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AccueilÀ la Une« Algorithmes queers » de Guillaume Chevillon : les queers face à la binarité numérique

« Algorithmes queers » de Guillaume Chevillon : les queers face à la binarité numérique

Guillaume Chevillon, qui a publié en avril Algorithmes queers, un ouvrage pour le moins stimulant, sera présent pour la Semaine de la Pop Philosophie à Marseille

Il y a, a priori, quelque chose d’étrange, de contradictoire, dans ce titre oxymorique. Comment des algorithmes pourraient-ils être queers, eux qui reposent sur une binarité numérique ? Contrairement aux systèmes analogiques, qui sont continus, le codage numérique est « discret », c’est-à-dire discontinu, reposant sur des superpositions 0 et 1. Quoi de plus étranger à la culture queer qui refuse les séparations binaires, aime les transitions, les entre deux, les cas uniques, la tendresse des erreurs, les tremblements dans les catégories ? Mais que seraient des algorithmes non binaires ?

Guillaume Chevillon est pourtant persuadé qu’il faut les inventer, qu’ils sont possibles, et surtout urgemment souhaitables. L’économiste, professeur à l’Essec et directeur d’un Metalab Institute for AI, Data and Society, n’a rien d’un fantaisiste, et son livre n’est pas un tissu d’élucubrations poétiques. Il enseigne l’économie des industries culturelles, arts et technologies créatives. L’IA, le codage, il connait. La culture queer aussi. Et son ouvrage est tout ce qu’il y a de plus sérieux, et scientifique. Il s’agit non pas de refuser les technologies, d’imaginer leur disparition, de croire qu’on pourrait contenir et brider les dérives ou arrêter l’IA générative. Ils sont déjà là, partout, les algorithmes gouvernent nos moteurs de recherche, les recommandations de nos réseaux sociaux, et ils sont profondément linéaires et déterministes : ils reproduisent des données d’entrainement enregistrées, c’est-à-dire par nature les discours dominants.

Algorithmes politiques

Introduire dans les données des ressorts queers, des nuages, du flou, du contradictoire, du doute, n’est donc pas le doux délire d’un poète, mais un moyen de sortir de l’emprise. Selon Guillaume Chevillon, les algorithmes de recommandation mettent en danger la démocratie non pas incidemment, mais par nature. Ils déclenchent le rejet, le harcèlement, confortent mes opinions arrêtées, les préjugés, au lieu d’ouvrir des portes oubliées vers des voies où l’on cherche à se rapprocher de l’autre, à se questionner sur soi.

Façonner une IA queer est selon lui possible. Le binaire numérique n’est pas un obstacle à l’ère des superpositions et de l’informatique quantique. Il est possible d’introduire du complexe dans les données, et en particulier des œuvres d’artistes queers ; de renverser les analyses de causalité, d’introduire du paradoxal, de la joie, de la légèreté de la couleur. Pour inventer une IA qui ressemble à toute l’humanité et ne reproduise pas le patriarcat dominant. Une IA qui serve l’humanité, plutôt que de la réduire et la détruire.

AGNÈS FRESCHEL

Algorithmes queers
Perturber les technologies, imaginer le futur
Guillaume Chevillon
Editions B42 - 15 €
À venir
Guillaume Chevillon sera présent le 19 octobre à 18h30 pour une rencontre dans le cadre de la soirée L’ère de la défiance organisée par la Semaine de la Pop philosophie (voir p.II) aux Rotatives de La Marseillaise, à Marseille.

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