samedi 14 février 2026
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Greenhouse, crimes et châtiments

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Greenhouse de Lee Solhui nous est présenté comme un thriller. Et de fait, le mécanisme du suspense sous-tend le film de bout en bout. Mais, comme souvent dans le cinéma coréen, le thriller s’hybride, devient drame social et se noircit d’ironie tragique. Moon-Jung, l’héroïne de Greenhouse se trouve piégée non seulement par un engrenage fatal mais aussi par le malheur ordinaire des prolétaires, un passé traumatique et la folie qu’elle côtoie dans une société qui ne va pas bien.

Moon-Jung est aide-soignante à domicile. Elle prodigue ses soins à un vieux couple de bourgeois intellectuels, Tae-Kang et Hwa-ok, dont le fils a fait sa vie ailleurs. Lui, doux, courtois, gentil, est désormais aveugle. Elle, hostile, agressive, paranoïaque, souffre d’un Alzheimer avancé. Moon-Jung s’acquitte de sa tâche avec une douceur, et une bienveillance sans faille. Elle s’occupe aussi avec abnégation de sa propre mère, atteinte de sénilité, et qui, sans argent, est placée dans un hôpital-mouroir. Mais comment ne pas profiter de l’occasion qui lui est donnée de rééquilibrer l’injustice ? Pour l’heure, la méritante Moon-Jung économise pour louer un appartement où elle accueillera son fils à sa sortie de prison. Elle vit seule dans une ancienne serre aménagée, recouverte d’une bâche noire, au milieu d’un terrain vague. Cette « greenhouse », devenue une « black house », loin d’un lieu lumineux et chaud où la vie s’épanouit, est le sombre refuge dans lequel la jeune femme se gifle et se punit d’on ne sait quoi.

Pas plus qu’on ne connaît le motif de l’incarcération de son fils. La folie rôde autour de Moon-Jung et couve en elle. Trop pauvre pour se payer les services d’un psy, elle s’inscrit à un cercle thérapeutique de paroles, destiné à «  soulever le bloc de pierre qui pèse sur le cœur ». Elle y rencontre Soon-nam, plus seule, plus « victime » qu’elle, si on en croit ses récits. Mais qui et que croire ? Le monde se dérobe. Cette incertitude, Lee Solhui, qui signe le scénario de son film, choisit de la maintenir jusqu’à la fin. Le spectateur, la poitrine quelque peu oppressée, aura le choix d’imaginer un après. Quelque chose peut-il être sauvé après un crime ? Le feu purifie-t-il ou ne fait-il que brûler et détruire ? Le phénix renaît-il de ses cendres ou demeure-t-il poussière ?

Dans le rôle principal, l’impressionnante Kim Seo-hyung joue avec une grande maîtrise toute la complexité de son personnage. Elle a obtenu pour cette interprétation, un Grand Bell Award (équivalent des Césars en Corée). Premier long métrage de la réalisatrice de 29 ans, formée à la Korean Academy of Film Arts, Greenhouse témoigne de la qualité du cinéma au Pays du Matin calme. On en redemande.

ÉLISE PADOVANI

Greenhouse, de Lee Solhui
En salles le 29 mai

Ouste à l’air !

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Comme à chaque édition, Toustes dehors (enfin) ! a cherché l’emplacement le plus adapté à chaque proposition, sélectionnée parmi le meilleur du spectacle vivant en extérieur. Pour cette 11e édition, les spectateurs sont cueillis dès 7h du matin au Parc Galleron, le long de la rivière Luye, à deux encablures du centre-ville de Gap. Un petit écrin verdoyant apte à tendre l’oreille à une saga familiale intimiste, dans seul en scène campé par Laurent Eyraud-Chaume, de la compagnie veynoise du Pas de l’oiseau, qui clôt avec cette date une tournée entamée à vélo depuis Nice.

Le festival envahit ensuite les ruelles de la vieille ville et irrigue jusqu’au Parc de la Pépinière,  dont l’espace convivialité se renforce cette année, avec des animations jusqu’à 2h du matin (concerts, DJ, bar, foodtrucks…). Parmi les 16 propositions pluridisciplinaires, le théâtre se fait ludique et engagé, via des performances solo campées à la force du poignet. Le charismatique Brice Lagenèbre retrace en paroles et actions les luttes homosexuelles depuis les années 60, dans un déambulatoire à mi-chemin entre manif et documentaire (Le Pédé, collectif Jeanine Machine). Habituée du festival, Maëlle Mays délivre pour sa part de nouvelles Leçons impertinentes de Zou, en duo cette fois avec deux comédiens provisoirement échappés du Muerto Coco, pour nous entretenir de la temporalité avec Maxime Potard et du rire avec Coline Trouvé. Martin Petitguyot, émérite comédien de rue, relit quant à lui le mythe Molière !, retraçant la vie du plus fantasmé des metteurs en scène dans une fausse conférence pleine de panache. Quant au geste, il s’invite au milieu du public, qu’il soit dansé (duo de La Méandre,mêlant sévillane et électro), circassien (fil tendu entre les spectateurs pour du micro funambulisme avec La Fauve), sportif (freestyle sur ballon de football avec Paul Molina, ancien champion du monde ; cirque et parkour avec Said Mouhssine).

Grâce suspendue

De plus grandes formes s’échappent du centre ville pour des moments collectifs, tels Les Urbaindigènes et leur chantier circassien faussement participatif revisitant l’histoire de l’architecture. Entre chien et loup, c’est un moment littéralement suspendu qui nous est offert avec Ourse de Bélé Bélé : une troublante et fascinante ode à la beauté, dans laquelle le talent de Sophie Deck – son goût pour les accessoires incongrus et son irrésistible touche de fantaisie teintée de gravité – éclatent une fois de plus. De lunaires ours en peluches, des panoplies évolutives et 4 comédiennes nous enchantent via une succession de tableaux oniriques, envoûtants et d’une mélancolique tendresse, à la tombée de la nuit… De ces spectacles qui s’incrustent durablement en nous.

Enfin, deux créations s’invitent dans cette 11e édition. Failles de La Féroce, dans lequel Laurette Gougeon laisse éclater son amour des cîmes. Après un 1e volet solo – présenté à Marseille à l’orée des calanques en février 2023 -, la circassienne s’adjoint cette fois les services du metteur en scène Loïc Leviel.

Autre première accueillie durant le festival : celle de Tempête du Collectif du prélude, une mise en abyme du classique de Shakespeare, dans laquelle s’entrecroisent l’histoire de deux naufrages. Cet accueil est emblématique de l’engagement de La Passerelle en faveur des spectacles en  espace public, une démarche que son directeur Philippe Ariagno, sur le départ pour d’autres fonctions dès la rentrée prochaine, a eu à cœur de développer au long des 12 ans passés à la tête de la scène nationale : accompagnement en résidence et en coproduction, volet saisonnier Curieux de nature, noyau dur de partenaires privés devenus complices de l’événement, les Mécènes des cîmes… Gageons que son action perdurera, et que nous retrouverons une 12e  édition du festival l’an prochain!

JULIE BORDENAVE

Toustes dehors (enfin) !
du 31 mai au 2 juin
Scène Nationale la Passerelle, Gap

The Echo : curieux de naissance 

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Tropical Fuck Storm © Adam Donovan

Il y aurait donc de la place pour un festival à la fois pointu, alternatif et ambitieux à Marseille. On aurait pu en douter, tant ces propositions ne courent pas les rues de la cité phocéenne ou de la région depuis des années maintenant. On pense à la disparition du festival B-Side il y a une dizaine d’années, et plus récemment de Tinals (Nîmes) et du Pointu (Six-Fours). C’est dans ce marasme que naît le festival The Echo, qui invite à la découverte du 31 mai au 2 juin, en déployant dans plusieurs salles du centre-ville de Marseille des artistes aux esthétiques multiples mais toujours exigeantes. Une gageure qui s’est réalisée grâce à l’alliance des agences artistiques Vedettes, Limitrophe Production, et de la Responsabilité des rêves, désormais à la tête de l’Espace Julien. 

« Ca faisait longtemps que l’on voulait organiser un festival, mais on ne savait pas où et quand », explique Marion Gabbaï, directrice de Vedettes, basée à Paris. Une réponse qu’elle a fini par trouver en discutant avec les professionnels du milieu. « Des agents nous disaient qu’avec la disparition de Tinals et du Pointu, ça ferait sens d’avoir un nouvel événement dans le Sud de la France. »

D’autant plus que Marseille bénéficie désormais d’une hype, et d’une aura internationale. « Beaucoup de groupes nous disent qu’ils ont envie de venir jouer à Marseille » poursuit-elle. « On travaille de plus en plus à Marseille, chose que l’on ne faisait pas il y a quelques années, et les dates que l’on a faites ont plutôt bien fonctionnées. Signe qu’il y a de la place pour ces musiques-là dans cette ville. » Un constat partagé du côté de l’Espace Julien : « Avant Marseille c’était casse gueule, maintenant ça change, il y a un vrai public qui est là, on est a 70% de remplissage à chaque fois avec L’Espace Julien », explique Marion Bayol, responsable de la communication de la salle du centre-ville.

L’histoire prend alors forme en novembre 2023, quand Vedettes prend contact avec Limitrophe Production et la Responsabilité des Rêves. « Ce qui nous a intéressé c’était de prendre part dans une programmation un peu plus pointue, proposer quelque chose d’alternatif. Il y a aussi du militantisme à travailler avec des tourneurs indépendants, et des musiques qui le sont aussi » explique encore Marion Bayol.

Itinérance musicale

En quelques mois, se dessine alors une programmation qui se veut à la fois exigeante et alternative. À côté des deux têtes d’affiche que sont Flavien Berger et Nils Frahm, le rendez-vous invite aussi le punk-psychédélique des Australiens d’Exek, ou l’indus-synth-punk des Espagnols de Dame Area. Autres curiosités sonores, le rock désaxé de Tropical Fuck Storm, ou la noise de brooklyn signée Model/Actriz. Autant de groupes à l’énergie musicale qui respire l’air du temps, où les anciennes chapelles musicales laissent place à la transversalité des genres. De quoi faire de ce festival un véritable écho du monde, dans une ville qui lui va si bien. 

NICOLAS SANTUCCI

The Echo
Du 31 mai au 2 juin
Divers lieux, Marseille
theecho-festival.com
Au programme
30 mai
(Before avec Humeur Massacrante) : DR Sure’s Unusual Practice + Lùlù – L’Intermédiaire
31 mai
Mary Lattimore – Théâtre de l’Œuvre – 19 h
Nils Frahm – Le Silo – 19 h
Model/Actriz + Tropical Fuck Storm + Trae Joly + King Kami – Makeda – 20h30
1er juin
Parade – La Mesòn – 18 h
HTRK – 19h30 – Théâtre de l’Œuvre – 19h30
Exek + Dame Area – Makeda – 20h40
Faux Real + Jessica Winter + Doucesoeur + Pompompom + MJ Nebreda + KSU – Espace Julien – 22 h
2 juin
Astrel K + Slow Pulp – Makeda – 19h30
Loïs Lazur + Baby’s Berserk + Flavien Berger – Espace Julien – 20h30

Le livre penseur

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Peu avant que ne se déclare l’épidémie de COVID-19, José Rose faisait paraître, en janvier 2020, un plaidoyer ardent et documenté pour Des Bibliothèques pour Marseille : en finir avec l’indolence. Ambitionnant alors de servir de feuille de route pour les candidats du Printemps Marseillais, l’auteur, spécialiste de la sociologie du travail et président de l’Association des usagers des bibliothèques de Marseille y déplorait moins l’état catastrophique de la lecture publique à Marseille qu’il n’y donnait des pistes pour la développer de façon exponentielle. Quatre ans plus tard, c’est encore cet optimisme et cette joie de voir la lecture fleurir dans des lieux inattendus qui se voit célébrée, loin de tout fatalisme. Suite de chroniques publiées pour certaines dans Marsactu avant d’être remaniés, Livres en ville prend la forme de monologues singuliers, chacun émis par un objet-livre classé ou trimballé dans différents lieux iconiques de la cité phocéenne. Archives, bibliothèque, kiosque, gare, plage, parc Borely, bouquiniste, Girafe de la Canebière, Mucem, Minoterie ou encore le regretté Café équitable, disparu depuis. On y croise également des visages connus ou aimés : Patrick Chamoiseau, Philippe Carrese, Agnès de Lestrade et Marie Caudry … Le livre s’ouvre ici comme une promesse d’un ailleurs, d’une évasion mais aussi et surtout d’un lien nouveau, d’une ouverture vers l’autre. A l’image de l’initiative Un livre oublié dans un bus, lancée en 2017 par Oh les Beaux Jours et rassemblant différents textes issus d’ateliers d’écriture et de photographie. De quoi rêver encore d’une lecture et d’une littérature toujours du côté de la vie.

SUZANNE CANESSA

Livres en ville
José Rose
éditions Gaussen

Parole donnée

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Recettes Immorales de Brigitte Cirla et Sébastien Béranger © PICalt

Année après année, le festival Oh ! ma parole prend de l’ampleur. Centré sur la parole vivante – conte et poésie en tête -, entièrement gratuit, ce rendez-vous proposé par la mairie des 6/8 attire un public curieux de propositions apaisées. Du baume au cœur dans ce monde de brutes ! Une « petite fantaisie théâtrale et végétale » lancera les festivités 2024, le 22 mai, dans le cadre du dispositif Aller Vers, programmation hors-les-murs du Théâtre du Gymnase. La structure a passé commande à un auteur, Serge Kribus, d’une œuvre destinée à la jeunesse. Le spectacle Vers le vert et au-delà se jouera à 15 h dans le Jardin de l’église Sainte-Anne (8e arr.), avant la fanfare-apéro-concert de lancement qui se tiendra place Baverel. Le 23 mai, les enfants à partir de 5 ans apprécieront, tout autant que leurs parents, les Danses dédiées de Mathilde Monfreux, Anne-Gaëlle Thiriot et Claude Boillet (Cie Les corps parlants) : un art du geste offert pour prendre soi « d’une peine, d’un rhume, du réchauffement climatique, de problèmes gouvernementaux… »

Joies de l’oralité pour tous
Si une grande place est faite au public familial, les adultes ne sont pas en reste. Le 23 mai ils pourront par exemple goûter les Recettes immorales de Brigitte Cirla et Sébastien Béranger, de la poésie voluptueuse en musique. Ou bien, le 25, écouter les étudiantes d’Aix-Marseille Université en filière Éloquence, lire des Lettres d’amour à la place. Ou encore suivre, le 1er juin au parc Borély, le Commando Poetik, dans une déambulation collective jusqu’à Sainte-Anne, emmenée par Marien Guillé, François Cadiergue et les élèves de l’Eracm.

Si c’est le conte dans ses codes traditionnels qui vous attire, ne manquez pas Jean Guillon, le 29  mai : sous sa moustache de mousquetaire, les histoires prennent vie avec brio. Mais Oh ! ma parole se caractérise par une grande inventivité des formats. Si les concepts d’abri poétique, confessionnal corps-poème, poésie en tube ou kiosque à nouvelles vous intriguent, rendez-vous les après-midis du festival place Baverel. Si votre cœur vibre aux mots venus d’ailleurs, direction le Centre social Mer & Colline le 28 mai, pour une scène ouverte « autrophone », avec les invitées de l’Atelier des artistes en exil, Maïco Naing et Black Pepa, dans des formes courtes tirant vers la performance ou le slam.  Bref, il y en a pour tous les goûts, à des horaires permettant à chacun de trouver son plaisir. Foncez !

GAËLLE CLOAREC

Oh ! ma parole
22 mai au 1er juin
Divers lieux, Marseille

L’Odyssée rendue à Télémaque

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Odyssée © Blandine Soulage

Après avoir mis en scène Iliade et ses combats, Pauline Bayle s’est attachée au retour au pays du rusé Ulysse, avec une fidélité subtilement dramatisée du récit homérique, et une modernité tout aussi directe des choix de mise en scène. Le spectacle a été créé en 2017 avant qu’elle ne prenne la direction du Théâtre de Montreuil. Depuis il  tourne depuis sur toutes les scènes nationales, et est enfin parvenu jusqu’à la Méditerranée qui est son décor littéral, à Marseille et à Port-de-Bouc.

Cette Odyssée a toute la qualité des tendances dramatiques contemporaines : un attachement aux récits, une place centrale donnée aux acteurs, une adresse directe aux spectateurs alternant avec des passages dialogués, des costumes qui sont des vêtements de ville, un décor qui n’est que matière et couleurs. Et, surtout, cinq comédiens, trois femmes et deux hommes, qui jouent tous les personnages sans s’attacher à leur genre, passent d’un rôle à l’autre  avec brio et fluidité, ajoutant chacun une touche à Ulysse ou Pénélope, incarnant l’héroïsme  de la nourrice ou du porcher, avec la même noblesse que les rois et les dieux. Et cette incroyable affirmation, répétée tout au long de l’Odyssée, du devoir qu’ont les peuples autochtones d’accueillir et protéger les étrangers en détresse.

Seul Télémaque est incarné par le même acteur. Il ouvre et ferme la pièce comme il introduit et conclut l’épopée homérique, héros en devenir, enfant encore, cherchant son père, puis combattant à ses côtés, devenant héros à son tour, sauvant ses parents des prétendants et des mythes, incarné. Il est, au sens littéral, Télé-maque, le combat déplacé. L’ailleurs, une nouvelle voix s’accomplissant, comme le théâtre de Pauline Bayle : paritaire, dégenré, jeune, collectif, ancré dans l’histoire, revendiquant la solidarité humaine au présent.

AGNES FRESCHEL

Odyssée a été joué les 15 et 16 mai au ZEF, scène nationale à Marseille et au Sémaphore, Port de Bouc, dans le cadre du Train bleu

Plan-de-Cuques célèbre la guitare

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©DR

De la guitare, de la guitare et encore de la guitare. À l’occasion de la première édition du Miremont Guitares Festival, la commune de Plan-de-Cuques célèbre la six-cordes à toutes les sauces du 31 mai au 2 juin. Un événement qui s’articule en premier lieu autour d’un salon, qui accueille quarante artisans luthiers venus de toute la France. Mais également deux soirées concerts : une première le 31 mai autour du picking (technique de jeu popularisée par le blues et la country) avec sur scène François Sciortino et Les Superpickers. Une deuxième soirée rendra hommage au regretté guitariste Sylvain Luc, disparu en mars dernier. Le Miremont Guitares Festival c’est aussi une exposition photographique de Claude Vesco intitulée Jazz, le monde perdu, une masterclass, et des cours de guitares à destination des scolaires.

N.S.

A l’échelle d’une internationalité plurielle

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The smell of cement, Eman Hussein © Caroline Lessire

La 19e  édition des Rencontres à l’Echelle se tient  à Marseille du 2 au 15 juin

Ces Rencontres sont un rendez-vous incontournable des amateurs de théâtre, danse, musique, cinéma et arts visuels de l’Afrique, du monde arabe et des diasporas.

Accueillis à la Friche la Belle de Mai, au Théâtre Joliette, à la Criée, au Zef, à Klap ou à la Librairie Les Sauvages, c’est à La Baleine que le festival débute avec la projection du Le Retour d’Aida de la cinéaste libanaise, Carol Mansour (voir ci-dessous).

Depuis leur création, les Rencontres se distinguent par un regard singulier sur le monde que porte leur fondatrice Julie Kretzschmar. Rigoureux, sans concession mais avec la volonté ferme de rester « sur la crête », position équilibrée et nuancée offrant l’occasion aux artistes internationaux de présenter leurs créations mais davantage encore de porter leurs voix, leurs gestes et leurs messages jusqu’à nous.

De l’identité mahoraise questionnée par Lil’C dans Shido, articulant gestuelle traditionnelle et danse contemporaine, à Smell of Cement de la chorégraphe égyptienne Eman Hussein, le geste est soigné, documenté et mobilise l’espace symbolique de nos imaginaires. La diversité des continents, des insularités comme des centralités y est respectée pour déployer toute la finesse des paroles situées.

Au programme
ALGERIA ALEGRIA de David Wampach et Dalila Khatir, célèbre par l’anagramme une Algérie contemporaine heureuse où s’affirment la joie, la fièvre et l’humour.

La puissance de la prose et de la dramaturgie des artistes contemporains en Haïti évoque le déracinement, la violence et la transmission. Héritières du soleil, de Gaëlle Bien-Aimé, metteuse en scène, autrice, comédienne offre l’opportunité d’entendre les textes de la romancière, Marie-Célie Agnant native d’Haïti  et qui vit au Québec.  Elle a publié une quinzaine d’ouvrages parmi lesquels, Le Livre d’Emma, qui évoque les épreuves endurées par les femmes esclaves dans les Antilles, et la difficulté d’aborder cet héritage encore aujourd’hui. Andrise Pierre, autrice de Elle voulait ou croyait vouloir et puis tout à coup elle ne veut plus, s’intéresse aux questions d’équité de genre, de droits des femmes et des enfants. L’occasion de revenir sur comment la France et Haïti sont unies par une relation indissoluble, fruit d’une longue histoire, où se mêlent le souvenir douloureux de la traite et de l’esclavage mais aussi un héritage commun forgé dans le même idéal républicain.

En langue béti, du peuple bantou, N’gângveut dire merci.Antonia Naouele nous le rappelle dans son solo sous forme de don aux femmes et à la culture camerounaise.

En proie aux normes masculines
Avec Thurayya de Tamara Saade actrice, autrice et metteuse en scène libanaise, nous allons à la découverte du récit initiatique d’une jeune étudiante. Dressing Room de Bissane Al-Charif, metteuse en scène syrienne, évoque le corps féminin et les transformations qu’il subit suite aux guerres et crises politique.

L’artiste plasticien Mohamed Bourouissa assemble et met en scène dans le texte écrit par Zazon Castro à partir de paroles de femmes recueillies en centre pénitentiaire, Quartier de femmes. Des récits évocateurs des marges et des exclusions mais qui n’oublie pas l’humour.

Avec l’exposition Les intruses de la photographe Randa Maroufi, ce sont les postures des femmes et les dynamiques sociales à l’œuvre dans les espaces publics qui sont questionnées. Cette exposition accueillie au Théâtre de la Criée sur proposition d’Ancrages, est produite par l’Institut des Cultures d’Islam.

Pour un temps sois peu de Laurène Marx est un seule en scène : l’œuvre de cette artiste trans non binaire s’attache aux thèmes de la normativité, du rapport à la réalité, de la neuro-atypie et de l’anticapitalisme.

Filles-Pétroles de Nadia Beugré invite à sonder la société ivoirienne : Anoura Aya Larissa Labarest et Christelle Ehou s’approprient des pas masculins, coupé-décalé, roukasskass, figures acrobatiques et font surgir leur quartier d’Abidjan.

Et aussi…
Ne manquez pas non plus les rencontres littéraires Premières secousses, autour des Soulèvements de la terre, à la librairie Les Sauvages. Et sur le toit terrasse de La Friche, programmé avec l’AMI, les musiques actuelles tanzaniennes s’illustrent par les boucles frénétiques de la house, avec Sisso & Maiko, précurseurs du mouvement Singeli, suivis par Missy Ness, élément important de la scène tunisienne alternative.

SAMIA CHABANI

Rencontres à l’échelle
Du 2 au 15 juin
Divers lieux, Marseille

Le Tout-Monde est chez nous

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Patrick Chamoiseau © DR

Le Festival La 1ère se tient à la Friche la Belle de Mai du 30 mai au 2 juin 2024 à l’initiative du pôle Outre-mer de France Télévisions. Marseille est la première ville à l’accueillir

Est-il nécessaire de rappeler les apports essentiels des auteur.es et chercheurs ultramarins à la culture française ? La plupart des Français de l’Hexagone ont retenu la part populaire et joyeuse de la Compagnie créole ou celle plus suave, d’Henri Salvador. En dehors de cette douceur et joie de vivre, la culture antillaise est peu valorisée dans l’hexagone. C’est à cet enjeu majeur, de transmission des cultures ultramarines que le Festival La 1ère entend se consacrer.

Glissant, l’héritage archipélique
La conférence d’ouverture est assurée par l’historien Achille Mbembe et l’auteur Patrick Chamoiseau, et l’exposition un champ d’îles fait référence à la pensée Édouard Glissant :  au-delà de la réalité géographique, l’archipel offre une nouvelle dimension du monde, fondée sur les relations. Tout l’enjeu de l’archipel suppose la reconnaissance de chaque lieu, chaque langue et chaque culture au sein d’une globalité relationnelle. Une sorte de plaidoyer universel des droits culturels, à travers une conception dynamique de l’identité, qui émerge de la mise en contact des différences et de leurs échanges constants. Inspiré par les imaginaires créoles, Glissant a développé des concepts fondateurs tels que le rhizome, l’identité nomade, le tremblement, l’imprévisible, la digenèse, la trace, l’opacité et les mémoires transversales.

Les mémoires diasporiques, transnationales, sont issues de cette analyse qui prend en compte le processus d’acculturation présent dans toute société et a trouvé écho dans le littérature et les arts, mais aussi le droit, l’écologie et la politique, dans des pays aussi éloignés en apparence que le Japon, l’Inde, la Tunisie, le Sénégal, ou le Brésil.

Au delà de l’ultra-marin
La France « des 3 océans » évoque sans équivoque la puissance française : Atlantique aux Antilles (Martinique, Guadeloupe, Saint-Barthélemy et Saint-Martin) et en Guyane, océan Indien (la Réunion et à Mayotte), et Pacifique (Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna, Polynésie). Grâce à ses territoires d’outre-mer et aux côtes de l’hexagone, la France possède un espace maritime qui dépasse les 10 millions de km². Elle est ainsi la deuxième puissance maritime mondiale, juste derrière les États-Unis.  Ce qui contribue largement à la diffusion de la culture française dans le monde, dans sa dimension cosmopolite mais également dans sa dimension décoloniale.

Mais les auteurs ultramarins apportent davantage qu’une richesse économique et  culturelle à la France métropolitaine.  Tout en reflétant la diversité et l’histoire de ces territoires insulaires, leurs œuvres élargissent notre compréhension du monde et redéfinissent l’universel républicain. Aujourd’hui Franz Fanon, penseur engagé dans la lutte anticoloniale, est étudié dans toutes les grandes universités. Les Black french studies se penchent sur l’étude  des modes de racialisation des populations noires, mais également sur leurs productions culturelles et intellectuelles ainsi que leurs constructions identitaires, souvent dans des espaces français et francophones. Ce domaine de recherche explore les questions de race, d’identité, de colonialisme, de migration et de résistance.

En somme, les Black French Studies sont un domaine dynamique qui transcende les frontières académiques et géographiques pour explorer les multiples facettes de l’expérience noire en France et au-delà qui interrogent les héritages persistants et la violence de la colonialité.

Paradoxes persistants
Alors que l’Etat d’urgence est décrété en Nouvelle Calédonie, la Nation rend hommage à Maryse Condé. L’écrivaine guadeloupéenne a pris conscience de son « héritage colonial » comme de son « africanité » par les lectures d’Aimé Césaire et de Franz Fanon, mais aussi par son expérience tumultueuse de l’Afrique, surtout de la Guinée, où elle a assisté aux premiers essors et désillusions de l’indépendance.

La programmation éclectique et diverse du Festival La 1ère, avec des graffs, des lectures, des explorations documentaires qui racontent les parcours de grandes figures, semble apte à porter les enjeux de ce Tout Monde. D’autant que le  partage des saveurs et des savoir-faire de chefs de renom assaisonnera les débats. Toute la programmation est en ligne !

SAMIA CHABANI

Festival la 1ère
Du 30 mai au 2 juin
La Friche La  Belle de mai, Marseille
EN PARTENARIAT AVEC
La Friche La Belle de Mai et les frichistes
Les Grandes Tables, La librairie, Sisygambis,
Radio Grenouille, BSM, Compagnie Kader Attou, Campus AFD

Photographes à l’œuvre

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© Amelie Blanc

À l’œuvre #3 est une exposition qui présente les travaux de 18 artistes issus de commande photographique, de résidences de création ou de transmission. La commande photographique c’est Bords de Mer, soutenues par le Département des Bouches-du-Rhône, labellisée cette année Olympiade Culturelle par le ministère de la Culture. Les résidences de création et/ou de transmission (soutenues par la Drac Paca) c’est Rouvrir le Monde – Été culturel avec les travaux de Juliette Guidoni, Jade Maily, Franck Pourcel, Emma Tholot, Flore Gaulmier, Alice Delanghe, Didier Nadeau, Valentine Vermeil, Vincent Beaume, Andrea Graziosi et Nina Medioni. Et Pytheas, bourse de création qui s’inscrit dans le dispositif national intitulé Capsule, qui permet au Centre Photographique de Marseille d’accueillir des artistes en résidences de création, en l’occurrence, en 2022-2023, Amélie Blanc et Emma Grosbois.

Entre et avec
Des créations qui ont notamment fait naître des collaborations entre artistes photographes et habitants du territoire. Par exemple, autour de l’histoire familiale du gérant de l’auberge-restaurant de la calanque de Figuerolles à La Ciotat, L’extraordinaire destin du régiment de chasse Normandie-Niémen en République indépendante de Figuerolles, beau et passionnant travail entre conte et documentaire de Françoise Beauguion. Avec les fans du club de supporters Maritima Supra à Martigues depuis les tribunes du stade Francis Turcan, le regard poétique et politique du photographe Simon Bouillère. Et à Marseille, le travail étonnant de Franck Pourcel qui a mené un projet photographique La nature en ville avec six personnes en situation de handicap visuel. Les photographies réalisées sont exposées accompagnées de productions audio, 3D, braille. C’est d’ailleurs, au-delà de ce projet, l’un des plaisirs de cette exposition très riche : la diversité des modes de présentation des différents projets (accrochage, vitrines, diaporama, vidéo, tables, boites d’épreuves, tables) induisant, au-delà de la contemplation (délicieuse) des diverses photographies, un rapport actif et sensuel au médium.

MARC VOIRY

À l’œuvre #3
Jusqu’au 1er juin
Centre Photographique de Marseille