Depuis les gueules noires de la mine de Desmond au Pays de Galles, jusqu’à la gentrification des quartiers populaires de Londres, Paul Reas, issu d’une famille ouvrière de Bradford, a traversé, photos à l’appui, les bouleversements de son pays. C’est cette histoire que raconte la nouvelle exposition du Centre Photo Marseille, intitulée Fables of Faubus, à découvrir jusqu’au 30 janvier.
L’accrochage se découpe en six chapitres, comme autant de regards sur une société occidentale en plein doute, ou en pleine déroute. L’œil cinglant de Paul Reas se pose ainsi sur Penrhys Estate, un domaine d’habitation construit à l’origine pour accueillir les mineurs de charbon, qui ne sont finalement jamais venus. À la place, dans cet ensemble glauque aux maisons identiques, on y a placé des familles « à problèmes », que le photographe suit, saisissant l’ordinaire, et l’intime.
Parmi les autres temps de l’exposition, il y a la série I Can Help, qui marque aussi son passage à la couleur. Ici, il dépeint la vie des classes populaires dans les centres commerciaux de banlieues. Il met en image l’absurdité de la consommation de masse – on ne peut que penser au travail voisin de Martin Parr – dans une critique certes aiguisée de la société néo-libérale, mais tendre, et jamais condescendante envers ses sujets.
Le parcourt se conclut en 2012, et montre cette fois la gentrification des quartiers populaires de Londres, comme un dernier coup de massue sur une culture populaire désormais marginalisée, et dont il pointe lui-même les secousses jusqu’à nos jours : « En revoyant mon travail sur la durée, je m’aperçois que tous les éléments qui nous ont menés au Brexit étaient là. Il y a eu la désindustrialisation ; le chômage de masse, la façon dont les classes populaires ont été écartées de la politique, puis les populistes et les nationalistes qui se sont engouffrés dedans. Ma propre culture populaire a été marginalisée. »
NICOLAS SANTUCCI
Fables of Faubus, Jusqu’au 30 janvier
Centre photo Marseille







