dimanche 8 février 2026
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Au Cirva, la poésie du verre

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© M.D.C

La plupart des Marseillais ignorent l’existence du Cirva, Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques, installé au 62 rue de la Joliette, dans une ancienne manufacture de vêtements. Il faut dire que le Cirva n’ouvre que très rarement ses portes au public. Il n’a pas vocation à être un musée, ni une galerie. C’est un lieu de résidences artistiques, de formation, d’apprentissage pour les verriers, laboratoire des possibles, avant tout.

C’est pourquoi l’exposition de pièces de sa collection au Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne jusqu’en mars 2026 est l’occasion de mesurer sa place unique dans l’expérimentation et la création de cette matière. Une matière si particulière, à la fois liquide et solide, née de la silice, qui accompagne depuis si longtemps l’histoire de l’humanité.

Si l’institution stéphanoise accueille cette exposition, dont l’un des commissaires est Stanislas Colodiet, directeur actuel du Cirva, ce n’est pas totalement un hasard. Les deux structures sont nées dans les années 1980 et ont accordé toutes les deux, au design, une place de choix.

L’histoire commence en 1983

En 1982, Jack Lang inaugure l’exposition New Glass, verriers français contemporains, art et industrie, au musée des Arts décoratifs à Paris. L’année suivante, le Cirva voit le jour à Aix, puis déménage à Marseille en 1986. Le Centre répond alors à des commandes publiques à des travaux de recherche dont celles de Pierre Soulages pour les futurs vitraux de Conques.

Le grand designer italien Gaetano Pesce y travaille sur des lustres et avec les équipes techniques, met au point le brevet de « Mistral », procédé de projection de particules de verres à haute température, dans les années 1990. À la fin de cette décennie, Othoniel, natif de Saint-Étienne, met au point un prototypage des perles du Kiosque des noctambules de la station de métro Palais Royal à Paris. Plus récemment, en 2023, le Mucem commande à Mathilde Rosier des dizaines d’œil-graines en verre, œuvre poétique s’il en est.

L’exposition dévoile donc la plupart de ces réalisations signées par de grands noms de l’art contemporain et du design international. Les noms de tous les intervenants techniques les accompagnent justement sur les cartels. Le verre est soufflé, thermoformé, fusionné, peint ; il joue avec la lumière, l’opacité. Bob Wilson lui crée des séries conceptuelles. Il est objet du vase qui peut devenir nature morte comme le triptyque C de l’Américaine Betty Woodman, ou figure comique chez Hervé Di Rosa.

Pour admirer certaines œuvres et les savoir-faire du Cirva, il faudra passer par Saint-Étienne ces prochains mois, ou attendre les prochaines Journées européennes du Patrimoine, et passer la porte de ce précieux centre marseillais.

MARIE DU CREST

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Jean Christophe Maillot livre sa Bayadère 

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Ma Bayadère © Hans Gerritsen

À la tête des Ballets de Monte-Carlo depuis plus de trente ans, le chorégraphe français poursuit son œuvre de réinterprétation des grands ballets classiques. Après avoir revisité Roméo et Juliette, Cendrillon, Le Lac des cygnes ou encore Casse-Noisette, lechorégraphe s’est attaqué au monument chorégraphique créé par Marius Petipa en 1877 sur une musique de Léon Minkus. La Bayadère est devenue Ma Bayadère, pronom possessif qui n’a rien d’anodin.

En effet, il ne s’agit pas d’une énième reconstitution de l’intrigue orientaliste originale, où une bayadère nommée Nikiya meurt empoisonnée avant de retrouver son amant Solor au Royaume des ombres. Maillot abandonne l’Inde fantasmée de Petipa pour plonger le spectateur dans les coulisses d’une compagnie de danse contemporaine.

Une mise en abyme

Les tensions et rivalités qui animaient la cour d’un raja indien sont transposées dans le microcosme d’un studio de répétition. Les danseurs succèdent aux costumes exotiques, et les dynamiques hiérarchiques de la compagnie se substituent aux intrigues de palais. Le personnage de Niki – jeune danseuse fraîchement intégrée à la compagnie et qui cristallise les rivalités –, magnétiquement interprétée par Juliette Klein, incarne cette fragilité du corps dansant, cette tension permanente entre virtuosité et vulnérabilité. Elle est particulièrement émouvante dans les deux solos qui lui sont consacrées dans le premier tableau de l’acte I.

Ils constituent les moments les plus poignants du spectacle. Sa grande sensualité quand elle évolue à la barre dans le premier se meut en tristesse absolue dans le second lorsqu’elle rate volontairement ses variations. À ses côtés, Ige Cornelis incarne Solo, le danseur étoile virtuose et Romina Contreras – à la vélocité technique impressionnante –, Gamza, l’étoile installée dans son statut, qui refuse de se voir détrôner par la jeune Niki.

On apprécie particulièrement les prestations de Michele Esposito, en Brahma, le maître de ballet trouble et malicieux à l’énergie souple et féline, et Jaat Benoot en Rajah, chorégraphe autoritaire sombre et glaçant, aux allures d’immense oiseau de proie. Au-delà des solistes, c’est toute la troupe des Ballets de Monte-Carlo qui impressionne par sa qualité exceptionnelle. La dimension théâtrale et la dramaturgie, particulièrement accentuées par Maillot, rendent l’évolution captivante.

L’acte II est envoûtant. Il délaisse l’ambiance brouillonne et conflictuelle du studio de répétition pour le Royaume des ombres dans lequel Solo s’est réfugié après le décès tragique de Niki. Dans ce monde idéal, dépouillé et éthéré – servi par un décor futuriste d’iceberg – dans lequel tous les protagonistes en blanc et pastel cohabitent en harmonie.

L’exotisme de la version originale n’est pas pour autant totalement absent. Il surgit lors d’une séquence de mise en abyme saisissante, où l’on voit la troupe répéter en costumes traditionnels sur la scène d’un opéra – avec des partitions de bravoure ovationnées –, tandis que les coulisses révèlent le reste des danseurs qui patientent. Ce clin d’œil permet à Maillot de pointer du doigt le caractère suranné de l’ancienne version tout en lui rendant hommage.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le spectacle a été joué le 3 janvier au Forum Grimaldi, Monaco.

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Un bulle éclatante

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Galaxie provisoire, Maguelone Vidal © X-DR

Une once de psychédélisme, une expérience multisensorielle, une grande audace formelle :
mi-décembre à Marseille, du Théâtre Massalia au Mucem, Galaxie provisoire donnait une très vive expression de ce parti pris éditorial. Seule en scène, usant de son saxophone avec parcimonie, Maguelone Vidal y revisite l’art ancestral des bulles de savon. Pour créer des planètes colorées et irisées, petits foyers iridescents s’agrégeant peu à peu aux quatre coins de la scène plongée dans le noir, l’artiste use de divers outils – calumet télescopique, pipe à bulles, ou ses simples mains en alcôve.

En évolution perpétuelle, le dispositif est évocateur, propice à délier l’imagination dans une ambiance hypnotique. On y devine comètes, constellations, nébuleuses et arcs en ciel éphémères, les enfants sont subjugués – « de l’eau à couleur de paillettes, ça n’existe pas normalement ! ». Un crépitement d’ébullition, caractéristique de la rencontre de l’air et de l’eau, suivi d’aspersion et brumisation ; des bulles emplies de fumée qui éclatent en s’envolant… Il s’agit quasi de théâtre noir, dans lequel la démiurge s’efface et réapparait, laissant toute la place aux métamorphoses en cours, ordonnant son rituel sibyllin à l’aide d’artefacts et accessoires minimalistes, se passant volontairement de toutes nouvelles technologies.

La bande son est organique – inspiration, expiration, discrètement soulignée de compositions contemporaines. Les actions sont parfois sonorisées, quand un lasso lumineux tournoie à bout de bras. L’interaction entre air et eau se fait espiègle, le quatrième mur se dissout instantanément quand les bulles envahissent les gradins dans une tempête de savon ! L’immersion est totale, ravissante pour tous les âges, nous plongeant dans un agréable état d’apesanteur entre clarté et lumière, dans une Galaxie provisoire qui porte bien son nom.

JULIE BORDENAVE

Galaxie provisoire a été donné le samedi 13 décembre au Théâtre Massalia, Marseille.
Tous à l’Opéra

Le 15 décembre, le festival Tous en son ! invitait à un concert pédagogique à l’Opéra de Marseille. De Schumann à Schubert en passant par Brahms, Mozart ou encore Benjamin Britten, cette promenade musicale à travers les siècles proposée par un trio échappé de l’Orchestre philharmonique de Marseille – Cécile Florentin (alto), Cécile Freyssenède (violon) et Véronique Gueirard (violoncelle) –, se commentait en direct, pour mieux discerner par exemple les pizzicati symbolisant les gouttes d’eau chez Vivaldi. Deux expériences fidèles à l’éclectisme échevelé de Tous en sons !, excellent festival brillant toujours par son audace et son grand écart entre musiques dites savantes et populaires, pour décomplexer les escourdilles dès le plus jeune âge. J.B.

Broadway en Provence

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Company © Jean Michel Molina

Entre cynisme urbain et émotion pure, cette nouvelle production prouve que le génie de Broadway n’a pas de frontières. Et le grand artisan de cette réussite se trouve dans la fosse : Larry Blank. Le maestro ne se contente pas de diriger l’Orchestre National Avignon-Provence, il fait littéralement jubiler la partition. On sent chez lui cette science du théâtre où chaque respiration de l’orchestre colle au geste scénique. C’est nerveux, précis, et d’un swing impeccable qui rend justice aux orchestrations complexes de Jonathan Tunick.

Troupe 5 étoiles

Sur le plateau, la distribution évite l’écueil du pastiche. Gaétan Borg campe un Bobby d’une belle épaisseur humaine, dont la quête de sens devient le fil rouge d’une soirée électrique. À ses côtés, on reste pantois devant l’abattage de Jeanne Jerosme, dont la performance sur le périlleux Getting Married Today suspend le temps par sa virtuosité verbale. Quant à Jasmine Roy, elle apporte ce qu’il faut de morgue et de fêlure à une Joanne plus vraie que nature.

Malgré l’acidité d’un propos qui dissèque le couple sans complaisance, le public avignonnais réserve un magnifique accueil à cette fresque urbaine. Les rappels nourris ponctuent une soirée où l’exigence technique s’efface derrière l’émotion. L’intelligence de Stephen Sondheim, servie par de tels interprètes, touche au cœur sans jamais faiblir.

DANIELLE DUFOUR VERNA

Spectacle donné du 27 au 31 décembre à l’Opéra Grand Avignon.

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Du piccolo en janvier

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Jean-Louis Beaumadier et Véronique Poltz © X-DR

Depuis plusieurs décennies, Jean-Louis Beaumadier s’emploie à faire connaître la finesse et la virtuosité de cette flûte. Nouvelle démonstration ce 11 janvier à Marseille

On connaît mal ce petit instrument de musique, souvent cantonné à quelques moments de bravoure au sein de l’orchestre. Pourtant il peut se révéler d’une richesse expressive insoupçonnée qui mérite qu’on lui consacre des concerts. Le travail de Jean-Louis Beaumadier repose sur l’art de l’arrangement, qui permet au piccolo de s’attaquer à des œuvres aux esthétiques variées. Dans ce répertoire adapté, le piccolo ne cherche pas à rivaliser avec la flûte ou le violon. Il affirme sa personnalité propre, pétillante, tendre, espiègle ou méditative.

En collaboration avec la pianiste Véronique Poltz, Jean-Louis Beaumadier fait de chacun de ses programmes un espace de découverte et de surprise. Premier concert d’une série de trois, les deux musiciens nous embarquent le 11 janvier au temple Grignan (Marseille) dans des partitions éclectiques riches en découverte : élégance raffinéeavec la Sonate K.14 de Mozart, avec ses mouvements d’allegro et ses menuets « en carillon ». Puis ce sera la Scène des Champs-Élysées de Gluck et Les Danses roumaines de Bartók nourries de rythmes populaires qui répondront aux Danses hongroises de Brahms.

Place aussi à des compositeurs et flûtistes du XIXe siècle, peu connus du grand public comme le Danois Carl Joachim Andersen, oul’Allemand Théobald Boehm avec son Capriccio. Mais aussi le Franco-Belge Mathieu-André Reichert, avec l’agilité de sa Tarentelle et le romantisme lyrique du Souvenir du Pará. Le concert s’achèvera avec Étincelles, œuvre contemporaine de Véronique Poltz, créée à Marseille en 2024.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Viva Piccolo
11 janvier
Temple Grignan, Marseille

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Un monde de magie

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Dans le cadre de Mômaix 2025, le Théâtre du Bois de l’Aune a proposé Tadam pour le jeune public à partir de 9 ans, les 18 et 19 décembre, spectacle de la compagnie Renards/Effet Mer fondée par Baptiste Toulemonde et Arthur Oudar. Mais comme pour tout spectacle jeunesse, réussi, les grands y prennent plaisir aussi.

Tadam est une histoire de magie, non pas simplement parce que le personnage du père, Yann, est magicien, mais parce que cet art du spectacle circassien dit ici la magie du théâtre : celle des lumières qui s’éteignent ou s’allument d’un claquement de doigt, des décors qui bougent mystérieusement, des voix qui se transforment, en changeant de registre. Tadam veut dire obtenir l’attention de quelqu’un sur quelque chose d’inexplicable, ou de remarquable. N’est-ce pas une invitation pour les spectateurs ?

Une langue d’aujourd’hui

Louison est une petite fille qui comme tant d’autres voit son père au rythme des semaines alternées. Celui qui fut dans sa petite enfance son super héros, n’est plus qu’un raté à ses yeux. Ses tours de magie sont nuls et il fait mourir la colombe cachée, sous le foulard. Ils ne parviennent plus à se comprendre, à se parler. Mais un habitant clandestin dans la maison, Kiki, en habit glam façon David Bowie va finalement guider Louison pour qu’elle découvre le secret de son père. Kiki, c’est aussi la mort, la grande faucheuse. Yann, alors que Louison venait de naître, a voulu mourir, se jeter par la fenêtre. Mais il a gagné aux échecs contre Kiki, son retour à la vie, réparé par son corset.

La mort est par le théâtre la chose qui fait revenir le personnage et la colombe qui gisait depuis le début de la pièce, au fond de la poubelle. La mort danse, chante, mime, s’amuse et se moque, joue sur les mots. Elle ressemble finalement beaucoup à la Vie.

Ce théâtre-jeunesse-là sait parler la langue d’aujourd’hui, la langue qui invente, qui charme des écoliers heureux d’être face à un plateau de théâtre et qui n’ont qu’une envie : applaudir.

MARIE DU CREST

Spectacle donné les 18 et 19 décembre au Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence.

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Un barbiere di qualità !

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Le Barbier de Séville © photo Christian Dresse 2025

Programmer le Barbier de Séville à Noël, c’est l’assurance de faire salle comble ! Et comment mieux le faire qu’avec cette mise en scène de Pierre-Emmanuel Rousseau, déjà amplement applaudie à Strasbourg et à Rouen. La direction musicale assurée par Alessandro Cadario est au diapason des exigences du répertoire belcantiste : gestes précis, à l’écoute des chanteurs, crescendi maîtrisés.

Si la scénographie reprend les conventions visuelles classiques de l’Andalousie du XVIIe siècle, elle regorge aussi de réjouissantes trouvailles. L’espace scénique, figurant tantôt le patio au pied du balcon de Rosina, tantôt la prison dorée du docteur Bartolo, enferme puis libère ses personnages. Que ce soit un suraigu de Rosina sur un tirage de cheveux, ou la paranoïa de Bartolo, tout ici participe à l’ambiance comique recherchée.

La conscience de classe transpire partout : dans ce Figaro tatoué, alcoolique et brinquebalant, dans l’aplomb d’un Almaviva qui achète une solution à tous ses problèmes, dans les râles de la servante Berta. Le comte mufle et adultère des Noces de Figaro transparaît déjà, et le réactionnaire Bartolo assiste à la disparition de son monde, celui que Beaumarchais dénoncera dans ces mêmes Noces.

Belcanto oblige, la réussite d’une telle production doit passer par la qualité des voix. Les rôles secondaires ont fait l’objet d’une attention particulière : Alessio Caccamani campe un Basilio aussi menaçant que ridicule, déchaîné sur l’air de la calomnie. Le public n’a d’yeux que pour la gouaille de la Berta d’Andreea Soare, à la présence scénique remarquable, à la voix ample sur son air du sorbet, et au timing comique impeccable Gilen Goicoechea campe lui un convaincant Fiorello.

Le rôle de Rosina, écrit par Rossini pour une contralto, est tenu par la talentueuse mezzo-soprano Eléonore Pancrazi, dont l’insolente facilité vocale sied à merveille aux facéties de son jeu d’actrice. Elle offre ainsi au public un Una voce poco fa d’anthologie, tout en agilité et en souplesse. Grand méchant de l’opéra, le docteur Bartolo, dépassé par les événements et d’autant plus bête qu’il est confiant en son intelligence, est incarné par Marc Barrard, bien connu du public marseillais et qui sait mêler candeur et dureté tant dans son timbre que dans son jeu.

Le comte Almaviva est joué par le ténor Santiago Ballerini, que l’on devine amoureux de ce répertoire. Les nuances de voix, lumineuses, désinvoltes et présomptueuses, le font passer sans effort du faux professeur de musique à l’aristocrate imbu de lui-même. C’est Vito Priante qui incarne le personnage titre de Figaro – qui rentre en scène avec fracas avec le célébrissime Largo al factotum, impeccable et virtuose, avant d’emmener les nombreux ensembles de l’opéra avec son énergie contagieuse. Le public, conquis, réserve une standing ovation aux interprètes et à l’équipe de mise en scène.

PAUL CANESSA

Le Barbier de Séville a été donné du 26 décembre au 4 janvier à l’Opéra de Marseille.

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Métaphysique du suspens

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Corps extrêmes, RachidOuramdane © Pascale Cholette

Extrêmes, les corps de Nathan Paulin, funambule,et Ann Raber, grimpeuse,le sont assurément. Dans leur volonté d’abolir les lois de la gravité. Dans la grâce millimétrée des gestes qui les séparent du vide. Dans les récits intimes qu’ils livrent en voix-off, mêlés aux sublimes images d’ascension et de traversée filmés par Jean-Camille Goimard. Ces témoignages qui disent la peur, la concentration, l’ivresse aussi : cette ligne ténue, suspendue, entre l’envol et la chute. « On a besoin de planer un peu au-dessus des choses pour les raconter », écrivait Olivia Rosenthal à propos de « ceux et celles qui prennent de la hauteur, alpinistes, trapézistes, cordistes et funambules », auxquel·les Une femme sur le fil s’intéressait avec une délicatesse rare.

Verticalité et collectif

Le mur d’escalade devient ici surface de projection, appui, partenaire silencieux des deux alpinistes et des danseurs et danseuses de la Compagnie de Chaillot. Les corps s’y adossent, s’y glissent, s’y accrochent, avant de se tourner les uns vers les autres. Les frôlements et les portés figés à trois, puis deux, se transforment peu à peu en élans, en sauts, en abandons à l’autre, à l’inconnu. Ils dessinent les contours d’un interprète nouveau, le danseur-acrobate, sillon creusé brillamment par Rachid Ouramdane depuis plusieurs années.

Le chorégraphe livre un travail fort et émouvant sur la suspension du mouvement, sur l’infime déplacement, sur l’équilibre fragile du corps mis à l’épreuve. Portée par la musique minimaliste et nébuleuse de Jean-Baptiste Julien et sculptée par les lumières entières de Stéphane Graillot, la pièce déploie un sens aigu du collectif. De cette immersion naît une douce mélancolie, celle de corps exposés, vulnérables et puissants à la fois.

SUZANNE CANESSA

Corps extrêmes a été joué les 17 et 18 décembre au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence.

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Tout va bien

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Tout va bien (C) jour2fete

Des visages en gros plans. Ceux de cinq adolescents dont nous allons faire la connaissance, que nous allons suivre durant plusieurs mois dans le documentaire de Thomas Ellis, Tout va bien. Un documentaire de cinéma, précise ce journaliste ; il veut nous plonger dans la vie de ces cinq jeunes, âgés de 14 à 19 ans qui sont arrivés à Marseille, seuls, ayant traversé déserts et mers. Aminata s’est enfuie de Guinée, pour échapper à un mariage forcé : elle n’avait que 14 ans. Elle veut avoir un métier et être une femme indépendante, libre. Khalil, au regard lumineux est un jeune Algérien qui doit apprendre le français car il est arrivé, ne parlant pas la langue ; il veut faire des études et avoir un bon métier ; Junior qui est dans un lycée hôtelier s’entraine dur pour devenir footballeur professionnel. Quant aux deux frères, Tidiane et Abdoulaye, ils veulent avant tout rester ensemble : au départ l’ainé doit prouver qu’il est mineur, donc passer une radiographie des os et ils ne peuvent être logés au même endroit

 Thomas Ellis les a rencontrés dans des ateliers d’écriture qu’il a mis en place et les a convaincus de filmer leur quotidien ; leurs efforts pour avoir une vie meilleure, leurs partages avec leurs amis, leurs entretiens avec ceux qui les ont pris en charge et les aident, leurs moments de doute, leur découragement parfois : « Pourquoi je suis venu ? ». Mais aussi leurs espoirs, leurs rêves. « Tout va bien ! » répètent -ils à leur famille au téléphone. Parfois aussi ils ont besoin de mettre les choses au point : ce que fait Aminata, excédée d’entendre sa mère lui parler de mariage, de retour au pays : une des scènes les plus fortes de ce film. L’adolescente a grandi, assume ses choix et sa vie.

 Tout va bien, est filmé avec soin par le directeur de la photo Bastian Esser. La musique de Jeanne Susin associée au Sound design d’Oleg Ossina, enregistrée avec l’Orchestre Philarmonique de Marseille, souligne les sentiments de ces jeunes adolescents, permettant aux spectateurs d’entrer dans la vie de ces jeunes et de sentir leur force.

Un film qui fait chaud au cœur et qui permet de déplacer le regard sur les MNA (Mineurs Non Accompagnés) car Tout va bien !

Annie Gava

Le film sort en salles le 7 janvier 2026

Lire ICI un entretien ace Thomas Ellis

La Garance à la relance

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Handle with Care © Ans Brys

Une après-midi conviviale, gourmande et artistique pour célébrer la nouvelle année, c’est de tradition à La Garance – Scène nationale de Cavaillon. Le 10 janvier, dès 15 h, le théâtre ouvre ses portes pour une pause gourmande et d’un moment de « cocooning artistique ». Place ensuite au spectacle, Handle with Care, suivi d’une présentation des spectacles du deuxième semestre, ainsi que des nouveautés du festival Confit !. Le tout est gratuit, sur réservation.

Manipuler avec soin

Handle with Care (représentations à 15h et à 19h) est une création du collectif flamand Ontroerend Goed, qui propose une expérience théâtrale spéciale : aucun acteur, aucun dispositif technique, mais une simple boîte placée au centre de la scène, qui devient le point de départ d’une performance collective. À partir d’instructions contenues dans cette boîte, le public devient l’acteur principal : une personne se lève, ouvre la boîte, et la représentation commence, guidée par les choix et interactions du groupe réuni. Chacun peut participer en prenant l’initiative ou en observant, mais toutes les décisions donnent naissance à un moment unique, éphémère et impossible à reproduire. La philosophie du spectacle repose sur l’idée que « il n’y a pas d’étranger·ères ici, mais simplement des ami·es que vous n’avez pas encore rencontré·es ».

Aperçus

Entre les deux présentations d’Handle with Care, place à la découverte de la programmation du deuxième semestre de la saison en présence des équipes de la Scène nationale : l’occasion de rencontrer ceux qui font vivre La Garance et d’échanger autour des projets à venir. Les artistes Elsa Thomas et Elise Vigneron seront également présentes. Cette dernière présentera Mizu, une pièce chorégraphique avec une danseuse (Satchie Noro), une marionnette de glace et sa marionnettiste (18 avril). Elsa Thomas sera elle présente avec Matcha Girl (22 mai) qui interroge la relation entre un père et une fille à travers la cérémonie du thé, une création scénique en forme de film immersif, tourné en direct.

MARC VOIRY

Fête de mi-saison

10 janvier


La Garance, Scène nationale de Cavaillon

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