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À l’Opéra de Marseille, la solitude, le sexe et… (La)Horde

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Danseurs de (La)Horde sur scène à Opéra en plein entraînement
Danseurs de (La)Horde © Fabien Hammerl

Sur la scène est posée le squelette noir d’une voiture fantomatique comme sortie d’un film de Tim Burton. Seule, dans un paysage de no-mans land, elle avance, elle recule, tressaute… Un danseur androgyne en combinaison grise et capuche s’approche et entame avec l’engin un duo empreint de sensualité et de fougue agressive. Pactiser et dominer des robots de plus en plus intelligents, n’est pas chose aisée. Le temps s’étiole. Au loin, puis de plus en plus proche, une meute de chiens aboie. La horde de combinaisons grises « capuchées » déboule sur scène dans un combat de cascades vertigineuses durant lesquelles la violence est omniprésente, tandis que les choristes de l’Opéra national de Marseille, monacaux, entament des chants aux sonorités sacrées qui se succèderont tout au long du spectacle dans des compositions de Pierre Avia, Gabber Eleganza ou Philip Glass, interprétés magistralement par l’orchestre de l’opéra. 

Il y a de l’Heroic fantasy, du Game of Thrones dans cette séquence et dans l’évocation d’un monde de chaos, d’armes et de guerres. Soudain un personnage tombe du plafond, poupée désarticulée qui se redresse et se déplace sur scène comme un Playmobil dans un jeu vidéo. La danseuse seule en scène se heurte à des portes, des murs puis, déviée de sa trajectoire, s’engage sur de nouvelles diagonales. La maitrise du geste relève de la perfection. Un second personnage, t-shirt rouge apparaît, prisonnier lui aussi d’un itinéraire perpétuel. Jamais ils ne se rejoindront, lancés sur des chemins qu’ils ne contrôlent pas, condamnés à la solitude… Les danseurs ne semblent jamais pouvoir ni se rencontrer ni nouer des relations d’intimité. 

Partouze chorégraphique

Le décor s’est transformé. Le désert est rouge peuplé de cratères et de grands rochers noirs. Origine ou fin de l’histoire on ne sait pas bien. La horde s’est reconstituée et se livre à des rituels guerriers et sacrés. Des phrases résonnent… « Let’s dance for a while, hoping fort the best but expecting the worst, life is a short trip ». Peu à peu des couples se forment. Il s’agit plutôt d’individus assoiffés d’amour qui ne savent qu’exiger du sexe dans la radicalité absolue d’une partouze chorégraphique… Tout n’est qu’exhibition domination, asservissement. Un seul couple tente l’aventure d’explorer une relation plus douce, plus saine, plus lumineuse, sans succès.

Une marche se met en place, d’individus isolés, militaires. Une marche interminable dont s’extirpe un danseur qui quitte la ronde, s’émancipe, se libère, s’épanouit, entraînant derrière lui tous les danseurs recomposés en une suite de lutins facétieux et asexués qui cabriolent, jouent comme des enfants, gaiement, naïvement. La chorégraphie évolue vers une imitation des comédies musicales des années 1950 avec leur joie de vivre artificielle, leur glamour, leur superficialité… Que veulent-ils dire ? Voilà ce que vous vouliez-voir… de la légèreté, des bons sentiments, de la futilité, de l’insouciance ? On va vous en donner. Voilà le monde auquel nous, jeunesse, aspirons ? Plus sûrement sans doute que l’art n’est pas un divertissement mais un engagement total, le témoignage d’une époque dans laquelle le collectif est peut-être un refuge. Dans la salle le public très jeune ovationne cette horde qui lui ressemble.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Age of content était proposé par (La)Horde, 
le 18 décembre à l’Opéra de Marseille

Lire ici notre entretien avec (La)Horde

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Au Château de la Buzine, rencontre avec Juliette Welfing, monteuse de Jacques Audiard 

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Masterclass avec Juliette Welfling © Lila Seror

À l’occasion de sa série de huit masterclass, le Château de la Buzine recevait Juliette Welfling, monteuse du film Les Olympiades de Jacques Audiard, projeté pour l’occasion. Multi-primée par 5 César et d’une nomination aux Oscars, cette artiste-technicienne a partagé ses 50 ans de carrière, et sa proche collaboration avec Jacques Audiard, devant un parterre d’étudiants en cinéma de la région. 

Architecte du récit 

Sans formation ni matériel à domicile, elle a commencé très jeune, à 18 ans. La monteuse explique que son lancement de carrière était semé d’embuches, car sans école, elle a dû construire son réseau toute seule, s’introduire sur des plateaux ou encore se déplacer dans des salles spécialisées pour le montage pour chaque production. « Aujourd’hui, les étudiants en cinéma rencontrent directement leur réseau à l’école et les logiciels et techniques de montage sont bien plus accessibles ». Depuis sa maison, il est possible de monter des vidéos sur son ordinateur ou d’accéder à des tutoriels de montage sur internet, par exemple. 

Au gré de questions-réponses, la monteuse souligne que son rôle consiste à « sublimer la narration à travers le montage et de renforcer l’émotion ». Elle permet un dialogue entre le récit et l’image : c’est elle qui crée une correspondance émotionnelle qui naît au rythme du montage. « Pouvoir m’amuser à changer la construction du récit », c’est ce que Juliette Welfling aime dans son métier. Dans Les Olympiades, elle explique que le choix noir et blanc permet d’intervertir les scènes plus facilement, en plus de sublimer le décor architectural du quartier. 

Côté technique, elle explique qu’elle préfère commencer à monter pendant le tournage, afin de s’immerger dans le film. Et qu’il est parfois difficile de prendre du recul lorsqu’on a le nez pendant des heures dans les rushs, mais l’important, c’est toujours « de se placer en spectateur ». Pour Juliette Welfling, il faut avant tout « retransmettre ses propres émotions face aux images ».                                                                                                           

Lilli Berton Fouchet

Cette masterclass a eu le  17 décembre
dans le cadre de Cycle Cinéma à la Buzine qui se déroule tous les mois jusqu'à avril 2025
Château de la Buzine, Marseille

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À Fotokino, des objets de dessin

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Bettina Henni, Gros Santoun © Fotokino

C’est sur le mur à gauche à l’entrée de Fotokino que sont accrochés les dessins en noir et blanc de Bettina Henni : des objets dessinés par leurs contours, reposant chacun sur leur petit socle tracé, avec le nom de l’objet écrit dessous en provençal : une bacina, un capeù, un pouchounet, un escoube, un couteù a poumpihoun. Mais, au milieu de ces objets, on y rencontre aussi un pied, une sardina, un pebron, un eirissoun, un gari, diverses fleurs et plantes, etc… des santons en fait ! 

Et à côté les planches d’un imagier d’un quotidien rural à la fantaisie joyeuse, un travail que l’artiste lie à son apprentissage du provençal dont elle a constaté qu’il continue de vivre dans les campagnes provençales, de la Drôme à l’arrière-pays niçois, tout comme un mode de vie paysan, populaire, allié à la nature et à l’artisanat. Bettina Hanni a regroupé ces santons dans un catalogue en couleur, Gròs Santoun, édité par Fotokino. Et en a réalisé quelques exemplaires en argile, disposés sur deux étagères étroites : tout petits, également joyeux, et très proches eux aussi des deux dimensions. 

Plat, statique, simple

C’est sous le titre Recherches que sont présentés les objets dessinés par Philippe Weisbecker dans la salle d’exposition. Très connu dans le milieu des illustrateurs et des graphistes, suivi notamment par le galeriste Yvon Lambert qui expose ses travaux régulièrement, très apprécié en Asie, en particulier au Japon, où il a des expositions tous les ans, il a délaissé l’illustration de commande à la fin des années 1990 pour travailler uniquement sur ses projets personnels. Et déclare qu’il aime le plat, le statique, les objets simples, sa couleur préférée étant le gris. 

Philippe Weisbecker, Affiche. Recherches © Fotokino

Ce qui n’empêche pas ses dessins, reprenant ces critères, en y ajoutant parfois quelques couleurs, d’être traversés par une énergie étonnante, mêlant présence brute et délicatesse. Des objets du quotidien, en grand ou petit formats, dessinés sur papier et sur fond neutres (laissant quelquefois discrètement apparaître différentes traces), isolés, présentés la plupart du temps sous forme de petites séries. Des focus sur des coques de bateaux, des brosses, des bouts de tuyaux, des chaudières, des paniers à linge, des élastiques, une scie japonaise… L’objet de ses Recherches ? : « L’objet est une façade, c’est ce qu’il y a derrière, que je ne comprends pas, qui m’intéresse ».

MARC VOIRY

Gròs Santoun, de Bettina Henni
Recherches, de Philippe Weisbecker
Jusqu’au 8 février
Fotokino, Marseille

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« Fotogenico » : Marseille méchamment photogénique !

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Fotogenico de Marcia Romano et Benoît Sabatier © JHR Films

Le film, présenté au Festival de Cannes à l’ACID, affiche dans son esthétique même son petit budget. Aucun plan coûteux, des scènes visiblement tournées au fil des rencontres, pas de décor.  Mais le scénario est puissant, les dialogues subtils, le son formidable, et Marseille s’y révèle un décor incroyable. Si bien que ce petit film a tout d’un grand, et se taille même les honneurs de la presse nationale.

Vu de Marseille, le goût en est différent, sans doute parce qu’il parvient à se faufiler dans les images d’Epinal multiples de la ville et, sans leur tourner le dos, à les mettre en perspective. On suit Raoul (Chistophe Paou) dans la quête des traces de sa fille, morte. Il prend pied dans la ville, s’éblouit face à la mer, au Vieux Port, prend le métro, monte les marches du cours Julien, débarque dans ce quartier régulièrement classé comme un des « quartiers les plus cool du monde » par la presse américaine, continue à voyager dans la ville, du Panier à l’anse de la Fausse Monnaie, aux rayons de vêtements recyclés d’Emmaüs Pointe Rouge. Et les images de beauté, évidente de la rade, rebelle du street-art, côtoient des rues en travaux, des habitats précaires, des terrains vagues vaguement gardés, les détritus qui traînent, au soleil. 

Des sons, des sentiments

Mais Marseille est aussi photogénique à l’oreille, pour une fois loin du hip-hop, grâce à la B.O. très présente de Froid Dub (Stéphane Bodin & François Marché)  : Raoul cherche, et trouve, un disque que sa fille a enregistré avec trois copines. Fotogenico, qui claque, post punk indus au féminin. Car ce sont des filles que rencontre ce père, toutes fermées et revêches, lesbienne ou pas, espagnole ou pas, défoncée, ou pas trop. Ce sont aussi des générations musicales que ce film, conçu avec Benoît Sabatier, critique rock de pointe, confronte : celle d’un père qui s’épate du talent posthume de sa fille, et celle qui accumule le recyclage, le vintage, les vinyles, les maquillages disco et les camarguaises rouges, comme autant de totems d’un refus d’intégration au présent. 

Au cœur de ce qui reste un drame et frôle la tragédie, une belle drôlerie s’installe, traversée par un homme en slip rouge, et un très joli moment de tendresse de Raoul avec Tina, l’ex-amoureuse de sa fille, jouée, boudeuse et profonde, par Angèle Metzger. La violence, aussi, d’un sexagénaire rocker dealer qui se prend pour un poète et détruit, patriarche odieux, celles qui l’approchent. La drogue s’impose, séduisante et cauchemardesque, comme la mort, dont il faudra s’échapper.

AGNES FRESCHEL

Fotogenico, de Marcia Romano et Benoît Sabatier
En salles depuis le 11 décembre

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Pour les fêtes, Toulon sort le grand jeu 

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Cendrillon © Alice Blangero

Jean-Christophe Maillot, avec ses chers Ballets de Monte-Carlo, offre une Cendrillon très personnelle sur une scénographie de l’artiste plasticien Ernest Pignon-Ernest ces 21 et 22 décembre au Zénith de Toulon. Revisitant l’œuvre de Prokofiev, le chorégraphe livre une réflexion sur la manière dont le souvenir de nos disparus façonne l’avenir de ceux qui restent. Pour la Cendrillon de Maillot, le deuil est impossible car dans la famille recomposée où elle vit, évoquer le souvenir de l’être disparu est tabou. Les personnages de Maillot évoluent dans une société ridicule et féroce où les narcissismes sont exacerbés et dans laquelle la marâtre et les belles-sœurs sont des manipulatrices superficielles et toxiques. La Fée, évocation lumineuse de la mère, reste fidèle à son rôle en aidant Cendrillon à déjouer les pièges du monde dans lequel elle est tombée. Son pied nu devient l’objet symbolique du ballet. Il exprime la simplicité et la sobriété de la jeune fille mais également cette partie du corps sans artifices sans laquelle la danse ne peut exister.

En route pour Broadway

L’opéra et le music-hall seraient-il si éloignés que ça ? Pour l’Opéra de Toulon non. Avec Classical Broadway, la maison varoise entend rendre hommage à ce genre musical, qui a connu son apogée dans la célèbre artère newyorkaise au milieu du XXe siècle. Sur la scène du palais Neptune, Jasmine Roy et Sinan Bertrand, experts de la comédie musicaleseront accompagnés par deux chanteurs lyriques : Margaux Poguet et Guillaume Andrieux. Le quatuor fera entendre des extraits de Giacomo Puccini, Gioachino Rossini, Stephen Sondheim, Leonard Bernstein, Richard Rodgers, George Gershwin, John Kander, Irving Berlin… L’Orchestre de l’Opéra de Toulon et sera dirigé par Larry Blank, un des plus grands spécialistes de la comédie musicale américaine.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Cendrillon 
21 et 22 décembre 
Zénith Toulon

Classical Broadway 
28 décembre 
Palais Neptune, Toulon

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Théâtre Massalia : Pas d’amour sans liberté

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© X-DR

C’est un spectacle librement inspiré de Mon chat personnel et privé spécialement réservé à mon usage particulier, album jeunesse de l’auteur américain Sandol Stoddard, paru dans les années 1960. Les artistes de la Cie marseillaise Maïrol se sont emparés de ce récit tout simple mais pétri de sagesse avec gourmandise, pour en faire une performance musicale immersive, à déguster dès 7 ans. Qu’est-ce qu’une histoire, se demandent-ils, est-ce qu’un chat peut être un héros ? N’est-ce pas plutôt un western ? Ou un truc qui fait peur ? Parce qu’il faut bien le dire, celui-ci n’a rien d’extraordinaire, c’est juste un animal « qui ne fait rien comme on lui dit », en bon félin, préférant chasser, dormir et se lustrer. « Ici ! », « Tu restes assis ! », ça ne risque pas de marcher avec lui, c’est bon pour les chiens. Voilà ce que comprend, à la dure, l’enfant qui s’essaie à l’autorité avec lui.

Tel un maître zen, le chat lui inculte le respect minimum pour aboutir à une entente entre espèces, et une leçon précieuse : faire soi-même l’apprentissage de la liberté et de l’autonomie autorise ensuite à se blottir en confiance avec l’autre, quand on le veut. Le chat et l’enfant savent qu’ils pourraient être ailleurs, mais choisissent d’être là. L’adaptation s’opère avec une mise en scène sobre, mais un riche univers sonore, fait d’interprétations live (Maïté Cronier chant ; Roland Deloi voix et guitare électrique ; François Wong instruments à vent) et de sons spatialisés. Ni la musique expérimentale, ni les jeux de mots scandés en avalanche, n’ont l’air de dérouter le public enfantin, qui s’esclaffe volontiers et claque des mains en rythme, reconnaissant sans nul doute l’expérience universelle de sagesse que procure le fait de côtoyer un chat.

GAËLLE CLOAREC

Moi, mon chat a été vu au Théâtre Massalia le 13 décembre

Retrouvez plus de retours de spectacles dans notre rubrique On y était

Avignon : La Maison Jean Vilar active la mémoire

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EXPO COSTA : La Place de l'horloge pendant le Festival d'Avignon © succession Maurice Costa

C’est une exposition aux dimensions modestes, mais à la portée précieuse, qui a été inaugurée le 13 décembre à la Maison Jean Vilar. Maurice Costa, photoreporter du Provençal, a couvert le Festival de 1955 à 1989, et sa veuve a remis l’ensemble de ses négatifs et tirages concernant cette mémoire à l’Association Jean Vilar. Soit près de 12 000 clichés, qui ont été numérises, puis choisis et mis en perspective pour l’exposition. Ainsi un diaporama chronologique fait traverser l’histoire des spectacles en plus de 120 photos, et d’autres tirages sont en perspective avec l’histoire traversée : celle des premiers spectacles, mythiques, voisinent avec des temps de détente, de répétition, que le photographe aimait bien capturer. Puis 1968, avec ses charges de CRS, ses affiches, Jean Vilar debout au centre d’un sit-in, le Living Theatre et le Ballet Béjart qui, étrangers donc non grévistes, jouent dans la tempête ; puis d’autres photographies, tandis que le off se développe, de la rue, des parades, des spectateurs, de la vie extérieure.

Un voyage complété lors de l’inauguration par un pavoisement en fanfare et en percussions. La musique de Maurice Jarre, dont les célèbres trompettes était jouée par un ensemble formé d’élèves et professeurs du Conservatoire, et de diverses associations. Ils accompagnaient une exposition d’oriflammes flamboyants : les originaux commandés par Vilar, de Calder ou Edouard Pignon, et ceux créés cette année lors d’ateliers de pratique artistique. 

Fabriquer ensemble

Car une des préoccupations de l’association Jean Vilar est de faire vivre la mémoire et la volonté politique du Théâtre National Populaire au-delà du Festival d’Avignon, et de les partager avec des visiteurs qui ne sont pas des spectateurs assidus de théâtre. Ainsi les ateliers sont menés avec des associations de réfugiés, de mineurs non accompagnées, des associations qui œuvrent dans le champ social, sportif ou de santé. Cécile Helle, maire d’Avignon, saluait ce travail de médiation qui « partage de l’art et de la mémoire avec tous et toutes. »

Un court métrage d’animation, fabriqué lors d’ateliers menés par la plasticienne Camille Goujon avec l’association Génération Sport, redonne ainsi vie aux archives, aux costumes, aux cartes postales et photographies des débuts du festivals. Animés à la main, les costumes sortent des boîtes et dansent, les jeunes rappent dans les photos d’époque, deviennent Gérard Philipe… Une appropriation culturelle de premier choix !

AGNÈS FRESCHEL

(Dé)Couvrir le Festival
Exposition du fonds Maurice Costa
Commissariat : Adrian Blancard et Margot Laurens

Hissez-haut !
Exposition d’oriflammes 
Ateliers menés par Pauline Tralongo

Dansez maintenant
Court métrage d’animation
Atelier menés par Camille Goujon
Jusqu’au 31 mai 2025

Maison Jean Vilar, Avignon

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Travelling(s) sur une vie déracinée

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Sharon Tulloch et Emmanuel Reymond © Lila Seror

« Tout a commencé le 5 novembre 2018 », date des effondrements de la rue d’Aubagne. Dans les mois qui suivent, de nombreux immeubles sont déclaré en péril et des milliers de personnes sont délogées. Sharon Tulloch est l’une d’entre elles. Dans sa pièce Travelling(s), dont elle présentait une première étape de création ce vendredi 13 décembre à la Distillerie, l’autrice et illustratrice raconte cette histoire, qu’elle croise avec les différents « déracinements » et migrations qui ont fait son histoire personnelle et familiale. Et pose ainsi une question : qui est-on quand on n’est nulle part chez soi ? 

Se retrouver dans son histoire

C’est dans un décor épuré et surplombé de trois grands panneaux servant d’écrans à la projection vidéo que Sharon Tulloch narre son récit en différents chapitres : la nouvelle des effondrements, puis de son expulsion en quelques minutes à peine, les différentes solutions d’hébergement d’urgence. Et puis elle revient sur son histoire et celle de sa mère, membre de la Windrush Generation, nom donné à l’immigration de jamaïcaine en Angleterre. Elle traverse les âges, grâce à de petits changements de costume et de perruque. Une mise en scène simple et efficace, accompagnée par la contrebasse d’Emmanuel Reymond, qui aide à harmoniser le tout.

Le texte alterne entre le français et l’anglais, et retombe toujours sur les mêmes mots « My name is Sharon Tulloch, I’m black British, afro-jamaican, South American. My name is Scottish ». Son nom, ses origines et l’origine de son nom, répété comme un mantra et qui illustre sa quête d’identité et de « racines », créant un joli mouvement cyclique dans la narration. Une première étape prometteuse, d’à peine plus d’une demi-heure, dont on attend la suite avec impatience. 

CHLOÉ MACAIRE 

Travelling(s) a été présenté en sortie de résidence le 13 décembre à la Distillerie, Aubagne.

Les mehfils, forums séculaires

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© Véronique Marcel

La Cité de la musique et le pôle des musiques du monde qu’elle abrite sont une ruche bourdonnante, offrant un aperçu du monde à travers la diversité de ses musiques. Le festival Mehfil y est organisé par l’association Taal Tarang – Indian Arts Academy, fondée à Marseille en 2012 par Nabankur Bhattacharya, musicien et joueur de Tabla, et Maitryee Mahatma, chorégraphe et danseuse Kathak. L’association contribue à la promotion des arts indiens par l’enseignement de la danse, de la musique et l’organisation du festival. Cette année, le thème du festival était le voyage, un défi inhérent à la culture et à la langue urdu, syncrétisme entre les cultures hindoue et persane. 

L’Empire moghol a marqué, en 1526, l’apogée de l’expansion musulmane en Inde. Leurs cours royales furent des espaces d’expression et de mécénat essentiels au développement des arts, et la tradition du « mehfil »  leur rend hommage au fil des siècles. Aujourd’hui, ces événements sont généralement organisés dans les maisons des mélomanes ou des amateurs de rassemblements de récitation de poésie. Ils combinent l’art de la poésie, le chant, la musique et la danse en provenance de l’Inde du Nord.

Extase hindoue

Le 13 décembre Benoît Gorlich, passionné de l’Inde et de ses spiritualités, introduit les différents tableaux avec une précision historique précieuse pour les non-initiés. Le public, nombreux et divers, se laisse porter par la voix de Madhubanti Sarkar, chanteuse de musique semi-classique indienne dont le prénom est aussi le titre d’un célèbre râga, cadre mélodique permettant aux chanteurs d’improviser pour exprimer un sentiment tout en montrant leur virtuosité.

L’extase créée par l’interprétation de Madhubanti Sarkar s’associe aux chorégraphies de Maitryee Mahatma, dont la performance est exceptionnelle. Ses ghunghuru, bracelets de cheville à grelots, véritable instrument de musique à la technique très évoluée, créent des joutes rythmiques entre la danseuse, le percussionniste aux tablas et le sitar de Nazar Khan.

Les trois tableaux qui se succèdent nous emmènent à travers l’Inde du Nord à la découverte des figures emblématiques de la culture hindoue. Maitryee Mahatma, experte par son héritage mais également par ses recherches universitaires explore les figures mythiques féminines indiennes. Sita, divinité de l’hindouisme, représente l’un des avatars de Lakshmi, la compagne de Vishnu. L’occasion de découvrir une mythologie dont les influences sont mondiales et irriguent de nombreuses cultures. Dans le Rāmāyaṇa, Sītā est l’épouse de Rāma avec qui elle connaît une vie sentimentale tourmentée. Les chorégraphies évoquent différentes divinités, et Maitryee décompose chaque geste, chaque expression du visage ou des mains, donnant vie tour à tour à une fleur et à une étoile.

Le festival se clôture par la diffusion de Latcho Drom de Tony Gatlif. À travers la musique, le chant et la danse, ce film évoque la longue route des Roms et leur histoire, du Rajasthan à l’Andalousie. Latcho drom, qui signifie « bonne route » en romani, rappelle combien les arts voyagent autant qu’ils nous font voyager, grâce aux cultures diasporiques !

SAMIA CHABANI

La soirée de clôture du Festival Mehfil a eu lieu le 13 décembre à la Cité de la musique de Marseille

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Festival Risc : dessiner l’émancipation féminine

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Les filles c’est fait pour faire l’amour d’Emmanuelle Santelli © Girelle Production

Depuis que Serge Dantin, directeur artistique des Rencontres Internationales Sciences et Cinéma [Lire notre entretien ici], a ouvert la ligne du festival pour inclure toutes les sciences, humaines comprises, il y en a pour tous les goûts. Adeptes des films expérimentaux ou des sciences « dures » y trouvent bien-sûr encore leur compte, mais de plus en plus aussi, ceux qui apprécient l’art de la narration et l’incarnation par des personnages bien campés. Car ces outils sont décidément très efficaces pour accompagner la réflexion, découvrir un savoir, quel que soit le champ disciplinaire.

Les femmes, le patriarcat et le capitalisme

Lors du lancement de la 15e édition, le 10 décembre au cinéma La Baleine, cela se prêtait particulièrement bien au thème de la soirée, l’émancipation féminine. Deux documentaires étaient au programme, avec pour point commun un usage convainquant du dessin. Un procédé qui, n’étant pas directement arrimé au réel, décuple le pouvoir évocateur du cinéma, en renforçant l’impact de la matière sonore, et réciproquement. Les filles c’est fait pour faire l’amour, court-métrage de 15 minutes, a pour matière première trois entretiens réalisés par la sociologue Emmanuelle Santelli. Ses « enquêtées » ont accepté que leurs voix soient utilisées. Et le résultat est remarquable : loin d’un travail académique, le film condense l’expérience du patriarcat auquel toutes sont confrontées, pour montrer ce que les trajectoires individuelles ont de générique. À quel niveau d’intériorisation de ses exigences faut-il en être pour se dire « je dois être une bonne partenaire sexuelle, de sorte que mon compagnon puisse s’en vanter auprès de ses copains » ? La prise de conscience et le récit de leur émancipation est très émouvant.

C’est le cas aussi du long format de Daniela de Felice, 66 minutes aussi brûlantes que son titre, Ardenza. Elle y décrit, à la première personne, vie sentimentale et engagement politique, entremêlés dans l’Italie des années 1990, alors que l’orage social gronde face au capitalisme et aux résurgences fascistes. Ses dessins à la plume, ses aquarelles (la réalisatrice a étudié la narration visuelle à Bruxelles) apportent une grande intensité à ce regard féminin sur cette période effervescente. La qualité littéraire de son texte y est aussi pour beaucoup. N.B. : pour ceux qui ont raté la projection, les deux œuvres sont accessibles en ligne.

GAËLLE CLOAREC

Le festival Risc s'est déroulé du 10 au 14 décembre, dans plusieurs salles de Marseille

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