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« Un moment suspendu » : Pauline Sales joue du korfball avec la jeune troupe de La Criée

Pour la Jeune Troupe de La Criée, Pauline Sales écrit et met en scène Un moment suspendu, l’histoire d’une rencontre humaine sur fond de sport insolite et de paysages marseillais. Entretien

Zébuline. Dans Un moment suspendu, que vous créez le 16 octobre à La Criée, vos personnages se rencontrent autour d’un sport peu connu, le korfball.

Pauline Sales. Je n’avais pas envie que les personnages se connaissent au préalable, et je souhaitais qu’ils se réunissent autour d’une activité. J’ai d’abord pensé à la cuisine, mais en ce moment beaucoup de choses sont faites là-dessus, alors j’ai cherché sur Internet un sport qui réunisse des femmes et des hommes.

C’est comme ça que j’ai découvert le korfball. C’est un sport mixte et paritaire inventé en 1902 par un instituteur néerlandais qui travaillait avec des pré-adolescents en difficulté. Dans une équipe de korfball, il n’y a pas de place attitrée, tout le monde joue en attaque et en défense, et il n’y a pas de contact physique. J’ai beaucoup apprécié les valeurs de ce sport, et je me suis dit qu’on pouvait parler de plein de choses au travers de ce sport.

Pourquoi avoir choisi de situer l’action dans un centre social, avec des personnages qui viennent d’arriver à Marseille ?

Cette pièce est une commande de La Criée, qui va se jouer dans deux formes, une spectaculaire et l’autre plus petite, qui sera jouée notamment dans des centres sociaux. Quand j’ai accepté cette commande, La Criée m’a proposé de rencontrer des travailleurs sociaux qui suivait alors une formation de médiation culturelle. L’idée n’était pas du tout de partir de leurs témoignages pour écrire une pièce, mais plutôt de leur demander ce qu’ils attendaient d’un spectacle accueilli dans leurs centres sociaux. Ils m’ont dit qu’ils avaient envie d’une forme pas trop longue, dans laquelle il y ait de l’humour, et qui parle de la jeunesse de manière plutôt positive.

Et puis, j’ai senti que Marseille, c’était un lieu incontournable pour eux. Plus qu’une ville, une identité très forte. N’étant pas marseillaise, je ne m’en rendais pas compte à ce point-là, et je ne peux pas en parler de l’intérieur. C’est pour ça que j’ai décidé que tous ces jeunes venaient de s’installer à Marseille, qu’ils découvraient la ville.

L’idée de situer l’action dans un centre social est donc venue après les discussions ?

Je me suis dit, quitte à jouer dans des petites salles et des centres sociaux, autant assumer. Au moins, quand on jouera dans un centre social, on n’aura pas de problèmes de scénographie. Et puis, ce sont des lieux auxquels on ne pense pas vraiment théâtralement, alors qu’il s’y passe beaucoup de choses. Des aventures humaines commencent dans ces lieux-là. Ça peut paraître anodin comme ça, mais ça peut être très important pour les individus.

C’est justement une aventure humaine, plus qu’un sport, qui est au cœur de la pièce.

Exactement. À travers ce sport, ils vont apprendre à se connaître, à pouvoir compter les uns sur les autres, à être une équipe dans la vie, autant qu’une petite équipe de korfball. À un moment donné, leur entraîneuse disparaît, elle arrête de venir du jour au lendemain. Ils ne savent pas comment reprendre contact avec elle, et ils se rendent compte qu’ils ne savaient rien d’elle. Elle est mère célibataire, comme beaucoup dans le public des centres sociaux. La pièce parle donc aussi de la précarité, et d’élever un enfant seule.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CHLOÉ MACAIRE

Un moment suspendu
16 et 17 octobre
Théâtre Antoine Vitez, Aix-en-Provence
Programmation hors-les-murs de La Criée

Retrouvez nos entretiens ici

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