samedi 27 juin 2026
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La Citadelle fait Fort

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© A.-M.T.

Le soleil était de la partie, en ce samedi pour marquer l’ouverture de la troisième saison de la Citadelle de Marseille. Mille visiteurs ont répondu présent pour cet après-midi inaugural. Et c’est dans une ambiance festive que le fort a ouvert grand ses portes. Mathilde Rubinstein, directrice déléguée de l’association, rayonnait : « Cela fait chaud au cœur de voir tout ce monde ». Trois saisons après 350 ans de fermeture, la Citadelle confirme qu’elle est bien devenue un lieu de vie et de culture pour les Marseillais.

Dès 14 heures, parents et enfants ont envahi bastions, glacis et demi-lunes avec une curiosité débordante. Dans le Haut-Fort, Chuglu -un groupe artistique qui réalise des happenings, souvent drôles et absurdes, dans l’espace public – avait installé un dispositif immersif : Les adultes regroupés par vingtaine dans un habitacle en bâche, sorte d’immense navette, progressant en aveugle comme une légion romaine, subissaient, dans l’euphorie générale, les tirs de balles de tennis lancées par les enfants. Sur la terrasse du Moulin, le collectif Basses Fréquences avait posé ses enceintes pour un DJ set disco à destination des « minots », les invitant à danser avec en toile de fond la rade dans toute sa splendeur.

La cour de la demi-lune a quant à elle accueilli LI(E)N, de la compagnie Appesa. L’artiste Elisa Alcalde et deux complices y explorent le lin, fibre textile ancestrale, transformée en agrès aérien, sous forme de cordes ou de grands voiles. Petits et grands, assis en arc de cercle, les yeux écarquillés, suivaient chaque mouvement des trois silhouettes suspendues dans les airs.

Débraquer les canons

Benjamin Dupé -compositeur, guitariste et metteur en scène – a offert au public Les propriétés étonnantes. Le titre n’usurpe pas son nom. Sa guitare solo, branchée à un dispositif électronique « continue toujours à m’étonner, je ne sais pas toujours ce qui va en sortir », confie-t-il. Si l’artiste évolue grâce à un canevas de composition, il improvise aussi, réagissant ensuite aux sons réverbérés par l’électronique. Il a choisi comme thématique Louis XIV. Car c’est sur ordre du Roi que le fort Saint-Nicolas a été bâti en 1660, non pour protéger les Marseillais, mais pour les mater, canons braqués vers la ville, destinés à réprimer cet « esprit de trop grande liberté » que l’on reprochait à ses habitants.

Dans ces mêmes pierres, le guitariste fait dialoguer esprit baroque et technologie, cordes et électronique. Les sons se répètent, se concassent, comme le mortier qui tient les blocs de calcaire rose. La gamme grimpe vers les aigus en crescendo exubérant, portée par une grande machinerie de fond. Une deuxième séquence évoque un luth d’antan qui aurait croisé un joueur de flamenco devant une cour royale jacassante. Un troisième mouvement jaillit comme un torrent dévalant entre les pierres du fort, s’arrête brutalement, dans un clap de fin, puis repart, déchaîné, dans des couloirs d’un autre âge.

Dupé restera en Résidence à la Citadelle toute cette saison. L’occasion de nouvelles rencontres détonantes.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

L’inauguration s’est déroulée le 18 avril à La Citadelle

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Une histoire d’éclosion

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Les Chroniqu’Heureuses. Comment vous sentez-vous avant le concert de vendredi ?

Ekloz. Je me sens bien. C’est un concert un peu spécial car je prépare un live avec Falzar. On construit un set d’une heure tous les deux, c’est la première fois qu’on construit un show, j’ai hâte ! On travaille beaucoup, on a d’abord choisi les morceaux et maintenant on répète, on essaye de penser à la scénographie et au décor.

Comment vous êtes-vous lancée dans la musique ?

J’étais jeune et je n’ai pas réfléchi ! [rires]. J’étais dans un lycée spé danse et j’ai découvert le rap à ce moment-là. Ça m’a pris aux tripes, ça a donné un sens à ma vie, je me suis dit que c’était ce que je voulais faire. J’ai commencé à travailler et essayé de comprendre comment l’industrie marche. Dix ans plus tard, j’en suis là.

Pouvez-vous citer un artiste qui vous inspire encore aujourd’hui ?

Le cadre tombe bien, je crois que les personnes qui m’inspirent le plus sont mes amis ! Les gens avec qui je suis ou rappe. Ce sont ceux qui me challengent le plus, quand ils font quelque chose que j’admire, ça me pousse.

Composez-vous vous-même vos morceaux ? Quel est le processus de création ?

Je co-compose : je suis toujours avec les beatmakers lorsqu’on fait les morceaux. Je ne touche pas à la prod. Le processus dépend des projets, de l’argent qu’on peut y mettre, aussi, ça coûte très cher de payer plein de gens pour faire de la musique. Ces derniers temps, j’écris seule, j’ai le matériel pour m’enregistrer à la maison. Je fais des sons et des mélodies, j’essaye des trucs. Lorsque je trouve quelque-chose, j’extrais la ligne de voix et je la re-travaille avec des compositeurs.

Pourquoi appréciez-vous particulièrement l’autotune, très présent sur l’album 10 000 heures ?

Parce que je peux chanter alors que je ne suis pas chanteuse, et ça c’est trop bien ! [rires]. C’est vraiment une histoire de goûts, j’écoute des artistes qui modifient beaucoup leurs voix, ça me parle. J’accède aussi grâce à ça à toute une partie mélodique que je ne ferais pas sans autotune, je me contenterais de rapper.

Votre personnage de scène est assez « badass ». Reflète-t-il votre personnalité ?

Il y a un peu de ça. Ce que tu es, ce que tu deviens et ce que tu crées, ce sont des facettes exacerbées de toi-même, c’est tiré. Si je suis 10 % badass dans la vie, il faut que je le sois à 100% sur scène. Il faut qu’il y en ait un peu en moi, sinon ça devient de la comédie et je me suis trompée de métier.

Comment avez-vous vécu l’expérience de l’émission Netflix Nouvelle École ?

Oulala. C’était très stressant parce qu’il y a plein de paramètres que tu n’as pas : c’est une grosse production, c’est la télé, des épreuves, tu es coupé de toi même et des habitudes. tout ce qui t’est familier n’est pas là. Ce qui m’angoissait c’était de savoir que mon image allait être à disposition d’autres personnes, qui pouvaient en faire ce qu’elles voulaient. J’avais raison… Et en même temps, tu vis un rêve de petite fille, je rêvais devant The Voice quand j’avais huit ans, et je suis devenue une de ces personnes qui fait un concours de musique à la télé. C’est aussi stressant que génial.

Comment vit-on l’après d’un concours télévisé très populaire ?

Chacun le vit différemment, je pense. Moi, j’ai reçu beaucoup de haine et de harcèlement, ça a été compliqué. Il y a plein d’étapes, il y a le « vivre après » personnel, puis le professionnel et l’avancée ou non de la carrière… Je suis contente de l’avoir fait mais honnêtement je n’ai pas eu les répercussions que j’espérais en y allant. En gros, ça veut dire que je galère toujours à percer…

Comment vous projetez-vous artistiquement dans l’avenir ? Quels sont vos nouveaux projets ?

Bonne question ! Je ne sais pas, je suis en pleine réflexion sur la suite. J’aimerais continuer à faire des concerts mais la forme que prendra ma musique les prochains mois, je ne peux pas le dire. Je fais pas mal d’ateliers d’écriture avec des jeunes, j’aimerais reprendre ça, et composer des nouveaux morceaux. La vie continue, la musique continue.

Interview réalisée par Yamina, Rabea, Mam’Bousso, Jimmy, Himda, Ilias, Abdel-Aziz et Zineb et retranscrite par Lucie Ponthieux Bertram. Une action éducative imaginée par le Nomad’, avec les jeunes de l’association Because U Art

Quelques réactions et retours en atelier :

Jimmy : « J’ai trouvé le travail de résidence assez drôle, les artistes inventaient des sketchs pour le show à venir, ils étaient complices. »

Yamina : « Le décor de salon créé par les artistes donnait une impression familière, intimiste. »

Ilias : « Sur scène, les artistes étaient sûrs d’eux, confiants ! »

Rabea : « En voyant les photos de presse d’Ekloz, on pouvait s’attendre à une personne froide, mais en fait c’était une personne sympa et normale. »

Yamina : « Ekloz a pris le temps de nous répondre, elle était douce et accueillante, ça aide à être moins stressée. »

Jimmy : « Ses réponses sur Nouvelle École étaient étonnantes, il y a plus de négatif que ce que l’on pense. »

Rabea : « J’ai vu sur les réseaux sociaux qu’Ekloz se prend beaucoup de haine, derrière un écran les gens se sentent plus libres, ils ne lui diraient rien de tout ça directement ! C’est violent. »

Himda : « J’ai compris que l’image qu’on a donné d’Ekloz lui faisait peur, et que ça a créé beaucoup de haine sur les réseaux. »

Un grand bol d’humour safe

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© X-DR

Les lesbiennes de la région s’étaient donné rendez-vous derrière les bikeuses, place Castellane, pour une marche des visibilités profondément féministe, joyeuse et très intergénérationnelle. Mais retrouver au Boum la communauté queer dans sa variété, ses cheveux de toutes les couleurs, ses tatouages, ses fluidités, ses rires, ses jeux de mots et ses cocktails au goût de bonbons d’enfance, faisait visiblement du bien à toutes celles qui avaient défilé le matin.

Soirée stand-up, la salle, petite, est comble mais au Boum on ne se bouscule pas. Les premier·e·s arrivé·e·s s’assoient au dernier rang, on attend que tous·tes celleux qui ont réservé arrivent, et que chacun·e prenne un verre. À 4 euros le cocktail, 5 euros la pinte. Le prix d’entrée est très abordable, et variable, en fonction des revenus et des moyens de chacun·e, sans justification demandée. L’ambiance est safe pour toustes, y compris pour celleux, nombreux·ses dans la communauté LGTBQIA+, qui sont en situation de précarité économique.

Théo Challande, co-directeur du lieu, chauffe ce soir-là la salle, et rappelle les règles de bienveillance mutuelle. Avant l’arrivée de Maëlle Chabrillat, qui lance ses premières salves.

Rire avec tous·tes

Le spectacle d’humour peut-il être bienveillant ? Peut-on rire sans se moquer des autres ? L’humour de Maëlle Chabrillat, noire en France, blanche au Sénégal, dénonce évidemment les préjugés racistes qu’elle subit au quotidien. Mais c’est son autodérision, sa propre intériorisation du racisme, ses relations à sa mère qui sont le plus drôle.

À son punch d’enfer succède l’angoisse d’Emna Kallal, qui joue incroyablement de son malaise, de sa souffrance psychique, de sa solitude, de ses ratiocinations. Qui en rit, et en fait rire, parce que le public queer y reconnait ses incapacités à vivre dans une société anxiogène qui les rejette. Et y reconnaît aussi cette vertu réparatrice, thérapeutique, du rire, quand il est vécu ensemble.

Cécile Marx, humoriste au sketch bien rodé, joué dans plusieurs festivals, conclut la soirée. Très drôle quand elle parle des joints qu’elle roulait enfant pour son père, et assez incroyable dans ses impros avec son dictionnaire, où elle répond aux questions du public. Pas tout à fait safe jusqu’au bout, quand elle insiste lourdement sur la voix grave et sensuelle d’un spectateur venu chercher l’amour. « Je te gène excuse-moi je fais de l’humour… », explique-t-elle. Excuses entendues, et acceptées : au Boum l’humour est resté safe.

AGNÈS FRESCHEL

La soirée Comedy club s’est déroulée le 26 avril au Boum, bar associatif du cours Julien à Marseille.

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Berre-l’Étang : Plus vite que son nom

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© Mairie de Berre

C’est tout près de l’étang que la nouvelle salle de spectacle s’est construite, dans un geste architectural osé, et très réussi. L’agence d’architectes marseillaise Leteissier-Corriol a remporté le concours et la Ville lui a donc confié, en novembre 2024, une parcelle triangulaire pour y construire son projet. Celle-ci a choisi l’ellipse, et un geste architectural ambitieux : des voiles de béton de grande hauteur, des murs qui oscillent comme des vagues, encerclent une salle de spectacle de 350 places (700 places debout) qui sera équipée d’un plateau large, profond et surmonté d’une belle hauteur, et pourra ainsi accueillir théâtre, musique, danse et cirque. Un soin particulier est apporté à l’acoustique externe pour couvrir le bruit des avions qui survolent l’étang. Les espaces entourant la salle centrale sont en partie dédiés aux professionnels (locaux de stockage, loges, coulisses, bureaux), et pour partie au public, qui sera accueilli dans un hall vaste et lumineux.

Si la scène, les gradins et les espaces intérieurs sont encore à construire, le gros-œuvre est achevé. « On a tenu les délais, on a tenu les budgets » fait remarquer le maire Mario Martinet lors de la visite de chantier du 26 avril. Soit 5 millions d’euros, pour un bâtiment de 1650 m2, qui doit répondre à des impératifs écologiques forts dans une zone à la fois inondable et classée. Pourtant rien n’a ralenti le chantier sinon la découverte, dans le sol, des ruines de béton de l’ancien aérodrome (voir ci-dessous).

« Tout est allé si vite, si bien, que nous n’avons pas encore réussi à décider de son nom ! ». Une consultation est lancée auprès des Berrois, et devra aboutir vite…

Politique publique, sans concurrence

Car la programmation prévue, quant à elle, est « déjà finalisée pour la saison prochaine » annonce Sandrine Prat, directrice des affaires culturelles de la ville, qui va également assurer la direction de la nouvelle salle. Elle promet une vingtaine de levers de rideau, à partir du dernier week-end de novembre. L’adjoint à la culture, Loïc Baladéjo, l’approuve d’un sourire, mais précise que tout cela ne sera dévoilé que le 12 juin, lors d’une conférence de presse qui présentera « toute la programmation des équipements culturels municipaux, ainsi que celle du Forum. »

En effet la ville de Berre possède déjà une salle de spectacle bien connue des programmateurs et des artistes (voir ci-dessous) : Sandrine Prat assure que la complémentarité est son souci permanent « Cette salle donnera l’occasion à l’association qui dirige le Forum de programmer ici, quand elle le voudra, pour aller au-delà de sa jauge de 80 places. Il n’est pas question de concurrence, les politiques publiques bâtissent des synergies entre les équipements de la ville, pour aller plus loin. Cette politique du spectacle vivant a été initiée historiquement par le Forum, son École des Arts est essentielle, nous comptons beaucoup sur elle ! »

AGNÈS FRESCHEL

Berre et la culture publique, une affaire qui dure…

À Berre-L’Étang, la politique culturelle publique n’est pas secondaire. Le maire Mario Martinet, réélu depuis 2016, explique même que sa troisième mandature sera « celle de l’affirmation du caractère essentiel, pour les Berrois, de la vie culturelle ». Son adjoint à la culture, Loïc Baladejo, est désormais Premier adjoint. Un symbole fort, qui repose sur une politique volontaire d’équipements structurants et de médiation entamée dès les années 1980 par la municipalité communiste, et poursuivie par les édiles socialistes qui ont succédé.

En effet la petite ville de 14 000 habitant·es s’est équipée dès 1986 de sa Médiathèque Edmonde Charles-Roux Defferre, véritable lieu de vie en centre-ville qui met à la disposition gratuite des Berrois·es plus de 45 000 livres, journaux, et DVD. Son cinéma, municipal, Ciné89, à quelques pas, est classé « art et essai » et « label jeunesse » : il propose une programmation de films d’auteurs, de rencontres, d’avant-premières et de festivals remarquable.

Quant au Forum de Berre, il est connu de tous les programmateurs de spectacle vivant : la salle, historique, propose depuis 1989, sous la direction de Patrick Veyron durant 35 ans, puis sous celle de Mikhael Piccone, une programmation exigeante, attentive aux artistes du territoire, à la pointe des musiques actuelles mais aussi classiques et lyriques, fondée sur un travail de médiation avec les publics, en particulier les jeunes des cités environnantes. Son École des arts associe les participants aux cours de théâtre, d’arts plastiques, de danseS et de musiques, à la programmation et à la médiation, et tient lieu de conservatoire.
L’interieur de la salle, en travaux © Mairie de Berre
Bol d’air

Dans cette ville dont l’histoire industrielle et sociale est très marquée par la pétrochimie, le barrage EDF de Saint-Chamas qui a tant pollué l’étang, et les restes enfouis de la base aéronautique navale – camp militaire d’hydravions détruit par les l’armée nazie en 1942 – le bol d’air d’une vie culturelle riche et généreuse est indispensable.

C’est d’ailleurs au bord de l’étang, sur l’ancien site de la base navale, que la salle de spectacles sans nom mais avec murs ondulés s’élève. L’état sanitaire de l’étang permet à nouveau la baignade et Berre a engagé, avec Martigues et les autres villes de l’étang, une démarche d’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco. Le nouveau quartier, plus résidentiel, pavillonnaire, estival, est désormais relié au centre-ville par « une promenade plantée d’arbres » où le maire promet aussi des « œuvres d’art et des sculptures de grande taille ».

Les arbres sont déjà plantés, et la promenade du centre-ville vers la rive est déjà fréquentée par les familles, qui observent le chantier, et ce beau bâtiment qu’ils ont hâte de pouvoir nommer.

A.F.

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Médée rejugée aux enfers

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Ruination © Camilla Greenwell

Chorégraphe et metteur en scène britannique, Ben Duke fonde la compagnie Lost Dog en 2004 après une formation en théâtre et littérature, complétée à la London Contemporary Dance School. Cette double origine marque durablement son écriture : une danse traversée par le texte, où le récit est sans cesse interrogé. Ses pièces s’appuient sur des figures connues – mythes antiques ou classiques – pour en déplacer les lignes. Dans Juliet & Romeo (créé en 2018 à Londres et vu, entre autres, au Pavillon Noir en octobre dernier), il imaginait les amants survivants, confrontés au temps et à l’érosion du sentiment, révélant déjà son goût pour les mythes déconstruits et rejoués.

Narrateurs non fiables


Ruination. The True Story of Medea prolonge cette recherche de recréation se doublant d’un dispositif critique – à visée humoristique, mais pas que. Médée, après sa mort, est convoquée aux Enfers pour être jugée. À partir de ce cadre, les récits se multiplient, se contredisent, rejouant les épisodes connus sans jamais en fixer le sens. Cette structure permet de déplacer la question du crime vers celle du récit : qui parle, et au nom de quoi ? Ruination interroge la fabrication des figures héroïques et monstrueuses tout en brouillant les frontières entre tragique et comique. Avec, une fois de plus, un désir de déconstruire les figures repoussoir de femmes tenues pour « difficiles ». On sait bien, depuis, entre autres, Christa Wolf et Heiner Müller, combien Médée incarne à la fois l’ordre et celle qui le détruit. Une manière de faire apparaître, derrière la solidité apparente de mythes fondateurs, leur grandissante part d’incertitude.

SUZANNE CANESSA

Ruination. The True Story of Medea
29 et 30 avril
Les Salins, Scène nationale de Martigues

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L’Avare

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L’Avare © Fanchon Bilbille

Le propre des grandes œuvres est de pouvoir être continuellement réinterprétées, sans perdre de leur pertinence. L’Avare, comme de nombreuses pièces de Molière, en fait partie. Dans sa version de la pièce, le metteur en scène Clément Poirée se propose d’adapter la comédie à nos réflexions actuelles sur le consumérisme et l’accumulation des richesses. Qu’est-ce que Harpagon, parangon de radinerie, peut nous raconter dans ce contexte ?

Poirée fait le choix du dénuement, et mise sur le collectif pour palier le manque : les spectateurices sont invité·es à apporter divers objets, vêtements et accessoires pour créer le décor et les costumes des personnages, qui en sont dépourvus du fait de la tyrannie avare d’Harpagon, et ainsi mettre en avant l’importance du partage, de la solidarité et de l’inventivité.

C.M.

30 avril

La Colonne, Miramas

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María Moreno

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Maria Moreno © Daniel Tello

La soleá est l’une des formes phares du flamenco, dansée comme son nom l’indique en solo. Maîtresse de cet art, la danseuse et chorégraphe María Moreno propose dans son nouveau spectacle, doublement récompensé à la Biennale de Flamenco de Séville une réflexion sur la définition même, et donc la structure, de ce palo. Pendant 1h30, elle interroge chacune des parties qui composent traditionnellement la soleá dans leur rapport au rythme, à la liberté d’interprétation, ou à l’espace. Elle les déconstruit, les pousse à leurs limites, pour faire apparaître un lien transcendantal entre le flamenco et l’univers. Elle est accompagnée dans cette quête par quatre musiciens, dont Raúl Cantizano à la vielle à roue et Manu Masaedo aux percussions, qui ont composé une partie des morceaux interprétés.

C.M.

29 avril

Châteauvallon, Scène nationale d’Ollioules

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Bate Fado

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Bate Fado © Jose Caldeira

Saisir la mémoire pour la remettre en mouvement. Avec Bate Fado, les chorégraphes portugais Jonas Lopes et Lander Patrick s’emparent du fado, à la fois tradition populaire et outil de résistance. Né au XIXe siècle dans les quartiers de Lisbonne, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco en 2011, le fado ne se chantait pas seulement, il se dansait. À la lisière du concert et de la chorégraphie, la pièce fait renaître cette pratique mêlant chants, guitare, claquettes et percussions. Sur la scène du Grand Théâtre de Provence, les voix et les instruments promettent un joli dialogue avec les corps. Entre mémoire et réinvention, les interprètes redonnent au fado «ses pas perdus », à travers une forme à la fois physique, sensible et moderne.

C.L.
6 mai
Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence

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Trio Nóta 

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Trio Nóta © X-DR

Le Trio Nóta – Cati Delolme, Gabrielle Varbetian et Mélissa Zantman – présente Les Transformations, un voyage aux confins du monde animal, végétal et humain et dans une époque moyenâgeuse où les formes étaient encore mouvantes et la métamorphose ordinaire. Pour ce nouveau projet, les trois chanteuses s’entourent de Colin Heller au violon et à la nyckelharpa (instrument à cordes suédois joué à l’archet, dont des touches en bois permettent de modifier les notes) et de Claire Menguy au violoncelle. À travers un répertoire imaginé par Cati Delolme, mêlant chants traditionnels et créations originales, l’ensemble exhume les magies anciennes et interroge les porosités entre les vivants. Une invitation à traverser le temps, les mémoires et les chansons avec ces cinq artistes aux univers complémentaires.

 A.-M.T.
30 avril
Cité de la Musique de Marseille

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Waysfeld chante Barbara

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Noémi Waysfeld © Marc de Pierrefeu

Marseille Concerts accueille Noëmi Waysfeld à La Criée, pour un hommage à Barbara. Accompagnée de Guillaume de Chassy au piano et de Leïla Soldevila à la contrebasse, la chanteuse fait revivre la légende à travers seize titres emblématiques parmi lesquels L’Aigle noir, Nantes, Göttingen, Septembre… Portée par une sensibilité façonnée par la musique classique, la mélodie française, le chant yiddish et le fado, l’interprète propose une lecture habitée et personnelle, évitant toute imitation pour mieux faire résonner la profondeur poétique et l’intensité émotionnelle des textes et chansons de la grande « Dame en noir ».

A.-M.T.
2 mai
La Criée, Théâtre national de Marseille

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