mercredi 18 février 2026
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Une Passerelle éprise de nature 

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Maldonne © Nora Houguenade

Zébuline. Le dispositif Curieux de Nature, qui investit chaque automne un espace naturel différent, franchit un nouveau cap : vous emmenez cette fois vos spectateurs sur l’eau ! 

Philippe Ariagno. On commence la saison à Savines-le-Lac, avec RicOchets, une balade poétique et musicale au petit matin sur le lac de Serre-Ponçon à bord d’une carline, un bateau rétro. Nous inaugurons avec ce projet – vraiment particulier et symboliquement fort pour nous, en rapport avec un territoire qu’on apprécie –, un compagnonnage de 3 ans avec Ottilie [B], une chanteuse des Hautes-Alpes qui pratique un magnifique chant diphonique. Plusieurs rendez-vous suivront avec cette compositrice, à l’image de 1 + hein ? dès novembre, trois jours de résidence avec David Lafore, suivis d’une performance. 

Nouveauté cette année, vous proposez de longues séries sur certains spectacles.
En effet, huit dates pour La saga de Molière, de la compagnie Les estivants, une très belle équipe de la région : Johana Giacardi s’empare du texte de Boulgakov, tout en établissant un parallèle entre une jeune compagnie contemporaine et un Molière qiu rencontrait des difficultés en tournée sur les tréteaux, avant d’être connu. Huit dates sont aussi prévues pour De bonnes raisons, un spectacle de cirque par la compagnie La Volte qui aborde le rapport au risque, la nécessaire confiance qu’il induit, ce qui advient lors de la chute éventuelle… Cette programmation est intégrée au parcours des Olympiades culturelles.

Cette saison est aussi largement féminine !
Plus de la moitié des projets est en effet portée par des femmes. Certaines sont des fidèles, telle Maëlle Mays qui propose une nouvelle Leçon impertinente de Zou. Une autre révélation : Leïla Ka, qui fut danseuse chez Maguy Marin. Nous l’accueillons lors de deux soirées, la première autour d’un triptyque qui aborde la notion d’identité, ce qu’on est et qu’on doit être, la frustration de n’être que soi… La deuxième autour de Maldonne, sa nouvelle création. On y retrouve notamment Jane Fournier Dumet, une danseuse qui jouait dans le solo Bien parado de La Méandre. Au rayon théâtre, Estelle Savasta adapte L’endormi, un texte coup de poing de Sylvain Levey, étayé du flow de Marc Nammour, leader du groupe La canaille : de l’excellent rap à hauteur d’enfants, dès 9 ans. Vient ensuite L’affolement des biches, dans lequel Marie Levavasseur, que nous avons accueillie sur toutes ses précédentes créations, se frotte pour la première fois à du spectacle tout public. Avec la douceur et la finesse qu’on lui connaît, elle y aborde la mort, le deuil, la manière de se reconstruire après la disparition de ceux qu’on aime. 

Ces autrices s’emparent aussi de violents sujets sociétaux.

Notamment avec Le jour où j’aimerais pour la première fois sans toi de la compagnie Vertiges, basée à Nice. Après un premier solo de danse aux accents autobiographiques, Alexandra Cismondi y raconte l’histoire d’une famille, qui commémore la mort d’une de ses sœurs advenue lors d’un massacre dans un lycée. Il s’agit d’un texte étonnant, qui prend place dans un futur proche plutôt dystopique. C’est très particulier, le langage n’est pas le même pour les générations, qui ont du mal à communiquer entre elles… Une petite bombe, les collégiens et lycéens adorent ! C’est aussi le cas avec Les femmes de barbe bleue, une relecture du conte de Perrault, dans laquelle les femmes assassinées prennent la parole pour évoquer les arcanes du désir féminin, le mécanisme à l’oeuvre dans les relations toxiques, la figure ambigüe  du prédateur… Il s’agit de se libérer des modèles archaïques qui gouvernent nos inconscients, de chercher à reprendre le pouvoir sur ses désirs. Le tout est porté au plateau par une belle sororité entre les actrices qui s’entraident et s’écoutent. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR JULIE BORDENAVE

La Passerelle
Scène nationale de Gap
theatre-la-passerelle.eu

Les valeurs de l’ovalie

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Il n’est pas de bon ton de se plaindre d’accueillir une compétition sportive. La presse, les politiques, les commerçants, les bistrotiers, se réjouissent en chœur de l’arrivée en masse d’un public au « panier moyen » élevé, qui consomme et qui, miracle de l’ovalie, ne fracasse pas, comme le public du foot, les équipements communs et la gueule des supporters de l’adversaire. 

Pour autant célèbre-t-on le sport avec cette Coupe du monde, masculine, de rugby ? Est-ce un hasard si la France, dans cet affrontement des nations, s’accommode d’un deuxième ligne accusé d’avoir cassé du « bougnoule », et d’un chauvinisme qui sombre à pieds joints dans la caricature ? 

La cérémonie d’ouverture avec béret, foulard rouge, baguettes croustillantes, Jean Dujardin recuit et coq géant débile est bien sûr une offense à notre sens esthétique, à toutes les magnifiques compagnies qui savent fabriquer des spectacles à l’échelle d’un stade. C’est surtout un camouflet au pluriculturalisme et à la diversité qui anime nos rues. Non seulement la France, ce n’est pas cela, mais ça ne l’a jamais été, en aucun temps, même pas dans les années 1930, en aucun lieu et encore moins dans un Montmartre fantasmé. 

Tout le travail d’une culture en marche est d’échapper aux images caricaturales qui enferment les peuples et les esprits, de refuser de céder aux fantasmes, de briser les miroirs oublieux d’où ne savent surgir que des hommes, parisiens, blancs, forcément vantards et bons vivants, filous à la main leste. 

Valeur de l’ovalie ? Valeur du sport ? Fierté française ? 

La France sera une grande nation sportive quand elle aura des équipements qui permettent aux enfants d’apprendre à nager, à courir, à sauter, à faire équipe. Quand chacun et chacune pourra pratiquer une activité sportive, à tout âge, performant ou invalide, doué ou maladroit.  Quand elle cessera de confondre sport et compétition, match et affrontement identitaire, sport et spectacle sportif. 

Alors, on pourra se réjouir de partager des valeurs, les plaisirs les gestes des corps en  mouvement. Comme les arts, les sports n’ont de sens que s’ils sont partagés. Dans un spectacle qui construit du collectif et non de la castagne, dans une pratique ouverte et possible pour tous et toutes, et dans une élaboration commune des enjeux et des règles qui les régissent. 

AGNÈS FRESCHEL

Panique identitaire sur le corps des femmes

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La rentrée des classes a vu l’humiliation de centaines de lycéennes et collégiennes françaises, renvoyées chez elles parce qu’elles portaient des vêtements trop amples, trop couvrants ou trop longs. Trop pour qui ? 

La laïcité française nécessite donc qu’on montre les mollets des femmes, la forme de leurs seins de leurs fesses ? Plus de la moitié des jeunes filles qui se sont vu refuser l’entrée dans des établissements publics financés par les impôts de leurs parents ne portaient pas d’abayas. Certaines d’entre elles, adolescentes, n’étaient simplement pas à l’aise avec le fait de changer de formes, et portaient des vêtements amples. Toutes n’étaient pas musulmanes. Mais toutes, bien sûr, étaient racisées.

Comment l’État français en est il arrivé à produire des situations si fortement discriminatoires, si humiliantes, si révoltantes ? 

Alors que tous les théâtres régionaux programment des spectacles qui mettent en scène les difficultés sociales des racisés, le désir d’égalité des femmes, la violence des clivages sociaux, l’importance de l’image du corps, les histoires des exils, les musiques du monde… alors que tout ce travail patient, minutieux, de terrain, de tolérance, d’écoute, de bienveillance, est mené dans tous les établissements culturels, voilà qu’on impose aux établissements scolaires de discriminer leurs élèves à l’entrée ? Aux professeurs de leur refuser leur enseignement ? Au nom d’un principe de laïcité qui ne se fonde plus sur des « signes ostentatoires », mais sur une manière, culturelle, de se vêtir et de concevoir la pudeur ? 

Le corps des jeunes filles restera-t-il toujours un terrain de luttes ? Quand va-t-on les laisser s’habiller comme elles le veulent sans subir de jugement ou de regard inquisiteur ? 

La planète brûle, le climat s’emballe, la guerre s’installe, les candidats à l’exil se noient dans notre mer, mais l’enjeu important de cette rentrée serait d’interdire les abayas et de rétablir l’uniforme ? D’équarrir les singularités, les corps, les différences ? 

S’en prendre au corps des musulmanes, ou supposées telles, n’est qu’un piètre dérivatif, révoltant, de nos angoisses de l’avenir. Boucs émissaires et victimes d’une société incapable de faire face aux changements impérieux et nécessaires qu’elle doit s’imposer, l’autre est redevenu l’ennemi d’une République Française qui n’en finit pas de se croire blanche, catholique et masculine.

AGNÈS FRECHEL

Scène nationale de Cavaillon : Enchantée, Garance

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MONTE CRISTO © Frederic Ferranti

S’inspirant à la fois du philosophe Michel Serres « à quoi bon vivre si nul jamais n’enchante le monde ? » et de l’humoriste Inès Reg « mets des paillettes dans ma vie, Kevin ! », le ré-enchantement entamé la saison dernière par La Garance, sous la houlette de sa nouvelle directrice, Chloé Tournier, se poursuit cette saison. Ancré autour de deux temps forts annuels, le premier consacré à la magie nouvelle en décembre (festival Manip ! du 5 au 9 décembre) le second à la cuisine en mai (festival Confit !). Le tout en compagnie d’artistes complices (Leila Ka, Begat Theater, Pauline Susini et Thierry Collet) et en portant une attention toute particulière « … à la place de la joie et de la convivialité dans un lieu culturel ».

Fêtes de mi-saison

Justement, le premier semestre de la saison va se dérouler entre deux fêtes de présentation. Le 22 septembre, avec le vernissage de l’exposition L’amer du photographe Pascal Grimaud et un concert performance de L-Raphaële Lannadère, mis en scène par Anne-Sophie Bérard (commissaire d’exposition associée à La Garance). Et le 27 janvier, autour des projets du deuxième semestre, suivi du spectacle Ami·e·s il faut faire une pause de Julien Fournet/ l’Amicale : une classe verte culturelle qui part à la recherche des origines du plaisir d’être spectateur·rice, avec mise en pratique : travaux manuels, pâte à modeler et cocottes en papier, séance de relaxation et infusion au thym. 

Complicités artistiques 

Les quatre artistes complices vont chacun·e présenter leur dernière création : Maldone (16 novembre) de Leila Ka, qui poursuit ses réflexions sur les mille manières d’être soi au féminin. Cinq danseuses sur scène, des robes diverses et variées qui tournent et volent, une soirée entre copines, dans l’intimité et le collectif, un ballet féministe percutant. Les Consolantes (11 janvier) de Pauline Susini, qui part de la récolte de témoignages de victimes des attentats de Paris et de Saint-Denis de novembre 2015, pour écrire une fiction théâtrale, où les vivants côtoient les morts, et s’interroger : est-ce que l’expérience de la douceur et de la beauté peuvent aider à réparer ? 

Le Begat Theater va lui créer Home/Land sur la place Maurice Bouchet à Cavaillon (11 octobre), installation sonore où les conflits et les drames des vies individuelles se présentent comme placés sous cloche. Enfin, Thierry Collet reprendra Dans la peau d’un magicien (9 décembre) spectacle dans lequel il raconte, tout en réalisant quelques tours plus que bluffants, son voyage dans l’univers de la magie, depuis qu’il est tombé dans la marmite, à 7 ans.

Pépites

À noter également, dans ce premier semestre, quelques autres rendez-vous précieux : le concert de l’excentrique et envoûtante Zaho de Sagazan (5 octobre – première partie Fred Nevché ), qui viendra interpréter les titres de son premier album très remarqué La symphonie des éclairs. Le nouveau spectacle de la marionnettiste d’Élise Vigneron, Les Vagues (17 octobre) adaptation du livre de Virginia Woolf, où, avec ses marionnettes de glace à taille humaine, elle embrasse cinq parcours de vie, de la petite enfance à la vieillesse. Enfin Stadium (8 et 9 novembre) de Mohamed El Khatib qui convie sur scène, en « live » et en vidéo 53 vrai·e·s supporteur·rice·s du Racing Club de Lens. Une série de portraits sensibles de personnes qui consacrent leur vie au supporterisme. Spectacle avec bières et frites autorisées en salle ! 

MARC VOIRY

La Garance
Scène nationale de Cavaillon
04 90 78 64 64 
lagarance.com

Le PIC : Audaces et entrelacements

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L'ile aux chants mêlés © Martin Sarrazac

Zébuline. Cette saison célèbre des anniversaires…

Raoul Lay. Oui ! En octobre nous fêtons les dix ans du PIC et début 2024, ce seront les trente ans de Télémaque, mais on ne le dit pas ! Je préfère célébrer les mille concerts : le millième concert sera donné le 13 janvier. 

Et toujours le goût de la création…

Le PIC est centre de création. Cette saison, les porteuses de projet en résidence (quatre femmes et trois hommes) arpenteront des univers très variés : la pianiste Amandine Habib viendra avec le talentueux bandonéoniste Victor Hugo Villena pour un duo inédit, Detrás de los árboles (derrière les arbres) au cours duquel ils vont entrelacer les musiques argentine, hongroise, les compositions de Bach et les créations de Gerardo Jerez Le Cam dont Detrás de los árboles ; Lamine Diagne nous fera remonter aux origines du jazz jusqu’au rap sur des textes et du rap d’Ilan Couartou pour une poésie urbaine fascinante rythmée par l’époustouflant beat box de Joss ; Laïla Sage viendra avec Mulattierra, là où vivent les chansons, proposition de la Cie Terracanto qui a travaillé avec des ethnomusicologues sur des chansons de la tradition populaire italienne ; Maura Guerrera présentera Transphonie de Marseille pour un conte allégorique taillé dans une musique liée au territoire provençal et marseillais. Pilpoul, (en yiddish : art de résoudre par la controverse des idées contradictoires), viendra en trio pour une invention cohérente entre jazz, blues, rock. En partenariat avec Tous en sons, Marion Rampal dessinera L’île aux chants mêlés

Et Télémaque ? Le cinéma, un enregistrement…

Le 10 octobre Télémaque sera au Forum Prévert de Carros pour Le rêve de Sam, un ciné concert dont j’ai écrit la musique, et j’aime à dire que ce sont les images qui accompagnent la musique et pas l’inverse [rires]. Nous enregistrerons en septembre Le tournoi des sixtes, un multi-opéra sur le football, la télévision, l’adolescence, les années 1970 que j’ai composé à l’invitation du CRR de Toulon, et cette création est labellisée Olympiade culturelle par Paris 2024. Une fantaisie jubilatoire qui se concrétise d’autant que c’est un travail que devient petit à petit un projet de territoire avec la collaboration de l’équipe de foot féminine de Saint-Henri, du lycée Montgrand, du collège Barnier, des centres sociaux de 15/16… La jonction entre le foot et la musique contemporaine, la danse et le théâtre est étonnante.

Et October Lab ?

Après la Chine, le Canada, le Pays de Galles, nous partons à la découverte de l’héritage méditerranéen avec trois compositeurs, trois îles, la Corse, la Sardaigne et Malte… Peut-on fusionner les instruments traditionnels et la musique savante ? J’ai demandé à chaque compositeur un concerto pour un instrument traditionnel et un orchestre « classique » : un concerto pour mandoline (Vincent Beer Demander) à Karl Fiorini, un pour launeddas, une clarinette polyphonique à triples tuyaux sarde jouée par Michele Deiana, à Jérôme Casalonga, et double concerto pour mandoline et launeddas à Maria Vincenza Cabizza

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR MARYVONNE COLOMBANI

Le PIC
Marseille
04 91 43 10 46 
ensembre-telemaque.com

Les 13 vents de la création

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Il tango delle capinere © Rosellina Garbo 2023

Zébuline. La saison 2023-24 des 13 vents démontre la volonté de mettre en avant la création, cela vous semblait une nécessité dans le contexte actuel ?

Nathalie Garraud. C’est même notre mission fondamentale en tant que centre dramatique national : la création et le soutien aux artistes sont notre cœur de métier et la raison d’exister de ce type de lieu. D’un point de vue sensible et politique, que les artistes puissent être au centre d’une réflexion sur leur époque me semble une nécessité très forte. Afin que quelque chose d’une invention qui naît dans une œuvre soit porté, protégé et partagé avec du public. 

La saison est lancée le 17 octobre par Caligula d’Albert Camus, une pièce aussi philosophique qu’engagée politiquement. La preuve que le rôle du théâtre est aussi de faire réfléchir ?

Le choix et la sensibilité des artistes sont le signe des temps. Jonathan Capdevielle fait partie de l’Ensemble Associé du Théâtre des 13 vents. Le fait que ce grand acteur et faiseur d’art choisisse de travailler sur cette pièce signifie que quelque chose de profond fait écho en lui, notamment dans la question du rapport au pouvoir. La dimension politique ne lui est pas indifférente, pas plus qu’elle ne l’est pour l’ensemble des artistes. Je pourrais citer Brecht et dire que le théâtre a deux fonctions : divertir et instruire. Nous ne devons oublier aucune de ces deux fonctions. Au contraire, il nous faut instaurer une dialectique. 

Comment cette dialectique entre divertir et instruire se décline-t-elle dans vos choix de programmation ? 

Les trois premiers mois de la saison portent assez fort le projet du CDN dans son ensemble. 

Octobre est consacré à un artiste associé, Jonathan Capdevielle, qui fait une nouvelle création en ouverture de saison (du 17 au 19 octobre). Cette pièce a été répétée, travaillée et construite ici.  

En novembre, la deuxième édition de la Biennale des Arts de la Scène en Méditerranée (du 8 au 25 novembre) est un moment très important pour nous. Nous avons construit le projet des 13 vents autour de cette possibilité d’inviter des artistes étrangers avec lesquels nous partageons la même géographie méditerranéenne. La question de l’hospitalité y est essentielle, comme en témoignent trois créations co-produites par les 13 vents : Il Tango delle Capinere d’Emma Dante (9 et 10 novembre), Milk de Bashar Murkus (16 et 17 novembre) et Ordalie de Chrystèle Khodr (22 et 23 novembre). Soit une artiste sicilienne, un artiste palestinien et une artiste libanaise. Cette biennale, un projet collaboratif coopératif regroupant quinze partenaires à Montpellier et alentour, comporte une programmation beaucoup plus vaste que celle que nous proposons au théâtre. 

En décembre, nous présentons notre propre création : Institut Ophélie (du 7 au 20 décembre). Une piècequi commence sa deuxième saison de tournée et que l’on va reprendre avec notre troupe permanente. 

Ainsi, le début de saison reflète notre mission d’hospitalité, une réflexion partagée avec d’autres artistes sur la place de la création dans la vie sociale et la cité ainsi que notre envie en tant qu’artistes-créateurs que le public puisse partager absolument et sensiblement les questions qui nous traversent. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR ALICE ROLLAND

Théâtre des 13 vents
Centre dramatique national de Montpellier
04 67 99 25 00
13vents.fr

Au Théâtre Joliette, la révolution harmonieuse

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Losing It © Christian Altorfer

Zébuline. Pouvez-vous nous parler de votre expérience après un an au Théâtre Joliette. Quelles différences avez-vous ressenti eu égard à vos expériences précédentes ?

Nathalie Huerta. C’est avant tout une année de découverte, de prise de connaissances avec la ville. Je viens d’une structure ou je suis restée près de vingt ans [le Théâtre Jean Vilar à Vitry-sur-Seine, ndlr], j’avais l’impression de tout connaitre par cœur, ici tout est à apprendre. J’avais quelques appréhensions mais j’ai été très bien accueillie, et les relations se sont nouées simplement avec les divers interlocuteurs. L’écosystème artistique est important à Marseille et dans la Région Sud.

Quelle place doit donner le Théâtre Joliette à cet écosystème ?
Être ancré dans son territoire, c’est une nécessité : le Théâtre Joliette a perpétué une longue relation avec les artistes locaux. À laquelle nous ne dérogerons pas : la saison s’ouvrira le 16 septembre avec un grand bal festif  préparé par un chorégraphe marseillais, Christian Ubl. Mais ce ne doit pas être un critère en soi, l’axe du projet doit prévaloir. Il y a une grande diversité dans la programmation, que ce soit en termes de formes, d’origines. J’ai tâché de programmer des productions « jamais vues », qui apporteront de la nouveauté dans le paysage marseillais tout en restant accessibles, de créer des rencontres entre les disciplines tout en gardant une identité au niveau des auteurs. 

« Nous avons un rôle sociétal et politique à jouer »

Quelle part prennent les co-programmations cette année ?
Tout d’abord, nous accueillons de nombreux festivals : actoral, Parallèle, le Festival de Marseille, Rencontres à l’Echelle, la Biennale des Écritures du Réel, Klap… Nous portons ensemble les projets. Par exemple en octobre, la création marionnettique Les Vagues d’Elise Vigneron d’après Virginia Woolf est en coopération avec le Théâtre du Gymnase. Dans le cadre du compagnonnage artistique d’Elise Vigneron, deux autres spectacles seront réalisés avec elle cette saison, Glace et le spectacle participatif Lands sur la place en avril. 

La plupart de vos compagnons sont d’ailleurs des compagnonnes, de même que la majorité des artistes programmés cette saison sont des artistes femmes …
En effet, nous suivons en compagnonnage cinq artistes sur une durée de trois ans, quatre femmes et un homme. Nous ne l’avons pas fait exprès, mais c’est finalement si rare que nous en sommes un peu fiers. 

Vous nous avez parlé d’ancrage local, mais vous accordez également une grande importance à la composante internationale.
Le Théâtre Joliette a un fort axe orienté vers le « Sud global ». Nous recevons en novembre trois artistes originaires de Palestine, nous allons aussi programmer des spectacles brésiliens, marocains, mexicains, belges, québécois, suisses… Nous sommes par ailleurs en train de construire avec les Rencontres à l’Echelle un focus autour des artistes subsahariennes en juin. Nous aimons mettre en avant les ancrages multiculturels, comme avec Tamara Al Saadi, artiste française d’origine irakienne, ou l’artiste franco-syrien Fida Mohissen

Que signifie pour vous être une scène dédiée à la création et l’écriture contemporaine ?
C’est être en phase avec le monde, la réalité. Les artistes appréhendent le monde en ouvrant des horizons, et nous avons un rôle sociétal et politique à jouer. Mais en ces temps de crise sociétale et environnementale, le théâtre se doit aussi d’être une bulle de réunion, de joie, d’émotion. Il faut donc trouver un équilibre entre ces deux vocations. Dans ce quartier de la Joliette, qui est avant tout un quartier de travail, le théâtre est par ailleurs un lieu de vie à part entière, qui peut apporter de la fréquentation, et une vraie dynamique avec d’autres lieux culturels.

« Près d’un tiers de notre public sont des jeunes, et pas que des scolaires, la plupart viennent de leur plein gré »

Quelle place sera accordée à la danse cette saison ?
Je suis très attachée à la danse et aux arts du mouvement, mais notre lieu a davantage une identité théâtrale. Notre volonté est donc de nous ouvrir via nos partenariats avec des institutions reconnues telles que Klap, par exemple avec Ayta de Youness Aboulakoul et la dernière création du collectif de danseurs acrobates NAIF Productions. Nous accueillons également Bouziane Bouteldja, un chorégraphe de danse hip-hop, qui a été programmé avec la Biennale des Ecritures du Réel. Il mêle un travail d’action culturelle mêlée à un travail chorégraphique très intéressant. Enfin Dalila Belaza sera programmée dans Figures, dans le cadre du festival Parallèle. Elle mène un travail profond sur la danse traditionnelle.  

Avez-vous eu des retours sur les types de publics fréquentant le théâtre ?
Un gros travail est effectué avec la jeunesse ici. Près d’un tiers de notre public sont des jeunes, et pas que des scolaires, la plupart viennent de leur plein gré [rires]. La diversité culturelle se retrouve dans ce jeune public. Nous souhaitons également travailler sur le champ social, pour que la diversité sociale de la population de la ville se reflète dans le public, comme j’avais pu le faire en banlieue parisienne par exemple ; les communautés étrangères de Marseille se doivent aussi d’être représentées. C’est une démarche difficile mais profonde et précieuse. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SUZANNE CANESSA

Théâtre Joliette
Marseille
04 91 90 74 28
theatrejoliette.fr

CHÂTEAUVALLON-LIBERTÉ : Y croire encore ?

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Noces © JC Carbonne

Zébuline. Votre début de saison comporte deux adaptations de films d’Ingmar Bergman. Le diptyque Après la répétition / Persona, mis en scène par Ivo van Hove, que vous interprèterez avec Emmanuelle Bercot fin septembre, et A Bergman Affair en février. Est-ce un choix délibéré ?

Charles Berling. Pas vraiment, non. Il s’agit d’un hasard de calendrier, même si au fond il n’y a jamais vraiment de hasards [rires]. Ivo van Hove avait créé ce spectacle avec une troupe d’acteurs hollandais il y a dix ans, et nous venons de le recréer au Printemps des Comédiens. J’avais vu la pièce à Londres et j’avais été bouleversé. L’œuvre de Bergman embrasse énormément de choses, du point de vue de l’art, du langage, de la compréhension de l’être humain sous toutes ses facettes, y compris les plus retorses. C’est une pièce très forte, et travailler sous la direction d’Ivo van Hove a été une immense joie. Toujours est-il qu’il n’est pas étonnant qu’Olivia Corsini, qui est une actrice et metteuse en scène de grand talent, se soit intéressée à Bergman, elle qui avait mené un projet à terme sur Raymond Carver, immense auteur. Nous avons vu son spectacle et l’avions trouvé très beau. Un heureux hasard, donc. La vraie thématique de ce début de saison, Y croire, qui articule notre programmation, se retrouve à vrai dire dans toute l’œuvre de Bergman, quand on y pense : dans sa façon d’interroger l’amour, et même l’art du théâtre.

« Je prends soin de conserver un équilibre entre le grand spectacle et une exigence artistique à toute épreuve »

Votre programmation opère justement de nombreux allers-retours entre cinéma et théâtre : Bergman donc, en compagnie d’Emmanuelle Bercot plus présente sur les écrans que sur les plateaux, Nanni Moretti qui fera sa première mise en scène sur les planches, Carole Bouquet en Bérénice, Roschdy Zem et Laetitia Casta dans une transposition pour la scène d’Une journée particulière d’Ettore Scola, ou encore Anne Brochet … Peut-on dire que cela est devenu votre marque de fabrique ?

J’ai toujours eu à cœur de dé-segmenter les choses. J’ai toujours effectué ces fameux allers-retours entre les écrans, au cinéma mais aussi même dans des téléfilms – j’ai récemment joué le rôle de Romain Gary pour Philippe Lefebvre, et c’était une expérience formidable ! Tous les acteurs et surtout actrices que vous mentionnez ont déjà fréquenté le théâtre et le cinéma, en y apportant toujours des choses nouvelles. De même que je prends soin de conserver un équilibre entre le grand spectacle, au sens le plus noble du terme, et une exigence artistique à toute épreuve. La seule chose qui me manque, parfois, c’est le temps, car le métier de comédien laisse finalement peu de temps libre pour aller voir jouer les copains [rires]. Je peux heureusement compter sur une équipe incroyable, qui sait prendre le temps de prospecter : Stéphane de Belleval, Benoît Olive, Cynthia Montigny – entre autres ! Et notamment de découvrir et de chérir les compagnies régionales, de leur donner toute l’attention qu’elles méritent. Marie Vauzelle, François Cervantes par exemple… On accompagne ainsi souvent des artistes dans leur reconnaissance nationale, voire internationale. Je suis particulièrement fier que Châteauvallon-Liberté ait permis de mettre en avant une artiste aussi formidable qu’Alexandra Cismondi, par exemple. Et puis il ne vous aura pas échappé que je suis sensible à la notion de fidélité : Michel Boujenah sera de nouveau présentpour son seul-en-scène, Muriel Mayette pour Bérénice, ou encore Olivier Martin-Salvan et son Péplum médiéval. Ce sont des artistes et des personnes que je chéris.

Lancement saison Liberté, Charles Berling © Aurélien Kirchner – Le Liberté, scène nationale de Toulon

« La baisse des budgets qui nous a notamment contraints à amputer cette saison d’une dizaine de spectacles »

Ce début de saison mettra également en avant des artistes s’intéressant à la représentation des Noirs, au théâtre avec Tania de Montaigne mais aussi Kery James côté musiques, la chorégraphe Dada Masilo et son Sacrifice inspiré du Sacre du Printemps… Est-ce une mission qui vous tient à cœur ?

Il me tenait avant tout à cœur de programmer des artistes intéressants, qui avaient des choses à dire et des façons intéressantes de le dire … L’idée n’était évidemment pas de chercher à tout prix une représentativité factice. Un réel rééquilibrage doit être fait, au même titre qu’entre hommes et femmes. Mais je n’ai personnellement pas attendu les quotas pour m’y atteler ! Je m’intéresse avant tout à l’essence des œuvres. Dans mon parcours, ma filmographie, je serais bien malaisé de relever ce qui a pu différer entre un metteur en scène et une metteuse en scène. Lorsque j’ai découvert le travail de metteur en scène de Jean-Pierre Baro, j’ai été soufflé par son travail. Avant même de découvrir qu’il était noir. J’espère parvenir à le programmer sur la saison prochaine, car il a vraiment énormément de talent.

Comment concevez-vous l’avenir de Châteauvallon-Liberté ? Vous appliquez-vous à vous-même le théma de ce début de saison, y croire ?

Bien sûr que j’y crois, et qu’il faut toujours rester optimiste. Mais je n’ai pu m’empêcher de constater, comme tous mes collègues, la baisse des budgets qui nous a notamment contraints à amputer cette saison d’une dizaine de spectacles. L’inflation, la hausse des salaires n’ont toujours pas été compensées, et nous espérons que notre travail d’action culturelle ne va pas en pâtir car il est essentiel. Pour la première fois depuis longtemps, j’ai l’impression qu’aucun grand responsable politique ne prend la peine de le rappeler : cette nécessité de défendre ce système absolument unique qui doit être pensé en dehors du marché, et non pas en fonction de lui. Mais nous allons tous nous battre !

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SUZANNE CANESSA

Châteauvallon – Liberté
Scènes nationales de Toulon et Ollioules
09 80 08 40 40
chateauvallon-liberte.fr

La Criée, hôtel de la paix

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Je suis une fille sans histoire ©Simon Gosselin

Zébuline. Votre saison s’ouvre sur une journée festive ce samedi 16 septembre. En quoi consiste-t-elle ?

Robin Renucci. J’avais pour désir d’ouvrir la saison sur une journée qui remettrait le théâtre à l’endroit des vraies richesses de la vie. Mon idée du théâtre est très loin des salles fermées prisées par la bourgeoisie du XIXe siècle. Je veux rappeler aux Marseillaises et aux Marseillais que ce lieu leur est consacré, et qu’ils y sont chez eux. Cette journée leur permettra notamment de circuler sur le plateau, et de se l’approprier. Une succession de rencontres, d’ateliers autour du souffle, mais aussi avec les libraires de l’Histoire de l’Œil, des comédiens de l’Eracm, les cuisiniers des Grandes Tables, célèbreront les arts mais aussi ceux de la table – un marché se tiendra, et la boulangerie Pain Pan y sera un invité de choix ! Aix-Marseille Université proposera également une expérience de sciences et d’art dont la thématique sera « Se nourrir en Méditerranée ». Et on dansera… et ce jusqu’à ce que Michel Portal propose un concert comme toujours décapant en fin de journée.

C’est une des directives marquantes de cette saison : son fort ancrage local.

Je ne pense pas que le rôle d’une scène nationale soit de proposer un défilé des productions parisiennes et des plus gros succès du Festival d’Avignon. Notre rôle est ailleurs à mon sens, ce qui ne signifie pas que le théâtre oublie d’être un lieu de représentation national, européen et international. Mais il est vrai que je voulais avant tout fêter la Méditerranée. L’Italie de Nanni Moretti, qui prend un grand risque en proposant chez nous sa première œuvre théâtrale. Celle de Pippo Delbono, emplie de poésie et de musique… La saison théâtrale s’ouvrira sur le spectacle d’Alice Zeniter, et c’est un choix qui me tenait à cœur. Car nous sommes en présence d’une autrice mais également d’une comédienne née, et d’une profonde méditerranéité. Dans la beauté de son écriture, dans sa capacité d’échange avec le public. Il me semblait utile de rappeler que la place pourtant essentielle des femmes dans ce domaine est encore trop souvent réduite à portion congrue. Et puis, c’est une écriture passionnante, généreuse, qui raconte avant tout ce qu’écrire veut dire : voilà quelque chose qui peut parler aux jeunes femmes, mais également à toutes et tous.

« Je ne pense pas que le rôle d’une scène nationale soit de proposer un défilé des productions parisiennes »

Robin Renucci © Jean-Christpophe Bardot

Cette question de la naissance de l’écriture, voire même du désir de l’écriture, était d’ailleurs déjà centrale dans votre seul en scène, L’Enfance à l’œuvre…

C’est une question qui me travaille, en effet ! Je conçois le théâtre non pas comme un art industriel, mais dans sa dimension artisanale. Le théâtre est une fabrique, qui se construit à échelle humaine. Elle met en contact profond des autrices, des auteurs et le public. Ce métier a très souvent été dévoyé par le vedettariat des acteurs ou des metteurs en scène : on va voir machine ou machin dans un spectacle, peu importe lequel… Et on oublie l’auteur, l’autrice, l’histoire qui se raconte : le récit. Je veux replacer le théâtre à sa vraie exigence, car je pense que c’est là que se trouve la possibilité d’inviter celles et ceux qui ne sont pas encore le public du théâtre, d’élargir la base sociale des publics. C’est pourquoi j’ai notamment décidé de proposer des spectacles sur un temps long, soit à peu près une dizaine pour le spectacle de François Cervantes, pour ma création À la paix !, quatre à cinq pour Alice Zeniter, Les Trois Mousquetaires, Suzanne aux Oiseaux… Je voulais que ces spectacles aient le temps de rencontrer un public qui n’est pas un public d’habitués, qu’il aille au-delà des deux ou trois salles combles faites par des grands noms auprès des seuls spectateurs et spectatrices qui connaissent les usages du théâtre. Évidemment, ce parti pris réduit les possibilités de proposer un nombre élargi de spectacles : il y a peut-être un peu moins de musique, un peu moins de danse… Et ce malgré mon goût de la tranversalité !

« Je conçois le théâtre non pas comme un art industriel, mais dans sa dimension artisanale »

Et les nombreux partenariats que La Criée a noué de longues dates, et continue de mener, avec d’autres lieux, et des festivals …

D’autant que ce sont des partenariats qui ont toujours un sens très fort : il ne s’agit pas de prêter notre salle au premier projet venu, et la fraternité qui demeure entre les salles marseillaises, loin de toute compétitivité, me remplit de joie. Je suis évidemment sensible au travail que mène Marseille Concertspour faire vivre la musique classique dans cette ville. Mais également à la volonté du théâtre de garder le contact avec la littérature, et avec la pensée : le festival des Rencontres d’Averroès compte tout particulièrement pour moi. J’accueille avec grand plaisir plusieurs spectacles programmés par Dominique Bluzet, qui a compris que nous voulions tisser quelque chose qui aurait du sens. Le travail de Myriam Boudenia et Louise Vignaud, metteuse en scène de grand talent, sur les débuts de la guerre d’Algérie, est sensible, fort, remarquable. Je suis également très admiratif du travail mené par mes consoeurs Nathalie Huerta au Théâtre Joliette et Francesca Poloniato au Zef. Je sais enfin à quel point un festival tel qu’actoral est aujourd’hui nécessaire : ce théâtre contemporain, très contemporain, qui questionne les formes et le monde d’aujourd’hui.  

Votre mise en scène d’une nouvelle traduction de la Paix d’Aristophane par Serge Valetti, à retrouver en novembre prochain, est très attendue. Comment en êtes-vous venu à concevoir ce projet ?

Il me semblait particulièrement juste de questionner aujourd’hui le sens de la guerre dans une société qui n’en a à la fois jamais été si lointaine et si proche. La pièce se réfère à un temps de trêve, qui ressemble au monde que nous connaissons aujourd’hui. Et c’est en temps de trêve qu’il faut questionner notre rapport à la guerre, sans se montrer moralisateur ou résoudre superficiellement cette question sans fin : pourquoi sommes-nous si belliqueux ? Le texte a 2500 ans mais il semble avoir été écrit il y a quelques années. La langue d’Aristophane est très forte, irrévérencieuse, emplie d’humour. Très astucieuse aussi, notamment dans sa réflexion écologique : l’essence pour la machine volante évoquée dans le texte est fait de matières organiques. On émet déjà l’hypothèse que nos déchets soient le carburant de l’avenir. Et puis il y a dans l’idée du titre, À la paix !, ce besoin dionysiaque, festif, de trinquer à l’avenir. Chez Aristophane, Hermès est le gardien de la vaisselle des Dieux. C’est dire si la convivance et la convivialité sont essentielles à la survie de l’être humain !

SUZANNE CANESSA

La Criée
Théâtre national de Marseille
04 91 54 70 54
theatre-lacriee.com

Jazz et nouveaux horizons

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Trio Suzanne © Laurent Vilarem

Autour du contrebassiste Claude Tchamitchian et de sa Compagnie Émouvance, le festival  des Émouvantes vise à faire découvrir au public des musiques trop peu entendues à Marseille. Après dix ans de villégiature aux Bernardines, l’événement se tient comme en 2022 au Conservatoire Barbizet, où l’on va retrouver également plusieurs masterclasses animées par les artistes.

Le Trio Suzanne ouvre la danse le 21 septembre, avec Pierre Tereygeol, Hélène Duret et Maëlle Desbrosses, tantôt à la voix, tantôt instrumentistes, qui interprèteront de mélancoliques chansons folk. Suivra le délicat trio Poetic Power autour de Claude Tchamitchian avec Christophe Monniot au saxophone et Eric Echampard à la batterie.

Musique et transat 

Le 22 à 19h, le violoniste Frédéric Aurier et le percussionniste Sylvain Lemêtre présenteront leur cocréation éclectique Super Klang, inspirée tant des musiques actuelles que de celles du passé. Seront de la partie violon et tambour bien sûr, leurs instruments de prédilection mais également pendule de Newton, zarb, nyckelharpa pour cette proposition originale. À 21h, le quartet Transatlantic 4 de Steve Swell (trombone), Sylvain Kassap (clarinette), Shad Taylor (batterie) et Benjamin Duboc (contrebasse) regroupera musiciens français et américains des deux côtés de l’Atlantique.

Le samedi 23 à 19h, le clarinettiste Louis Sclavis s’unira au percussionniste Keyvan Chemirani, spécialiste de la musique persane, pour une rencontre musicale singulière. Le festival s’achèvera à 21h avec le grand concert « Brain Songs ». Ce projet porté par l’Ensemble Nautilis tire ses racines dans les neurosciences : ses pièces ont été composées par Christophe Rocher sur la base d’un diagramme cérébral. Cette réflexion poussée sur le processus créatif, unissant intelligence artificielle et improvisation, sera le parfait point d’orgue à un festival toujours aussi enthousiasmant.

SUZANNE CANESSA

Les Émouvantes
Du 21 au 23 septembre
Conservatoire Pierre Barbizet, Marseille
festival-emouvantes.fr