mardi 17 février 2026
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Hervé Di Rosa en grand format

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Hervé Di Rosa © Pierre Schwart

Difficile de résumer une vie de création. Surtout quand il s’agit d’un artiste aussi prolifique qu’Hervé di Rosa. Pourtant c’est bien l’objectif de la conférence grand public qui se déroule ce jeudi 26 octobre à l’occasion des Jeudis du Mo-Co à la Panacée. L’artiste sétois a trouvé une astuce pour faire une sélection parmi un fourmillement d’œuvres : « J’ai demandé à ma femme de choisir une peinture par an depuis 1979 » sourit-il. C’est ainsi que devant un auditorium rempli d’étudiants (mais pas seulement), le Sétois retrace son parcours depuis l’année 1979, alors que le jeune élève de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris (dont il ne sera jamais diplômé) vend ses premières peintures. « J’ai eu la chance de gagner ma vie dès la première peinture », reconnaît-il sans détours. Instructif, cet exercice formel auquel se plie Hervé di Rosa nous immerge dans les influences d’un artiste « issu d’un quartier populaire de Sète » qui avoue avoir été fortement influencé à ses débuts par l’univers graphique de la bande-dessinée, affirmant au passage son admiration pour Franquin, Moebius ou Hugo Pratt. « J’ai appris à dessiner avec la bande-dessinée et après je suis allé regarder Matisse, Rembrandt et Uccello », insiste-t-il. Rapidement, à travers les œuvres projetées sur grand écran, on observe sa narration se contracter, de sorte que rapidement ses dessins devenus peintures ressemblent à « des couvertures d’albums géants qui raconteraient tout sans avoir à dire quoi que ce soit». D’ailleurs, c’est porté par cette influence extrêmement créative d’une imagerie populaire que dans les années 80 il contribue à cofonder le mouvement de la Figuration libre. 

Artisanats du monde

Ainsi, à défaut de faire de la bande-dessinée, trop restrictive pour lui, Di Rosa développe toute une mythologie de personnages, voire même plusieurs générations de personnages, dont un dieu un peu sournois et des créatures aux gros nez volontairement grotesques. À 21 ans, il est déjà exposé aux Etats-Unis, où il vit plusieurs années. Ce qui a de quoi donner des envies d’horizons nouveaux. Après une pause sétoise, le temps d’avoir un fils et de tenter de « percer le secret de la peinture abstraite » dans son atelier de Balaruc-les-Bains, il repart rapidement explorer des territoires autant géographiques qu’artistiques. La carte des territoires des Arts modestes se dessine tout doucement. Le tout porté autant par « la passion des voyages » que l’envie de se « frotter à d’autres techniques ». Bulgarie, Éthiopie, Bénin, Corse, Vietnam, Amérique du Sud, Mexique, Etats-Unis (notamment Miami), Israël, Séville, Lisbonne, Ghana, Cameroun… Sculptures, coton tissé, icônes, images sur peaux de zébu, bois laqué, piqué sur verre, céramique, vêtements, aquarelle… Son « projet autour du monde » se déploie sur des supports aussi variés que les artisanats sur lesquels ils prennent racine tout en s’imprégnant de son imaginaire singulier. Il reconnait sa curiosité insatiable : « Le génie de l’homme m’intéresse ». 

« Un lieu de liberté »

Avant de parler du Musée International des Arts Modestes. Une autre facette toute aussi importante de sa vie d’artiste : « C’est le projet auquel je tiens le plus au monde ». Le MIAM est « un lieu de liberté » cofondé en 2000 pour y exposer « certains territoires de la création qui n’étaient jamais regardés ni diffusés ». Depuis 23 ans, deux expositions temporaires y sont organisées chaque année. Il est aussi possible d’y admirer les collections de Bernard Belluc, son cofondateur, et les siennes. Un choix revendiqué par Di Rosa. « Les artistes ne tirent pas leur inspiration de nulle part. Nous sommes tous influencés par ce monde vernaculaire dans lequel on vit depuis tout petit, nous ne sommes pas forcément entourés d’art contemporain ». Les expositions y sont thématiques et toujours collectives, également par choix. Et Hervé di Rosa de conclure avec son accent sétois, toujours intact : « Nous ne sommes pas un vrai musée, plutôt un laboratoire, un centre de recherche avec les moyens qui nous sont propres et nous laissent la liberté de faire ce qu’on veut ». 

Quand le MIAM s’expose

Dernier jour pour voir l’exposition Fait Machine au MIAM, laquelle se joue des codes de l’art pour s’intéresser à comment une quarantaine d’artistes s’approprient les algorithmes informatiques et les technologies numériques pour repousser les limites de la création, entre réflexions théoriques et expérimentations dans la matière. À venir le 16 décembre : LIBRES! Collectionneurs d’Arts Modestes met en lumière la Collection FB/DL et la Collection MB/JB, toutes deux présentées pour la première fois au public. Il y sera notamment question d’art africain contemporain et de surréalisme. Mais aussi d’une histoire singulière de la peinture française dans les années 80, notamment du mouvement de la figuration libre.    

ALICE ROLLAND 

La rencontre avec Hervé Di Rosa a eu lieu le 26 octobre au Mo.Co

LIBRES ! Collectionneurs d'Arts Modestes
Du 16 décembre au 26 mai 2024
Musée International des Arts Modestes, Sète
miam.org

L’automne, un vrai Temps de cirques en Occitanie !

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La Faux Populaire, Le cabaret renversé © Ruben Silozio

Pendant tout un mois, le festival Temps de cirques, organisé par La Verrerie – Pôle national du cirque à Alès, propose en partage toute la richesse et la diversité de la création circassienne contemporaine, portées en bonne partie par des compagnies que le pôle accueille pendant toute l’année en résidence. Une programmation, sous chapiteau ou en salles, diverses et variées, qui commence à Alès et alentours du 9 au 19 novembre, se poursuit du 11 au 17 novembre en Lozère, du 18 au 30 novembre dans l’Herault, et du 1er au 10 décembre dans l’Aude. En incluant l’évènement européen La Nuit du Cirque créé par Territoires de Cirque, avec le soutien du Ministère de la Culture (11 spectacles à découvrir sur 3 jours, du 17 au 19 novembre). 

Chapiteaux et Cratère

À Alès et alentours, 16 spectacles pour 35 représentations sont proposés. La Verrerie étant actuellement en travaux de réhabilitation, le cœur du festival se rapproche du centre-ville avec deux chapiteaux installés au stade Maurice Laurent, quartier de la Prairie. Deux spectacles qui abordent le thème éternel de l’amour et du couple y sont présentés : I Love you Two (11 et 12 novembre) par la troupe acrobatique Circus I Love You et Cabaret Renversé (du 16 au 18 novembre) de la Cie Faux Populaire. Au même endroit Sans Temps… (13 au 17 novembre) sera présenté par la Cie Bazar Forain – Cirque sans Raisons, une traversée, du siècle dernier jusqu’à nos jours, et le quotidien d’un personnage candide, entre Tati et Chaplin. Le Cratère, scène nationale d’Alès accueillera lui les spectacles Révolte, ou Tentatives de l’échec de la compagnie Les filles du renard pâle (9 et 10 novembre) spectacle féministe funambule rock’n roll, et Baal (14 novembre) du Groupe Noces, pièce de danse et d’acrobatie inspiré par l’article de Leila Slimani dans Libération suite au #MeToo, et De l’une à l’hôte de Victoria Belén et Violaine Schwartz, qui croise littérature et acrobatie.

Risque et idiotie

Dans l’Hérault, huit spectacles sont à l’affiche, parmi lesquels le très beau Décrochez-moi ça de la compagnie Bêtes de foire (du 23 au 26 novembre à Villeneuvette, sous chapiteau), et Baal du Groupe Noces (18 novembre – Théâtre Molière). La prolepse des profanes de la Cie Armistice, qui déclare faire « un cirque pseudo-intellectuel et franchement idiot » est présenté dans le cadre de La Nuit du Cirque (19 novembre – salle polyvalente de Riols). Quant à Ceci n’est pas un exercice (24 novembre – Salle des Sports Alexandre Soubrié, Frontignan) du Collectif Pourquoi Pas, c’est du cirque qui s’interroge en jonglages, musique et portés sur la notion de risque, dans un monde qu’il considère comme de plus en plus aseptisé. 

MARC VOIRY

Temps de cirque
Du 9 novembre au 10 décembre
La Verrerie, Alès
Gard, Aude, Hérault, Lozère
tempsdecirques.com

MONTPELLIER : Quand la viole d’amour nous fait aimer la musique

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Jasser Haj Youssef-Reminiscence © Gilles Crampes

Alors que le silence enveloppe l’Opéra Comédie, une question se fait de plus en plus entêtante pour le spectateur mélomane : à quoi donc ressemble donc la voix musicale de la viole d’amour ? La réponse arrive tout en douceur, vibrante, mystérieuse, étrange. Mais l’instrument à corde si particulier ne se laisse pas facilement apprivoiser, même par une oreille attentive. Le talent du musicien tunisien Jasser Haj Youssef, qui a passé près de trois ans à préparer ce spectacle avec l’Opéra Orchestre National Montpellier, est de nous embarquer avec lui dans sa passion pour cette star à cordes de l’époque baroque longtemps oubliée, que ce grand violoniste et compositeur a découvert en autodidacte. Dans ses compositions pour la plupart issues de son album Reminiscence, on découvre un instrument qui peut se faire murmure aux sonorités d’orient troublantes tout en développant un timbre harmonique d’une richesse incroyable, empruntant aux territoires des violons, altos et même en partie du violoncelle. Avec la liberté des artistes qui n’ont plus rien à prouver, Jasser Haj Youssef mêle les influences, classique, baroque, orientales ou encore jazz en l’accompagnant d’un inattendu piano Rhodes. 

Timbre lunaire

Insaisissable viole d’amour dont on se demande si le son si particulier est le fruit de son origine mystérieuse ou de ces fameuses cordes sympathiques qui s’harmonisent de manière inattendue avec les cordes frottées par l’archet, rajoutant un petit quelque chose de lunaire, presque brut, à son timbre. Si elle est vite étouffée par la vivacité des violons ou happée par les volutes mélodiques chantées par le chœur de l’orchestre et la voix claire de la soprano Dima Bawad, la viole d’amour se fait majestueuse quand elle en émerge avec cette vibration acoustique singulière porteuse d’émotions intenses, se révélant avant tout un instrument fait pour être soliste. Le moment le plus magique du concert reste d’ailleurs une interprétation inspirée de la Sonate n°1 pour violon seul de Bach, adaptée pour une viole d’amour dont on ne peut que tomber sous le charme redoutable.

ALICE ROLLAND

Le concert de Jasser Haj Youssef et l’Opéra Orchestre National Montpellier a eu lieu les 8 et 9 novembre à l’Opéra Comédie de Montpellier

La scène pour sortir de Babel 

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Milk © Khulood Basel

« La langue de l’Europe c’est la traduction » affirmait Umberto Eco en bon méditerranéen.  Il aurait aussi pu affirmer qu’elle est la langue de la scène. « Babel » désigne en hébreu le chaos, la perte d’un langage universel qui déclenche la guerre mais les arts, et en particulier ceux de la scène, se construisent précisément dans les écarts, les rapprochements, les dialogues et analogies des différents langages et niveaux de langues, et leurs rapprochements avec les signifiés plus universels de la musique et de la danse. 

Spectacles

Le programme de la deuxième semaine de la Biennale pense ces écarts, ces liens, ces interstices, en invitant des artistes de l’espace méditerranéen et en confrontant leurs univers.  
Milk du palestinien Bashar Murkus qui se joue les 16 et17 novembre au Théâtre des 13 Vents, est d’une actualité hélas saisissante, comme si l’organisateur de la Biennale avait pressenti que la scène tragique de la Méditerranée et du monde se jouerait là, en Palestine, aujourd’hui. Des femmes, des mères, y portent les corps de leurs enfants morts, y déversent des larmes de lait que leurs enfants ne boiront plus, pataugent dans le blanc qui se teinte de sang. Un spectacle d’une beauté sidérante, qui a bouleversé le dernier festival d’Avignon.  

Il sera question de Corps traducteurs pour la sortie de résidence de Carlos Carreras, qui interroge la langue des signes comme un art de la scène (le 11 novembre au Hangar Théâtre), de l’art et la culture comme lien entre les deux rives lors de la conférence de  Giovanna Tanzella le 15 novembre au Centre Rabelais ; Paola Stella Minni et Konstantinos Rizos créent quant à eux un RRRRRight now  (du 13 au 15 novembre au Théâtre de la Vignette) qui explore les conséquences chorégraphiées de la subversion (escroquerie ?) musicale et performative de Johnny Rotten (Sex Pistols) tandis que  Pierre et Patrice Soletti retrouvent les sources de leurs Delta(s), bifurcation des catalognes espagnole et française, mémoire de Franco et de l’exil (Théâtre Jean Vilar le 15 novembre), rencontre de la musique et de la poésie. 

Rencontres

Du 15 au 17 novembre la Biennale se décline aussi en Rencontres qui proposent aux artistes, aux professionnels et aux étudiants un véritable séminaire de travail ouvert au public. Avec un workshop le matin dirigé par la chorégraphe et réalisatrice libanaise Danya Hammoud qui travaille sur la violence du geste, l’artiste tunisienne Aïcha Snoussi qui cherche les traces mémorielles dans les archives ; et la philosophe Marie-Josée Mondzain, observatrice critique des images marchandes qui « confisquent » les mots. 
Ces workshops matinaux seront poursuivis par des discussions dans l’après-midi, en particulier sur la mémoire du Théâtre national palestinien, ou sur les théâtres « illégitimes » et militants en France avec Olivier Neveux, sur le théâtre indépendant catalan avec Adeline Chainais… 
Les rencontres se clôtureront le 18 novembre par une journée de séminaire, dialogues, spectacle et DJ set intitulée Qui vive ! Un appel à la vie et à la vigilance, pour que l’avenir de la scène méditerranéenne s’enrichisse de dialogue, et non de chaos.

 AGNÈS FRESCHEL

Biennale des Arts de la Scène en Méditerranée
Jusqu’au 24 novembre
Rencontres des Arts de la Scène en Méditerranée
Du 15 au 18 novembre
Divers lieux, Montpellier
13vents.fr

TRAM des Balkans

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Le 15 septembre dernier, TRAM des Balkans sortait un album remarqué En Cavale, dans lequel les six musiciens-chanteurs proposaient une relecture de chant du monde comme de compositions originales. Des titres inspirés des traditions tsiganes, serbes, géorgiennes ou israéliennes. Un mélange des styles, un mélange des voix et des instruments, comme un pont entre les cultures qui donnent au groupe une énergie originale, le tout sublimé par la voix de Mélissa Zantman, invitée pour l’occasion, que l’on connaît notamment pour ses participations dans les formations Joulik.

11 novembre, 
La Maison du Chant, Marseille 

« La bella estate », sous le signe du désir

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Cesare Pavese a été très peu adapté au cinéma. Antonioni l’avait fait en 1955 avec Le Amiche, inspiré par le roman Entre femmes seules (1949). Laura Luchetti accepte, avec « un élan d’amour et beaucoup de peur », la proposition d’adapter La bella estate, de cet écrivain qu’elle adore, « qui parle si bien de la jeunesse, de cet âge où tout est possible et tout est effrayant. »

Elle ou lui ?

On est à Turin en 1938. « À cette époque, c’était toujours fête »écrivait Pavese. Au bord d’un lac, un groupe de jeunes gens pique-niquent, rient, chantent. Parmi eux, Ginia (Yile Vianello), venue de la campagne avec son frère, Severino (Nicolas Maupas). Quand arrive en barque d’autres garçons et filles, Ginia est troublée par une jeune femme brune (Deva Cassel) en sous-vêtements blancs qui plonge sous le regard surpris des autres. Alors que Ginia, la blonde, travaille dans un atelier de couture, Amelia, la brune, sert de modèle à des peintres. Toutes deux, malgré leur différence sociale, se rapprochent et Amelia introduit Ginia dans le milieu  de la bohème turinoise. Ginia, est attirée par cette fille qui collectionne peintres et amant.e.s et elle veut lui ressembler. Elle a fait la connaissance de Guido, un des peintres qui semble s’intéresser à elle « Qu’est ce que faire l’amour ? »demande-t-elle à son amie. « C’est être important pour quelqu’un pendant quelques heures » Ginia va donc le faire pour la première  fois avec Guido. Une scène très sensuelle au départ mais qui révèle assez vite que ce n’était  pas le vrai désir de Ginia. Son attirance pour Amalia est manifeste. Lors d’un bal, alors qu’Amalia est courtisée et invitée à danser par un médecin, elle entraine Ginia dans une danse, filmée avec une grande sensualité par la caméra de Diégo Romero Suarez Llanos qui s’approche peu à peu, semblant les caresser. Leurs visages, en gros plan, vont se rapprocher jusqu’au baiser dans une chorégraphie langoureuse. Une scène qui semble échapper au réel comme bien d’autres, dans la nature, très présente tout au long du film : l’eau, les feuilles mordorées, les insectes, un petit écureuil.

La rencontre de deux mondes, l’histoire d’un coup de foudre, une réflexion subtile sur le désir féminin et les conditions sociales de cette époque troublée. C’est la superbe chanson de Sophie Hunger, Walzer für Niemand qui clôt ce film délicat, aux décors soignés et d’une grande poésie.

La bella estate de Laura Luchetti qui avait été présenté dans la section Piazza Grande au Festival de Locarno, était en compétition à Cinemed (Montpellier) en octobre 2023. Il n’a pas encore de distributeur français et nous espérons qu’il en trouvera un bientôt.

ANNIE GAVA

« Anna », l’indomptée

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C’est un fait divers qui a retenu l’attention de Marco Amenta, ancien photojournaliste : un petit paysan de Sardaigne s’est battu jusqu’au bout pour garder sa terre et il a réussi dans une région où, en général, ce sont les forts qui gagnent. Le réalisateur, qui venait de faire un documentaire sur une bergère décide d’écrire une fiction, Anna, qu’il tourne en langue sarde. Le portrait  d’une femme, sauvage, viscéralement attachée à sa terre qui s’engage dans une lutte totale.

David contre Goliath

Anna (Rose Aste) vit seule dans une petite ferme, avec ses chèvres auxquelles elle est très attachée, sur sol âpre qui l’a vue naître. Elle vend ses fromages sur les marchés. De temps à  autre, elle va danser, boit et a des aventures qui ne durent pas. Une vie solitaire qu’elle s’est choisie pour échapper à une situation qui la faisait souffrir. Quand un hélicoptère survole ses enclos pour y déposer la statue de la Vierge qui va protéger le futur chantier, rien ne sera plus pareil. Les monstres mécaniques vont violer la terre où elle vit. La mairie a accordé le permis de construire un énorme complexe hôtelier, ce qui réjouit les villageois : promesses d’emplois et de profit. Anna n’a pas de titre de propriété : autrefois les contrats se concluaient oralement. La lutte ne sera pas facile. Isolée, boycottée par tous y compris celles qui lui achetaient ses fromages, Anna ne baisse pas les bras bien que l’avocat, qu’on lui a attribué, lui assure qu’elle ne pourra pas gagner. Même si cette situation éveille en elle des souvenirs très douloureux, rebelle jusqu’au bout, tenace, indomptable, la belle Anna se bat pour sa terre, pour la Terre qu’elle ne veut pas voir dévorée par le béton. Elle ne se laisse pas acheter malgré les 600 000 euros que lui proposent les promoteurs. Un combat de David contre Goliath haletant…

Tourné souvent en longs plans séquences, joué par des comédiens et des non professionnels, Anna est un film éminemment politique, sans didactisme ; il soulève des questions de société : respect de la terre et profit, droit de vivre libre, violences faites aux femmes. La comédienne qui incarne Anna, Rose Aste, par son jeu viscéral, animal, est époustouflante et tout au long du film, on aurait envie d’être aux côtés de cette indomptée pour la soutenir.

Anna, primé à Venise aux Giornate degli Autori, n’a pas encore de distributeur en France. On espère qu’il en trouvera un !

ANNIE GAVA

Anna de Marco Amenta © MACT Productions

Une journée avec Dominique Cabrera

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(C) Ad libitum

Bonjour Monsieur Comolli

Quand Jean-Louis Comolli demande à Dominique Cabrera de le filmer, sachant qu’il va bientôt disparaitre, elle accepte, aimant sa « manière d’être ». Un film improvisé, quelques instants de la présence de cet homme qui a réalisé plus de 40 films, qui a écrit, pensé, « le dernier film auquel il participe » dit-il avec l’humour qui est le sien. Du 31 octobre 2021 au 15 avril 2022, Dominique, sa coscénariste Isabelle Le Corff, et Karine Aulnette, qui tient la caméra, viennent au 26 bis de la rue Viala à Paris et conversent avec cet homme qui n’a jamais trop parlé de lui dans ses films. Durant une heure et demie, en confiance, dans l’urgence, il va se livrer. Il évoque l’Algérie d’où il venait, l’Algérie colonisée, le « royaume du faux », la mise en scène documentaire, la mort de la femme qu’il a aimée, Marianne, dont il a pris la dernière photo, tout comme Dominique, d’ailleurs, qui a photographié Didier Motchane avec qui elle a vécu prés de 20 ans, au moment de sa mort.

On parle aussi de la Méditerranée, du montage comme geste de fabrication du continu, du champ et du hors champ comme gestes politiques. Jean-Louis Comolli aborde aussi ses choix, cinématographiques, fictions d’abord puis documentaires. Il explique pourquoi il a décidé de ne plus faire de films : une sorte d’évasion pour pouvoir faire d’autres choses qui l’intéressent. Il en vient à parler de son nouveau compagnon, le cancer, qui ne lui laisse aucune chance d’évasion : « la première fois que ça m’arrive ! » Il a aimé filmer la fragilité ; ceux qui maitrisent tout, qui contrôlent leur image ne l’intéressent pas et il s’est laissé filmer lui-même dans ces moments où de plus en plus fragile et très affaibli, il avait à peine la force de parler. « Le cinéma est un sauveur, un sauveteur, il est là pour garder des relations. » disait-il. Jean Louis Comolli avait promis à Dominique Cabrera et à ses collaboratrices de venir voir les roses de son jardin, qui éclosent fin mai et de goûter un des vins blancs de Bourgogne, un Chassagne-Montrachet, qui lui restait à tester. Ils n’auront pas eu le temps : il est mort le 19 mai 2022.

On ne nait pas film, on ne devient

Anna Zisman et Dominique Cabrera (C)A.G.

Dominique Cabrera n’est pas venue seule présenter son prochain film. Elle est accompagnée de son équipe, sa coscénariste Anna Zisman, Béatrice Thiriet, la compositrice de la musique avec qui elle a travaillé sur ses autres films, Raymond Sarti le chef décorateur et sa productrice Gaëlle Bayssière Rapp. Une rencontre passionnante, animée par Karim Ghiyati, qui a permis de montrer au public présent, dont beaucoup de jeunes, que faire un film est un travail d’équipe et demande des années de préparation. Des femmes comme les autres, l’histoire de Simone (Hélène Vincent) et Jeannine (Yolande Moreau) qui ont accepté très vite d’incarner ces deux amies et voisines, expertes en broderie, est en germe depuis 2015. Un cheminement au long cours dont on a pu voir la progression : lecture d’extraits du scenario, projection de documents, divers, d’extraits de films, de photos de repérages, d’images de broderies. Chacun·e a pu expliquer son travail avec la réalisatrice : Anna Zisman qui est de Montpellier les va-et-vient dans l’écriture du scenario et les repérages dans la ville. Béatrice Thiriet sa composition musicale dont elle a fait écouter des extraits. Raymond Sarti n’aime pas le terme de chef décorateur et préfère qu’on parle d’accompagnement des corps qui bougent. Gaëlle Bayssière Rapp a rappelé le travail de productrice. À l’issue de cette rencontre on n’a qu’une envie : voir Des femmes comme les autres, en salle de cinéma !

ANNIE GAVA

https://www.cinemed.tm.fr/

Montpellier et Sète célèbrent la création en Méditerranée

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Il tango delle Capinere © Rosellina Garbo

 A l’initiative du Théâtre des 13 Vents, Centre Dramatique National de Montpellier, la Biennale des arts de la Scène réunit le Centre Chorégraphique National, l’Opéra National de Montpellier mais aussi le Théâtre Molière, Scène nationale de Sète, le théâtre municipal Jean Vilar, la Maison Lieu de Sète, le Domaine d’O, départemental… Une mise en synergie qui veut préfigurer la Capitale européenne de la Culture : le dossier de candidature définitif a été déposé le 27 octobre, et Montpellier a déjà réussi à affirmer sa spécificité, fondée sur son ancrage méditerranéen, et sa capacité de fédérer les opérateurs culturels. La Biennale s’affirme comme une préfiguration de ce qui pourrait advenir, et témoigne, quoi qu’il advienne, d’une véritable mise en commun des ressources et de la réflexion, puisqu’à partir du 14 novembre la programmation artistique se complète de Rencontres, ouvertes à tous.tes, pour penser les modalités des arts d’une scène euro-méditerranéenne de demain. 

Musique sans frontière

 La première semaine s’ouvre à l’Opéra Comédie les 8 et 9 novembre à 19h, avec l’orchestre et le chœur nationaux qui accompagnent la viole d’amour de Jasser Haj Youssef. Le soliste tunisien explore les musiques baroques, classiques, jazz et orientales, dans un concert qui appelle à la Réminiscence. De Bach aux modes de la musique indienne, il fait résonner les 14 cordes dont 7 « «sympathiques » (qui vibrent par résonnance avec les 7 autres cordes frottées par l’archet) de cet instrument cousin du violon, très en vogue au XVIIIe siècle en Europe, et qui s’adapte volontiers, par ses accords multiples et la profondeur de ses échos, à divers répertoires. Pour peu  qu’ils aiment les registres lyriques ! 

Un concert accompagné, forcément, de poésie, d’une soprano rompue à tous les styles (Diwa Wahab), et de textes qui passeront du français à l’arabe et à l’araméen. 

Autre dialogue au Centre Chorégraphique, avec la création de Nicolas Fayol Faire fleurir Un solo, coproduit par Montpellier danse, qui s’appuie sur les techniques de breakdance pour démontrer qu’un corps peut explorer des verticalités qui ne reposent pas sur les deux pieds ! Acrobatique, la danse de Nicolas Fayol, accompagnée par deux musiciens en live, construit des tableaux en clair-obscur (les 9 et 10 à 19h, salle Bagouet,  ICI-CCN).

Scène/hors scène

Le Biennale des arts de la scène affiche aussi, dès l’entrée, que le monde est un théâtre, et que l’espace public est aussi une scène, pour tous. Elle programme la création de 1 Watt  Nous impliquer dans ce qui vient, à Plan Cabanes, et interroge sur une place publique L’Outrage au public de Peter Handke (le 11 novembre à 16h), agrémenté de la subversion « festive et poétique » de 9 artistes indisciplinées et obstinées…

La Scène Nationale de Sète se délocalise quant à elle à Balaruc-le-Vieux le 9, à la Passerelle (Sète) le 10, à Mèze le 12, à Poussan le 14, pour proposer le dernier monologue de Fabrice Melquiot La Truelle, sur la mafia et la Calabre. François Nadin, entre documentaire et fiction, y démystifie la violence et la mort de cette Cosa Nostra, qui n’est décidément pas la nôtre…

Dante est une femme

La présence du Sud de l’Italie s’affirme aux 13 Vents avec Il tango delle Capinere, dernier opus d’Emma Dante (le 9 et 10 à 20h30). C’est la mémoire d’une vieille femme, sicilienne, qui se déplie et se déploie. Elle convoque en une ultime danse l’homme qu’elle a aimé et dans les bras de son fantôme elle remonte le temps, de leur adolescence, des prémices de leur amour, aux moments clefs de leurs vies, les naissances, les décès. Au rythme de chansons populaires siciliennes, Manuela Lo Sicco et Sabino Civilleri nous plongent dans la mémoire populaire et baroque de Palerme, en fouillant dans la malle, surprenante, de leurs souvenirs. Avec quelques révélations, des secrets, des surprises, dans cette histoire intime d’un couple écrite du côté de la femme, avec des torrents d’émotion. 

AGNES FRESCHEL

Biennale des arts de la Scène en Méditerranée
Divers lieux, Montpellier
Du 8 au 24 novembre
13vents.fr

Venus d’Afrique

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Déserts de Faouzi Bensaïdi © Dulac Distribution

Le Festival des cinémas d’Afrique du pays d’Apt, c’est l’occasion de voir des films venus de 19 pays, fictions et documentaires, longs et courts, certains en avant-première. C’est aussi participer à des rencontres avec les cinéastes ou à un marathon vidéo, suivre une leçon de cinéma et découvrir une exposition. Et, après le buffet d’ouverture le 9 novembre, assister à la projection du premier long-métrage de fiction de la Camerounaise Rosine Mbakam, Mambar Pierrette (Quinzaine des cinéastes à Cannes), sur l’âpre quotidien d’une couturière de Douala.

Venus du Maroc…
Juste avant on aura pu voir Animalia (Parmi nous) de Sofia Alaoui, l’un des cinq films marocains au programme. Déserts, le sixième long de Faouzi Bensaïdi entre road movie, western et fable sociale ; Les Meutes (Prix du jury à Un Certain Regard) de Kamel Lazraq, l’odyssée au cœur de la nuit marocaine d’un père et de son fils flanqués d’un cadavre. Autre film marocain primé à Un Certain Regard, La Mère de tous les mensonges qui a obtenu Prix de la mise en scène, ainsi que l’Œil d’or du meilleur documentaire : Asmae El Moudir reconstitue avec une maquette et des figurines le quartier de son enfance à Casablanca, cherchant à démêler un tissu de mensonges familiaux. Enfin, Indivision, l’histoire d’une famille qui se réunit à la Mansouria, le vieux domaine familial sur une colline de Tanger, de Leila Kilani qui donnera une leçon de cinéma le 11 à 14h. 

…de Tunisie

Fatma et ses filles, Najeh et Waffeh, travaillent comme « machtat », musiciennes traditionnelles de mariage et essaient de régler leurs problèmes familiaux : la Tunisienne Sonia Ben Slama présentera son film Machtat (sélection ACID Cannes). Autre opus tunisien : Les Ordinaires (Orizzonti  de la Mostra de Venise) que son réalisateur Mohamed Ben Attia commente ainsi : l’histoire d’un homme qui s’affranchit violemment de son environnement banal, se soustrayant à la société avec ses principes, ses codes et ses institutions. 

…et d’ailleurs

Des documentaires venus du Mali, de Guinée, du Burkina-Faso, du Tchad, du Sénégal abordent des sujets très variés. L’aventure d’une entreprise collective pour Raphaël Grisey et Bouba Touré dans Les Voix croisées ; la recherche de Mouramani, le premier film réalisé par un cinéaste africain noir francophone dans Au cimetière de la pellicule de Thierno Souleymane Diallo ; le travail des enfants orpailleurs dans  Or de vie  (Fespaco) de Boubacar Sangaré ; l’Amchilini, une cérémonie traditionnelle pour convaincre les femmes restées trop longtemps célibataires de choisir un mari et la remise en question des relations homme/femme dans Amchilini (Fespaco) de Kader Allamine ; l’histoire d’une monnaie, le CFA, qu’on pratique ou dont on entend parler mais qu’on connaît mal dans L’argent, la liberté, une histoire du franc CFA
de Katy Léna Ndiaye (mention spéciale du jury au Fespaco). 

Et aussi des fictions de l’Ile Maurice, Simin zetwal (Regarde les étoiles)
de David Constantin ; d’Angola, Our lady of the Chinese Shop d’Ery Claver, de République Démocratique du Congo, Augure de Baloji (Prix New Voice à Un Certain Regard) Sans oublier les 3 séances de courts métrages. Et pour clôturer ce programme alléchant, venu du Soudan, le superbe Goodbye Julia de Mohamed Kordofani le 15 novembre à 20h 30.

ANNIE GAVA

Africapt
Apt
du 9 au 14 novembre
africapt-festival.fr