mardi 30 juin 2026
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Buchettino : du conte immersif à Marseille

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Buchettino © Marjolaine Grenier

C’est dans la pénombre d’une vaste chambre en bois que la narratrice de cette version du Petit Poucet accueille le jeune public sur le plateau du Zef, ce mercredi 12 décembre. À l’intérieur, des lits superposés, faiblement éclairés par une unique ampoule, où les enfants sont invités à prendre place. « Allez, couchez-vous les enfants ! Dormez ! » enjoint la conteuse, mettant d’emblée le public en condition. Chacun·e s’approprie son espace, les plus jeunes pelotonnés contre leur accompagnant·e et l’on ferme les yeux car le voyage proposé est principalement d’ordre sonore. Le conte, traditionnellement lu avant de s’endormir, permet de lâcher-prise tandis que le lit invite à l’intériorité : être avec les autres certes, mais dans sa bulle.

Tempête sonore

Assise sur un tabouret au centre de la chambre, un énorme livre sur les genoux, la comédienne conte les aventures de Buchettino, la version transalpine du conte de Perrault. Sous les couvertures, les rires font place au silence et à la concentration car à mesure que le récit avance, les sons évoqués prennent vie. Comme dans une ghost house, ou un train fantôme, les bruits donnent une dimension tangible au récit. Une tempête sonore envahit la chambre, des bruits de pas, de serrures, de portes que l’on ouvre, que l’on ferme et surtout la voix épouvantable de l’Ogre. Les parois en bois de la chambre rappellent la cale d’un navire pris dans une tempête. Dans la semi-obscurité, l’ouïe des auditeur·ice·s, débarrassée de toute autre sollicitation s’aiguise, pour repérer le danger potentiel, comme dans la nature. Heureusement, cette fable, déconseillée toutefois aux moins de sept ans, est racontée dans le confort de cette cabane. Et le conte, fait d’épreuves, de pertes et de retrouvailles, retrouve sa fonction première de récit d’initiation. « Allez, les enfants, réveillez-vous ! » dit la conteuse. « Moi, je n’ai pas eu peur », assure, bravache, un minot en sortant.

ISABELLE RAINALDI

Spectacle donné du 11 au 14 décembre au Zef, scène nationale de Marseille

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Sombre Noël

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Il est venu le temps de la trêve hivernale, des cadeaux et des retrouvailles, des illuminations. Et les spectacles de fête, de joie, que nous recensons dans ce numéro, sont plus que jamais nécessaires. Mais comment aujourd’hui cacher notre inquiétude et nos larmes face à la catastrophe annoncée, la catastrophe advenue ? 

La mascarade du changement de gouvernement est une offense de plus aux besoins du peuple. Jean-Marc Coppola [Lire ici] et Sophie Joissains [Lire ici], l’un offensif, l’autre prudente, savent que les villes devront compenser, lorsqu’elles le pourront, les baisses des autres collectivités et de l’État. Le maire adjoint de Marseille sait que la hausse qu’il a obtenue dans le budget de la Ville ne suffira pas, la maire d’Aix-en-Provence sait que la baisse des subventions du Département 13 et de la Région Sud, dont elle est Vice-Présidente à la Culture, ne pourra pas être compensée dans la plupart des communes, même si elle le fera dans la sienne. 

L’année 2025 s’annonce terrible, alors même que le nombre de manifestations proposées au public est en forte baisse, et que les professionnels se plaignent de refuser régulièrement du public. Ce sont des centaines d’associations qui vont déposer le bilan, des milliers de professionnels qui vont se retrouver au chômage, des millions de spectateurs qui ne vont pas voir des spectacles qui ne seront pas créés. C’est une terrible chape qui s’abat sur le présent, et interdit l’avenir. 

L’ouragan, avant, après

Ce qui s’est abattu sur Mayotte n’a rien de symbolique et ne dépend pas de décisions humaines. Mais le nombre de morts, l’inefficacité des secours, le manque d’eau potable sont aussi le résultat d’un délaissement. Comme l’incroyable inconséquence d’un premier ministre nouvellement nommé qui ne se rend pas sur place et préfère son conseil municipal de Pau, ils disent à quel point certains morts comptent peu aux yeux de la République. 

Marseille, dite « cinquième île des Comores » tant la diaspora y est importante, est sous le choc. Il faudra, comme le dit Soly Mbaé [Lire ici], compter les morts provenant des quatre îles, refuser le terme de clandestins, et retrouver l’évidence d’une culture comorienne commune. 

La solidarité a longtemps été exemplaire entre les Comoriens, entre ceux que l’État français exploite et méprise, et ceux qu’il laisse mourir. La présence française aux Comores, restreinte à Mayotte et aux Iles éparses depuis 1976, lui permet de maintenir des eaux territoriales stratégiques sur la route des tankers. Cela vaut bien la construction d’infrastructures solides et l’application de la loi de la République, avec droit du sol, rapprochement familial, protection des mineurs et respect de la loi maritime qui oblige la France à porter secours aux naufragés dans ses eaux territoriales, et  dans ses bidonvilles.

Agnès Freschel

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Preljocaj : un retour aux origines à découvrir au Pavillon Noir

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Larmes Blanches © Didier Philispart

Larmes Blanches est une des premières pièces du chorégraphe, écrite juste après Marché Noir en 1985, et filmé en 1986, avec Nuch, Catherine Beziex, Christophe Haleb et Angelin Preljocaj lui-même à l’interprétation. Si les quatre danseurs sont loin d’aller aussi vite et ample que les interprètes d’aujourd’hui, le style Preljocaj est déjà là : musique baroque et contemporaine qui s’opposent, chemises blanches à larges jabots contrastant avec des pantalons noir en cuir, hommes et femmes portant les mêmes vêtements et faisant les mêmes gestes, obliques et secs, entrecoupés par des portés plus souples. Et surtout : phrases chorégraphiques longues et complexes, avec une difficulté de mémorisation, donnée en pâture à l’œil du spectateur, puisque les couples dansent à l’unisson, et que chaque décalage se voit. L’effet waouh, qui s’appelait alors autrement, était déjà là, dans ce quatuor amoureux à couteaux tirés, à l’arme plutôt que larme blanche. 

Le duo masculin Un Trait d’union, créé en 1989 lui aussi par Christophe Haleb, et Alvaro Morell, est porté par Glenn Gould interprétant le 5e concerto pour piano de Bach, et la création de Mark Khan qui vient l’interrompre. Un fauteuil de cuir, évoquant le confort ou l’analyse, trône au centre, enjeu de possession, objet de jeu entre deux hommes qui cherchent à établir un lien, dans une danse très physique, acrobatique, faite de sauts, d’arrêts brutaux, de départs contrariés, d’enlacements brefs et d’entêtements à fuir, à s’empoigner, à refuser l’abandon. Masculin ? 

Mystère mystique

Annonciation, autre chef-d’œuvre, est un duo féminin qui n’a… que trente ans !  La pièce n’est jamais sortie du répertoire du Ballet Preljocaj, a été dansée par de très nombreux ballets internationaux, et fait l’objet d’un très beau film, réalisé par le chorégraphe dans le parking de La Friche Belle de Mai, avec Claudia de Smet et Julie Bour, les interprètes originelles. 

Le duo repose sur un sujet mystique, comme plusieurs pièces de Preljocaj, et sur cette figure picturale de l’ange Gabriel, asexué mais guerrier, rencontrant la Vierge Marie et lui annonçant qu’elle est enceinte, immaculée, portant le fils de Dieu. Preljocaj, clairement, en fait une rencontre charnelle, où l’enfantement n’est pas qu’une annonce mais un geste, une bataille, une acceptation, un tourment. Le Magnificat de Vivaldi, grandiose, est entrecoupé de rires d’enfants, et de la composition électroacoustique combative de Stéphane Roy. La maternité est vue comme un mystère, bouleversant la femme, la projetant vers un avenir hors de sa chambre fermée, porteuse de plus qu’elle-même, en lien direct avec le vivant. 

Ce nouveau triptyque de pièces anciennes est joué par deux distribution différentes, et peut ainsi être donné à Aix-en-Provence et en Suisse en même temps, tandis que le reste du Ballet danse Requiem(s), création 2024, à Caen. Avant une reprise du Lac des Cygnes avec orchestre à Paris, pour conclure une année 2024 trépidante, et commencer une année 2025 qui passe par le Théâtre Durance les 9 et 10 janvier. Avec cinq pièces en tournée, dont la reprise d’Helikoptere et une création, le Ballet Preljocaj est une entreprise culturelle qui marche, et finance en partie les invités du Centre chorégraphique national aixois !

AGNÈS FRESCHEL 

Annonciation, Un Trait d’union, Larmes blanches
Du 19 au 22 décembre
Pavillon Noir, Aix en Provence

Annonciation, Torpeur, Noces
9 et 10 janvier
Théâtre Durance, Scène nationale de Château-Arnoux-Saint-Auban

Dans le monde des cheikhates

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(C)Ad Vitam distribution

Everybody Loves Tuda plonge le spectateur en immersion dans le monde des cheikhates, chanteuses traditionnelles marocaines. On y suit le chemin de Tuda pour sortir de la pauvreté et son combat pour offrir à son fils, Yassine, sourd, une vie meilleure. Après une ouverture du film, lumineuse et festive, où se déploient le chant et la danse, une séquence brutale, sombre, montre combien la vie de ces femmes est difficile : Yassine est né d’un viol. Mais Tuda, incarnée magistralement par Nisrin Erradi, comme en transe quand elle chante et danse, ne renonce jamais. Elle se bat pour son rêve, refusant l’argent sale de la compromission : pour beaucoup, une cheikhate n’est pas respectable ! « Les Cheikhates peuplent mes films depuis long temps, car elles m’ont toujours interpellé, touché, et je voulais qu’un jour elles se retrouvent au centre d’un de mes récits. J’ai toujours admiré les femmes fortes, sans doute parce ce que j’ai grandi avec ma mère qui était ainsi. Ces femmes m’ont toujours passionné. Très vite, j’ai su que je voulais leur donner une voix »   Nabil Ayouch a ainsi redonné leurs lettres de noblesse à ces artistes dont « la voix était une arme et le chant, la aïta, des cartouches. »

Un film musical et d’une grande beauté plastique.

Annie Gava

Everybody Loves Tuda qui avait été présenté en avant -première à nouv.o.monde de Rousset sort en salles en salles le 18 décembre.

Rêves

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© Maria Volkova

La compagnie ukrainienne du Cirque Inshi sait relever les défis. D’abord construite pendant la pandémie, et elle a ensuite dû fuir son pays en guerre. Portée par le circassion Roman Khafizov, la création Rêves entend souligner « la détermination de ces artistes à vivre, résister et rêver, envers et contre tout. » Sur scène, six virtuoses de l’école nationale de cirque de Kiev se lancent dans un jeu chorégraphique qui se veut précis, solennel, lyrique et combattif. Une ode à la vie, une célébration du présent, malgré tout.

Lili Berton Fouchet

18 décembre
Les Salins, scène nationale de Martigues 

Le beau rôle, et le beau casting 

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Le beau rôle (C)Jour2fête

Une répétition de théâtre : un baiser, qui manque d’intensité selon la metteuse en scène Nora (excellente Vimala Pons). Elle dirige avec énergie sa troupe et son compagnon, Henri (William Lebghil),qui incarne Ivanov, un rôle de dépressif que seul osera jouer un acteur de talent, disait Tchekhov.

Où sont les limites entre la vie, l’amour et le travail ? Henri a besoin de les dépasser : il ne jouait que pour celle qu’il aime, Nora ; maintenant il a besoin d’autre chose. Un ami lui offre l’occasion de passer un casting, de rencontrer Noémie (Antonia Buresi) et François (Jérémie Laheurte ) et de faire du cinéma… à Paris. Comment concilier les deux ? Henri va passer beaucoup de temps dans les trains, entre deux lieux, entre deux métiers, entre deux rôles. C’est d’autant plus difficile que Nora n’accepte pas qu’il ne lui appartienne plus complètement. Disputes, crise. Henri quitte le spectacle ; elle le largue sur la route. Tous deux vont devoir faire l’expérience du monde sans l’autre, ce qui est aussi difficile pour Nora qui se débat avec tous les problèmes de la troupe à gérer que pour Henri qui vit très mal la rupture et doit apprendre le métier d’acteur. Arriveront-ils à surmonter  tout cela, à repartir sur de nouvelles voies…

On doute

Le spectateur va partager, tour à tour, les répétitions de théâtre et de cinéma, les moments de travail et de vie dans un rythme alerte. Scènes cocasses comme celle du nouveau sol que vient d’installer sur la scène le décorateur, lumineux mais… glissant. Scènes où l’on est en empathie avec Nora qui craque : « Je n’ai pas besoin d’être aimée ; j’ai besoin d’être aidée ! » ou avec Henri qui confie son chagrin d’être quitté.

Un montage alerte et habile, fait parfois douter le spectateur : est-on dans le film de Noémie ou dans la vie ? « Si tu acceptes l’incertitude tout devient possible » dit un metteur en scène. Entre comédie romantique et comédie de remariage, sans être vraiment original, ce premier long métrage de Victor Rodenbach a offert de beaux rôles à deux excellents comédiens, Vimala Pons et William Lebghil.

ANNIE GAVA

Le beau rôle, de Victor Rodenbach
En salles le 18 décembre

Music Hall Colette 

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Music-Hall Colette © Julien Piffaut

Colette est avant-tout, par-dessus tout, une des plus grandes plumes de la littérature française. Sulfureuse et scandaleuse ? À une époque où les relations sexuelles (des femmes) hors mariage et la bissexualité l’étaient, certainement. Sensuelle, aimant les animaux, décrivant la nature et la ville comme personne… « Cléo Sénia et Alexandre Zambeaux ont écrit un texte parsemé de ses mots, et la comédienne joue une Colette effrontée, de cabaret, sous la direction de Léa Brabant, dans un spectacle musical aux costumes de plumes et d’ors. La femme de lettres y gagnera-t-elle une aura d’autrice, ou de sulfureuse ? »

Agnès Freschel

17 décembre
Théâtre Liberté,, scène nationale de Toulon

Les Ambassadeurs jeunes du cinéma à l’Alhambra

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La Pampa © AGAT FILMS

Lors de la 77e édition du Festival de Cannes, la Ministre de la Culture Rachida Dati annonçait la mise en place d’un grand plan de diffusion du cinéma français chapeauté par le Centre national du Cinéma et de l’Image animée (CNC). Entre autres mesures, ce plan prévoyait le lancement d’un réseau « Ambassadeurs jeunes du cinéma » avec pour objectif de « transmettre le goût du cinéma français » aux jeunes entre 18 et 25 ans et de leur permettre de « découvrir l’ensemble des métiers du cinéma ». Qui consomment des images filmées et en produisent, plus que toute autre génération, mais qui sont pourtant peu formés aux métiers traditionnels, et peu sensibilisés au répertoire français, avec la raréfaction des dispositifs scolaires d’éducation à l’image, des ciné-clubs, des cinémas de répertoire et des cinémathèques.

Effectivement lancé à la rentrée 2024, ce dispositif se déploie dans 17 régions, conduit par les 33 structures lauréates d’une subvention pour trois ans. En Région Sud, les différents projets affiliés à ce dispositif sont portés par les trois antennes du Pôle régional d’éducation aux images : Cannes Cinéma, L’Institut de l’image à Aix et l’Alhambra à Marseille. Dans cette salle emblématique du 16e arrondissement, une vingtaine de jeunes encadré·e·s par les équipes vont organiser et animer un certain nombre d’avant-premières. De la régie à la communication, en passant par la captation de l’évènement et la préparation du repas, chaque poste est occupé par des membres du groupe, souvent étudiant.e.s en cinéma. Première le 16 décembre !

La Pampa   

Ces « Ambassadeurs jeunes » ont été appuyés par William Benedetto et son équipe qui leur ont  proposé une sélection de longs-métrages. Après critiques et débats, le groupe a collectivement décidé d’organiser une avant-première de La Pampa, film sélectionné lors de la Semaine de la critique à Cannes et dont la sortie est prévue pour février 2025. Il s’agit du premier film de cinéma réalisé par Antoine Chevrollier, connu pour son travail télévisuel : Baron noir et la mini-série Oussekine

Tourné dans le village natal du réalisateur, ce premier long-métrage raconte l’amitié de deux adolescents, Jojo et Willy, évoluant dans l’univers viriliste du motocross. La révélation du secret de l’un des deux permet au réalisateur de s’intéresser aux dynamiques sociales à l’œuvre dans ce territoire rural, dont il est familier. La projection sera suivie d’une rencontre avec le réalisateur et Faïza Guène, coscénariste du film. 

CHLOÉ MACAIRE 

L’avant-première aura lieu le 16 décembre à 18h30 à L’Alhambra, Marseille

Transphonie de Daniele del Monaco : tout beau tout neuf  

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© A.-M.T.

Un phénomène cosmique d’une ampleur inouïe bouleverse Marseille. Un œuf colossal est apparu au cœur de la ville duquel surgit une créature « terrible, de plis et de replis, de matière molle constituée ». Les formes changeantes et les mélopées de la « bête qui chante des mélodies brutales aussi douces que le miel » ont plongé la population dans un état de stupeur et de terreur. « Dans cette modernité qui a tout assoupie […] dans cet avenir qui comme un œuf était brouillé » dans ce « royaume d’enfermement, qui camoufle les fleurs du présent, c’est le début du dérangement ». La créature a le pouvoir de confronter chaque individu à son âme. Certains s’éveillent, retrouvent leurs corps comme des joyaux d’enfants, d’autres à l’inverse s’effondrent. Un petit groupe de personnes courageuses ou « n’ayant plus rien à perdre » ose suivre la créature dans l’œuf « assez gros et gras pour les abriter tous ». Plongés dans l’obscurité ils participent à un rituel ancien dans une ferveur jubilatoire. 

Injonctions poétiques

Performance vocale et instrumentale vibrante, parfois oppressante, ce conte allégorique pour trois voix, celles remarquables de Maura Guerrrera, de Cati Delolme et de Sam Karpenia ne laisse pas indifférent un public intrigué et porté. Soizic Lebrat au violoncelle et Pauline Chiama à la viole de gambe accompagnent magistralement le timbre des chanteurs jusqu’à s’y confondre. Malheureusement, les textes restent confus. On attrape quelques alexandrins qui parlent de différences, de fragilités, de ces « difformités terribles qui nous caractérisent, cabossés que nous sommes par 100 000 expériences ». On y parle de socle, de dérives et d’âmes rassasiées. On perçoit un compte-rendu radiophonique d’émeutes : le pillage de l’hôtel de ville, des magasins mais aussi les clameurs d’une danse et de la transe de toute une population que la bête semble avoir réveillé et puis des injonctions… « Sautons au cou des choses vides » ou « tous les matins embrassons un œuf » poétiques ou… politiques.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Transphonie 
7 décembre
Cité de la musique de Marseille

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À La Criée, un Schubert de saison

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© Julien Benhamou

Le public de Marseille concerts, habitué à des interprétations plus classiques, était un peu désorienté, mais séduit, au cœur d’un théâtre bondé et globalement très enthousiaste. Certains murmuraient, à la sortie, qu’ils préféraient Schubert « en vrai », avec une chanteuse lyrique et « sans micro ». Mais les applaudissements nourris, les rappels, les émotions partagées au fil du concert témoignaient de la profonde compréhension d’un projet aussi particulier que pertinent. 

Rosemary Standley, La célèbre chanteuse de Moriarty, comédienne, formidable interprète du Carmen. de François Grémaud, n’a pas la puissance vocale ni l’égalité de timbre pour interpréter les Lieder de Schubert en live. Mais sa musicalité, sa compréhension intime du texte et de ses inflexions, sa maitrise de la voix amplifiée jusqu’aux petites nuances de justesse, légèrement en dessous parfois, font merveille. L’amplification permet de ne jamais claironner, de ne jamais passer en force, d’alléger les aigus, d’approfondir les graves, de ménager d’autres temps forts que les moments d’exploits vocaux que nécessiteraient ces lieder intimes, écrits pour l’intimité des salons, dans une salle si vaste. La pureté cristalline de certains aigus, de certains phrasés, file, ténue, bien plus loin que nos oreilles…

L’Ensemble Contraste (Arnaud Thorette, alto, Antoine Pierlot, violoncelle, Johan Farjot, piano) ne l’accompagne pas mais joue avec elle, transposant simplement parfois les partitions, les réorchestrant ou les réécrivant totalement dans certains passages, dans une belle liberté contemporaine, ou un jazzy parfois trop carré. Les mélodies passent de l’un à l’autre, vibrent, s’annoncent en phrases rythmiques, préparent l’arrivée du chant, s’inscrivent en contrepoint. Un travail d’une subtilité sensible… que l’on peut retrouver sur CD !

AGNÈS FRESCHEL

Schubert in love a été joué le 9 décembre à La Criée dans le cadre de la saison de Marseille Concerts.

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