La liberté de création est scrupuleusement encadrée par la loi qui définit les limites entre une œuvre contestable et une œuvre illégale, et permet, jusqu’à ce seuil, la liberté. Y compris d’être con. Ainsi l’injure et la diffamation sont attaquables par les victimes uniquement, et si quelqu’un déclare que « Netanyahou est une sorte de Nazi sans prépuce », il n’est attaquable que par lui. Est interdite aussi l’incitation à la violence en particulier raciste, sexuelle et pédo-criminelle. Quant au possible trouble à l’ordre public, il peut amener les collectivités à interdire un spectacle non pour ce qu’il raconte, mais pour ce qu’il peut possiblement déclencher.
C’est tout.
En clair vous pouvez dire les femmes sont gouvernées par leurs hormones, mais pas inciter à les frapper. En tenant des propos sexistes, vous risquez une manifestation à l’entrée de votre spectacle, des prises de parole dans les médias et les RS, voire une annulation si ces manifestations deviennent susceptibles de troubler l’ordre public. Mais si ces femmes que vous dénigrez empêchent le spectacle en manifestant dans la salle ou sur scène, elles sont en infraction. De même que tous les intégristes de toute obédience qui veulent interdire les œuvres qu’ils jugent blasphématoires, ou fachos.
Il est interdit d’interdire
Ainsi vous pouvez dire, sur scène, que les Noirs courent vite, que les Juifs sont partout, que les Chinois sont sales et que les Blancs se sont exclus de « l’humanité générique ». Autant de propos racistes au sens propre du terme puisqu’ils supposent des races humaines aux caractéristiques différenciées. On peut trouver ça insupportable et combattre ces œuvres et ces propos, par la critique, la dérision, la protestation. Mais en aucun cas la puissance publique ne peut s’opposer à une programmation parce qu’elle pense que l’artiste a tenu ailleurs, auparavant, des propos moralement ou politiquement contestables. Il faut qu’elle démontre que le spectacle programmé trouble l’ordre public, ou incite à la violence.
Ce n’est clairement pas le cas de Louisa Yousni quand elle vient lire son roman à actoral, festival de création préférant nettement le trouble intime au désarroi public. En suspendant le vote de sa subvention le département des Bouches-du-Rhône répond à une campagne menée sur les réseaux sociaux par l’extrême-droite, et ce report du vote s’apparente clairement à une censure politique. Même s’il n’est question, pour l’heure, « que » d’un report, ne pas mesurer combien ce type d’incertitude financière constitue une menace vitale pour actoral est irresponsable.
Ou le mesurer, au contraire, et souhaiter sa disparition ?
Couperet financier, la censure en pratique
La tentation des collectivités de contrôler les discours des artistes est partagée par tout l’échiquier politique. Revendiquée par l’extrême-droite qui assume de vouloir détruire la subvention publique, cette volonté de contrôle démange aussi certains édiles de gauche, qui connaissent l’impact des œuvres sur la conscientisation politique. Mais il est rare que le retrait brutal d’une subvention publique soit un outil assumé en dehors des municipalités RN. Les autres partis prennent généralement plus de gants, ou de masques.
Ainsi, le département dirigé par Martine Vassal et la Métropole qu’elle a présidée, pratiquaient plutôt, jusqu’alors, la récompense des amis que la punition des ennemis. Ils pouvaient financer la construction d’une salle, la tournée de concerts ou le festival littéraire dans les communes amies… Vont-ils aujourd’hui passer à la méthode forte ?
Tenir ensemble
La déroute budgétaire héritée par le nouveau conseil métropolitain met aujourd’hui en danger immédiat les structures culturelles qui en dépendent. Il serait injuste qu’elles payent les errements de la politique culturelle clientéliste et volontairement opaque qui y a été menée.
Les acteurs culturels demandent à être reçus par une Métropole qui a suspendu ses financements culturels, qu’elle n’a par ailleurs jamais rendus publics. Ils n’ont pas fini de se serrer les coudes, et résistent ensemble à la vague à La Seyne, passée RN ; à Avignon, où la nouvelle municipalité LR est restée sourde à la magnifique solidarité de C’est pas du luxe ; à Port-de-Bouc, municipalité communiste particulièrement impactée par la situation métropolitaine.
La bataille culturelle est clairement entrée dans une phase nouvelle.
AGNÈS FRESCHEL
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