lundi 18 mai 2026
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Nom

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Nom © Simon Gosselin

Comment dire une liberté qui implique la destruction de toutes les attaches ? Comment faire entendre une pensée qui refuse les compromis ? Le metteur en scène Hugues Jourdain adapte pour la scène le roman éponyme de Constance Debré, un seule en scène (interprété par Victoria Quesnel) donnant à entendre une parole radicale, tendue vers une quête absolue de liberté.

À travers les derniers instants de la vie de son père, l’autrice raconte une trajectoire de rupture : abandon des cadres sociaux, remise en cause de la famille, du couple, du travail, jusqu’à l’idée même du nom de famille et de la filiation. Un flux verbal qui immerge le spectateur dans une introspection sans concession, au sein d’un espace scénique dépouillé.

M.V.
8 et 9 avril

Théâtre Liberté, Scène nationale de Toulon

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Une bonne histoire

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Une bonne histoire © Sylvain Chabloz

Avec Une bonne histoire, la metteuse en scène suisse Adina Secretan propose un théâtre construit à partir de témoignages, d’archives journalistiques et d’enquêtes menées sur plusieurs années autour d’une affaire survenue dans les années 2000. Souvent désignée sous le nom de « Nestlégate », cette affaire suit l’infiltration de milieux altermondialistes suisses par de jeunes femmes employées par une société de sécurité privée, agissant pour le compte d’une multinationale. L’originalité de la proposition tient à ce geste de « contre-mise en scène » : là où l’infiltration relevait déjà d’une forme de jeu imposé au réel, le théâtre vient réinvestir cette histoire pour interroger la notion de vérité et les stratégies de manipulation à l’œuvre dans nos sociétés contemporaines.

M.V.

9 et 10 avril

Le Zef, Scène nationale de Marseille

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Ceramic Circus

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Ceramic Circus © X-DR

Ceramic Circus du circassien suisse Julian Vogel, fait de la céramique, matériau à la fois résistant et fragile, le cœur d’un dispositif scénique instable et poétique. Seul en scène, l’artiste se transforme en véritable homme-orchestre, en assurant simultanément l’interprétation, la manipulation des objets, la création sonore et les dispositifs techniques. Assiettes en rotation, boule de céramique en suspension, vélo désarticulé ou déplacements en rollers composent un univers en perpétuel déséquilibre, où chaque geste semble menacé par la chute ou la casse. Du suspense, de l’humour, de la poésie autour de la fragilité des existences et de la beauté instable du monde.

M.V.

9 avril
Théâtre d’Arles

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Etty

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Etty de Hagai Levi © X-DR

Projection en avant-première à La Criée, en partenariat avec Arte, de l’intégrale de la série Etty (sortie en salles le 6 mai, disponible à partir du 13 mai sur arte.tv) en présence de son réalisateur Hagai Levi. Pensée comme une immersion, une séance-marathon de six heures, entrecoupée d’un entracte et suivie d’une rencontre. La série retrace le parcours, à partir de ses journaux intimes, d’Etty Hillesum (interprétée par Julia Windischbauer), jeune femme néerlandaise juive, morte à Auschwitz à l’âge de 29 ans. Transposée dans un Amsterdam contemporain sous occupation nazie, une trajectoire marquée par la quête de sens, la spiritualité et la lucidité face à la montée de la barbarie.

M.V.

11 avril

La Criée, Théâtre national de Marseille

Forbon N’Zakimuena hybride le théâtre

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© X-DR

Le théâtre gagnerait-il à être hybridé par le rap ? Les MC, maitres de cérémonies plus parleurs que chanteurs en France, ont de fait beaucoup en commun avec les Prologue, Choeur, narrateur, Jiutai et autre récitant-bateleur qui racontent et commentent l’action dans les traditions théâtrales du monde. La culture hip-hop, venue de la contre-culture pop américaine, irrigue aujourd’hui toutes les cultures populaires urbaines du monde. Adaptant ses rythmes et ses modes aux spécificités locales, les déclinaisons du rap reposent sur un universel : celui d’une réponse, en rythme, en mots, en corps, à l’oppression sociale, raciste et colonialiste.

Jouer, chanter, danser

Le solo de Forbon N’Zakimuena ne prend pas de gants. Il diffuse d’abord les ignobles propos de Zemmour sur les prénoms français – il voulait qu’Hapsatou Sy s’appelle Corinne – puis raconte sa propre histoire. Celle d’un enfant né en France mais qui doit justifier, à 13 ans, du fait qu’il est français, et même de « pourquoi il veut devenir français », devant une juge. Son projet était tout autre. Il voulait retrouver son prénom complet : il s’appelle Zola-Forbon. Or « devenir » français signifie pour lui renoncer à ce Zola, remplacer ce Forbon qui n’est pas dans le calendrier. Ce qu’il refuse, parce que ce qu’il est, son identité, doit aussi à ses parents congolais, aux mots de son père, aux chansons qu’il fredonne sans cesse. À ce Zola, à ce Forbon.

Le rappeur joue les scènes au tribunal, son solo se ponctue de trois très beaux moments de rap qui finissent poing levé. Il affirme son droit à occuper l’espace, à le danser, habillé de lumière, rappelant « Je suis seul devant ils sont nombreux derrière. »

Dans chaque ville où le rappeur passe, son ghetto blaster diffuse les témoignages de ces Français aux prénoms venus d’ailleurs. Qui sont toujours en butte au même racisme colonial, inscrit dans la loi française depuis 1993. Celle qui remit en cause le droit du sol, et qui grignote aujourd’hui les droits des français racisés.

AGNÈS FRESCHEL

Zola pas comme Émile !!! a été joué le 11 mars à Babel Minots, Marseille et le 31 mars au Théâtre des Halles, Avignon.

À venir

23 et 24 avril

Friche la Belle de Mai, Marseille

Dans le cadre de la Biennale des écritures du réel

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Le RN n’aime pas la Vague

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© X-DR

Zébuline. Vous êtes le directeur du festival La Vague classique, créé en 2021 par la volonté du maire Jean-Sébastien Vialatte (LR), dont vous étiez membre de son cabinet. Comment pensez-vous que la vie culturelle de la Ville va évoluer après le changement de majorité ?

Gérald Laïk-Lerda. Sur la vie culturelle je ne peux pas me prononcer je n’ai pas de recul. Pour la Vague Classique les choses sont claires. Jean-Sébastien Vialatte a lancé la saison, tout est en place, et ils ont garanti durant la campagne qu’ils ne reviendraient pas sur les engagements municipaux. Mais ils ont déjà acté qu’il n’y aurait pas de saison 2027.

Depuis leur prise de fonction ?

Oui, cela fait partie de leurs premières déclarations : 2026 sera la dernière édition. Et ils mettent un coup d’arrêt au développement prévu, à l’auditorium qui aurait permis une saison à l’année.

Que reprochent ils à La Vague Classique ?

Des fantasmes. Un fantasme de coût : durant la campagne ils ont parlé de 900 000 à 1 million d’euros, alors que le coût de La Vague Classique, tous frais compris, est de moins de 500 000 euros. C’est moins de 1% du budget de la ville, qui n’a aucun problème d’argent.

L’autre fantasme est celui de l’élitisme. Image associée à la musique classique, alors que le prix des places commence à 10 euros, qu’on peut assister à l’ensemble des 28 concerts de la saison pour 210 euros. Et que nous avons des actions pédagogiques auprès des écoles primaires et dans les maisons de retraites. Et qu’à côté des grands concertistes comme Renaud Capuçon nous invitons de jeunes virtuoses pour leurs premières scènes… Mais c’est ce stéréotype de l’élite culturelle qui a fait office de rejet de l’équipe municipale de Jean-Sébastien Vialatte, alors même que notre politique culturelle visait à l’ouverture pour tous.

Franck Boccaletti est connu pour avoir tenu une libraire vendant des ouvrages négationnistes. A-t-il un projet culturel ?

Oui. Comme partout, Frédéric Boccaletti veut valoriser la culture provençale et les artistes locaux. Ce que nous avons toujours fait, on considère aussi que c’est important, mais réduire la culture à cela est terrifiant. Elle doit ouvrir sur le monde…

Concrètement, qu’avez vous mis en place durant le dernier mandat ?

Par exemple, on a construit un cinéma de 4 salles, le Six n’étoiles, on a permis le retour d’une librairie, la Librairie Charlemagne, on a rouvert la Maison du Cygne, avec ses espaces d’expositions et ses jardins remarquables. Et le projet de bibliothèque est en train de sortir de terre… On peut dire qu’on a mené une véritable politique culturelle pour tous, habitants et estivants.

Pensez vous que la municipalité RN va abandonner ce projet de bibliothèque?

Je ne veux pas insulter l’avenir. Le pôle culturel est lancé, les palissades sont là, et j’espère qu’ils ne reviendront pas là dessus. Ils sont aux affaires depuis moins de 15 jours, je ne veux pas leur faire de procès d’intention.

Comment expliquez vous, au fond, cette défaite, dans une ville où la délinquance est très faible, où l’horizon marin est un des plus beaux du monde, où la population a un niveau de vie élevé…

Agiter les peurs est toujours plus facile que persister à construire. Jean-Sébastien Vialatte est là depuis 30 ans, on n’a certainement pas tout bien fait. Mais les haines, les fake news, l’ambiance générale de terreur agitée dans une population plus âgée que la moyenne ont fait leur office. À 21 voix près, sur 18 000 votants, 38 000 habitants. Leur victoire est là, mais elle est très courte, et nous n’abandonnerons pas.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AGNÈS FRESCHEL


Une édition 2026 préservée, le flou pour la suite
À quelques semaines de la prochaine édition de La Vague Classique, qui se tient du 23 mai au 20 septembre, le nouveau maire d’extrême droite Frédéric Boccaletti assure dans son édito que l’édition 2026 sera préservée, tout en insistant le caractère provisoire de son soutien. « Pour cette édition 2026, et comme je m’y étais engagé, j’ai souhaité que la Vague Classique conserve pour cette année ce qui fait son identité et sa force ». Plus loin, le maire élu avec 21 voix d’avance explique que l’édition 2027 « prendra une nouvelle forme, fidèle à l’esprit et aux engagements pris devant les électeurs. » N.S.

Boccaletti : un maire RN au passif nauséabond

Si le Rassemblement national joue la carte de la dédiabolisation depuis plusieurs années, ce n’est certainement pas avec Frédéric Boccaletti que le parti d’extrême droite va adoucir son image. Député de la 7e circonscription du Var depuis 2022, le nouveau maire de Six-Fours est aussi connu pour avoir tenu à Toulon la librairie Anthinéa – une référence à Charles Maurras – dans laquelle on trouvait des exemplaires de Mein Kampf, et où des ouvrages négationnistes auraient été vendus sous le manteau.

Outre son passé de « libraire », Frédéric Boccaletti a également été condamné en 2000 pour « violence en réunion avec arme ». Selon l’enquête de la police, le nouveau maire aurait donné une arme de poing – pour laquelle il n’avait pas de permis – à un ami, qui a ensuite tiré deux coups vers des personnes hostiles à leurs idées lors d’une campagne d’affichage.

Plus récemment, Libération révélait le joli profil de deux de ses colistiers lors de la dernière élection municipale. D’abord Alain Trillat, qui suit et partage sur Facebook des publications de la page « Pétain Maréchal de France » dans laquelle on trouve de « la documentation antisémite ou collaborationniste, des messages à la gloire des soldats de la Wehrmacht, du Parti national-socialiste français (oui, il y en a eu un) ou de Paul Touvier, le bourreau de la milice à Lyon », explique le quotidien.

En dernière position sur la liste du nouveau maire – last but not least – Pierre Siniscalco, qui repartageait lui aussi des contenus racistes sur Facebook : « Je ne suis pas arabe […] je ne suis pas de la communauté de la pisse de chameau » peut-on lire sur l’un de ses partages ; ou encore une vidéo Youtube (depuis retirée) dont le titre était sans équivoque : « Un écrivain algérien : les Arabes sont arriérés et pas adaptés à la civilisation. »

Soubresaut de l’Histoire, c’est dans la salle Simone Veil que tout ce beau monde se réunit ce mercredi 8 avril pour son premier conseil municipal…

NICOLAS SANTUCCI

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Le théâtre est punk !

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Punk.es © Arnaud Dufau

C’est dans le cadre enchanteur du site de Châteauvallon, à Ollioules, que l’on embarque dans l’aventure de Punk.es. Car ce qui se joue ici est bel et bien une épopée, qui débute comme dans une pièce de William Shakespeare, lors de « l’hiver du mécontentement » de 1976. Le Royaume-Uni, dans cette ère pré-thatchérienne, connaît une crise économique sans précédent et un chômage massif touchant une partie de la jeunesse ouvrière. Dans cette atmosphère crépusculaire émergent des jeunes gens en colère, dont l’histoire a surtout retenu les figures masculines.

Mais Punk.es se concentre sur le parcours de The Slits, formation initialement exclusivement féminine, composée notamment de Ari Up (chant), Tessa Pollitt (basse) et Viv Albertine (guitare). C’est d’ailleurs le cheminement de cette dernière, inspiré de ses mémoires, qui sert d’épine dorsale au spectacle. Sur scène, son incarnation évoque tour à tour Courtney Love et Debbie Harry, comme une hybridation entre Marilyn Monroe et une guitare électrique.

Riffs rageurs

La scénographie restitue l’atmosphère brute d’une salle de répétition ou de concert, à mille lieues des stades rutilants où évoluent aujourd’hui Beyoncé ou Lady Gaga. La musique y est jouée en direct par six comédien·nes talentueux·ses. On y entend, outre Typical Girls, le titre le plus connu des Slits, leur reprise déjantée de I Heard It Through the Grapevine, ainsi que les morceaux emblématiques de l’époque. De Patti Smith, figure tutélaire, à Iggy Pop, le spectacle se clôt sur un I Wanna Be Your Dog surpuissant, en passant par les Sex Pistols et The Clash, les riffs rageurs s’enchaînent pour le plus grand bonheur d’un groupe de lycéens venus assister au spectacle.

La génération X reconnaît au passage Mick Jones, compagnon de Viv Albertine, Sid Vicious ou encore Budgie, futur membre de Siouxsie and the Banshees. Pour la metteuse en scène Justine Heynemann, qui cosigne le spectacle avec Rachel Arditi, convoquer ces figures rebelles revient à offrir « des figures inspirantes aux jeunes générations, revigorantes pour les moins jeunes ». À en juger par l’enthousiasme du public, le pari est pleinement réussi. Punk.es, comme l’indique le point médian de son titre, rappelle surtout combien, dans la musique comme ailleurs, les femmes ont toujours dû lutter pour s’imposer.

ISABELLE RAINALDI

Spectacle donné le 3 avril à Châteauvallon, Scène nationale d’Ollioules.

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Le souffle de la poésie

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© X-DR

L’amphithéâtre de Sciences Po Aix n’est pas une salle de spectacle, mais ce soir-là il l’était presque. Des étudiants, des enseignants, des cheveux blancs : des générations mélangées, venues sans savoir tout à fait ce qui les attendait. Puis levoyage a commencé – Liban, Syrie, Tunisie, Maroc, Gaza, jusqu’en Italie et au Portugal – et toute la salle s’est laissée voguer au gré des Souffles de Méditerranée.

Pour parcourir tout ce chemin, il fallait bien quelqu’un pour ouvrir les portes. Rima Abdul Malak, ancienne ministre de la Culture, directrice du journal L’Orient Le Jour, fondatrice du Rima Poésie Club, n’était rien de tout ça ce soir-là. Elle était passeuse. À ses côtés, Raphaël Imbert, directeur de Campus Art Méditerranée qui regroupe le Conservatoire, les Beaux-Arts et l’IFAMM de Marseille, n’était pas non plus directeur. Il était le souffle.

La musique prend la parole

Pendant une heure, la musique a suivi la même courbe que l’émotion. D’abord discret, presque en fond, le saxophone d’Imbert accompagnait les premiers poèmes sans s’imposer : un paysage sonore, une couleur. Puis quelque chose a changé. Les deux voix, l’une de mots, l’autre de souffle, ont commencé à se répondre vraiment. Le saxophone devenait par moments la voix même du poète, restituant les bouleversements et les silences que les mots venaient de traverser : la guerre, l’exil, la quête d’identité, la langue qu’on arrache… Imbert alternait entre saxophone alto et saxophone basse, poussait des envolées, parfois des cris, son investissement physique était tel que chaque poème semblait lui demander un effort du corps autant que de l’oreille. À un moment, il a simplement retiré le bec de l’instrument pour chanter dedans, nu. La salle a retenu son souffle. Les applaudissements qui ponctuaient chaque poème disaient quelque chose de simple : on ne s’attendait pas à être aussi touchés.

Le Zajal

Pour clore, Rima Abdul Malak a posé les voix de Tueni, Darwich, Farhat, Masri, Kraïem, Laâbi, Pessoa, Merini et Joudah pour finalement porter la sienne. Elle a raconté son enfance au Liban pendant la guerre civile, un oncle menuisier et poète qui pratiquait le Zajal, cette poésie improvisée des repas du dimanche, qu’elle décrit comme « une bulle » dans la violence ambiante. Son poème est une ode à cet art, qu’elle érige en symbole de résistance : quand la violence prend la langue en otage, il reste la poésie. Il reste le souffle. Le dernier vers a tout dit. « Merci la poésie. »

VALENTIN OUZIEL

Performance donnée le 2 avril à Sciences Po Aix.

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Ceci n’est pas une exposition sur l’environnement

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Vue de l’expo © M.V.

C’est dans le cadre de la 8ᵉ édition de la Triennale « De leur temps » que vient de s’ouvrir la nouvelle exposition du [mac], associant les Musées de Marseille et l’Association pour la diffusion internationale de l’art français (ADIAF), cette dernière est notamment connue pour organiser depuis l’an 2000 le prestigieux prix Marcel Duchamp.

Intitulée La vie climatique. Histoires sensibles des collections privées, conçue par Stéphanie Airaud, directrice du Mac et Sandra Delacourt, historienne de l’art, l’exposition interroge le « climat idéal » des musées – environnement stable et contrôlé : lumière, humidité, température – face aux bouleversements écologiques, politiques et sociaux du monde contemporain. Si l’exposition investit tous les espaces du Mac, hall d’entrée, centre de documentation, cinéma, collection permanente, son « noyau dur » se trouve dans les trois premières travées du musée, organisées en trois chapitres.

Vitrines et cloches de verre

La première travée propose plusieurs vitrines et cloches de verre, qui montrent et protègent, telles des métaphores en réduction de l’environnement idéal et protégé du musée. De façon ironique et poétique, avec Béatrice Balcou qui naturalise et encapsule un insecte xylophage, « ennemi historique des collections », ayant endommagé une œuvre de Giuseppe Penone, dont un fragment se trouve toujours dans son « ventre ». Ou un minuscule bâton de verre, exposé au tout début de la travée, contenant des grains d’encens provenant d’une œuvre de Laura Lamiel, placé à côté du grand format explosif et rougeoyant Controlled Burn de l’artiste franco-suisse Julian Charrière, sorte de Big Bang cosmique dans une tour de refroidissement d’un haut-fourneau. Le tout jouant sur l’immensité et le minuscule, le brûlant et le froid.

Une première travée qui interroge également les classifications entre nature morte-objet-vivant, avec par exemple les photographies délicates en noir et blanc de méduses prises dans des sacs plastiques du photographe Jochen Lempert, ou la sculpture de Wilfrid Almendra Nature morte à la figue.

Écologie relationnelle

La seconde travée propose une dimension plus sociale et affective, avec des œuvres qui mettent en jeu des corps en transformation, des identités mouvantes, des récits sensibles. On y trouve notamment une vidéo de la Marseillaise Sara Sadik, Khtobtogone, qui dans une esthétique de jeu vidéo inspirée de GTA, suit un jeune homme s’interrogeant sur son devenir. Ou deux photographies prises en caméra thermique de Smith, visualisant les échanges d’énergie entre êtres et objets, révélant une chaleur partagée, physique autant que symbolique. Ou encore la fragilité et la grâce de portraits signés Françoise Petrovich, jeune adolescent aux cheveux longs, penché sur son mobile, dont la lumière rétro-éclaire le visage, ou d’Edi Dubien avec le portrait d’un jeune garçon associé à un écureuil. Également Double II, une respiration ou un baiser entre deux visages flous, l’un contre l’autre, de Xi Lei, prix Marcel Duchamp 2025.

Ciels et frontières

Dans la troisième travée sont abordées des dimensions plus politiques et historiques, à travers notamment des représentations de ciels, interrogeant le ciel idéal : Cristina Garrido, par exemple, qui dans Local Color Is A Foreign Invention (British Islands), réunit des détails de ciels de peinture du XVIe siècle à aujourd’hui en les classant selon le principe du nuancier Pantone. Ou Tacita Dean avec deux lithographies de couchers de soleil éthérés aux teintes pastels intitulés LA Magic Hour. Dans Colors of grey, Thu-Van Tran propose un ciel où se superposent différentes couches de pigments colorés se référant au code couleur des agents défoliants utilisés par l’armée américaine pendant la guerre du Vietnam, dont l’agent Orange. Et juste à côté, Wet Feet – Broken Container. Fig 1 une photographie de Bouchra Kahalili, réalisées dans un cimetière de navire en Floride, inspirée par la « Wet Foot / Dry foot policy » : une loi de cet État concernant les immigrés cubains, faisant le tri avec ceux qui ont les pieds mouillés, interceptés en mer, expulsés, et ceux qui ont les pieds secs, acceptés.

MARC VOIRY

La vie climatique

Jusqu’au 20 septembre

Musée d'art contemporain de Marseille

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Courir et tout balayer

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Monde nouveau © Jean-Louis Fernandez

Le plateau du théâtre de la Joliette est recouvert de 18 ensembles de vêtements et objets divers (chaussures, gourdes, casquettes, plantes vertes en pots…), des cadres rectangulaires vides sont suspendus au-dessus et seront descendus ou remontés à vue. Une femme vêtue d’un collant chair entre et s’allonge sur le dos. Musique. Les lumières s’éteignent. Puis six personnages, eux aussi en collants, marchent de façon mécanique, traçant des lignes géométriques dans un ensemble parfait, découpant l’espace. Une chorégraphie s’esquisse sur fond musical pendant que l’un d’entre eux dit : « nous n’avons pas à rougir de notre histoire ».

C’est cette histoire qui sera décrite et vécue en quelques tableaux et changements de costumes effectués rapidement sur scène. La femme qui était allongée se lève d’un bond, saisit un balai : elle est en retard pour commencer son travail, ce qui risque de bousculer les cadences du ménage des chambres. C’est le seul personnage qui porte un prénom, Alice, qui évoque le pays des Merveilles. Comme le personnage de Lewis Carroll, elle court et se joint aux autres. Chacun assure qu’il faut accélérer, mieux organiser travail et activités pour améliorer le monde, veiller à ce que la mécanique ne s’enraye pas au risque de provoquer un désordre mondial…

Un grand ménage

Les dialogues enchaînés de manière extrêmement rapide ne permettent ni réels échanges ni contacts entre les personnages. Ils sont asexués, sans âme, ni émotion. Ils organisent leur espace et leur temps, luttent ensemble pour le progrès matériel et la réussite personnelle, jugent ceux qui tenteraient une variante ! La scénographie et la mise en scène rigoureuses et originales de Nathalie Garraud servent le texte violent d’Olivier Saccomano qui nous bouscule, nous ouvre les yeux. Un personnage se « demande si nous ne serions pas arrivés au bout de quelque chose ? ». La fin, inattendue, surprend : les comédiens, toutes et tous excellents, revêtus de la même tenue de techniciens de surface, se saisissent de balais et font un grand tas de tous les costumes et objets. Tout est à reconstruire, à recommencer. Une image dystopique glaçante.

CHRIS BOURGUE

Créé au Printemps des comédiens 2025 de Montpellier, Monde nouveau s’est joué au Théâtre Joliette du 31 mars au 3 avril, en programmation avec le Zef

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