que les jeux d’imitation, de questions et de réponses, gravitent toujours autour de l’idée, littérale et figurée, d’assise : sur le cadre d’un tableau sublimé dans Annonciation, sur un imposant fauteuil dans Un Trait d’Union. Mais surtout d’une figure sur l’autre. On réalise que les portés, maîtrisés à la perfection par leurs interprètes, élancent moins les corps qu’ils ne semblent les interrompre, les tordre et les contenir ; que les pauses, les respirations profondes, les regards perdus, marquent plus durablement la rétine qu’ailleurs. Que les étreintes feintes, évitées, redoutées, semblent davantage unir les danseuses et danseurs dans un geste de folie que dans une douce communion.

SUZANNE CANESSA

Spectacle donné du 19 au 22 décembre au Pavillon Noir, Aix-en-Provence. 

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À venir 
Annonciation, Torpeur, Noces, le 9 janvier, au Théâtre Durance, Scène nationale Château-Arnoux-Saint-Auban

Des chimères dans la tête

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Sylvain Groud © Hervé Plumet

Créé en 2023, le spectacle Des chimères dans la tête fusionne les aquarelles de Françoise Pétrovitch et la danse de Sylvain Groud dans un dispositif où la vie surgit de l’écran… Lorsque des créatures imaginaires à la tête de lion et à la queue de dragon s’animent sur scène, le public est transposé dans un monde qui superpose fantaisie et réalité, le trait du dessin et les contours des corps réels, le cadre et le hors-champ.  Le chorégraphe, ancien du Ballet Preljocaj et directeur du Ballet de Lorraine depuis 2018, donne vie aux rêves d’une enfant. Trois danseur·euse·s articulent leurs corps en osmose avec la musique d’Hervé Plumet. Les sonorités donnent du relief aux chimères qui prennent vie sous les ébauches singulières de la plasticienne. 

LILLI BERTON FOUCHET

30 et 31 janvier
Pavillon Noir, Aix-en-Provence

Fusées

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Fusées © Jean-Louis Fernandez

Actrice, metteuse en scène, co-directrice du théâtre de l’Aquarium à Paris, Jeanne Candel a créé avec Fusées un spectacle tout public (à partir de 6 ans) autour des aventures galactiques de deux astronautes égarés dans l’univers. Inspirées du film Out of the Present (1995) d’Andrej Ujica, ces aventures se déploient avec trois bouts de ficelle et se nourrissent des échanges à la fois hilarants et inquiétants, triviaux et poétiques entre Kyril et Boris (Vladislav Galard et Jan Peters), assistant de loin à l’agonie de la planète. Boris en pleure, tandis que Kyril en rit. Le tout est accompagné des mélodies de Schütz, Bach, Tom Waits ou Schumann, qui gravitent sur les notes d’un piano retourné ou d’une cithare bricolée. 

MARC VOIRY

31 janvier 
Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence

Soutien à la Plaine du Rock

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Garces Kelly sur la scène du LAM à Marseille © X-DR

À Marseille, il y eut d’abord La Rue du Rock, une journée pendant laquelle Phocéa Rocks faisait remonter en surface le rock caverneux du centre ville. C’était une rue Consolat résonnant aux sons des guitares saturées, des cordes vocales hurlantes et des batteries vivifiantes. Quelques bâtons mal placés et autres conditions virales farfelues plus tard, les roues de Phocéa Rocks se hissaient un étage plus haut, en offrant l’an dernier une première édition de La Plaine du Rock. Une scène à chaque coin, des heures de musique, la crème de la scène rock locale en accès libre et avec le sourire. Genre d’événement qu’on aime tant dans le Marseille associatif de toujours. Alors, on soutient et on enfile ses godillots pour aller écouter Gari Greu et ses jeunes amis du rock, les gentils punks de Garces Kelly (quel nom !) et le garage pop de 52 Hertz. 

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM

31 janvier 
L'Intermédiaire, Marseille

Le Revizor

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La Compagnie Populo, fondée en 2021 à La Ciotat, inscrit sa démarche dans un théâtre pluridisciplinaire explorant la marionnette, le chant et la danse. Une compagnie qui a obtenu en 2022 le soutien du Théâtre des Calanques lors des Tremplins Théâtre et qui a rejoint les artistes en compagnonnage. Elle propose ces 31 janvier et 1er février sa version du classique de Nicolas Gogol, Le Revizor, écrit en 1836, qui, pour Clara Koskas, directrice de la compagnie et metteure en scène, permet d’aborder des sujets comme la déshumanisation, la montée du fascisme, et la lutte pour la liberté – très contemporains. 10 comédien·ne·s sur scène pour interpréter cette histoire se déroulant autour d’un jeune oisif, profitant, à la faveur d’un quiproquo, des largesses de notables veules d’une petite ville. 

MARC VOIRY

31 janvier et 1er février
Théâtre des Calanques, Marseille