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L’art du dialogue s’impose à la Roque d’Anthéron

Rare au Parc de Florans, le duo piano-violoncelle de Lucas Debargue et Victor Julien-Laferrière marque un temps fort du festival

À La Roque, le piano se donne le plus souvent seul, à deux ou face à l’orchestre. Le duo avec violoncelle demeure plus rare, et la réunion de deux artistes amis de longue date n’ayant pourtant jamais partagé l’affiche ensemble, avait de quoi enthousiasmer. Et ce d’autant plus qu’aucune des partitions choisies ne relègue le clavier au rang d’accompagnateur, et que chacune se distingue par une approche singulière de la composition et de l’instrument.

Fauré, inclassable parmi les inclassables, ouvre ce parcours. Victor Julien-Laferrière tire de son instrument un chant mélodique presque éthéré, mais aussi poignant et puissant lorsque l’écriture l’exige. Rien n’est forcé : la ligne respire, soutenue par un piano qui ne la double pas mais l’interroge, l’oriente et lui ouvre d’autres profondeurs. Sur le rare Stephen Paulello Opus 102 aux cordes parallèles, Lucas Debargue, pianiste singulier, lettré, également compositeur, distingue chaque voix sans assécher le lyrisme.

La Sonate de César Franck confirme cet équilibre. Sa version pour violoncelle, autorisée par le compositeur, n’est pas une transcription de circonstance. Le violoncelle n’y occupe pas le centre soliste : il est porté, entouré, englobé par l’architecture mouvante et fascinante d’un piano monumental. La technique est omniprésente ; l’intelligence des plans et la musicalité à l’œuvre n’étonnent pas quand on sait également la carrière de chef d’orchestre de Victor Julien-Laferrière, à l’écoute de toutes les inflexions qui l’entourent.

Le sens de l’écoute

Après l’entracte, les Trois Pièces de Nadia Boulanger fascinent. Deux viennent de l’orgue et conservent quelque chose de son étagement des registres : le violoncelle devient tour à tour pédalier mouvant ou ligne suspendue, tandis que le piano fait chanter le grave et diffuse l’harmonie dans l’aigu. Qui porte alors le chant ? Les deux instruments, selon un échange constant des fonctions. Trop souvent considérée d’abord comme pédagogue, ou laissée dans l’ombre de sa sœur Lili, Nadia Boulanger apparaît ici de nouveau comme une musicienne passionnante.

Grieg ne rompt pas le fil français : on entend plutôt l’estime réciproque que lui et Ravel se vouaient. La netteté du rythme, la couleur, l’art de faire surgir un paysage de l’harmonie. Le duo révèle la modernité et les accents presque français de cette Sonate sans lui retirer son élan propre. Leur entente se mesure moins aux regards échangés qu’à la précision avec laquelle chacun sait écouter et laisser place à l’autre.

SUZANNE CANESSA
Le concert a été donné le 1er août au Parc de Florans dans le cadre du festival international de piano de la Roque d’Anthéron

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Suzanne Canessa
Suzanne Canessa
Docteure en littérature comparée, passionnée de langues, Suzanne a consacré sa thèse de doctorat à Jean-Sébastien Bach. Elle enseigne le français, la littérature et l’histoire de l’Opéra à l’Institute for American Universities et à Sciences Po Aix. Collaboratrice régulière du journal Zébuline, elle publie dans les rubriques Musiques, Livres, Cinéma, Spectacle vivant et Arts Visuels.
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