jeudi 9 avril 2026
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Regards d’ici et d’ailleurs

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Le syndrome des amours passées © Alice Khol

Des regards sur un monde en mouvement, des histoires intimes ou collectives racontées avec humour, poésie et engagement. Voilà ce que nous propose du 6 au 15 octobre le festival nouv.o.monde, proposé par les Films du Delta à Rousset, Trets et Aix-en-Provence. Près d’une vingtaine de longs métrages de cinéastes confirmés ou de jeunes de réalisatrices·eurs, invité·e·s à rencontrer le public après les projections. Des moments de partage de cinéma et de visions du monde. Des avant premières et des films qu’on avait peut être loupés au moment de leur sortie en salle ou qu’on aurait envie de revoir, venus de treize pays et une séance de courts métrages avec pour thème « amour et jeunesse ».

En ouverture, à Rousset, le 12 octobre, le film de Philippe Petit, en sa présence, Tant que le soleil frappe, sur un homme qui ne renonce ni à ses idées, ni à ses rêves. Et en clôture le 15  une autre avant-première Le Syndrome des amours passées de Raphaël Balboni et Ann Sirot – dont on avait apprécié Une vie démente en 2021. Raphaël Balboni sera là pour présenter cette comédie romantique, truffée de trouvailles scénaristiques et visuelles. 

Des inédits

Deux avant premières à Trets le 6 octobre : un joli film d’animation sélectionné à Annecy, Nina et le hérisson d’Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli ainsi qu’un thriller venu de Turquie, Nuit noire en Anatolie d’ Özcan Alper. La suite le 10 octobre à Aix-en-Provence (au Mazarin) où l’on va découvrir, venu du Soudan, Goodbye Julia de Mohamed Kordofani, un drame sur la culpabilité qui interroge la relation entre les Soudanais du nord et du sud à travers deux femmes fortes. 

Autres avant premières à la salle Émilien Ventre de Rousset le 12 octobre, La Salle des profs d’Ilker Çatak, qui montre le degré de cruauté et d’hypocrisie que peut atteindre le système éducatif, même dans un pays démocratique et développé comme l’Allemagne. Et le 14, Chroniques de Tehéran d’Ali Asgari et Alireza Khatami (Un Certain Regard, Cannes 2023) un film sur l’absurde de la vie en Iran à travers le portrait de neuf hommes, femmes et enfant. 

Des films inédits aussi comme La Vida era eso premier long métrage de fiction de l’Espagnol David Martín de los Santos, la rencontre à l’hôpital de deux femmes de générations et de conditions différentes. L’après midi du vendredi sera consacrée à Albert Camus notre contemporain avec séances de lecture, dédicaces et films dont Loin des hommes (Mostra de Venise 2014) de David Oelhoffenn,adapté la nouvelle L’Hôte que nous lira la comédienne Sabine Tamisier. Sans oublier les rencontres avec l’écrivaine Agnès Spiquel et l’auteur illustrateur, Jacques Ferrandez. Un programme alléchant, une nouvelle fois concocté par que Sylvia Vaudano et son équipe.

ANNIE GAVA

https://www.filmsdelta.com/nouvomonde/

nouv.o.monde
6 au 15 octobre
Rousset, Aix-en-Provence, Trets
04 42 53 36 39

LA VERRERIE : Cirque à profusion 

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« Baal » de Florence Bernad est porté par des performeurs amateurs comme professionnels © Marc Ginot

De la Lozère (du 11 au 17 novembre) à l’Aude (du 6 au 10 décembre), en passant par le Gard et l’Hérault (du 9 au 19 novembre), Temps de Cirques réunit une trentaine de spectacles. Les femmes se taillent la part belle parmi la programmation. Dans Baaldu Groupe Noces, un quintet d’hommes incarne des textes féministes, soutenus par un choeur de femmes. Pour mettre en scène cette « manifestation de joie et de rage mêlées », la metteuse en scène Florence Bernard dit s’être inspirée d’un article de Leïla Slimani paru dans Libération, en marge du mouvement #MeToo. Quant aux Filles du renard pâle, elles poursuivent leurs explorations spatiales ponctuées d’envolées, toujours mues par des urgences plus ou moins allégoriques : après Résiste et Respire, Révolte vient désormais clore un triptyque démarré en 2019. Autre évocation : le parcours d’une femme artiste, via les blessures qui le ponctuent. L’acrobate Katell Le Brenn livre avec Des nuits pour voir le jour un récit intime – mais enthousiaste – autour de l’empêchement et des possibles qui en découlent ; comme une visite guidée dans l’évolution du corps et de ses cheminements, ne boudant pas à l’occasion le jeu de mots lacanien.

Signes des temps 

Autre constat : le cirque ne boude plus le métadiscours. Avec Nos circollections, Chloé Duvauchel décide d’étudier l’inépuisable force métaphorique du cirque. Après plus de 20 ans passés au sein du spectaculaire collectif AOC, l’acrobate imagine une forme de proximité, mettant en partage ce qui nous touche, nous émeut et parfois nous rend plus forts dans l’expérience circassienne : marcher sur le fil avec le funambule, se plier en quatre comme une contorsionniste, jongler avec les responsabilités, se sentir épaulé ou porter quelqu’un à bout de bras… Irrésistible et plein de panache. Portée par Martin Cerf, la bavarde Compagnie Armistice s’intéresse quant à elle, avec La prolepse des profanes, à l’essence d’un spectacle de cirque : « un jongleur qui jongle sans s’en rendre compte, un danseur plus léger qu’il en a l’air, un clown qui fait de la politique malgré lui… » La présence annoncée du facétieux Rémi Franct, émérite professeur de recherches et maître de conférences à l’Institut national des études et pratiquescCircassiennes (alias… INEPCi) tiendra-t-elle ses promesses ? Du côté de la compagnie Inextremiste, véritable tête brûlée du cirque contemporain, c’est en actions, collectives et individuelles, que s’expérimente le frisson circassien. Qu’il soit naturel, technologique, réel ou fantasmé, qu’il entrave ou galvanise, il fait partie de la vie quotidienne : il s’agit du risque bien sûr, que le spectateur est appelé ici à vivre en gestes, se fiant à son bon sens pour poser ses propres limites.  

JULIE BORDENAVE

La Verrerie
Alès
laverreriedales.fr 
tempsdecirques.com 

Quand le Ballet se pointe à Aix

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Dorothée Gilbert © Svetlana Loboff

Une série de quatre soirées données par une formation d’étoiles, de premiers danseurs et de sujets du Ballet de l’Opéra de Paris offrait un florilège de la grande tradition classique de la danse. En ouverture, le Grand Pas Classique (un « grand pas » est une suite de danses qui, au cœur d’un ballet complet, permettent une exhibition virtuose des danseurs) de Victor Gsovsky célébrait la splendeur de la technique du ballet, porté par les deux étoiles Valentine Colasante et Marc Moreau, éblouissants de grâce et de précision, équilibres défiant la gravitation, manèges, grands jetés, fouettés en un accord parfait. Les sections lyriques s’enchaînent aux allegros, les pirouettes et ballonnés de la danseuse répondent aux batteries et tours du danseur, même les « promenades » sont d’une magique élégance. On partait ensuite dans des épisodes américains avec le néo-classicisme de Jerome Robbins, In the night, voyage amoureux de trois couples sur une partition de Chopin (jouée sur scène par la pianiste Ryoko Hisayama), empreint d’un délicat romantisme, « du jazz sur pointes », puis celui de George Balanchine, Who Cares ?, sur une musique de Gershwin, avec pour toile de fond les gratte-ciels de Manhattan, la danse classique s’enjazze alors joue de ses codes. Enfin, deux larges extraits de Raymonda sur une chorégraphie de Rudolf Noureev éclairaient la musique narrative de Glazounov dans la plus pure tradition, entre variations classiques et danse de caractère en une série de tableautins délicieusement espiègles et expressifs où la virtuosité technique devient outil signifiant. Du grand art !

MARYVONNE COLOMBANI

Représentations du 27 au 30 septembre au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence

Arthur Perole, star de son vivant

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Nos corps vivants © Nina-Flore Hernandez

Le Pavillon Noir accueillait Arthur Perole, artiste associé pour la période 2022-2023. Le danseur et chorégraphe proposait lors de cette soirée festive et participative Nos corps vivants aux côtés de Marcos Vivaldi (musicien), Benoit Martin (son) et Nicolas Galland (lumière). Alors que le public s’installe autour du module carré sur lequel le danseur va évoluer, des bonbons sont distribués, ceux de nos fêtes d’anniversaires petits, retour à une innocence où l’on ne se pose pas de questions sur le sucre et ses effets nocifs, juste un instant de partage !

« C’est bon ? tout le monde est servi ? », le danseur quitte alors sa doudoune poilue pour dévoiler un marcel pailleté tandis que des bribes de conversations se diffusent, « les drogues mettent en contact avec les fantasmes… j’ai toujours eu peur des autres, depuis que je suis né… les hommes on leur impose pas trop de choses, les femmes si… » Des ondes sonores viennent habiter l’ombre, le corps du danseur se tord, fluide, les bras se tendent, se courbent, essaient l’épaisseur de l’air. Le visage traduit toute une palette d’émotions, se fige dans les attitudes convenues des cartoons. Les mimiques stéréotypées deviennent vocabulaire de danse, la gestuelle normée des conversations est dessinée avec espièglerie et un certain sens du tragique. Derrière la banalité des poncifs où se placent individualité, personnalité, pensée ? 

La voix de Marguerite Duras apporte sa gravité suave : « On ne voyagera plus, ça ne sera plus la peine… quand on peut faire le tour du monde en huit jours… pourquoi le faire ? ». Le corps du danseur, statue vivante, compose une mélodie où les rythmes se heurtent, cherchent l’arrêt sur image, se saccadent, sont emportés dans une écriture qui les dépasse. Puis le performeur jongle, à l’instar d’un Charlie Chaplin, avec les sources de lumière, déploie un clavier de piano pour une chanson de Françoise Hardy. La performance enserrée dans un espace minimaliste ouvre les frontières de nos habitudes, de nos inconscients, l’humour empreint d’un indéniable lyrisme épouse avec tendresse la multiplicité de l’humain. 

MARYVONNE COLOMBANI

Nos corps vivants a été donné le 20 septembre au Pavillon Noir, Aix-en-Provence 

Blind Runner : dans l’angle mort de l’humanité

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Blind Runner © Benjamin Krieg

Depuis plusieurs années, Amir Reza Koohestani puise dans l’actualité qui secoue l’Iran la matière d’un théâtre profondément politique. En s’inspirant de la mort de Mahsa Amini, tuée pour avoir mal porté son voile, et de la journaliste Niloofar Hamedi, emprisonnée à cause de ses enquêtes sur l’affaire, Blind Runner évoque dans le destin de trois personnages toute la politique actuelle de censure et d’atteintes au droits de l’homme de l’Iran.

Mohammad Reza Hosseinzadeh et Ainaz Azarhoush y incarnent un mari, en liberté, et son épouse, emprisonnée pour motifs politiques. Séparés de corps, ils s’aiment de toute évidence, mais sont contraints de n’échanger que sous écoute, dans le parloir d’une prison ou au téléphone. Amir Reza Koohestani fait de leurs échanges gênés l’endroit d’une écriture d’emblée forcément politique où l’intimité proscrite et l’incarcération dénoncent tout un système dévorateur d’émotions et de vies. La mise en scène le confirme. Elle isole les acteurs dans des carrés de lumière, les fait parler en frontal ou de façon décalée dans l’espace, lorsqu’elle ne les fait pas courir d’un bout à l’autre du plateau, sans jamais se rattraper.

La lumière au bout du tunnel ? 

Car si la parole ne permet pas de tisser un lien de résistance alors, pour lutter, il faut courir. Comme le fait Parissa, marathonienne devenue aveugle depuis un tir de chevrotine de la police, et qui participe en Europe à des courses organisées en soutien aux activistes politiques. Il faut aussi s’aider : comme le fait le mari, qui apprend à courir le marathon aux côtés de Parissa, en tant que guide d’aveugle. Il parvient ainsi à voyager, et s’éloigne de sa femme. La marathonienne sera ainsi le double, libre, de la prisonnière, résignée à l’enfermement et à la solitude, en choisissant in fine de risquer l’exil et sa vie dans un plan radical : franchir les 38 km du tunnel sous la Manche. Deux métaphores de l’espoir iranien pour le changement, qu’une chute inattendue précipite soudain dans la nuit.

ETIENNE LETERRIER

Blind Runner a été donné dans le cadre du festival actoral du 27 au 29 septembre à La Criée, théâtre national de Marseille. 

L’odyssée du chant 504

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504 © Juliette Larochette

Certains spectacles touchent au plus juste en mettant en mots une mémoire commune et lui donnant sur scène l’apparence d’une aventure. 504, de Mohamed El Khatib est le récit d’une odyssée. Celle, extraordinaire, de la transhumance estivale de centaines de milliers de Français d’origine algérienne, tunisienne, marocaine, vers les villes et villages du Maghreb. Traversées sur terre et mer, interminables, en famille, à l’étroit dans la chaleur et les bouchons, malgré les dangers de la route… Et dont les vraies stars portent les noms de Renault 12 ou Peugeot 504, des maisons ambulantes pleines à craquer, couronnées de bagages en pile, ou transformées en cinéma. Cinq de ces bolides increvables, ces « dromadaires mécaniques », trônent d’ailleurs sur l’esplanade du fort Saint-Jean, à Marseille.

Dans 504, Mohamed El Khatib convoque surtout, live ou à l’écran, les témoignages de Marseillais, et ressuscite toutes les pratiques associées à ces voyages : rituels du départ, orientation (l’un des protagonistes énumère de tête toutes les sorties d’autoroute entre la France et le Maroc…), K-7 jouées sur l’autoradio, ravitaillement, art du bourrage de coffre, tracas du racisme, de l’extorsion, et accidents fréquents, inventivité permanente, émotion de l’arrivée et rituel des cadeaux à la famille… 504 est ainsi un projet multiple, qui tient à la fois de la performance, de l’enquête sociologique, du cinéma, de l’art, de la muséographie puisqu’en parallèle se tient une exposition d’objets dans le hall : on y trouve tapis de prière portatif, objets usuels, grigris de rétroviseurs, pièces détachées…

L’art du metteur en scène tient à cette capacité à incarner l’expérience vécue. Tandis que la géniale spontanéité de ces récits, souvent pleins de drôlerie, d’humanité, ou d’émotion, rappelle sans doute combien (dans le contexte dramatique actuel) devrait résonner comme universelle l’expérience de la migration, c’est par un jeu de loterie que l’artiste propose de gagner finalement par tirage au sort une Renault 12 du spectacle. Une façon de renouer la mémoire au réel, et de relancer aussitôt sur l’imaginaire des routes les souvenirs, les sourires, et la gratitude du public.

ÉTIENNE LETERRIER

504 a été donné dans le cadre du festival actoral les 29 et 30 septembre au Mucem, Marseille

L’universalisme en question

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Wole Soyinka invité d’honneur des Écritures Croisées qui parcourent les récits littéraires du monde ; la Fiesta des Suds qui accueille, valorise et métisse les musiques du monde ; Alice Zeniter qui interroge la pertinence des personnages féminins écrits par des hommes, et leur poids sur nos représentations de nous-mêmes ; et puis la jeunesse, dans la rue, qui défile pour la Pride, affirmant que toutes les composantes du sigle LGBTQIAP+ forment une réalité différenciée, mais « Indivisible »… 

Cela bouge dans notre culture nationale, au point que certains craignent pour l’universalisme. Qu’est-ce à dire ?  

Le concept, philosophiquement et politiquement marqué par la Révolution française et sa Déclaration des droits de l’homme, a affirmé l’existence de valeurs universelles – dont l’égalité en droits – et d’un régime politique, républicain, qui serait universellement Le Bon. Pour tous. 

Mais dès l’origine cette même République française a nié le droit des femmes et des pauvres, qui ne votaient pas, inventé l’indigénat, laissé l’esclavage en place, oublié le droit des enfants et la protection des minorités. Elle n’a eu de cesse de réduire la liberté de circulation, d’affirmer le droit inégalitaire à une propriété transmissible des biens de production… Et de différencier ceux qui appartiennent à la Nation (puis à l’Europe) et les immigrés (les migrants), d’affirmer les « racines chrétiennes» avant de s’en prendre aux récalcitrants juifs, puis musulmans. 

« Universalisme à la française », sans rire ? 

Après 234 ans de Droits de l’homme les violences sexuelles et sexistes, les actes homophobes et transphobes restent quotidiens, la laïcité s’affirme comme un principe discriminant les musulmans, et l’État français n’a connu que des Chefs blancs, catholiques (ou issus de), hommes cisgenres et hétérosexuels de confession. Universels ?  

Les « minorités », qui sont majoritaires, ne demandent plus seulement l’égalité en droits, illusoire dans les faits, et la protection contre les discriminations et les violences. Elles exigent, au nom du principe de réalité, d’être représentées, par elles-mêmes, sur les scènes, les écrans, dans les instances de décision politique et économique ; elles revendiquent une « parole située », la leur, pour parler d’elles-mêmes. Elles construisent un « pluriversalisme » au bénéfice de tous·te·s, où chacun·e peut décider, jusque dans l’orthographe, de ce qui est bon pour iel, tant qu’iel ne nuit pas à la liberté de l’autre, des sien·ne·s, et de l’avenir.

AGNÈS FRESCHEL

Voyage musical

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À Gardanne, le Trio Nota Femina investissait l’église quasi pleine pour un concert qui privilégiait des œuvres du XXème siècle dans des transcriptions pour harpe, flûte et alto. 

Trop rare sur scène, ce trio réunit des musiciennes de haut vol, Amélie Gonzales Pantin (flûte traversière et piccolo), piccolo solo de la Musique des Équipages de la Flotte depuis 2007 entre autres formations, Guitty Peyronnin Hadizadeh (alto), altiste notamment de l’Orchestre de l’Opéra de Toulon depuis 1987, Elodie Adler (harpe), lauréate de multiples concours internationaux et harpiste de l’ensemble Accroche Note. Cette dernière présentait avec finesse le florilège des pièces interprétées : « le XXème a été une période extrêmement inventive, grâce aux expositions universelles, les compositeurs ont ouvert leurs oreilles aux musiques du monde et nous offrent des voyages à moindre frais ! » Les harmoniques distendues par l’architecture de l’église furent vite apprivoisées par les musiciennes qui jouèrent de leurs débordements. 

En ouverture, les trois interprètes accordaient leur espiègle vivacité à la Fantaisie pour un gentilhomme que Joaquin Rodrigo (oui, l’auteur du célébrissime Concerto d’Aranjuez) dédia au guitariste Andrès Segovia qui l’avait commandée (lui, le « gentilhomme » de la guitare). Inspirée par les danses écrites par Gaspar Sanz (XVIIème siècle), cette fantaisie, œuvre concertante, gardait toute sa fraîcheur et sa puissance dans sa transcription en trio, avec un souci des nuances, des phrasés, des intentions que l’on retrouvait dans la suite du concert. La Suite brève pour flûte, alto et harpe (1923) de Ladislas de Rohozinski offrait ses atmosphères impressionnistes aux frontières du cinéma, modulant d’amples vagues à la harpe sur lesquelles la fluidité de la flûte posait des mélodies qui n’étaient pas sans rappeler certains airs de Fauré. Quatre pièces empruntées à la musique traditionnelle arménienne donnaient l’occasion de rappeler la richesse des musiques populaires dont nombre de compositeurs se sont nourris, se transformant parfois en ethnomusicologues. Le piccolo apportait ses aigus, redessinant les paysages. On se glissait dans l’univers de Maurice Thiriet que l’on connaît davantage par ses musiques de film (Fanfan la Tulipe de Christian-Jacque, Le Grand Jeu de Robert Siodmak, Les Enfants du Paradis (avec Joseph Kosma) ou Les Visiteurs du soir de Marcel Carné, entre autres). Même conçue pour trio, l’écriture reste très orchestrale, multiplie les détails dans la masse sonore, crée des micro-évènements, s’enthousiasme de parenthèses et de commentaires. Nous entraînant à la suite de Ravel dans les contes de Ma mère l’Oye, Pavane de la Belle au Bois Dormant, Le Petit Poucet, Serpentin Vert (Laideronnette, Impératrice des Pagodes), Entretiens de la Belle et la Bête, Jardin Féérique… les tableautins se succèdent alors teintés d’espièglerie et de poésie. La complicité entre les trois artistes apporte une liberté et une expressivité rares, jubilation d’une musique commune qui trouva une énergie passionnée dans l’hommage aux quatre saisons (un extrait, Primavera porteña) de Vivaldi par Piazzola. Un bis aux couleurs irlandaises vient clore ce temps suspendu.

MARYVONNE COLOMBANI

Concert donné le 17 septembre, église de Gardanne, dans le cadre des Journées du Patrimoine

Corps de femmes

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© Dulac distribution

C’est la voix de Claire Simon qui nous fait entrer dans le service Gynécologie – obstétrique et médecine de la reproduction de l’hôpital Tenon  où elle a passé six à sept semaines « C’est la productrice Kristina Larsen qui m’a soufflé l’idée d’aller filmer l’hôpital après y avoir passé deux ans. Je voulais filmer un service hospitalier de femmes…. Entre chez moi et l’hôpital, se trouve un cimetière. Ça m’a fait rire, mais ça m’a aussi fait peur » Un prologue filmé en un seul plan pour ouvrir ce film et les portes de l’hôpital où pendant quelques heures nous allons assister à ce qui peut arriver au corps des femmes, de la jeunesse à la mort. Nous assistons ainsi aux entretiens de jeunes femmes qui souhaitent avorter, aux consultations pour une transition de genre, pour des problèmes d’endométriose, d’infertilité, de cancer. La caméra de Claire Simon s’introduit aussi dans les salles d’opération,  filmant tour à tour, une césarienne, un accouchement sous péridurale, de profil, nous montrant en même temps le bébé qui sort et le visage de la parturiente nimbé de lumière. Parcourant de longs couloirs, nous passons, comme dans la vie, d’instants  remplis de joie et d’espoir à des moments terribles comme cette scène d’entretien où une jeune Hispanique apprend les risques de stérilité après une opération indispensable: la patiente communique avec son médecin à l’aide de l’application Google Traduction de son téléphone portable. Il y a ces scènes extraordinaires de la fécondation in vitro à laquelle on assiste aux cotés d’un stagiaire qui apprend la technique. «Connaître le processus de PMA n’est pas la même chose que le voir. »précise la cinéaste. Si Claire Simon filme avant tout les corps des femmes, elle s’intéresse aussi réunions de médecins, les RCP, où  ils discutent et se mettent d’accord sur les interventions. Et soudain, aux deux tiers du documentaire, on retrouve la cinéaste dans une salle d’attente : « Quand le film et la maladie se rencontrent, c’est important de comprendre. » C’est à présent elle, la patiente : elle apprend qu’elle a un cancer du sein, et plus tard, qu’elle va subir une mastectomie. «  L’hôpital est un lieu où chacun arrive avec son histoire. Il y a une myriade d’histoires. Une valse folle des destinées. La malade n’a qu’une histoire, la sienne. »

Tourné avec une équipe exclusivement féminine, Notre corps, est un documentaire très fort qui nous permet de voir, de comprendre, de mettre en relation mots et images et de réaliser combien la vie est belle et fragile.

Annie Gava

Le documentaire en salles le 4 octobre 2023

FORUM DE BERRE : Une page se tourne

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Zébuline. Que retenez-vous de 35 années passées à la tête du Forum de Berre ? 

Patrick Veyron. Quand je suis arrivé en 1989, la Ville m’a demandé de créer un projet qui soit un lieu de rencontre autour de la pratique artistique. J’ai mis en place cet outil, avec plein d’envies, et je suis fier de ce que j’ai fait. Le Forum a depuis acquis ses lettres de noblesse, et est reconnu dans la région pour ce qu’il est. J’ai aussi vécu une véritable aventure avec  l’équipe. La plupart des gens sont avec moi depuis le début et on a monté cette histoire ensemble. Le Forum continuera d’exister sans moi, mais je suis très fier d’avoir imaginé un projet, d’avoir fédéré une équipe et un public autour de lui. 

Un outil avec une dimension sociale très marquée. 

Tout à fait, quand on parle d’éducation populaire on est en plein dedans. Car à côté de la programmation artistique, il y a aussi de la pratique amateur et des rencontres avec les artistes. Que ce soit avec le public ou les écoles avec lesquelles on travaille. On est un acteur du lien social important, et pas que sur Berre. 

Quelle couleur avez-vous souhaité donner à la programmation toutes ces années ?

Notre programmation a toujours été tournée vers les jeunes talents. Un mix d’artistes qui viennent d’un peu partout : régional, national et international. On a de la musique, mais aussi du spectacle vivant, comme le théâtre, le cirque… On a une programmation diversifiée mais toujours avec le souci de la qualité du spectacle que l’on propose.

Quels artistes êtes-vous particulièrement fier d’avoir invité ? 

Je pourrais vous en citer à la pelle ! Je pense à Marion Rampal ou Perrine Mansuy, que l’on a accompagnées très tôt, et qui étaient professeures chez nous. On a aussi eu Jeanne Cherhal en 1998, elle n’était pas connue et a partagé la scène avec David Lafore, et il n’y avait que 50 personnes dans le public ! Je peux citer aussi Deluxe, Blick Bassy, Yun Sun Nah et même Moriarty. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR NICOLAS SANTUCCI

La saison commentée par Patrick Veryon 
6 octobre. Si seulement, compagnie Ven : «  Un duo superbe entre un jongleur et une équilibriste qui prend pour thème l’amour, la confiance, l’écoute… jusqu’au lâcher prise. »
31 octobre. Bateau, Compagnie Les hommes sensibles : « C’est un spectacle donné dans le cadre du festival En Ribambelle, qui est destiné au jeune public, et à l’adulte qui oublie souvent l’enfant qu’il a été. »
10 novembre. Alexis le Rossignol : « En général, on ne programme pas souvent de l’humour, mais lui on l’adore. Dans son spectacle, il pointe du doigt les travers de la société, et on en sort heureux. »
17 novembre. Perrine Mansuy trio : « Elle vient présenter son tout dernier spectacle, accompagné d’Éric Longsworth et Jean Luc Di Fraya, ses complices de toujours. »
8 décembre. Ignacio María Gómez : « Au cours de ses voyages, il a découvert sa “négritude”. Il propose une musique difficile à définir mais qui tend vers la méditation. C’est un très bel univers. Il est accompagné par Loy Ehrlich, un musicien incontournable dans les musiques du monde. »