Octobre 1826 : Marseille voit débarquer un animal que personne n’a jamais vu. En 1824, Méhémet Ali d’Égypte fait capturer une girafe encore bébé au Soudan pour l’offrir au roi Charles X. Après un long périple sur le Nil puis une traversée de la Méditerranée, la girafe arrive à Marseille devant une population ébahie. Sa taille immense, ses grands yeux doux et ses petites oreilles vont conquérir les Français.
C’est cette arrivée qui ouvre le roman d’Agnita de Ranitz, un récit fondé sur des faits historiques. Zarafa passe l’hiver à Marseille, chez le préfet et son épouse qui la chouchoutent, puis part à pied pour Paris le 20 mai 1827, escortée par des gendarmes, des antilopes et un mouton. Le roman s’attache à la marche de 42 jours entre Marseille et Paris, et à deux personnages qui accompagnent l’animal. Le premier est Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, célèbre zoologue, âgé, catholique, habitué à la vie mondaine parisienne. Le second est Atir, jeune soigneur musulman élevé dans un village soudanais, ancien esclave, qui connaît les secrets des plantes, des oiseaux et des animaux. Tout les sépare, et pourtant un rapprochement s’opère peu à peu. Le livre raconte ainsi une rencontre entre cultures et entre générations, portée par la présence douce et placide de la girafe.

« Girafomania »
Au fil de la route, c’est aussi toute une page de la vie locale de l’époque qui se déploie.Le cortège croise des maires et des préfets qui rivalisent d’honneurs, fait étape dans des tavernes, et se heurte à ceux qui restent fidèles à Napoléon. Il traverse des champs de lavande et de coquelicots, des vignes et des cépages, de la Provence à la Bourgogne en passant par la vallée du Rhône. Derrière la girafe, une foule venue de loin se presse sur le passage. Zarafa devient la star du Jardin des Plantes jusqu’à sa mort, le 12 janvier 1845, et déclenche la « girafomania ». Sa dépouille naturalisée est aujourd’hui exposée au muséum de La Rochelle.
Paradoxalement, c’est une autrice néerlandaise qui raconte cette histoire. Installée en France depuis de nombreuses années, elle a refait le voyage de Marseille à Paris et même jusqu’au Kenya sur les traces de Zarafa pour les besoins du roman. Pour la célébrer la ville de Marseille a érigé une copie colorée de l’animal en haut de la Canebière. Son ventre accueille une boîte à livres et donne ainsi accès aux passants à de nouveaux imaginaires
ANNE-MARIE THOMAZEAU
Zarafa d’Agnita de Ranitz
Éditions Actes-Sud - 24 €








