samedi 14 février 2026
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La porte du temps

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C’est l’eau grise de la pluie, les gouttelettes de lumière sur les fleurs et les herbes, les parapluies en corolles, une gare déserte, des rails qui traversent la campagne, la flambée rousse des feuilles d’érables ou le soleil des tournesols. Du gris bleu, du bleu gris, du brun, du rouge, du jaune et du vert, en dominantes successives. Un lycée où chahutent des ados, des maisons traditionnelles aux cloisons de papier, un aquarium et un tunnel sous la voie ferrée qui mène ailleurs dans l’espace-temps. On est dans le village japonais de Kozuki et dans le nulle part imaginaire des âmes perdues. Tunnel to summer est une romance, un teen-movie qui associe avec élégance une dimension fantastique et symbolique aux poncifs du mélo traditionnel.

Deux jeunes lycéens mal dans leur peau vont se rencontrer. Kaoru Tôno, rongé par la culpabilité depuis la mort accidentelle de sa petite sœur dont il se sent responsable, vit avec un père alcoolique, violent dans un foyer déserté par la mère. Anzu, arrive en cours d’année dans la classe de Kaoru, la rage au ventre, doutant d’elle-même, rejetée par ses parents parce qu’elle veut suivre les traces de son grand-père, auteur de mangas et mort sans un yen. Kaoru a découvert – par hasard, mais en est-ce un ? – l’entrée du tunnel d’ Urashima, qui selon une légende urbaine offre à ceux qui y pénètrent la réalisation de leur vœu le plus cher. Aventure périlleuse car quelques secondes dans le tunnel correspondent à plusieurs heures dans la vraie vie.

Délicates images

Kaoru veut revoir sa sœur. Anzu veut laisser une trace de son existence en devenant mangaka. Tous deux vont expérimenter des incursions dans le tunnel magique, testant les connexions de leurs téléphones portables. Une complicité qui se transforme en amour. Peu de personnages secondaires, peu de lieux différents : Kaoru et Anzu (dessinés par Satomi Yabuki) omniprésents sont cadrés à toutes les échelles. Comme entravés dans leur vie, ils rejouent les mêmes scènes dans le même décor.  En dépit de la gravité des thèmes – la défaillance parentale, la peur de l’avenir, le poids du passé, la difficulté de surmonter un deuil, de faire des choix, de dire adieu, d’accueillir un amour, ce film d’animation de belle facture, se teinte d’une grande douceur et laisse flotter longtemps, en persistance rétinienne, de délicates images mélancoliques.

Tomohisa rêve déjà d’une nouvelle adaptation : ce serait Kafka sur le rivage d’Haruki Murakami, encore une histoire d’adolescent en rupture, énigmatique et à forte charge allégorique.

ÉLISE PADOVANI

Tunnel to Summer, the Exit of goodbyes, deTomohisa Taguchi

En salles le 5 juin

Vampire, du côté obscur

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Écran noir. Cris d’une femme, vagissements d’un bébé en train de venir au monde. Premières images : le visage d’une mère et de son bébé, Philémon, qui n’arrive pas à téter. Elle a mal mais quand le médecin lui dit qu’il faut juste se forcer, c’est du sang qui coule sur sa peau blanche. Souffrance, sang, enfant sous perfusion, voiture qui roule, roule dans la nuit… C’est ainsi que s’ouvre le premier long métrage de Céline Rouzet, En attendant la nuit.

Philémon (Mathias Legout Hammond) a grandi : il a 17 ans. Sa mère Laurence (Élodie Bouchez), son père Georges (Jean-Charles Clichet) et sa petite sœur Lucie (Aly Mercier) s’installent dans une maison meublée, d’une petite bourgade pavillonnaire tout près d’une forêt. Ils sont heureux de commencer une nouvelle vie. « Tant que tu fais comme tout le monde, tu es tranquille ! » Car dans cette banlieue calme des années 1990, on s’invite à des barbecues et on interroge ceux qui viennent d’ailleurs. « Il faut absolument qu’on ait l’air le plus normal possible », rappelle Georges.

Frère de sang

La famille Féral vit avec les rideaux tirés et cache un secret : Philémon qui a sa chambre plein nord et évite le soleil, n’est pas un adolescent comme les autres, c’est un vampire. Laurence, qui lui fournit son propre sang, a trouvé un travail dans un centre de don du sang, ce qui lui permet de détourner des poches de ce précieux liquide pour son fils. « On n’est pas sérieux, quand on a 17 ans. » L’adolescent a envie de vivre comme les autres, de s’intégrer au groupe de jeunes du coin et quand il rencontre Camilla (Céleste Brunnquell), tout se complique. Désir et danger, violence et sensualité, ombre et lumière, amour et solitude. Le regard de Philémon sur le monde interroge notre propre regard.

Car ce film de vampire est avant tout un film sur la différence, l’éveil à la sexualité, les conventions sociales, la solitude. Philémon signifie « aimer et seul ». « Avec ce film, j’ai voulu raconter ce qui m’obsède depuis toujours : un monde conventionnel qui se fissure, des personnages qui dérangent, le malaise qui en découle » précise Céline Rouzet. Le scenario lui a été inspiré par l’histoire et la mort de son frère : « Je me suis rappelée que cette figure avait énormément hanté mon frère quand il était petit, lui qui est né différent et qui a beaucoup souffert du rejet des autres. Enfant, il voyait des vampires venir jusque dans sa chambre pour lui parler.»

Ceux qui s’attendraient à un film de vampires risquent d’être déçus. Les scènes où Philémon, comme la plupart des vampires depuis Nosferatu s’abreuve de sang humain, ne sont pas les plus réussies. Mais Céline Rouzet su créer une tension grandissante au fil du film et nous faire partager les efforts jusqu’à l’épuisement d’une famille qui se bat. En attendant la nuit a obtenu le Prix du Jury au Festival International de Films Fantastiques de Gérardmer.

ANNIE GAVA

En attendant la nuit, de Céline Rouzet
En salles le 5 juin

Les Voix du récit : rencontre colombienne

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Le collectif Cruce Sur qui a pour objectif de diffuser la culture colombienne propose Les Voix du récit, deux événements autour de l’œuvre de Nicolás Buenaventura Vidal, réalisateur, conteur et comédien franco-colombien. Le 7 juin à 19 h dans la salle Ma Petite Anna Tôle (Marseille), un monologue théâtral, La dicha de la palabra dicha (Au fil des mots). Le lendemain à 19h30 au cinéma Le Gyptis, le film Kairos présenté par Johanna Carvajal González. On suivra les aventures d’Amaranto, 60 ans, renvoyé de son travail de caissier dans une banque à Cali en Colombie, il y a déjà quelques années, mais Amaranto va encore sur son ancien lieu de travail pour de menues tâches. Le jour où un camion blindé doit livrer une grosse somme d’argent il entrevoit la chance de réaliser un vol aussi simple qu’extraordinaire. Après la projection, on pourra discuter avec le réalisateur. Une séance en partenariat avec la Compagnie Communic’arte, Les Philosophes Publics et Les Rencontres du Cinéma Sud-Américain (ASPAS).

ANNIE GAVA

Surfer sur les notes

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Si « l’intérieur des terres » foisonne de propositions festivalières de haut-vol lors de la saison d’été, la côte semblait ne se reposer que sur le charme de ses plages. Grâce à La Vague Classique, l’excellence s’invite aussi en bord de mer. Les grands noms, Khatia BuniatishviliNelson GoernerAlexandre Kantorow, pour ne citer que les trois premiers concerts, sont familiers des scènes les plus prestigieuses, mais ici, dans l’écrin de la Maison du Cygne, ou plus tard, de la Villa Simone, de la Collégiale Saint-Pierre ou la Maison du Patrimoine « François Flohic » située au-dessus de la lagune du Brusc, site classé Natura 2000, le public est installé juste à côté des interprètes, peut en discerner la moindre expression, le moindre souffle. Pas d’effets entre l’auditeur et les sonorités produites, pas de filtre aux émotions !

Le choix d’un temps long

Le festival s’étale comme une véritable saison estivale, du 18 mai au 14 septembre, évitant l’écueil des autres rendez-vous musicaux traditionnels de l’été. Le symbole des deux concerts qui ouvrent et closent le festival est symbolique : la première représentation convie la pianiste Khatia Buniatishvili, aussi encensée que décriée en raison de sa fougue, de ses tenues vertigineuses, des enthousiasmes débridés des spectateurs à l’instar de ceux que peuvent susciter les stars du rock, (un engouement populaire fait oublier à certains que l’artiste parle couramment cinq langues et a une maîtrise technique souveraine). Le dernier concert offrira la scène à la toute jeune et déjà invitée de plusieurs festivals en France et en Europe et lauréate 2018 du concours international Jeune Chopin, Arielle Beck. Elle a d’ailleurs remplacé la star Khatia Buniatishvili qui attendait un heureux évènement le 7 juin 2023 au ClassicCestfffou à Nantes.

Un feu d’artifice

On reconnaît ici la finesse malicieuse du directeur artistique du festival, Gérard Lerda qui a su concocter une programmation aussi éclectique qu’ambitieuse, passant de solistes à des formations chambristes et orchestrales, sur des univers classiques, romantiques, baroques ou jazzy. « Nous cherchons à toucher le plus grand nombre et à convier les spectateurs à sortir de leur zone de confort en leur proposant par le biais d’artistes virtuoses d’aborder des styles et des genres qui ne leurs sont pas toujours familiers » explique Gérard Lerda qui écume les salles de concerts afin de trouver les perles rares de ses futurs calendriers.

Il y a désormais des fidèles, Renaud et Gautier Capuçon, l’ensemble Matheus dirigé par Jean-Christophe Spinosi, les rendez-vous avec les lauréats de la Fondation Gautier Capuçon, cette année la jeune pianiste Nour Ayadi, beaucoup de piano avec entre autres, Guillaume Bellom, Sélim Mazari, Frank Braley, Shani Diluka, mais aussi du jazz avec le Paul Lay Trio ou Nicolas Folmer en quatuor, du lyrique grâce à la mezzo-soprano Marina Viotti ou le contre-ténor Rémy Bres-Feuillet… Comment tout citer ! Un vrai feu d’artifice ! 

MARYVONNE COLOMBANI

La Vague Classique

18 mai au 14 septembre 

Divers lieux, Six-Fours-les-Plages

Gallotta, danse de rêve  

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Le jour se rêve de Jean-Claude Gallotta

Il n’y a pas d’histoire à proprement parler qui sous-tend le propos de la pièce de Jean-Claude Gallotta, le spectateur est libre de ses interprétations. Au début, dans un silence des origines, les danseurs entrent sur le plateau nu. Vêtus de combinaisons académiques colorées et flashy (signées Dominique Gonzalez-Foerster), de vestes noires et de masques les personnages évoluent sur la musique composée spécialement pour le spectacle par Rodolphe Burger. Ses pulsations organiques se conjuguent au dynamisme des corps comme galvanisés par les tonalités rock qui exorcisent le monde et célèbrent les hasards de l’élan vital. 

L’espace est redessiné par les trajectoires classiques, lignes frontales, diagonales, pas de deux, soli, ensembles aux articulations aléatoires qui s’orchestrent subtilement pour refonder une géométrie rigoureuse. Sauts, tournoiements, unissent les dix danseurs en une harmonie plastique qui semble appréhender la scène comme un tableau mouvant sans cesse remodelé. La même frénésie s’empare des corps et peu importe les tailles, les âges, les corpulences, le bonheur du geste transcende les enveloppes : virtuosité de chacun alors que les masques tombent, que les costumes dévoilent les individualités en échappées ludiques. L’abstraction chère à Merce Cunningham, « maître à penser » de Jean-Claude Gallotta qui dans sa Nuit rêvée expliquait combien le compagnon de route de John Cage lui a donné « le courage d’inventer ».

En écho au processus créatif du « maître », Jean-Claude Gallotta intervient lui-même entre les trois tableaux qui évoquent les troubles solaires de la nature, les vibrations des grandes villes et un avenir aux allures de comédie musicale débridée. Ses apartés qui rendent hommage en même temps qu’ils ironisent sur l’art de la danse, apportent un contre-point délicieusement espiègle. Derrière une fausse innocence enfantine, la précision et l’élégance des artistes tissent un ballet jubilatoire et envoûtant.

MARYVONNE COLOMBANI

Le jour se rêve a été donné le 7 mai au Théâtre Durance, Château-Arnoux-Saint-Auban.

Flamme poétique

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Au fil des ans ou des eaux de l’Argens qui mènent de Barjols à la côte toulonnaise, le festival des Eauditives s’est affirmé comme le temps fort poétique du printemps. Y est rendu visible le travail effectué par les membres de la Zone d’Intérêt Poétique (ZIP) de Barjols auprès des scolaires, depuis l’école primaire au lycée grâce aux restitutions de leurs ateliers

Cette année sont à l’œuvre le poète performeur, et fondateur de la revue Freeing our bodyYoann Sarrat, du poète et performeur Dominique Massaut, de la plasticienne et auteure Nicole Benkemoun et des poètes, plasticiens, performeurs, éditeurs (éditions Plaine Page) et fondateurs des EauditivesClaudie Lenzi et Éric Blanco. Comme tous les ans, sous la houlette de leurs professeurs, les étudiant.e.s de l’Ecole Supérieure Art et Design proposeront leur déambulation  poétique avec les Furoshiki, une  technique de pliage et nouage de tissu  détournée pour envelopper des créations plastiques construites autour des textes des auteurs en présence. Ils s’adonneront aussi aux performances baptisées Poessonies, mot qui unit poésie, son et eau.

Subtils éclairages

S’orchestrent des rencontres d’auteurs, Yoann SarratNadine Agostini, Frédérique Guétat-Liviani pour son livre 4 de chiffre et Sarah Keryna qui évoquera son nouvel opus Ligne directe, paru cette année aux éditions Plaine Page. 

Conférence, lectures, performances, vernissages d’expositions précèdent le dernier évènement de la manifestation : une journée consacrée aux écritures sourdes, qui s’achèvera par une table ronde sur le thème des Générations créatrices avec quatre femmes, Chantal Liennel, Emmanuelle Laborit, Zohra Abdelgheffar et Marine Comte. Ici, selon Éric Blanco, « mieux qu’une seule flamme spectaculaire et médiatisée, plusieurs lumières de poche ou bougies de proximité, relient et croisent les différences, connectent les œuvres, les textes et les idées ». 

MARYVONNE COLOMBANI

Les Eauditives

Du 14 mai au 1e juin

Barjols, Châteauvert, Toulon, Brignoles, La Garde, Saint-Raphaël

Danser avec les éléments

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Dans un clair-obscur ocré de silence, des êtres s’avancent, hésitent, essaient l’espace, se rétractent avant de retourner en fond de scène en une ligne lumineuse. Les costumes empruntés au baroque, semblent faire émerger les danseurs d’un tableau de Velázquez. Une géométrie classique dirige les évolutions premières, hiératiques, mouvements mesurés où les bras n’apparaissent que tardivement pour que s’enlacent les danseurs en une danse proche des reproductions des vases antiques. La ligne originelle se module en pointe qui s’avance vers le public, se résorbe en vague lente, encercle l’espace scénique, se reforme en quatrième mur, dos au public, se mue en signe de l’infini, double boucle, amorce de la construction de l’œuvre. 

Le déchaînement voisin d’une rave party enjouée qui suit sera repris totalement à la fin ; entre temps, se seront dressés sept ventilateurs industriels déployant leur pleine puissance sur les quatorze danseurs. Les tableaux se succèdent, convoquant chacun son histoire. Histoire d’une humanité, histoire de la danse. La grammaire classique parfaitement maîtrisée se mâtine des modes contemporains, se parodie elle-même, reprenant les pas d’un sage Lac des cygnes ou enserrant les gestes à la barre dans une mécanique rappelant celle de Coppelia. En pivot de la pièce, un clin d’œil au solo de Nelken de Pina Bausch  qui se moquait de la virtuosité classique : « je vais sauter (…) je vais vous montrer ! manège, batterie, jetés, glissade, triolet, saut écart… ». 

Le vent mécanique qui gagne jusqu’aux gradins agite les voiles légers qui vêtent les protagonistes, aériens comme les tissus diaphanes d’un Botticelli, animés dans leur transparence par les souffles. Les danseurs luttent contre l’apocalypse, les danseuses évoluent, droites, chaussées de pointes, résistant au déluge. La danse débridée du début reprend,  précise malgré la tempête, et affirme sa pérennité face aux éléments, narguant l’impossible… La danse de Calcagno englobe sa propre histoire, ne renie rien, mais assimile le tout dans une écriture fructueuse et foisonnante de la contrainte. Et c’est très beau. 

MARYVONNE COLOMBANI

Storm a été dansé les 6 et 7 mai, Pavillon Noir, Aix-en-Provence

Route enchantée

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Trois Grammy Awards, prix Thelonius Monk, prix Django Reinhardt, Cécile McLorin Salvant s’affirme comme l’une des étoiles du jazz contemporain. Née aux Etats-Unis mais entrée au Conservatoire d’Aix-en-Provence en 2007 en classe de chant lyrique, elle est remarquée par le professeur de jazz et saxophoniste Jean-François Bonnel. C’est à lui qu’elle dédiera le concert donné dans la belle acoustique du théâtre des Salins de Martigues aux côtés de l’Orchestre national Avignon-Provence dirigé par Bastien Stil et de ses fantastiques musiciens, Sullivan Fortner (piano, orgue), Kush Abadey (batterie) et David Wong (contrebasse). 

A star is born

Le concert sous forme de carte blanche permettait de découvrir la riche palette de cette artiste qui chante aussi bien les standards de jazz que des pépites de la chanson française, liant son amour de la mélodie et celui des mots, passant de versions orchestrales à l’intimité d’un trio de jazz ou d’un solo piano/voix. La beauté et maestria des variations de registre, écarts acrobatiques d’octave, modulations superbement maîtrisées, sûreté des attaques, amorces en pianissimo dans les aigus, plongées dans des graves veloutés… se rehaussent  d’une approche fine et intelligente des œuvres, une articulation parfaite et un sens aigu des tempi et des phrasés.  

En ouverture, l’Orchestre national Avignon-Provence offrait le bel équilibre de ses pupitres avant de suivre la chanteuse et ses musiciens dans une exploration délicate où se croisent Chris Barber, Duke Ellington, des extraits de comédies musicales. En référence à son costume coloré, elle interprète Send in the Clowns d’A Little Night Music, composée par Stephen Sondheim pour Glynis Johns, immortalisé par Sarah Vaughan. L’artiste explique brièvement l’enjeu des textes anglais, précise la distance entre la prononciation du patronyme de Sarah Vaughan et son orthographe, parle d’amours ratées, d’amours heureuses, de revirements, de souvenirs. On relit les Parapluies de Cherbourg à la suite de Michel Legrand, on retrouve ensemble le sentiment d’être vivant !

 En bis La route enchantée de Charles Trenet vient célébrer la « jolie fête du printemps » où « l’amour est le plus beau poème ».

MARYVONNE COLOMBANI

Ce concert a eu lieu le  5 mai, Scène nationale des Salins, Martigues

Faire entendre Le bruit des mots

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L’association Nouvelles Hybrides ne cesse de défendre avec une passion éclairée la littérature vivante en invitant des auteurs, suscitant des temps de performances, de musique, d’analyses, de rencontres. Durant trois semaines, à l’occasion du rendez-vous Le bruit des mots, plus de quinze lectrices et lecteurs professionnels et amateurs vont proposer leurs lectures de textes variés issus de livres aimés. Défileront Romain Gary, Marcus Malte, Philippe Delerm, Daniel Pennac, Umberto Eco, René Daumal, Éric-Emmanuel Schmitt… La première édition décline la thématique du rire. 

Ainsi, une soirée spéciale sera consacrée à Milan Kundera, sans doute parce qu’il a écrit La PlaisanterieLivre du rire et de l’oubliRisibles Amours. Malgré les titres, le rire n’est pas évident, certains soulignent que « face à la bêtise et au cynisme, il choisit l’infinie bonne humeur » (André Clavel, Le Temps). Le rire se fait alors outil d’analyse et de critique, vivifiant dans sa manière de mettre en évidence les travers de notre humanité. La lecture musicale de Stanislas Roquette et Éric Charray (clarinettes), le jour où Panurge ne fera plus rire précédera Personne ne va rire qui met en scène un universitaire refusant d’écrire une lettre de complaisance pour un pseudo savant… le jeu littéraire des apparences, de la polysémie inhérente aux mots et à leurs agencements devient un plat de fin gourmet… Lectures-intermèdes, lectures-apéro, « grandes lectures », mais aussi lectures-enfants, tout se conjugue dans les médiathèques ou chez l’habitant pour faire de la lecture non un acte solitaire mais une communion collective de partage… l’amour des livres peut commencer par là…

MARYVONNE COLOMBANI

Le bruit des mots

Du 18 mai au 9 juin

Divers lieux, Luberon 

« Fainéant·e·s », la route de la fortune ?

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Quatre mains menottées. Intérieur d’un fourgon de police, la nuit. Et par la vitre arrière, comme sur un écran, des affrontements avec les CRS et les lueurs rouges des gaz lacrymogènes. Les mains sont celles des deux protagonistes du dixième  long métrage de Karim Dridi, Fainéant.e.s : Nina (Faddo Jullian) et Djoul (.jU.) deux copines inséparables. Chassées de leur squat, elles reprennent la route à bord de leur camion « Cristori Logistique » dont une pancarte affiche le programme « Entre qui veut, Sort qui peut ».

Nous allons suivre leur route, ensemble, puis en séquences alternées quand, au fil des rencontres, leurs routes divergent. Elles piquent de l’essence, fouillent dans les poubelles pour manger, se font embaucher pour la taille des vignes, travaillent à la chaine, ont des aventures et surtout l’envie de faire la « teuf ». Quand Nina, aux cheveux bicolores, piercing au nez et à la lèvre, trouve un mec, qui travaille à la vigne avec elle, Djoul le supporte mal et reprend la route, seule, embarquant au passage un chien abandonné. Qui sont-elles ces deux marginales ? La zonarde Nina et la punk Djoul ? Pourquoi ont-elles opté pour cette voie ? Karim Dridi et sa coscénariste Emma Soisson ont choisi de ne rien dire de leur passé. On sait juste que la famille de Djoul avec qui elle a rompu, vit dans un village puisqu’on la voit aller assister aux obsèques de sa mère ? De Nina, on ne sait rien. On la retrouve à Marseille, sur la Canebière ou se baignant aux Goudes avec un gars rencontré dans un squat sordide où elle a fait une fausse couche.  « C’est ça leur vie, une perpétuelle fuite en avant. Elles avancent sans jamais se retourner. D’où l’importance d’être dans l’instant présent. Bien sûr, on imagine qu’elles ont un passé. Mais je ne prends pas le spectateur par la main. Je n’explique pas. »

Tourné en scope, le format du western et du road movie, avec une mise en scène très posée, une caméra qui filme les corps de ces deux femmes corpulentes, tatouées, peu soignées, inspirées à Karim et Emma par celles qui les incarnent, Fainéant.e.s, n’est pas un film confortable. Il peut déranger avec son atmosphère souvent glauque et les odeurs qu’on imagine. Et la conception de la liberté de ces nomades – pas de murs, pas d’attache(s), résolument individualiste peut sembler, à certains, irresponsable. Il peut plaire à tous ceux qui galèrent dans leur vie actuelle, rêvent de tout laisser et de partir sur les routes, ailleurs. À ceux qui aiment la musique punk et ceux qui retrouvent avec plaisir les chansons de Colette Magny. « Je crois que le film lui ressemble : il est à la fois subversif, empreint d’une profonde tendresse et d’un souffle de liberté. »

On connait l’affection de Karim Dridi pour les marginaux et les couches sociales les moins favorisées. Il a voulu ici  rendre hommage aux « fainéant.e.s ». « Fainéant, c’est ne rien faire. Fainéant, c’est faire le vide. Fainéant, c’est être. Juste être. Et c’est un travail énorme. Être fainéant, ça se mérite, ce n’est pas donné à n’importe qui. Moi par exemple, je n’ai pas la force de ces deux femmes. » Aura-t-il su susciter un peu d’émotion, d’empathie, ce n’est pas si sûr !

ANNIE GAVA

Fainéant.e.s, de Karim Dridi 
En salles le 29 mai