D’une beauté douce, d’une gestuelle élégante, d’une voix fine, tout en Noëmi Waysfeld est joli. Il y a deux ans, la chanteuse a décidé de s’attaquer à un monument : Barbara. D’autres s’y sont brisés. Après un concert symphonique donné fin 2024 avec l’Orchestre national Avignon-Provence, c’est une version intimiste qu’elle a présenté à La Criée, accompagnée par Guillaume de Chassy au piano etLeïla Soldevila, à la contrebasse. Le spectacle tient gentiment la route, séduit, touche par instants. Les chansons s’égrènent avec soin : Ma Maison, Dis quand reviendras-tu, Une petite Cantate… Elle prend la parole entre deux titres pour évoquer la place intime de Barbara dans la vie de chacun. « Quelqu’un qu’on écoute seul mais autour de qui on se rassemble dans une ferveur rare », dit-elle avec justesse.
Elle raconte ensuite l’histoire de la chanson Vienne, telle que la rapporte Romanelli, – accordéoniste, pianiste mais surtout compagnon de la dame en noir – lui-même : Barbara ne partait pas vraiment, elle lui glissait chaque soir une lettre sous la porte qui commençait par « Si je t’écris ce soir de Vienne… », et lui en faisait une chanson. Une vraie lettre d’amour entre deux personnes vivant côte à côte.
Paradoxalement, ce sont ces récits, ces récitatifs parlés, théâtraux, qui révèlent la meilleure Waysfeld : dans Mon Enfance, chanson-déchirure où elle cherche sa mère dans les murs et les odeurs sans la trouver, ou dans Le Sommeil, où le chanter-parler témoigne d’une vraie conviction. Je serai douce aussi, habitée, crédible, émeut.
Ça coince
Mais quelque chose manque. Ce qui « faisait » Barbara, ce qui touchait au cœur et aux tripes, c’étaient bien la noirceur, la fêlure, les fractures, la colère souterraine, la puissance créatrice née de douleurs accumulées. Waysfeld, elle, aborde ce répertoire avec une vulnérabilité lisse, une délicatesse lumineuse qui charme sans bouleverser. L’intervention de sa toute jeune fille Fanny Cirou, presque gênante, et le solo pianistique de Guillaume de Chassy, certes élégant, coupent inutilement l’élan.
Alors on se prend à rêver : et si un jour un compositeur écrivait pour Noëmi Waysfeld ? Un répertoire à sa mesure, qui épouserait son expressivité, au carrefour de cultures dans lequel, elle aime flirter entre chants yiddish et mélodies françaises, sans se contraindre à l’ombre d’une légende ? Ce soir, Noëmi était « jolie ». Mais Waysfeld, elle, mérite, comme Barbara d’être grande.
ANNE-MARIE THOMAZEAU
Le concert s’est déroulé à La Criée, le 2 mai 2026 dans le cadre de la saison Marseille Concerts.
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