vendredi 3 avril 2026
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Le Thoronet, l’art en partage 

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Rodrigo y Gabriela © X-DR

Les Nuits blanches du Thoronet est un festival de musiques actuelles, mais pas seulement. Depuis plus de 20 ans, avant même son arrivée au Thoronet (il avait à l’origine lieu dans le village voisin de Cannet-les-Maures), l’évènement est impliqué avec l’association Enfants du monde. Une partie des recettes est ainsi reversée à l’ONG afin de soutenir financièrement des projets humanitaires au Burkina Faso visant notamment à œuvrer contre la malnutrition. Les Nuits Blanches ont également des partenariats avec d’autres organisations comme Amnesty International et la Ligue des droits de l’Homme. Solidarité et la tolérance sont au centre de ce projet qui a pour ambitions conjointes de créer du lien entre les habitants du territoire, et de s’ouvrir sur le monde par le partage des cultures.

Dans l’optique de créer des moments de partage intergénérationnel, le festival programme différents formats de spectacles tout au long des trois soirées et dans différents lieux de la ville. On commence donc par des spectacles gratuits dans la cour de l’école primaire allant de contes sur l’environnement à du cirque avec T’es rien sans la terre. On retrouve ensuite des fanfares et des groupes locaux comme Acoustica, et Ohm Sweet Ohm.

Têtes d’affiche

Puis viennent les artistes français ou internationaux reconnus comme le groupe de blues créole Delgres, de la Franco-Suisse-Sénégalaise Madjo avec sa voix légère et sa pop novatrice, ou encore du duo de guitaristes acoustiques Rodrigo y Gabriela qui fusionnent métal et flamenco, récompensés notamment d’un Grammy Award. Mais aussi Fatoumata Diawara, grande chanteuse malienne qui s’inspire des chants traditionnels Wassoulou qu’elle infuse de jazz, et nourrit de ses collaborations avec de nombreux artistes comme Damon Alburn et -M-.  Également à l’affiche l’électrisant Akira & le Sabbat, un groupe électrisant jeune et queer qui brise les frontières entre les différents genre musicaux 

CHLOÉ MACAIRE 

Les Nuits blanches du Thoronet
Du 25 au 27 juillet 
Divers lieux, Thoronet 

Illégal et dangereux pour la République

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© X-DR

Zébuline. Pourquoi vous opposez-vous au Rocher Mistral ? Qu’est-ce qui pose problème dans cette entreprise ? 

Xavier Daumalin. Les problèmes sont multiples, et de plusieurs dimensions. D’abord, le Rocher Mistral a été conçu sans les autorisations nécessaires, et ne respecte aucune des lois de l’urbanisme et du patrimoine. Les infrastructures et les aménagements ont été construits sans l’accord des services de l’Etat, en particulier à l’extérieur du château. Le parking est illégal, les arbres classés, centenaires, sont entaillés pour servir de support à des équipements, des projecteurs… tout cela sans autorisation. Une colonie de chauve-souris a été délogée, et Natura 2000 dénonce depuis le début la destruction de cette espèce protégée. Au niveau écologique et environnemental, mais aussi au niveau de ce que l’on peut construire autour et dans un bâtiment classé, rien n’a été fait dans les règles. 

Et où en est-on au niveau juridique sur ces points de légalité ? 

Le 13 février 2024 le Rocher Mistral a été condamné en première instance à remettre en état les infrastructures autour du château. Les jardins, le parking, les séquoias. Dans un délai de 9 mois. Et à verser des dommages et intérêts de 90 000 euros à la commune et à France Nature Environnement [FNE, fédération française des associations de protection de la nature et de l’environnement, ndlr]. Bien sûr, ils ont fait appel. Appel suspensif, donc rien n’a été fait. En attendant les résultats, ils continuent d’exploiter illégalement le site et d’accueillir des touristes sans qu’aucune des autorisations nécessaires n’ait été délivrée. 

Qui sont les opposants au projet ?  

Là aussi, ils sont multiples. Ce sont d’abord les riverains, les habitants de La Barben qui se sont constitués en association, « Vivre à la Barben », soutenue par le maire. Ils se plaignent bien sûr des nuisances sonores, parce que le Rocher Mistral, ce sont des spectacles bruyants jusqu’à 22h30 au moins tous les jours, dans des jardins qui jouxtent les habitations. Cela pose aussi des problèmes de stationnement et d’embouteillages monstrueux parfois, même si fort heureusement, la fréquentation n’étant pas au rendez-vous, c’est actuellement moins difficile que ça ne pourrait l’être. Au-delà des habitants, la FNE et Extinction Rebellion s’opposent au projet pour des raisons environnementales, et Ethicpol l’accuse de détournement de fonds publics. 

À quel titre ? 

Le Rocher Mistral a reçu plus de 6 millions d’euros d’argent public, du Département 13, de la Métropole Aix Marseille Provence et de la Région Sud. Recevoir des subventions pour un projet qui n’a pas reçu les autorisations nécessaires d’exploitation peut s’apparenter, pour Ethicpol, à du détournement d’argent public. 

Vianney d’Alançon, propriétaire du Château, n’en est pourtant pas à son coup d’essai. Pourquoi cette confiance des institutions selon vous ? 

Effectivement, l’ancien préfet de la Haute-Loire, Yves Rousset, vient de publier un livre sur l’histoire du Château Saint-Vidal, où il a déployé la même stratégie, c’est à dire ouvrir un site sans les autorisations nécessaires, et en l’occurrence s’appliquer le label d’Etat, « Jardin remarquable »  sans l’avoir obtenu. Mais là Laurent Wauquier après avoir soutenu Vianney d’Alançon est entré en conflit avec lui, et il n’a pas eu le soutien du préfet. Alors que le préfet des Bouches-du-Rhône a voulu aller à l’encontre des arrêtés municipaux qui interdisait l’accès au parking. 

Pourquoi ce soutien du préfet, qui a été désavoué par le Conseil d’État ?

Oui, il est très surprenant que Christophe Mirmand, le préfet, ait remis en cause les décisions du maire et du tribunal administratif, et le Conseil d’Etat a mis un coup d’arrêt aux demandes d’aménagements supplémentaires, allant à l’encontre du préfet. Les raisons de ce soutien, je ne peux que les supputer. Le projet a été monté et financé par le groupe Médias Participations de Vincent Montagne, la famille Dassault, Michelin, la famille Deniau… il a des appuis puissants dans les médias et l’industrie, et mène une véritable entreprise politique.

C’est-à-dire ?

Ce qu’il fait au niveau historique, culturel, n’est pas illégal contrairement aux problèmes administratifs et environnementaux. Mais c’est dangereux pour la République, surtout dans l’état actuel de la vie politique. Ses spectacles qu’il dit historiques sont élaborés sans historiens. Il combat l’histoire universitaire, qui est disqualifiée à ses yeux parce qu’elle réfléchit, critique et surtout inclut sans figer une identité nationale. Vianney-Marie Audemard d’Alançon, nom d’usage Vianney d’Alançon, défend une histoire édificatrice, identitaire, enracinée, une histoire fantasmée de la France et de la Provence. Et oui, c’est dangereux pour la République, on l’a vu avec Zemmour, les historiens se sont élevés contre son utilisation de l’histoire dévoyée à des fins politiques nationalistes. 

Comment dévoie-t-on l’Histoire ? 

L’Histoire de notre nation est une histoire plurielle, et nous devons l’écrire afin que chacune des personnes qui vit dans cette nation s’y retrouve, y soit inclus. Ne pas privilégier une croyance, une provenance, une religion, une classe sociale qui serait l’essence de la France. Il est difficile de combattre ces visions, celle du Puy du Fou ou du Rocher Mistral, parce qu’elles emploient la méthode du divertissement et qu’elles traitent les citoyens en spectateurs, par l’émotion.

Pouvez-vous nous donner des exemples de ces dévoiements de l’histoire à l’œuvre au Rocher Mistral ? 

Ils sont nombreux, parfois anecdotiques et symptomatiques, comme le jardin à la Française de la Barben est attribué à Le Nôtre, alors qu’il a été fait par des fontainiers aixois. Parfois c’est un simple bric-à-brac chronologique. Mais en décrétant vouloir faire du Château de la Barben le « phare de l’identité provençale », on passe à un autre niveau. La culture provençale, c’est l’ouverture vers la Méditerranée, les traditions d’accueil. Au château tout est mis en clichés : on préfère Daudet à Marie Mauron, évidemment, on représente un peuple braillard et violent, une aristocratie éclairée et aventurière, une religion catholique irréprochable et supérieure. 

Pourtant le Félibrige est associé au projet…

Il se trompe, c’est malheureux, et ce n’est pas la première fois. Cette Histoire qui est diffusée est fausse, racornie, parcellaire, et le plus grave est qu’on la sert à des scolaires. Des cars entiers d’enfants qui repartent avec ces clichés qui souvent ne les incluent pas, le récit tronqué d’une nation qui détruit le lien social. Avec de l’argent public, et le pouvoir du divertissement.  

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AGNES FRESCHEL

Actualisation du 12 août 16h30 : À la demande du service juridique du Puy du fou, nous avons enlevé l’expression « Puy du fou provençal » qui figurait dans notre article initialement. Visiblement, même en Vendée, être associé au Rocher Mistral n’est pas de bon goût.

La Ciotat rock et baroque

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Orchestre Juventutti © X-DR

Pour sa 29 e édition, le festival Musique en Vacances, organisé dans différents lieux de La Ciotat par l’Association Méditerranéenne d’Échanges Internationaux (Amei), affiche une programmation pour tous les âges, tous les goûts, toutes les humeurs avec 13 concerts dont 4 gratuits. Côté classique, on pourra entendre un récital de chant d’Anne-Sophie Carrière (20 juillet) qui nous emmènera loin dans le temps, dans l’univers moyenâgeux de la nonne Hildegarde Von Bigen, puis à la Renaissance avec l’anglais John Dowland et enfin à l’ère baroque avec les trois grands maîtres européens du genre : Haendel, Purcell et Vivaldi. Baroque également avec l’ensemble Les Virtuoses (23 juillet) qui interprèteront les célébrissimes Adagio d’Albinoni et les quatre saisons de Vivaldi. Le 25 juillet, le concert Mozart à Vienne avec Pierre Bouyer au piano et Nicole Tamestit au violon, mettra à l’honneur trois sonates composés par le petit génie de Salzbourg dans les dix dernières années de sa vie. Mozart encore avec un Don Giovanni mis en scène par la compagnie l’Opéra de poche, avec une proposition mixant le livret de l’opéra et le Don Juan de Molière. Mozart toujours avec le spectacle original proposé par le ténor Gilles San Juan. L’Amadeus Last Project, Requiem intime est une version pour quatuor à cordes et quatre chanteurs solistes du célèbre Requiem. L’orchestre Juventutti (27 juillet) se met, lui, à l’heure du post romantisme avec La symphonie du nouveau monde de Dvorak et l’Adagietto de la symphonie N°5 de Malher sous la direction de Amanta Nasution. On retrouvera également à La Ciotat le pétillant mandoliniste marseillais à la carrière internationale Vincent Beer Demander (26 juillet) qui fera un saut dans le temps entre œuvres de Bach, de Chopin et un répertoire de compositeurs de musiques de films : Vladimir Cosma, Ennio Morricone et Michel Legrand.  

Avec le groupe Lost (22 juillet), La Ciotat devrait « ambiancer » la station balnéaire avec un répertoire allant des années 1950 à la French Touch des années 2000 en passant par la pop-rock des années 1980 et la new-wave des années 1990. Même éclectisme le 24 juillet avec le groupe Utah et son répertoire de soul, rythm’n et le groupe Ratch et dans une musique fusion de jazz, rock, hard-rock et même punk… Car comme tout le monde sait :  Punk is not dead. 

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Musique en Vacances
Du 19 au 28 juillet
Divers lieux, La Ciotat

La Villa Datris donne son corps à la culture 

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Johan Creten, La Cathédrale © Johan Creten, ADAGP, Paris - 2024

Dès l’entrée, c’est une sirène monumentale de Nikki de Saint Phalle qui accueille le visiteur. Un choix certainement pas anodin, car l’œuvre de la sculptrice française est irradiée par la lutte pour les droits des femmes et contre l’injustice sociale. On le comprend vite, les corps que l’on verra dans cette exposition seront surtout politiques et s’intéresseront souvent à la place des femmes dans l’art et ses représentations. « Faire corps, c’est évoquer les hommes et les femmes dans leur diversité, c’est mettre en avant des combats tel que le féminisme, faire avancer l’acceptation de la pluralité humaine ou militer pour l’écologie », explique d’ailleurs Danièle Marcovici, fondatrice et présidente de la Fondation Villa Datris, inaugurée à L’Isle-sur-la-Sorgue en 2011. Avec cette nouvelle exposition (gratuite), elle réunit plus de 70 œuvres, réalisées par 65 artistes, reconnus comme émergents.

Plusieurs niveaux… de lecture 

Tous les espaces de la Villa, intérieurs comme extérieurs, ont été mis à contribution, et se divisent en autant de thématiques. Au rez-de-chaussée, le parcours demande « qui me regarde ? » et avec cette question de rentrer plein fer dans le sujet. Puisque le corps dans l’art est une affaire de regard, sa perception est conditionnée par « les évolutions de nos mentalités » explique l’un des nombreux cartels déployés tout au long de l’exposition. Outre les nombreuses œuvres de Nikki de Saint Phalle installées pour l’occasion – dont la sublime I Had a Dream et ses sculptures en polyester pétaradant de couleurs, et flottant sur les murs noircis d’une des salles – on s’arrêtera ici sur une pièce de Elsa Sahal, intitulée Vénus au mur, une imposante statue en cinq parties de céramique émaillée. Elle dessine un corps féminin, uniquement avec des images sexuelles : il devient tout entier vulves et seins et l’on y voit une ironique réflexion sur le male gaze, ce regard masculin qui sexualise le corps des femmes. 

À l’étage, sont présentées des œuvres qui vont cette fois dépasser la représentation du corps. Car si le corps est anatomique, il est aussi mouvement, espace, silhouette, danse… Dans cette partie, plus conceptuelle mais tout aussi intéressante, on admire les pièces de l’Iranien Sepand Danesh, des sculptures réalisées à partir de cubes de bois peints, comme autant de pixels en 3D, et figurant des personnages en train de danser. Ou bien le Subject d’Antony Gormley, qui, après avoir numérisé son propre corps, vient le structurer avec des centaines (milliers ?) de barres en acier de 10 cm soudées entre-elles – une technique, qui, effaçant les détails, livre un saisissant « autoportrait » universel.  

La visite se poursuit dans plusieurs autres espaces de la Villa. Au dernier, étage, au sous-sol et dans les jardins. On y verra des corps déstructurés, habillés, coiffés, ou au repos, allongés et fatigués. L’ensemble du parcours se distingue par une scénographie habile et didactique : toutes les œuvres, toutes les salles, toutes les thématiques, sont accompagnés de cartels informatifs et permet à tous d’être des publics actifs du parcours – les enfants aussi. Salutaire.  

NICOLAS SANTUCCI

Faire corps
Jusqu’au 3 novembre
Villa Datris, L’Isle-sur-la-Sorgue

Le cap des 27

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On peut sourire à l’accumulation des « apéros » déclinés tout au long de ce festival incontournable des étés du Luberon et du haut pays axois : « apéroConcert », «apérOpéra», « apérOpérette », « apéroJazz », quand il ne s’agit pas, de manière plus ambitieuse dans cette série d’agapes, d’un « dîner concert ».

Le monde en Provence

 Nouveau venu dans ce florilège chaleureux, « l’apéroBrasil », grâce à Claire Luzi qui, sur la terrasse du château de Peyrolles-en-Provence partagera sa gourmandise des mélodies du Brésil et des mots qu’elle assemble avec bonheur avec ses complices, Karine Huet (accordéon), Raquel Freitas (piano), Didier Huot (cor) et Icao Kai (pandeiro et percussions) (3août). Autre continent et autre mer grâce à « l’apéroMéditerranée » (17 août) : réunis en quartet, le FadoRebetiko project, à l’initiative de la chanteuse, pianiste et compositrice Kalliroï RaouzeouJean-Marc Gibert(bouzouki), Jérémie Schacre (guitare) et Nicolas Koedinger (contrebasse) se glissent dans les univers du fado et du rebetiko, les « blues » du Portugal et de la Grèce. 

Un détour par le jazz

Auparavant le festival aura démarré en force avec le chœur de vingt chanteurs et chanteuses du Massilia Sounds Gospel qui dansent leur musique, puisant la joie dans la résilience et la lutte entre soul, blues et jazz (2 août). Le Malcom Potter Septet (9 août) fait pencher le jazz vers la pop et un chant qui rappelle celui de Sting. Les références aux Beatles à Stevie Wonder ou Chet Baker fusent! Connu déjà par le public du festival car il a accompagné au piano les films muets de la soirée d’ouverture 2022, Robert Rossignol revient avec le Trio Sudameris, un ensemble phare de l’agglomération marseillaise qui rassemble autour du pianiste, arrangeur et compositeur les percussions de Farid Boukhalfa et la contrebasse de Jean-Christophe Gautier pour une musique vivante qui fait se rencontrer Satie et Nirvana, Brahms et l’Orient, l’Occident et les musiques de l’Inde, tout un voyage (15 août) !  

Du classique !

Bien sûr, le directeur artistique du festival, le pianiste Vladik Polionov n’abandonne pas la veine classique ; en solo il consacrera une soirée de récital à Rachmaninov (4 août) au cours de laquelle on pourra écouter Sept Préludes, Deux Études-Tableaux et Six Moments musicaux. Le chant lyrique n’est pas oublié avec le dînerOpéra dédié à Mozart, Rossini et Verdi sur le thème inusable des conflits de générations avec Armelle Khourdoïan (soprano), Héloïse Mas (mezzo-soprano), Florent Leroux-Roche (baryton) accompagnés par Vladik Polionov (10 août). Après l’opéra, l’opérette aussi en forme apéritive s’en donnera à cœur joie avec des extraits d’Offenbach, « folie » partagée par Héloïse Mas et Valentin Thill (ténor) (11 août). Enfin, fidèle à l’ADN du festival, Vladik Polionov propose un « Opéra de Poche », adapté par ses soins en version de concert avec piano, Don Giovanni de Mozart (16 août) 

MARYVONNE COLOMBANI

2 au 17 août

Divers lieux du Luberon 

AVIGNON OFF : De la Cour aux communs

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Cultiver c’est résister Nos jardins Cie du Double © Géraldine Aresteanu

Avec un thème d’actualité qui préoccupe particulièrement les générations lycéennes exposées à un futur sans avenir, Nos jardins est un spectacle militant. Il fait partie d’un projet sur l’Histoire de la France que la Cie du Double, d’Émilie Prévosteau et Amine Adjina, a choisi d’interroger. Une approche qui mélange astucieusement passé et présent en ménageant des passerelles originales. 

On passe de la prise de conscience de deux lycéennes au sujet de jardins partagés menacés d’être détruits pour permettre la construction d’un centre commercial, à la proposition d’organiser des manifestations en mobilisant leurs camarades et en allant voir le maire. Leur copain, lui, rêve de lumières, d’animations et de boutiques du bonheur. Aussi évoque-t-il le Roi Soleil régnant sur ses jardins architecturés. Cela donne une séquence formidable où il se pavane, vêtu d’or, de plumes et de fleurs. « Je veux être jupitérien », déclare-t-il. Cela fait certainement penser à quelqu’un… Mais l’obstination des filles finit par le convaincre : la noblesse du cœur remplace celle de la Cour ! Ils convaincront aussi tout le lycée.

Organiser la lutte

Arrive alors l’évocation de la Commune, « dernière révolution populaire », rappelle l’auteur Amine Adjina, celle des jardins ouvriers créés à l’époque industrielle fin XIXe, le partage des pommes de terre, nourriture roborative des pauvres. Avec l’émotion à l’évocation par Manon de sa mère exhibant ses seins pour crier sa colère. On fabrique des affiches, on rédige des textes-choc distribués aux spectateurs, on chante et on slame. Les trois interprètes, fraîchement sortis des écoles, sont pleins d’une énergie emballante. Le spectacle se joue sur un espace bi-frontal ; facilement transportable, il peut s’installer partout, notamment dans les lycées ! Une façon d’aborder l’Histoire qui séduit petits et grands, et nous instruit tous.tes.

CHRIS BOURGUE

Nos jardins s’est joué jusqu’au 21 juillet au Lycée Mistral, programmé par le 11* Avignon

« Gondola », l’amour en suspension

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Il est des films qui font rire, d’autres qui font pleurer et il y a ceux dont le charme fait naître sur les lèvres un sourire bienfaisant. Gondola du réalisateur allemand Veit Helmer, repéré pour Absurditan (2017) une comédie déjà passablement atypique, appartient à cette catégorie.

Nous voilà dans les superbes massifs de l’Adjarie en Géorgie – mais ce pourrait être ailleurs, dans une époque peu définie. Un téléphérique vintage aux nacelles en forme de cônes elliptiques, aux grands rouages grinçants, et au maniement sommaire, relie les flancs de deux montagnes. Une station en bout de ligne, aux couleurs pastels, suspendue au-dessus du vide, accueille de rares passagers. Deux câbles parallèles, supportent l’aller et le retour des capsules le plus souvent vides, que quelques paysans regardent passer depuis la vallée. Iva (Mathilde Irrmann) venue à l’enterrement de son père – peut-être car rien n’est dit – devient conductrice de cabine, après lui, et rencontre Nino (Nini Soselia), déjà en place, qui rêve de partir.

Les deux jeunes femmes dans leur uniforme se croisent à mi-parcours entre la descente et la montée. Elles vont s’observer, s’apprivoiser, s’aimer, s’allier contre le méchant petit chef tyrannique et jaloux (Zviad Papuashvili), faire alliance avec un garçonnet et une fillette aux nattes blondes dont la romance doublera la leur, aider un vieil homme cloué à un fauteuil, transformer la routine en aventure, introduire musique et fantaisie dans cet univers figé. Un scénario minimaliste pour un film muet entre Jacques Tati et Wes Anderson. Un film dont la bande son – musiques populaires, percussions concrètes, ritournelles de quatre sous et grincements de poulies – souligne à tout instant le burlesque ou l’émotion.

Une poésie subversive

Le téléphérique en unité de lieu est au cœur du dispositif du réalisateur. Cinématographique : il permet tout naturellement les travellings, les plongées, contre plongées et les changements de points de vue. Scénaristique : il constitue au sens propre, le fil du récit, entre répétition des plans et étonnantes variations. Symbolique : il figure la fragilité des existences et le croisement des trajectoires.  

Le parti-pris du muet laisse le champ libre à une communication exclusivement visuelle. Pas de paroles d’amour dans cette comédie romantique mais une partie d’échec décalée entre deux trajets, un repas glissé pour l’autre dans sa lunch box, un fruit pris au filet à papillon lancé à l’autre au point de croisement, des cabines devenant fusée, bateau, avion ou restaurant, avec quelques accessoires et beaucoup d’imagination…

Gondola est un film délicieusement subversif. Non seulement parce qu’il met en scène une attirance homosexuelle, non seulement parce que l’« outil de travail » est récupéré par travailleuses et usagers, mais surtout parce que c’est par la poésie que s’opère cette petite révolution.

ÉLISE PADOVANI

Gondola, de Veit Helmer

En salles le 24 juillet

Quarante ans de pont musical entre deux rives 

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Orchestre des jeunes de la Méditerranée ©Claire Fabre. Festival d’Aix

Les sessions symphoniques de l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée sont une tradition bien ancrée dans le programme du Festival d’Aix. Et l’occasion d’une manifestation festive, bon enfant et enthousiasmante pour un public sérieusement rajeuni. 

La  session 2024 n’a pas dérogé : samedi soir, au Grand Théâtre de Provence, l’OJM célébrait les 40 ans de sa fondation et l’ambiance était plus que chaleureuse. Le public, debout, n’a pas boudé ses applaudissements. La direction de leur nouveau chef, l’américain Evan Rogister y est pour beaucoup tant son énergie paraît communicative. 

Le programme était construit pour faire briller cette formation hors norme : l’ouverture scintillante du Candide de Bernstein, permet d’attaquer allegro, et la célèbre Symphonie Du Nouveau Monde de Dvořák, de haute tenue clôt une soirée généreuse en musique. On n’oublie pas la Mort de Cléopâtre de Berlioz animée avec émotion par la mezzo-soprano Astrid Nordstad. 

Bruyante ovation

Malgré la situation tendue autour de la Méditerranée, l’OJM tient la gageure de réunir de jeunes musiciens de toutes nationalités de toutes confessions sous un même diapason tempéré, du Portugal à la Turquie, de l’Albanie à l’Egypte. Tutorés par des solistes du London Symphony Orchestra, soutenus par le compositeur Fabrizio Cassol, cette génération neuve trouve là une première occasion, à la sortie de leur conservatoire respectif, de se frotter aux réalités professionnelles de leur futures carrières. 

C’est sous la houlette de Fabrizio Cassol qu’en moins d’une semaine l’orchestre présente une création collective qui a soulevé le public comme un seul homme : tant de talents et d’énergie se font rares et le Festival d’Aix était ravi d’un aussi salutaire coup de fouet. Mêlant orchestration classique à un quintette d’instruments traditionnels ; oud, nyckelharpa, guitare, trompette et saxophone, cette composition remplie d’émotions et de subtiles beautés subjugue au sens le plus fort du terme. Une vraie grande et belle pièce de musique qui ouvre l’orchestre aux sonorités contemporaines de l’improvisation jazz, des mélopées arabo-andalouses chantées par Sarra Douik, soutenue par une violoniste marocaine du rang, l’orchestre se chargeant d’en entonner les chœurs. Solistes, quintette et chef prennent un vif plaisir à cette musique vigoureuse, soucieux de la transmettre au public qui, en forme de remerciement, leur a réservé la plus longue et bruyante ovation de cette édition du Festival d’Aix. 

PATRICK DE MARIA

Le concert des 40 ans de l’OJM a eu lieu le 20 juillet au Grand Théâtre de Provence

Histoires de théâtre et de pétanque

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Bazar tirer le fil de l’histoire, avec Julien Perrier © Yoan Loudet. Maison jean Vilar

En 2023  la Chartreuse de Villeneuve et la Maison Jean Vilar se sont alliées pour recréer Bazar Vilar, et transmettre aux plus jeunes la mémoire du fondateur du Festival. Les Nuits ont décidé de prolonger la tournée d’un spectacle dont la visée pédagogique correspond à leur projet

Au bazar de Vilar

Dominique Houdart, un des maîtres du théâtre d’objets, avait créé en 2015, à la Chartreuse, un petit bijou tout simple, pour transmettre aux jeunes générations l’histoire de Jean Vilar. : élevé dans une mercerie de Sète, passionné du répertoire théâtral, montant à Paris, découvrant Dullin, puis tombant en extase face au Palais des Papes et inventant le Festival d’Avignon.
Pour que cette mémoire ne s’éteigne pas, il fallait que Bazar Vilar survive à son créateur. C’est finalement à Julien Perrier que Dominique Houdart a transmis le spectacle. Six personnes choisies dans le public se joignent à lui sur scène, dans la mercerie recréée, dont tout le spectacle est issu : deux placards délimitent la Cour, les spectateurs s’ornent de passementerie pour incarner Gérard Philipe, Maria Casarès ou Jeanne Moreau, enfilant une armure, s’appuyant sur une canne de fil, portant un collier ou une couronne tressée.
L’aventure du théâtre devient un jeu d’enfant, enthousiasmant, partagé par le comédien qui manipule des bobines de fil en guise de marionnettes, et les acteurs d’occasion, jeunes enfants et adultes, qui se prêtent à l’expérience, forment un chœur, disent quelques répliques historiques, puis saluent, émus. Poétique et drôle, magique aussi quand un livre s’enflamme pour dire la passion théâtrale qui nait, Bazar Vilar raconte l’enthousiasme des débuts, l’ascension – d’un escabeau –, l’importance de former une troupe, et le partage, ludique, d’une aventure qui a changé le visage d’Avignon. 

Algérie et pétanque

Les années passent et le succès des Pieds Tanqués, spectacle abordant la mémoire de la guerre d’Algérie au cours d’une partie de pétanque, ne se dément pas.  Créé le 15 juin 2012 à Éguilles, le spectacle de la compagnie Artscénicum, écrit et mis en scène par Philippe Chuyen, ne cesse d’enthousiasmer les spectateurs. Preuve en est sa collection de prix : lauréat du prix centenaire Jean Vilar, meilleur spectacle du Festival off d’Avignon pour le jury Tournesol, labellisé par le comité de Marseille Provence 2013, prix du meilleur comédien au Festival d’Anjou en 2016… 
Reprenant le thème de la partie de boules, le dramaturge campe quatre personnages savoureux. Tous dans la lignée des héros pagnolesques, le provençal de souche, Loule, Yaya, français né de parents algériens, Zé, le pied-noir et Monsieur Blanc, le parisien récemment arrivé dans la région. Entre les boules, pointées, tirées, ratées, réussies – quelques beaux carreaux sont à saluer -, les mots retissent l’histoire, la guerre d’Algérie. Au cœur de la paix, les blessures mal refermées, la complexité des liens, les récits de vie particuliers, s’éclairent. L’intime et les remuements politiques se lient, emportant les êtres malgré eux dans des cheminements qui les dépassent mais pour lesquels ils s’affrontent. Les vérités de chacun s’opposent, mais le jeu réunit les êtres humains. L’humour sauve, et le terrain de boules devient ciment fédérateur… 

AGNÈS FRESCHEL et MARYVONNE COLOMBANI

Les Pieds Tanqués le 23 juillet Cour Tivoli, Valréas

Bazar Vilar le 27 juillet Place Colongin, Grillon

Les trois fantastiques

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Éric Le SagePaul Meyer et Emmanuel Pahud ont fondé en 1993 le Festival International de Musique de Chambre de Provence (Musique à L’Empéri), d’abord pour se retrouver, passer des vacances ensemble, partager ce qu’ils ont de plus cher, la musique. Tout au long de l’année, leurs carrières internationales les font voyages, donner des concerts dans le monde entier et rencontrer de nouveaux musiciens qu’ils invitent à Salon. Ils glanent de nouveaux morceaux, découvrent ou redécouvrent du répertoire, exhument des pièces oubliées ou moins jouées, demandent des créations à des compositeurs contemporains. De cette effervescence naît tous les ans un temps de festival unique et original. Les publics ne cessent de s’étoffer au fil des ans, les habitués reviennent, préférant cette intimité chaleureuse et informelle même si le programme est susceptible de changer au dernier moment, du moins c’est ce que rapportent année après année les organisateurs qui tremblent de devoir changer les feuilles de salle en dernière minute… il arrive que des partitions soient indisponibles ou que des musiciens aient des empêchements : tout alors se réorganise dans la bonne humeur. Les titres des concerts témoignent de cette jubilation, jouant sur les sonorités, créant des quiproquo, ironisant sur les interprètes, les interprétés, renommant les villes : « Aix-les-Orgues » pour Aix-en-Provence (il y a toujours une escapade aixoise) lors d’un concert d’orgue, « Nous avons su », « Âme Amsterdam », « 180 battements par minute », « Choc Corea », « Double basse », « Éric Emmanuel »… Les programmes défient ce que ces accroches ont pu suggérer ! 

Olympique !

En raison des Jeux Olympiques, la 32ème édition se resserre sur « les fondamentaux du festival : excellence, exigence, amour incommensurable de la musique et convivialité » précise le préambule du programme. Les tarifs fort modérés à l’aune de ceux pratiqués lors des festivals d’été seront encore plus accessibles : tous les concerts du soir seront gratuits pour les étudiants de moins de 26 ans. La belle acoustique de la cour du château de L’Emperi s’offrira aux représentations du soir tandis que celle du délicieux écrin de l’abbaye de Sainte-Croix proposera l’écoute de formations réduites dès le midi. Parmi les artistes de l’année, de nombreux musiciens du Berliner dont Emmanuel Pahud est première flûte solo depuis 1992, Amihai Grosz (alto), Daishin Kashimoto, Maja Avramovic (violons) mais aussi Olivier Thiery (contrebasse), Clément Peigné (violoncelle), Alma Sadé, soprano à l’Opéra-Comique de Berlin, la liste est longue de talents amis dont le pianiste Frank Braley ou la fabuleuse jeune pianiste Su Yeon Kim que l’on entendra en récital soliste et en formation chambriste. Un hommage particulier sera rendu à Gabriel Fauré, « compositeur adoré » disparu il y a cent ans, mais aussi à Schubert à Mozart et son « Trio des Quilles ». Que de pépites !

MARYVONNE COLOMBANI

26 juillet au 3 août

Salon-de-Provence