Si la création peut apparaître comme un refuge pour certaines, elle peut devenir pour d’autres un lieu d’empêchement. Dès 1929, Virginia Woolf affirmait qu’une femme devait disposer de « 500 livres de rente et d’une chambre à soi » pour pouvoir écrire. Car créer ne va pas de soi pour les femmes : des contraintes spécifiques s’ajoutent selon la place sociale qu’occupe chacune, et la société, l’époque où elle vit.
C’est parfois de là, paradoxalement, que jaillit une urgence, un besoin vital de dire, d’écrire. À travers un dispositif immersif singulier, Je crée et je vous dis pourquoi, interroge ce qui nourrit le désir de création féminin. Les textes de treize autrices francophones se retrouvent, portés par six artistes – comédiennes, chanteuse – donnant corps à leurs écritures.
Un appel à écrire
Le projet naît d’une rencontre: celle entre Aurélie Van Den Daele et Hassane Kassi Kouyaté, directeur des Francophonies, des écritures à la scène. De là émerge une commande adressée à des autrices autour d’une question en apparence simple : pourquoi, en tant que femme, créer aujourd’hui ?
Du Congo à Haïti, en passant par la France, la Belgique, le Bénin, le Liban, la République démocratique ou encore le Canada, treize autrices – dont Gaëlle Bien-Aimé, Alison Cosson ou encore Daniely Francisque – répondent à l’appel. Des récits très personnels émergent, évoquant les difficultés à écrire, les silences; Daniely Francisque, par exemple, évoque un désir né d’une parole longtemps étouffée. Le projet prend alors une allure de manifeste, donnant à entendre des voix plurielles.
Une déambulation singulière
Pour écouter ces paroles, il ne s’agit pas de rester assis : le spectateur fait partie intégrante du processus, invité à déambuler à travers différentes « chambres à soi », conçues spécialement dans le théâtre. Dans ces espaces, le jeu des comédiennes, accompagnées d’une chanteuse et d’une dessinatrice, transforme chaque texte en une forme vivante et partagée.
La scénographie imaginée par Aurélie Van Den Daele guide la traversée au cœur de l’intime des autrices. À la présence scénique s’ajoutent un dispositif sonore qui plonge les participant·es tout du long de la déambulation au cœur des récits. Pensé initialement pour quelques représentations, le projet s’inscrit aujourd’hui dans la durée et s’adapte aux lieux investis, promettant des surprises au Théâtre de la Joliette !
Carla Lorang
6 et 7 mai
Théâtre de la Joliette, Marseille
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