Ruination, le dernier opus de Ben Duke et de sa compagnie Lost Dog raconte « la véritable histoire de Médée ». par la puissance de corps dansants et incarnant des personnages en mouvement.
En ouverture, on découvre Hadès, maître des Enfers, s’affairant autour d’un corps inerte, enveloppé de plastique. Il s’agit de Jason, fraîchement arrivé dans l’au-delà, bientôt délivré de sa gangue et rejoint par son ex-femme. Coincé dans un purgatoire absurde, entre une porte d’entrée qui accueille les ombres sous des confettis et une sortie sous un néon jaune inquiétant, ce dernier décide de porter plainte contre Médée.
Le mythe est ici littéralement réinterprété à travers une cour de justice infernale. Perséphone et Hadès, vêtus de rose fuchsia éclatant, président ce tribunal d’outre-tombe où Médée comparaît. On y découvre un Jason lâche et opportuniste, dont l’héroïsme repose en réalité sur les actes sombres accomplis par Médée. Si Médée trouve en Perséphone une forme d’alliée, cela ne suffit pas à infléchir le cours du jugement. Malgré ses tentatives d’expiation, l’ombre de l’infanticide demeure, et tout porte à croire qu’elle franchira inéluctablement la porte des Enfers, avant d’avoir bu à la fontaine (une véritable fontaine à eau) de l’oubli.
Œuvre totale
Comme dans un opéra, la bande originale fait partie intégrante de Ruination, avec la directrice musicale et pianiste Yshani Perinpanayagam sur scène aux côtés du brillant contre-ténor Keith Pun. Les interprètes, tous danseur·euse·s, mêlent au texte des moments de pure poésie, incarnant les forces de la luxure, du pouvoir, de l’attraction, de l’obstruction, de la lutte et du destin. Entre humour noir, esthétique décalée et réflexion sur la culpabilité et la mémoire, Ruination offre une expérience théâtrale singulière, saluée par une longue standing ovation.
ISABELLE RAINALDI
Spectacle donné les 29 et 30 avril, au Théâtre des Salins, Scène nationale de Martigues.
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