jeudi 26 mars 2026
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Dramaturgie de l’in‑humain

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Le ring de Katharsy © Simon Gosselin

Sur un plateau qui semble défier toute futilité décorative, Le Ring de Katharsy se déploie comme une expérience scénique avant tout réflexive, où le théâtre, la danse, le chant et l’art de la marionnette se conjuguent. L’espace est radicalement occupé : un ring, aire de confrontation physique, trône au centre de la scène, surplombé par une maîtresse du jeu aux allures de statue vivante, encadré par deux joueurs installés sur des chaises de gaming. Au centre, des corps se mouvront avec une précision troublante, oscillant entre la chair et l’algorithme, le mouvement saccadé rappelant les avatars que l’on manipule et dont l’on oublie trop souvent la fragilité intrinsèque.

Ce jeu singulier et assez terrifiant, où les interprètes incarnent tour à tour des figures numériques et humanoïdes, s’entend comme une interrogation sur les mécaniques sociales qui gouvernent nos existences. Les noms des manches désignent les nouvelles traductions de l’ordre social contemporain. : « enjoy your meal », « black friday », « green is beautiful » …

De l’art de l’affrontement

Alice Laloy s’illustre depuis ses débuts dans l’art délicat de la marionnette, qu’elle déploie avec sa compagnie depuis plus de vingt ans – trois relectures de Pinocchio à l’appui. Ce sont ici des danseurs et des circassiens qui font office d’androïdes, manipulés par des joueurs leur hurlant des consignes laissant souvent la place à l’erreur et au glissement : « localise », « attrape », « retourne », « avance ». Les interprètes, tous exceptionnels, portent une physicalité qui fait entendre des tensions invisibles : tensions du combat, de l’attraction, de l’élan, de la perte mais aussi, en filigrane, de l’effort et du désir. Au fil de ces affrontements successifs, l’humanité surgit dans ses instants les plus vulnérables – là où le jeu devient lutte, où la lutte devient danse, et où la danse finit par être langage. La scénographie sobre et puissante de Jane Joyet s’associe à une matière musicale riche, où les voix des joueurs et de la maîtresse de cérémonie se font, par percées, opératiques.

Dérangeant et somptueux, le spectacle porte un regard acéré sur les manipulations contemporaines, les illusions de contrôle et les promesses fallacieuses du monde virtuel autant que du monde réel. Une des propositions les plus pénétrantes et singulières vues sur les scènes ces dernières années.

SUZANNE CANESSA

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Jazz à l’auberge

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© Laetitia Macé

C’est dans une Mesón pleine comme un œuf que se réunissaient de nombreux férus de jazz pour assister à ce concert très attendu. Arrivé tôt pour se restaurer et avoir une place de choix (et assise), le public languissait avec une impatience palpable le trio, mené par le saxophoniste guadeloupéen Jacques Schwarz-Bart et augmenté par le batteur guadeloupéen Arnaud Dolmen et le contrebassiste américain Reggie Washington.

Les trois musiciens entrent en scène dans une décontraction coutumière de la salle intimiste. Quelques mots de présentation suffiront à comprendre, que, ce soir, nous découvrirons en avant première le fruit live de l’album Résistance, à peine enregistré, pour le plus grand plaisir de l’auditoire venu pourtant entendre leur précédent opus, The Harlem suite.

Métissage esthétique

Le premier morceau, éponyme, pose l’ambiance d’un jazz singulier. Si les codes du jazz tantôt contemporain, tantôt emprunté aux années 1950 ou teinté de blues, sont lisibles, les thèmes, chantants et entêtants joués d’un souffle de maître par le saxophoniste, sont soutenus par une session rythmique voyageuse et très pointue. De manière remarquable, le batteur Arnaud Dolmen insuffle dans sa batterie des rythmiques percussives afro-caribéennes. Cette capacité impressionnante, exécutée avec une aisance et un sourire accrocheurs, ne manquera pas d’époustoufler le public, conquis. Jacques Schwarz-Bart n’hésite d’ailleurs pas à le présenter comme le « meilleur batteur au monde ».

Hommage(s)

Le deuxième morceau, Sarabande, hommage à la résistante guadeloupéenne des années 1960 Sarah Maldoror, permet au saxophoniste un remerciement appuyé à Sarah Lepetre, directrice de la Mesón. Une mise en abîme d’hommages dans l’hommage à l’image de nombre de morceaux de l’album, qui sont autant d’opportunités pour Jacques Schwarz-Bart d’honorer ses origines et racines ; de saluer son père, « plus jeune résistant de France, à 12 ans », l’écrivain primé André Schwarz-Bart. De se souvenir aussi, ému, de la « magicienne de la cuisine » guadeloupéenne Violetta, amie de se mère, et, bien sûr, de rendre un hommage vibrant à sa guadeloupe natale.

Si le concert fut marqué par ces nouveautés, il donna tout de même l’occasion d’entendre certaines des anciennes œuvres du trio. Il se terminait sur deux encore dont l’un permettait de découvrir la voix du batteur Arnaud Dolmen, laissant ainsi un public ému et ravi, que le trio rencontrait quelques minutes plus tard, près du bar. Un grand moment.

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM

Concert donné le 6 février à La Mesón, Marseille.

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Les voyages deTéreza

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Les Voyages de Tereza (C) Paname distribution

Le film de Gabriel Mascaro , Ours d’Argent à la Berlinale 2025,  sort en salles le 11 février

Dans une petite ville d’Amazonie Téresa 77 ans qui a toujours travaillé et a élevé sa fille, apprend qu’elle est licenciée. Elle a atteint l’âge limite : le gouvernement impose aux personnes de plus de 75 ans d’aller vivre dans une colonie isolée pour personnes âgées. Pas question pour Teresa d’accepter ce destin imposé ; elle a un rêve : prendre l’avion ; cela se révèle plus difficile que prévu : pour prendre un billet pour n’importe où, il lui faut l’autorisation de sa fille qui ne la lui donne pas. Pas question de baisser les bras.  Embarquée  dans une voiture fourrière jusqu’au bus de transport, munie d’un joli sac à dos fourni aux personnes âgées de la colonie et rempli de couches pour adultes, elle s’échappe pour tenter de ivre son rêve : voler. Elle a appris qu’elle pouvait  trouver un vol illégal à Itacoatiara. Il lui reste à trouver un « passeur ». Ce sera Cadu (Rodrigo Santoro) un marin étrange. Quand  il trouve un escargot dont la bave bleue, utilisée comme collyre éclairerait le chemin vers l’avenir, il l’essaye, devient brûlant de fièvre et ne peut plus diriger l’embarcation. Téresa apprend vite et prend le gouvernail quand la voie est libre. Elle va désormais mener sa barque. Elle fait  une rencontre qui va changer sa vie : Roberta (Miriam Socarrás), une femme de son âge, exubérante,  libre, athée, qui navigue  le long de l’Amazonie et vend des Bibles numériques aux communautés fluviales. Roberta lui apprend à faire des nœuds marins et surtout que  la seule chose en laquelle il vaut la peine de croire est la liberté .Ensemble, elles boivent, dansent, vivent. Le corps même de Teresa semble transformé, lumineux. L’interprétation de Denise Weinberg  est superbe et mériterait un prix.Les paysages de ce road movie sont d’une grande beauté ; les jungles verdoyantes, les ondulations du fleuve, les rives sinueuses sont magnifiées par le directeur de la photographie Guillermo Garza.

 On sort rempli d’espoir et de foi dans la résilience humaine à tout âge de ce film de Gabriel Mascaro,

Annie Gava

© Paname distribution

« Les yeux des enfants brillent ! »

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L’Amoureux de Madame Muscle - Michel Kelemenis ©Agnès Mellon

« On est en pleine tournée de création : c’est tout simplement génial. » Après Avignon aux Hivernales, puis Les Élancées, Michel Kelemenis enchaînera les scènes d’Arles, d’Aix-en-Provence, du Revest-les-Eaux, avant Marseille. Un rythme soutenu pour une pièce qui revisite celle de 2008.

« Lorsque j’ai créé L’Amoureuse de Monsieur Muscle en 2008, cette notion d’archétype enfantin a été très immédiate pour moi, et ça marchait très bien. » Mais le monde a changé. « C’est difficile de ne pas constater que la société a traversé des problématiques et une manière aujourd’hui de considérer le rapport de genre différemment. »

Alors il inverse les figures. « J’ai trouvé assez… rigolo, juste rigolo, de s’adresser aux enfants d’aujourd’hui en fouillant un petit peu ces archétypes initiaux. » Un jeune homme sensible, une jeune femme forte. « Il s’est posé comme ça sans propos, c’est-à-dire qu’il n’est pas pour moi nécessaire d’en faire le sujet. Le sujet reste celui d’une découverte du corps. »

Car l’essentiel demeure là : explorer le corps, ses élans, ses formes, ses relations. « C’est d’abord un support dans lequel les adultes doivent trouver un peu des indices faciles à appréhender pour ensuite ramener le souvenir du spectacle auprès des enfants. »

Le spectacle est « vraiment adressé… fabriqué dans son thème et sa construction pour une adresse vers des assez petits », entre « 5 et 11 ans à peu près ». Trop jeunes, ils seraient dans le pur sensoriel ; plus âgés, « ça se décale disons, ce n’est pas la bonne adresse ».

Nommer l’inconnu

La danse reste exigeante. « Mon engagement par rapport à ça reste. » Même niveau de performance, même précision. Même pour une scolaire, à 10 heures du matin ! « Ce que je demande à mes danseurs en général, ce même niveau de performance, ça peut être un peu éprouvant parfois, mais on a un protocole qui est très clair. »

Dans la salle, il observe depuis cette recréation un phénomène qu’il affectionne tout particulièrement : « Ces bruissements… c’est tellement particulier du spectacle vers les petits. Comme s’ils avaient besoin de décrire et de nommer les choses qu’ils voient pour qu’elles existent vraiment. Donc d’un coup, c’est une fleur, et puis c’est l’amoureux… tout est nommé. »

Et puis il y a ce moment suspendu : « Les yeux des enfants brillent, et les yeux des parents brillent parce qu’ils voient les yeux des enfants briller. » C’est là, sans doute, que se joue la réussite de cette pièce colorée, portée par les costumes « très directs, très colorés » d’Agatha Ruiz de la Prada et par une musique « pop, pop rock… très actuelle », enrichie par André Serré. « Ce sont vraiment des temps qui sont très heureux : ces temps-ci, il faut savoir les chérir. »

SUZANNE CANESSA

À venir

11 février
Théâtre d’Arles

13 et 14 février
Théâtre du Jeu de Paume, Aix-en-Provence

5, 6 et 7 mars
Maison des Comoni - Le Pôle, Le Revest-les-Eaux

2, 3 et 4 avril
Friche la Belle de Mai – en collaboration avec le Théâtre Massalia, Marseille

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Figaro ou le vertige de la liberté

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Le Mariage de Figaro © Louie Salto

L’air marin qui s’engouffre ce soir à La Chaudronnerieporte une électricité singulière. Sur scène Philippe Torreton n’interprète pas Figaro, il est Figaro, avec cette fureur de vivre qui balaie instantanément les siècles.Cette Folle journée n’est plus une relique du XVIIIe siècle mais un miroir brûlant tendu à notre époque, où l’insolence devient la dernière politesse du désespoir.

La mise en scène frappe d’abord par sa fluidité. Tout circule, tout glisse, des boudoirs aux jardins, dans un mouvement perpétuel qui rappelle l’urgence de nos vies connectées. Les comédiens, habités par une flamme commune ne jouent pas la comédie : ils livrent un combat face à un Comte Amalviva superbe de morgue -et de talent-, dont l’emprise sur les corps et les âmes rappelle cruellement les rapports de force de notre modernité, le peuple s’organise. Suzanne et Figaro ne sont plus de simples valets, mais les architectes d’une résistance de l’esprit.

La Morale de Beaumarchais est la nôtre

L’audace de la soirée réside dans ces incursions musicales contemporaines. Des chansons d’aujourd’hui ponctuent le récit, brisant le quatrième mur pour imprégner le spectateur. Cette collision sonore souligne l’évidence : la morale de Beaumarchaisest la nôtre. Si les puissants usent toujours de stratagèmes pour asseoir leur domination, l’intelligence populaire, vive et agile, trouve encore la faille.

Torreton, dans un dernier monologue d’une intensité rare nous rappelle que le mérite ne s’hérite pas, il se conquiert. Son Figaro est un stratège de l’ombre qui finit par éclater en pleine lumière, redonnant au peuple sa ferté et sa force. On sort de la salle avec une certitude : le génie de déjouer l’arbitraire n’a pas pris une ride. Une soirée de grâce, où le théâtre a repris sa place de brûlot nécessaire.

DANIELLE DUFOUR VERNA

Le spectacle a été joué le 31 janvier au théâtre de La Chaudronnerie à La Ciotat

Une héroïne plurielle aux Salins

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© César Vayssié

Sous une pluie battante, le public se presse au Théâtre des Salins de Martigues ce mardi 3 février pour assister à l’unique représentation de Commençons par faire l’amour, signée par la chorégraphe Laura Bachman.

Ancienne danseuse de l’Opéra de Paris, cette dernière a construit au fil des années un parcours singulier, nourri de collaborations prestigieuses avec Benjamin Millepied, Anne Teresa De Keersmaeker ou encore la compagnie de Pina Bausch. Interprétée par cinq artistes, la pièce s’inspire librement de la tétralogie M.M.M.M de Jean-Philippe Toussaint. Dès l’ouverture, une danseuse en robe bleue évolue en silence. Progressivement, le dispositif se déploie et la figure centrale émerge : Marie de Montalte.

Nouveaux équilibres

Son histoire est portée collectivement par les interprètes, qui endossent tour à tour la robe bleue et la perruque blonde, symboles d’une héroïne plurielle. Soutenue par la création lumière d’Éric Soyer – fidèle collaborateur de Joël Pommerat – Laura Bachman compose, à partir des mots de Jean-Philippe Toussaint, un véritable théâtre d’images et de mouvements.

L’écriture, profondément physique et cinématographique, fait du corps un langage à part entière et convoque des visions puissantes, sensibles et évocatrices. Même sans connaissance préalable de l’œuvre littéraire, le public est invité à découvrir le portrait d’une femme complexe et fascinante, interrogeant les rapports masculin-féminin au sein d’un monde patriarcal en quête de nouveaux équilibres.

Le but avéré n’est pas de retranscrire le texte de manière littérale mais de créer un dialogue entre l’œuvre originale et la scène. Un pari réussi pour la chorégraphe, qui rappelle avec émotion, à l’issue de la représentation, combien le soutien aux artistes et au spectacle vivant demeure aujourd’hui plus que jamais essentiel.

ISABELLE RAINALDI

Spectacle donné le 3 février, au Théâtre des Salins, Scène nationale de Martigues.

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Immortelles

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Les Immortelles (C) New Story

 « Si vous ne croyez pas au pouvoir infini de l’amitié, cette histoire n’est pas pour vous ! Vous pouvez encore quitter la salle ! Et on aurait  tort car ce que nous raconte Caroline Deruas Peano, dans son nouveau film, Les Immortelles, vaut qu’on « ouvre grand notre cœur, nos oreilles et nos yeux » comme nous le conseille une voix sur écran noir avant même que l’histoire ne commence. Celle racontée en voix off par Charlotte ((Léna Garrel) amie depuis l’enfance avec Liza (Louiza Aura), qui lui a promis que rien ne les séparerait jamais. On est dans les années 90 dans une ville au bord de la Méditerranée. C’est leur dernière année au lycée et elles rêvent de conquérir Paris, l’endroit de tous les possibles, avec leur duo, « Les culottes sales », Charlotte au clavier, Liza chantant.  A 17 ans, la découverte des Rita Mitsouko les a électrisées et elles passent leur journée à parler de Catherine Ringer, leur déesse. Liza est amoureuse de leur professeur de gym, M.Collato (Aymeric Lompret), Charlotte, elle, aime les filles, à une époque où l’homosexualité est une anomalie comme l’affirme sur les ondes, Jean- Marie Le Pen dont le père de Charlotte approuve les idées..L’ambiance familiale est tendue. Mais ensemble, les deux amies  sont ailleurs, là où il fait bon vivre : images oniriques de nature, reflets et scintillements, chansons des Rita Mitsouko. Entre cours de philo où la prof (Agnès Berthon) leur fait connaitre Merleau-Ponty et Spinoza, séances de basket où Liza peut voir son prof et répétitions de musique, la vie s’écoule joyeuse, remplie de rires, de musique, de rêves jusqu’au jour où tout s’effondre. La vie peut être aussi  cruelle et violente. Charlotte perd Liza : comment survivre à cette perte ? « Je te jure de te protéger toute ma vie et toute ma mort »  lui avait promis Liza enfant. C’est dans cet univers imaginaire qu’elles avaient construit ensemble, poétique, surréaliste  que se réfugie Charlotte., un monde où elle retrouve Liza mais où elle se laisse parfois engloutir,  malgré le soutien de sa mère  (Emmanuelle Béart)

Dédiè à Elizabeth, Les Immortelles, baigné de chansons, celles des Rita Mitsouko et de musique, celle de Calypso Valois,  est né d’une amitié. « Le point de départ, c’est le souvenir d’une amitié adolescente très forte et de la disparition de cette grande amie à 17 ans. Le film vient de là, du désir de lui rendre hommage et de rendre hommage à notre amitié. » précise Caroline Deruas Peano.  Léna Garrel et Louiza Aura interprètent avec conviction et talent ces deux adolescentes qui se sentent immortelles.

Annie Gava

Miroirs de Bach

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© L.S

Les Théâtres ont investile Conservatoire Darius Milhaud à Aix un programme intitulé Bach Mirror conçu par deux artistes brillants, Thomas Encho est compositeur et pianiste classique et de jazz, et Vassilena Serafimova est une percussionniste spécialiste du marimba. Les deux talents se sont rencontrés en 2009 lors d’un concert, et continuent de collaborer depuis. Tissant un fil qui relie les siècles musicaux, le duo a sorti son premier album, Funambules, en 2016avec des compositions et des reprises de Mozart et de Saint-Saëns. En 2021, ils sortaient Bach Mirror – un album inédit dans sa conception puisque les deux instruments n’existaient pas sous cette forme à l’époque de Bach.

C’est ainsi de par l’utilisation de ces « nouveaux instruments » que le duo apporte une touche nouvelle, moderne et légère, à ces mélodies de Bach que l’on a déjà tous dans l’oreille. Le pianiste dira d’ailleurs au public que « cela devrait plutôt être miroirs au pluriel ». Ils enchaînent Fire Dance, une composition où le marimba joue en boucle dans l’aigu, une sonorité presque électronique des années 80, ensuite repris par le pianiste de manière bluesy, et où paraissent des citations de la pièce d’après : Jesus, Joy of Man’s desiring.

Par la suite, le célèbre Chaconne se fait emporter en improvisation jazz par le pianiste, qui brode autour de la mélodie originelle dans un passage rythmé ajoutant de nouvelles couleurs à la sonate.

Couleurs, scotch et patafix®

Les pièces qui suivent démontrent d’autant plus la part de créativité des deux musiciens dans leur interprétation de ce répertoire. D’abord par leur manière de revisiter la fameuse Suite pour violoncelle seul, intitulée Silence, où la percussionniste fait rentrer le public en méditation par une longue introduction d’accords nébuleux, improvisées et planants. Le piano rentre progressivement déployant une mélodie douce et posée qui emprunte aux couleurs de la suite sans pour autant la reproduire. La pièce se ressent presque comme une ode au silence, à l’espace, à la respiration et au repos.

Le duo fait alors un 180 vers un « chaos organisé » et – chose surprenante – ils modifient leurs instruments en rajoutant du scotch sur les touches du marimba et de la patafix sur les cordes graves du piano pour transformer le son, mais sans modifier la partition. Le marimba a alors un son très métallique, sec et aigu, et le piano, lui, produit un son étouffé, comme une basse électrique. Expérimental, n’est-ce pas ? Mais le tour est joué face au public conquis devant cet élan créatif et moderne.

LAVINIA SCOTT

Concert donné le 5 février au Conservatoire Darius Milhaud, Aix-en-Provence

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Pour l’amour du cirque

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Roue Giratoire, Cie Les Filles du Renard Pâle ©Kalimba
Animer l’espace public. Rendre le cirque accessible au plus grand nombre. Créer des ponts entre les acteur·ices du territoire. Avec Au bout, la mer !, la mairie des 1er et 7e arrondissements de Marseille et Archaos (Pôle national cirque de Marseille), s’associent pour faire vivre le cirque au cœur de la Cité phocéenne. Ce dimanche 15 février, trois compagnies investissent la Canebière et la place du Général-de-Gaulle avec trois projets in situ et sept rendez-vous qui ponctueront la journée.
Des créations
Trois compagnies, un même espace, et une édition placée sous le signe de l’innovation. La compagnie Les Filles du Renard Pâle présente sa Roue Giratoire, un spectacle de voltige créé à partir d’une roue fabriquée à la Cité des arts de la rue par les ateliers Sud Side. Placée au cœur de la performance, la roue installée dans un cercle de huit mètres rend l’exercice artistique à la fois physique et étrangement hypnotique. Au rythme des notes d’un bassiste, une circassienne s’élance… une fois lancée, elle doit contrôler ce qui semble incontrôlable.
Dans un autre style, la compagnie Les P’tits Bras propose un spectacle aérien explosif spécialement conçu pour Au bout, la mer !. Autour d’un cadre russe, structure de type Art nouveau, six artistes s’embarquent dans des voltiges aussi variées qu’impressionnantes : mains à mains, portés et envolées s’enchaînent subtilement.
Enfin, Debora Fransolin et Marin Garnier offrent une expérience artistique et humaine immersive à travers une perche géante. Créé à Marseille, le mât de 20 kg incarne une discipline traditionnelle et un agrès atypique. Tout au long du spectacle, l’objet place les deux artistes face à un déséquilibre permanent. Perchée, la circassienne virevolte, tandis que son partenaire, ancré au sol, la soutient. Inspiré de leur création How much we carry, le duo donne à voir de jolis tableaux acrobatiques.
Des spectacles, mais pas que…

Autour des spectacles, l’événement propose de nombreuses animations gratuites, pensées pour croiser les pratiques et investir l’espace public autrement. Au programme : jeux pour enfants, stands de disquaires, marchés, ateliers de jonglerie rythmique avec Carlos Muñoz de la compagnie Sombra, hula-hoop avec Norma Nix, mais aussi des discussions avec Les Philosophes publics, autour de sujets tirés au hasard. Le temps d’un dimanche, la Canebière devient un espace de déambulation culturelle, où le cirque s’impose comme un outil de rencontres… et de haute voltige.

CARLA LORANG

Au bout, la Mer !

15 février

Canebière,Marseille

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Archipel 49, c’est parti

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© A.-M.T.

Il y a foule au 49 rue Chape (5e). L’ambiance est festive pour le lancement dArchipel 49, aventure collective qui promet aux Marseillais de belles émotions culturelles. Le lieu abritait déjà la Maison du chant, créée par Odile Lecour qui partageait les locaux avec le Conservatoire de Marseille. À la suite de la rupture du bail par ce dernier, cinq structures – les Voies du chant, rejointes par Prodig’art, la Compagnie Rassegna, L’Éolienne et la Compagnie VBD and Co – décident d’investir ensemble le lieu.

La Ville de Marseille valide la création d’Archipel 49 par la signature d’une convention d’occupation temporaire de cinq ans, permettant au collectif de bénéficier d’un loyer modéré et d’inscrire les activités dans la durée. « Archipel 49 est un espace de création, d’expression et de transmission pour les artistes, une fabrique culturelle inédite favorisant la diversité des esthétiques et fondée sur une intelligence collective », explique Florence Chastagner qui en prend la présidence.

Une gouvernance partagée

Chaque structure conserve son identité artistique et ses projets personnels. Les Voies du chant, organisent notamment le festival De vives voix. Prodig’art, bureau de production accompagne les artistes dans des projets de création. La Compagnie VBD and Co, fondée par Vincent Beer-Demander, a créé l’Orchestre de Mandoline des Minots de Marseille et organise le festival Mandol’in Marseille. L’Éolienne, pôle de création dédié au conte, continuera à enchanter petits et grands. Enfin, la Compagnie Rassegna, de Bruno Allary, poursuivra ses voyages musicaux croisant musiques anciennes et actuelles de Méditerranée.

La gouvernance de l’Archipel sera « partagée, horizontale, collégiale et novatrice »,souhaitent les fondateurs. Cette approche transversale se décline en mots-clés : fédérer, partager, ancrer, accueillir, transmettre, accompagner, expérimenter, résister. « La création a une utilité sociale, elle participe à la construction de citoyens sensibles, critiques et engagés », souligne Maxime Vagner de Prodig’art.

Le projet bénéficiera aussi du soutien de la Fondation Stin’Akri, de Gilles Benéjam : « Nous sommes sensibles aux valeurs d’accueil, de chaleur humaine et d’intérêt général de ce nouveau lieu culturel ». Cette maison partagée, où « ça discute beaucoup à la pause déjeuner », ironise Vagner, permettra à Archipel 49 de développer aussi une programmation commune qui démarrera avec une « Traversée jeune public » les 14 et 15 mars, en partenariat avec le festival Babel Minots.

Présent lors du lancement, Jean-Marc Coppola, maire adjoint à la culture de la Ville de Marseille, a exprimé sa confiance : « Vous remerciez la Ville pour son soutien, mais c’est à nous de vous remercier. Je vois la concrétisation de ce beau projet. Une création à l’image de Marseille faîte de partage, de diversité, de solidarité. »

ANNE-MARIE THOMAZEAU

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