mardi 7 juillet 2026
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Le rock envahit La Plaine

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Le Bien © Olivier Scher

La formule est désormais bien connue. 4 scènes, 16 groupes, une journée de concerts, gratuits, sur la place Jean-Jaurès à Marseille. Ce 31 mai, voici venue la troisième édition de La Plaine du rock, toujours portée par l’association Phocéa rocks, le bar de L’Intermédiaire et les nombreux bénévoles qui permettent à cet événement d’avoir lieu.

Cette année, que des groupes du coin que l’on n’a jamais vu dans cet événement : normal, ce sont les deux conditions sine qua non pour y participer. Passent ainsi l’expérimental Ganagobie, que beaucoup ont découvert lors d’un brillant concert au Petit Cab plus tôt dans l’année. La pop fraîche de Samedi Midi aussi ; le garage-punk-rock de Cagnard, Le Bien et de Sasha Vaughan. Le doom/métal sera représenté notamment par Monastr, de la pop avec Abstract Puppet. Beaucoup de jeunes talents à découvrir, mais le rendez-vous n’oublie pas les anciens : on écoutera Daniel Sani & les Monomaniaques et leurs compositions garage-yé yé, et les vétérans de Filade, avec des anciens de Rats don’t Sink, Odd Beast et Unfit.

N.S.

31 mai
Place Jean-Jaurès
, Marseille

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Une tête importable

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©X-DR

Ce qui frappe d’abord, chez Jean-Claude Bolle-Reddat, c’est une forme inédite et inattendue de douceur. Car le cynisme bernhardien, si ardent soit-il, n’est pas nécessairement un bloc de brutalité. Dans La Remise de prix, adaptée de Mes prix littéraires et sobrement mise en scène par Laurent Fréchuret, Thomas Bernhard raconte ses prix littéraires comme on raconterait une série de catastrophes intimes. L’écrivain reçoit 5 000 marks, achète une voiture de luxe et la plante. Il en reçoit 10 000 autres, et se lance contre l’avis de tous dans un investissement immobilier épouvantable. Il vit chez sa tante, se rêve reclus, se rend aux cérémonies comme à l’abattoir, avec ce mélange de vanité, de honte et de dégoût qui rend le personnage à la fois insupportable et bouleversant.

L’un des très beaux moments du spectacle tient à une inaugurale histoire de costume. Il faudrait s’habiller pour recevoir le prix, se présenter, tenir son rang, entrer dans l’image que la société fabrique pour ceux qu’elle distingue. Mais Bernhard voudrait surtout pouvoir se changer lui-même. Aux vestiaires, il rêve moins d’enfiler un habit convenable que de se débarrasser de sa propre tête, devenue, elle aussi, « complètement importable ».

Laurent Fréchuret laisse l’acteur tenir cette ligne délicate : faire entendre la férocité sans écraser la fragilité. Bolle-Reddat ne joue pas un imprécateur confortable, ni un atrabilaire satisfait de ses bons mots. Car il y a aussi la langue. Une langue de la répétition et de la rumination augmentées, où chaque reprise ajoute une couche de rage, de précision, de burlesque. Les mots enflent, se cognent, tournent autour d’une idée jusqu’à ce qu’elle devienne à la fois comique et intenable.

Le discours final, enfin prononcé et coupé court, est d’une violence considérable – et d’une drôlerie jubilatoire. On comprend alors cette autre phrase de Bernhard, lancée à une audience médusée : « Il y a aujourd’hui à Vienne plus de nazis qu’en 1938. » La formule est terrible, mais elle ne tombe pas comme une provocation gratuite.

Car le révélateur du monde est aussi celui qui peine décidément à y vivre. Le poète démasque les institutions, mais trébuche sur ses propres chaussures. Le choix de fin est très beau, d’une noirceur presque kafkaïenne. Après le rire, après l’éclat du discours, demeure la solitude.

SUZANNE CANESSA
Le spectacle a été joué les 20 et 21 mai au Théâtre de l’Ouvre-Boîte à Aix-en-Provence

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« J’ai tout perdu, sauf mon art », au Mucem une conférence sur la résilience palestinienne

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© G.C

Comment le monde artistique fait-il face à l’anéantissement de Gaza ? Le 21 mai, débutait au Mucem un colloque sur ce thème, organisé par le collectif Maan for Gaza Artists et le département de la recherche et de l’enseignement du musée. Pas sans remous, le Crif Marseille-Provence ayant appelé à un rassemblement pour protester et réclamer qu’un même type d’événement soit organisé pour Israël, par souci « d’équité ». Une conception de l’équité saumâtre, pour les militants pro-Palestine qui leur faisaient face devant le bâtiment.

Foin des cris et slogans, dans l’auditorium Germaine Tillon, l’ambiance était studieuse et concentrée, durant l’après-midi consacrée au rôle des artistes en temps de guerre. Autour de la modératrice Kahena Sanaâ, trois témoins rescapés de Gaza : Maisara Baroud, Maha Al-Daya et Mustafa Mohanna. Tous ont créé pour documenter l’horreur de ce génocide, mais aussi la résistance du peuple palestinien, le fameux « sumud », mot signifiant résilience, ténacité, persévérance.

« En tant qu’artiste, disait Maisara Baroud, on ressent exactement la même chose que n’importe quel autre citoyen. Simplement, en ce qui me concerne, j’ai tout perdu, sauf la passion pour mon art. » Ses dessins en noir et blanc, juxtaposés avec des photographies terrifiantes de quartiers rasés, corps sous linceul, mères en deuil, ont puissamment remué l’assistance, pourtant avertie. Sa consœur Maha Al-Daya a choisi l’art ancestral de la broderie pour réaliser des cartes de la bande de Gaza, commencées à même la toile de tente de son exil. Le sculpteur Mustafa Mohanna, lui, a travaillé aussi longtemps qu’il a pu avec les enfants gazaouis. Il a fini son allocution par un hommage terrible à ceux d’entre eux qui sont morts depuis.

Christine Cadot, politologue à Paris 8, a alors pris la parole avec beaucoup de pudeur, pour déplorer l’absence de réaction internationale : « Ce n’est pas par la force du droit que certains demeurent en vie, mais parce que les bombes ne sont pas encore tombées sur leur maison ».

GAËLLE CLOAREC

Conférence donnée le 21 mai au Mucem, Marseille.

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La Belle de Mai va faire la fête

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French Fanfare © X-DR

Musique, cinéma, cabaret, cuisine, ateliers photo… À l’occasion de Belle fête de mai, le quartier se transforme en un joyeux espace de partage. De la place Caffo au jardin Levat, en passant par le boulevard Boyer, la fête s’invite partout dans le quartier. Le vendredi 29 mai, la place Caffo accueille laFrench Fanfare, réunissant 24 élèves de CM1 de l’école Bernard Cadenat et cinq musicien·nes professionnel·les, portée par le festival Marseille Jazz des Cinq Continents. Suivront la Batucada Muleketu, La Rezi et AF aux sonorités afro-urbaines, puis le chanteur Tifol entre pop, reggae et bossa nova. Le samedi 30 mai, place à un karaoké marionnettique des Massalia Web Trotters, un plateau hip-hop et la venue du trio Ahinama Umba mêlant guaguancó, chachacha et timba.

Mais la Belle fête de mai, c’est aussi des ateliers et des animations : écologie avec Unis-Cité, fresque recyclée avec l’Afev, tournoi de jeux vidéo avec l’association Loncle13, initiation aux danses urbaines avec AF ou encore temps de parole autour des luttes contemporaines des habitants. Le cinéma sera aussi de la partie avec le Festival Ciné-Palestine. Dimanche, l’Embobineuse ouvre sa cour pour barbecues, concerts et projections. Au Couvent, place aux expositions et au cirque avec Percée de la compagnie Les Émettrices, avant un final à la camaraderie signé Tokayo Live Band, entre hip-hop et poésie.

C.L.

Du 29 au 31 mai
Belle de Mai,Marseille

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« Oh les beaux jours » ravive le souvenir d’Omar Sharif, et d’un monde disparu

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© Kris Pothano

Dans le cadre de la Saison Méditerranée et du programme Livres des deux rives, le festival Oh les beaux jours ! a réuni au fort Saint-Jean du Mucem cinq écrivain(e)s autour d’une invitation : monter sur scène avec un texte, une figure, un souvenir autour de la légende d’Omar Sharif. Ni spectacle, ni performance, cet engagement dans une littérature vivante était mis en scène par Amine Adjina avec une inventivité remarquable. Omar Sharif est là, bien sûr. Il donne son nom à la soirée. Mais il n’en est pas le seul héros. Plutôt le prétexte, le fil conducteur, la porte d’entrée vers un monde arabe des années 1960 restitué dans toute sa complexité : radieux et politique, romanesque et douloureux.

Marwan Chahine, alors qu’il est correspondant du journal Libération en Égypte, se souvient d’avoir croisé l’acteur dans un hôtel du Caire sans reconnaître le « vieux moustachu en peignoir ». Ce ratage évolue vers un hommage à l’immense chanteuse Warda, « la Rose », qu’il découvrira – pour avoir dû écrire sa nécrologie – le lendemain de sa mort, lui qui avait toute sa vie tenue à distance les mélodies arabes sirupeuses que son père libanais exilé en France écoutait avec mélancolie.

L’écrivaine Nassera Tamer prête sa voix à Faten Hamama, l’unique épouse du grand Omar pour laquelle il se convertit à l’Islam. On découvre dans un sublime monologue la passion de celle qui fut ignoré de ce côté de la Méditerranée, la seule pourtant à connaître, derrière le sourire « large comme le Nil » de l’acteur, le clinquant des palaces et des ovations, ses petites lâchetés, sa haine viscérale des injustices et sa blessure jamais guérie de la terre quittée : Alexandrie où il était né et Le Caire qu’il retrouva pour mourir.

Époque nostalgisée

Le monde arabe de ces années-là, c’est aussi celui des mères et des enfants pauvres qui regardent les films égyptiens, seules fenêtres sur le monde. Le cinéaste et écrivain Abdellah Taïa, dans une prestation à la fois drôle, touchante et enthousiasmante s’en souvient. Il fait revivre la petite pièce de la maison de Salé (Maroc) dans laquelle, Ommi (maman), ses sœurs et lui, l’enfant gay, entassés, se passionnent pour la ténébreuse Berlenti Abdel Hamid, éternellement en colère, qui voulait dominer les hommes et refusait la morale officielle de femme dévouée. Un hymne aussi à cette mère insolente et sauvage qui lui a appris à écrire, à résister et à crier.

Cette époque dorée, nostalgisée porte aussi en elle ses propres trahisons. La Tunisienne Amira Ghenim,le dit avec force en arabe en convoquant Bourguiba : elle raconte le retour triomphal depuis Marseille et son fort Saint-Nicolas, les cinq premières années de cette immense révolution… Puis décrit le pouvoir qui s’éternise et la déchéance : « Pourquoi n’as-tu pas été traitreusement assassiné. Tu serais parti comme un grand leader ? » La question que son père murmure le matin du coup d’État de Ben Ali traverse l’espace comme une lame.

L’éditrice algérienne Maya Ouabadi prolonge cette méditation sur les grandes causes et leurs ombres, en rendant hommage à deux femmes : l’écrivaine algérienne Assia Djebar et Josie Fanon, épouse française de Frantz, devenue militante algérienne. Elle se suicida à Alger en 1989, désillusionnée par le pays pour lequel elle avait tout donné. Sur fond de photos, de musique et d’extraits de films, la soirée a porté le deuil d’un monde qui fut, ou plus sûrement, de ce qu’il aurait pu advenir : brillant, érudit, vivifiant.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

La soirée s’est déroulée le 21 mai au Fort Saint-Jean (Mucem).

Ça continue
Lectures musicales, rencontres, débats… Oh les Beaux jours continuent jusqu’au 31 mai.

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La boîte à souvenirs de Zineb Sedira

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ZniebSedira © ClaraPrat

Au milieu de la grande salle du cinquième étage de la Friche, une mystérieuse boîte trône, et à son sommet un néon. En lettres vertes, on peut y lire la phrase : « Les rêves n’ont pas de titre ». C’est le nom de l’installation de Zineb Sedira, conçue à l’origine pour le pavillon français de la Biennale de Venise 2022. Elle est visible pour la première fois à Marseille.

Libertés archivées

Guidé·e par le son et la lumière, on pénètre dans une salle de cinéma. En boucle, un film de Zineb Sedira tourne. L’artiste franco-algérienne s’y met en scène, à la fois actrice et réalisatrice, et recrée le cinéma de son enfance dans les années 1960, « un cinéma militant, anticolonial et anticapitaliste ». D’une scène de fête à la performance d’un groupe de musique, dont la chanteuse entonne les paroles « Set me free, my life belongs to me », le film allie éléments autobiographiques, documentaire et reproduction de scènes issues de coproductions entre des réalisateurs français, italiens et algériens.

À cette époque, ils utilisaient le cinéma pour dénoncer la colonisation de l’Algérie, comme dans le film La bataille d’Alger, rejoué à l’écran. « Je voulais écrire un film sur les films, ramener ma voix de femme pour raconter mon histoire personnelle et celle de ma famille, entremêlées avec l’histoire postcoloniale de l’Algérie. »Dans un hommage au cinéma politique et engagé, Zineb Sedira évoque « les bavures policières dans les HLM », aussi bien que les moments heureux de l’après-indépendance. Pour résister, l’artiste dénonce, danse, chante, rêve. Et rappelle la place du cinéma comme un espace de mémoire collective, brouillant volontairement la frontière entre fiction et réalité.

IVANIE LEGRAIN

Les rêves n’ont pas de titre

Jusqu’au 27 septembre

Friche La Belle de Mai, Marseille

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Le mur et ses revenants

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Derriere La Vitre 1996-98 © Ernest Pignon-Ernest - Courtesy Galerie Lelong

Ernest Pignon-Ernest sourit. Souvent. Notamment lorsqu’on évoque au sujet de ses collages le courant du street art, qu’il a « tout de même devancé d’au moins quarante ans ». Il faut dire que la nuance est essentielle : il ne s’agit pas pour l’artiste d’installer une image dans la rue, encore moins de faire de la rue « une galerie à ciel ouvert ». Mais bel et bien de « faire de la rue une œuvre », d’y « inscrire le temps, l’espace, la mémoire ».

C’est ce que déploie la superbe carte blanche du musée Ziem : près de soixante ans de dessins, sérigraphies, photographies, archives ; non pas les restes d’un art éphémère, mais ses traces vives. Car chez Ernest Pignon-Ernest, la référence n’est jamais citation savante ni hommage poli. Elle est choix actif, friction, résonance. Un corps de papier vient réveiller un lieu, et le lieu, à son tour, redonne au corps son poids d’histoire.

Faire résonner les morts

L’artiste le formule magnifiquement : « inscrire un élément de fiction dans le réel », pour « travailler la mémoire » du lieu, « révéler, perturber, exacerber » sa symbolique. Rimbaud, donc, n’est pas seulement Rimbaud : collé dans Paris, puis vers Charleville, il devient adolescence en fuite, mythe circulant, visage arraché au portrait de Carjat et rendu aux murs. Les gisants de la Commune ne commémorent pas : ils font remonter les morts à même les pavés. Pasolini, à Rome, porte son propre cadavre dans ses bras ; image christique, image politique, image littéraire, où Caravage, la Passion et la ville populaire se répondent.

Desnos, Nerval, Genet, Neruda, Darwich : les poètes chez lui ne décorent rien. Ils incarnent des pays, des blessures, des contradictions. À Haïti encore, les fantômes surgissent parce qu’un lieu les appelle. L’écrivain assassiné Jacques Stephen Alexis y occupe une place à part.

Retour aux sources

Martigues rend ce principe particulièrement lisible. Ernest Pignon-Ernest y revient parce qu’il y était déjà venu, au début des années 1980, invité lors de l’installation du musée Ziem dans l’ancienne caserne des douanes. Sur un mur demeure une rare empreinte pérenne : études anatomiques, objets archéologiques, silhouette de Prométhée, figure de la Martégale. Dans la ville, les collages dialoguaient avec les ruelles, les canaux, les usines pétrochimiques. Prométhée, inspiré d’Oppenheimer, y faisait résonner feu volé, science, puissance industrielle et menace atomique. La Martégale répondait aux collections du musée, mais aussi à une mémoire populaire, méditerranéenne, au centre de la plupart de ses explorations.

L’exposition a l’intelligence de ne pas figer cette disparition programmée. Elle montre les images, mais aussi les processus : ateliers de sérigraphie, diapositives, témoignages d’habitants, genèse des Arbrorigènes, nés à Martigues dans le dialogue avec le scientifique Claude Gudin. Et elle prolonge la résonance en confiant à Ernest Pignon-Ernest le rôle de commissaire dans les collections graphiques de Félix Ziem : d’un dessinateur à l’autre, du voyageur de lumière à l’arpenteur d’ombres.

Carpentras

Ironie du sort, ou du moins d’une étrange année d’élections : son amarrage provençal se dédouble. À Martigues, où l’exposition retrouve les traces d’un passage ancien ; à Carpentras, où l’Inguimbertine présente Ombres de Naples et devait accueillir une importante dotation de l’artiste. Mais là encore, Ernest Pignon-Ernest rectifie. Dans la « situation de Carpentras », désormais dirigée par le RN, il remet en cause ce don. Et rappelle qu’il s’adresse à une institution, à une histoire, à un territoire où s’est inventée une part de son travail, non à une conjoncture politique.

La précision dit assez la vigilance d’un artiste qui n’a jamais séparé les lieux des forces qui les traversent. De Martigues à Naples, de Naples à Carpentras, sa géographie reste donc une géographie de tensions : poétique, savante, populaire – et épidermiquement politique.

SUZANNE CANESSA
Carte blanche à Ernest Pignon-Ernest
Du 23 mai au 15 novembre
Musée Ziem, Martigues

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Juif, musulman… dans le regard de l’autre

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Elle a grandi à Paris, vécu à Tunis, appris l’arabe, et c’est à Marseille qu’elle a finalement posé ses valises, quelques mois après le 7 octobre 2023. Cléo Cohen, 32 ans, petite-fille de juifs tunisiens et algériens, n’en finit pas de renouer les fils d’une histoire familiale. Après son documentaire autobiographique Que Dieu te protège, sorti en 2021 qui partait d’une question personnelle : faut-il choisir entre être française, juive et arabe ? – pour y répondre, elle avait rendu visite à chacun de ses quatre grands-parents, juifs d’origine algérienne et tunisienne exilés en France dans les années 1960 – elle s’attaque à cette série radiophonique, commandée par le chercheur britannique Samuel Everett, dont la famille est elle aussi d’origine juive algérienne. Ensemble, ils ont voulu interroger ce que le 7-Octobre avait fait aux relations entre juifs et musulmans dans trois villes : Marseille, Manchester, Montréal.

Zébuline. Pourquoi avoir choisi Marseille ?
Cléo Cohen. Marseille s’imposait. C’est la dernière grande ville juive diasporique de Méditerranée marquée par les migrations comoriennes, nord-africaines, arméniennes. Notre parti pris a été d’interviewer seulement des personnes implantées depuis longtemps dans la ville, ayant des relations réelles avec l’autre communauté. J’ai découvert une histoire que je ne connaissais pas : celle de liens très profonds, bien expliqués par l’historienne Karima Dirèche, qui témoigne autant par son expertise que par le prisme de sa trajectoire personnelle.

Qu’est-ce qui vous a poussé vers ce projet ?
Deux chocs successifs. D’abord l’attentat de la Ghriba, en avril 2023, un pèlerinage juif sur l’île de Djerba, l’un des plus anciens du monde, où un garde en uniforme a ouvert le feu sur les fidèles. J’y assistais. Ça a réveillé un traumatisme familial très ancien : ma famille avait fui la Tunisie précipitamment après le 5 juin 1967, le jour où éclatait la guerre des Six Jours. Des émeutes avaient ravagé Tunis pendant deux jours, les magasins juifs pillés, la Grande synagogue incendiée. L’histoire se répétait. Puis le 7-Octobre est arrivé, et j’ai dû me résoudre à quitter Tunis pour Marseille, ville où je me sentais le plus de vivre.

Qu’avez-vous trouvé de différent à Manchester et Montréal ?
Les configurations sont différentes. À Montréal, les juifs sont en partie ashkénazes, mais il y a aussi beaucoup de juifs marocains émigrés. La question des peuples autochtones y est très présente, elle traverse les deux communautés. À Manchester, la population musulmane est majoritairement d’origine indienne ou pakistanaise, le lien à la Palestine est donc médiatisé autrement. Ce qui m’a frappée, c’est que dans chaque ville, interroger ces relations fait remonter les histoires coloniales propres à chaque pays. Le décret Crémieux, par exemple, cette loi imposée par la France en Algérie pour naturaliser les juifs mais pas les musulmans, stratégie délibérée de division, resurgit encore.

Quelle conclusion tirez-vous de l’ensemble ?
Je me méfie des conclusions générales. Mais une chose revient partout : la peur du soupçon désormais. Les juifs craignent d’être assimilés aux partisans de Netanyahou ; les musulmans, comme soutiens du Hamas. Chacun craint le regard de l’autre. En même temps, tous s’accordent à dire que les logiques politiques sont loin de leur vie quotidienne, du fait de partager un quartier, une cuisine, une histoire méditerranéenne commune. C’est cette tension fragile que le podcast essaie de tenir.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR ANNE-MARIE THOMAZEAU

Rencontres fragiles, épisode 1 (Marseille), disponible sur Radio Grenouille et toutes les plateformes de podcast. Les épisodes Manchester et Montréal suivront.

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Concert dans la grotte

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Les Itinerantes © X-DR

Le collectif Echo-in.live investit la grotte Sainte-Marie-Madeleine au Plan-d’Aups-Sainte-Baume, pour une soirée originale. Le trio vocal Les Itinérantes – Manon Cousin, Pauline Langlois de Swarte et Elodie Pont –, y présente Terra Mater, un concert a cappella en plus de trente langues, célébrant le féminin de Hildegarde von Bingen aux compositrices contemporaines, en passant par les chants orthodoxes et les hymnes à Marie-Madeleine. L’expérience débute dès 18h15 par une montée collective de 45 minutes à travers la forêt ancestrale. Après le concert, un verre de l’amitié avec les Vignerons de la Sainte-Baume précède une redescente nocturne. Prévoir chaussures de marche, lampe frontale et vêtements.

A.-M.T.
31 mai
Grotte Sainte-Marie-Madeleine, Plan d’Aups

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Comptes et légendes de famille

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Comptes et légendes de famille © X-DR

Quel héritage nous lèguent nos parents ? Ceux d’Émilie lui ont laissé une vieille carte postale des années 1960 et les clés d’une Volkswagen. Des souvenirs mystérieux qui vont l’emmener jusqu’à Scrupt, un village des Ardennes. Accompagnée de son compagnon Constant, elle se lance sur la trace de ses parents disparus, explore les secrets de cette famille qu’elle pensait connaître. Sur scène, le road trip prend la forme d’un cinéma et reprend les codes du tournage des films familiaux. Une caméra filme en direct, et le théâtre vivant se mêle à des projections vidéo. Toujours comique mais aussi intensément bouleversant, le spectacle, imaginé par Félicien Chauveau du collectif La Machine, crée un voyage poétique autour de la transmission familiale et de la recherche vertigineuse de sens.

I.L.

28 mai

Les Salins, Scène nationale de Martigues

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