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Jamal Ouazzani et Constant Spina : poésie et militantisme à la Biennale des écritures du réel

Avec Jamal Ouazzani et Constant Spina, poésie et militantisme étaient invités à la clôture de la Biennale des écritures du réel

La fin de la Biennale des écritures du réel 2026 était un feu d’artifice de mots. Notamment lors d’une rencontre-lecture organisée en librairie, avec une salle pleine d’auditeurs venus écouter deux écrivains, Jamal Ouazzani et Constant Spina. Intitulée Vers un militantisme poétique, elle a donné l’occasion de mesurer à quel point, lorsque les temps sont difficiles – ou simplement intenses –, la poésie répond à des besoins humains essentiels : « exprimer une vérité dans sa cruauté et sa crudité » disait l’un ; « savoir ce qu’est et n’est pas l’amour », disait l’autre, « et donc apprendre à poser ses limites ».

Formuler la rage et le soin

« La poésie, c’est inutile, mais pour qui ? », demandait Jamal Ouazzani, avant de répondre, comme une évidence : « Pour le capitalisme ». Certes, elle n’est pas rentable, mais demeure la meilleure manière de tirer tout le jus vital de notre capacité langagière. Et parfois, c’est tout ce qu’il nous reste, « quand tout brûle », comme c’est le cas à Gaza. « Cela fait quelque chose. C’est pour cela que les gens pleurent parfois en écoutant un poème de Mahmoud Darwich, mais pas le journal télévisé de 20 heures ». Constant Spina, à l’origine du média Manifesto XXI, a tenu à y intégrer de la poésie, « qui peut apporter quelque chose d’intéressant au journalisme ». En recourant à « des plumes énervées, contre l’injonction de rester neutre. Comment rester neutre face à un génocide ? À Donald Trump ? »

Pour l’un comme pour l’autre de ces auteurs, évoluant dans des milieux queers et progressistes, l’écriture est politique, mais prend aussi une dimension de soin. Il s’agit d’un « cri impossible à ne pas pousser, un élan qui me sauve », explique Jamal Ouazzani, frappé par des cycles de dépression grave. Constant Spina lui doit l’acceptation de sa « condition irréparable » de personne handicapée. Son prochain essai portera sur le care, une notion invitant à admettre notre vulnérabilité plutôt que chercher à tout contrôler.

GAËLLE CLOAREC

La rencontre, animée par Roxana Hashemi, co-directrice de la revue poétique Muscle, a eu lieu le 29 avril à la librairie L'Hydre aux mille têtes, Marseille.
À lire :

Amour - Révolutionner l'amour grâce à la sagesse arabe et/ou musulmane, Leduc Société

Feux de joie, Blast

Jamal Ouazzani

Manifeste pour une démocratie déviante : amours queers face au fascisme

Lettre infinie, Thésée en Sicile

Éditions trouble

Constant Spina

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