mercredi 18 février 2026
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Cavaillon fête le cinéma

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En salles le 15 novembre, le dernier film de RobertGuédiguian Et la fête continue sera projeté en avant-première © Agat Film - Bibi Film - France 3 cinéma

Les Rencontres cinématographiques de Cavaillon fêtent leurs vingt ans. Un âge respectable pour un festival soutenu depuis toujours par les instances municipales et régionales, et dont le président souligne la maturité et l’ancrage. Organisé par l’association Ciné Plein Soleil en collaboration avec les cinémas de Cavaillon : la Cigale et le Femina, la manifestation cavaillonnaise, avec ses avant premières, ses débats animés par le médiatique et enthousiaste Xavier Leherpeur, se déroule du 21 au 24 septembre. 

En ouverture, Jean-Pierre Améris présente Marie-Line et son juge. Une comédie dramatique feelgood qui rapproche un vieux juge bougon et triste (Michel Blanc) d’une jeune serveuse –« cagole » version havraise, pétillante et joyeuse, interprétée par Louane. Le lendemain, c’est au tour de l’acteur-réalisateur Nicolas Giraud d’accompagner ses deux premiers longs métrages : Du Soleil dans mes yeux, drame intime et sensible de 2017 et l’Astronaute sorti en 2023, salué par la critique mais peu diffusé. L’histoire d’un ingénieur aéronautique qui suit son rêve, construisant sa propre fusée pour le premier vol habité amateur. Le vendredi 22, sera social et politique avec deux avant-premières. Une année difficile co-signé par Éric Toledano (invité des Rencontres) et Olivier Nakache. Et Le monde d’après de Laurent Firode quiparlera de son film, grinçant et libre, réalisé sans subventions, pour dénoncer l’instrumentalisation par le pouvoir en place, de nos peurs actuelles. 

Les femmes hors-champ

Le 23, focus sur Philippe Lioret en trois temps : Toutes nos envies (2010) qui met en scène le duo gagnant Vincent Lindon Marie Gillain dans un combat juridique contre le surendettement ; Tombés du ciel (1994) où l’on suit les mésaventures d’Arturo (Jean Rochefort) errant dans la zone internationale de Roissy. Et enfin, inédit au cinéma, le téléfilm Paris-Brest, une histoire de famille chabrolienne et toxique, adaptation de Tanguy Viel pour Arte. Ce même jour, on pourra entendre Serge Valetti et découvrir en primeur le dernier Guédiguian au titre si optimiste (pas un souhait, non, mais un constat) : Et la fête continue.

Le dernier jour, voyage avec le grand réalisateur allemand Volker Schlöndorff . En Grèce ( The Voyager), au milieu des Steppes d’Asie (Ulzhan), au Niger dans le sillage de l’agronome Tony Rinaudo (The Forest Maker). 

C’est le biopic de Frédéric Tellier, L’Abbé Pierre- Une vie de combats (sortie nationale le 8 novembre) avec dans le rôle-titre Benjamin Laverhne, qui clôture ces Rencontres. Portrait du fondateur d’Emmaüs dont le bréviaire fut de « refuser ce monde où le plus grand nombre souffre, se mobiliser contre l’injustice », œuvrer en faveur de « l’insurrection de la liberté, de la justice, sinon ce sera l’insurrection de la colère. »

Parmi ces invités de prestige, on s’étonnera de ne compter qu’une seule invitéE, l’actrice Mallory Wanecque, révélée par Les Pires de Lisa Akoka et Romane Guere, programmé le samedi 23 septembre à la Cigale. Hasard ? Choix ? Non choix ? 

ÉLISE PADOVANI

Rencontres cinématographiques de Cavaillon
Du 21 au 24 septembre
Aux cinémas La Cigale et Fémina
rencontrescine-cavaillon.fr

Klap d’ouverture 

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Tendre Carcasse d'Arthur Perole © Nina-Flore HERNANDEZ

Installée à l’orée des quartiers Nord de la ville, Klap – Maison pour la danse a toujours eu à coeur d’entretenir un lien fort avec ses voisins. Le clou est enfoncé cet automne, avec une exposition consacrée au boulevard National, considéré comme une entité à part entière (vernissage le 16 septembre). La démarche se poursuit jusqu’en décembre avec le programme Question de danse, qui propose de régulières présentations d’étapes de travail. Le rituel est immuable : à l’issue de formes courtes (de 30 à 40 minutes), un échange est initié avec les artistes à propos de leur travail en cours. Parmi ces projets, signalons Inaccessible Vallée (le 28 septembre à 19 h), un solo autobiographique hybride dans lequel Max Fossati explore, en mouvements et en mots, la construction de l’identité masculine, via l’exploration de la relation qui le liait à son grand-père défunt, porteurs de valeurs d’un autre temps. Cette fabrique de l’identité en cours de construction, c’est une thématique qui anime Arthur Perole dans son travail au long cours. Tendre Carcasse pose un nouveau jalon dans cette recherche, menée cette fois avec quatre interprètes tout juste sortis de formation (le 14 octobre à 19h). Autre artiste régionale emblématique, Josette Baïz, à la tête de la Compagnie Grenade, met en scène pour sa prochaine création quatre artistes aux univers très forts : le hip-hop de Kader Attou s’y confronte à la recherche théâtrale de Nicolas Chaigneau et Claire Laureau, à l’écriture contemporaine d’Ivan Pérez et aux questionnements sur le genre des Filles de Mnemosyne (Antipodes, le 14 octobre à 20h).

Mise en abyme ludique 

Au rayon de la diffusion, plusieurs créations d’importance émaillent la saison à venir. Du genre, il en est aussi question chez la Compagnie HKC, qui décide d’user d’une mise en abyme ludique pour aborder ce sujet déjà quasiment galvaudé : au plateau, cinq danseuses, une autrice et un metteur en scène tentent de déjouer leurs propres limites, de déconstruire les dénis et injonctions subliminales qui les gouvernent, afin de s’emparer de la thématique au plus juste (Promesse, les 9 et 10 novembre). Quant à l’hôte des lieux, Michel Kelemenis, c’est en janvier qu’il présente en sens murs sa nouvelle création, VERSUS : un duo pour quatre interprètes et de multiples combinaisons, autour de la notion de désir. Entre mirages et faux-semblants, nécessaire abandon au risque de frôler la consumation, sans occulter l’emprise ou la jalousie pouvant mener à la violence, les états de corps racontent ces bouleversements présidant à l’émoi amoureux (présentation préalable d’une étape de travail le 10 novembre). Le 18 janvier, place à une création résonant particulièrement à Marseille : en un funeste effet miroir, la danseuse hip-hop Marina Gomes Hylel aborde via La Cuenta [MedellinMarseille] les tragiques conséquences de faits divers qui endeuillent trop souvent ces deux cités : les règlements de comptes homicidaires et leurs victimes collatérales, de plus en plus nombreuses. Au plateau, trois femmes rejouent ces drames intimes – mères ou soeurs, oscillant entre deuil et résilience, désir de vengeance et aspirations à l’apaisement. La chorégraphe s’est nourrie de ses rencontrés en Colombie auprès d’associations œuvrant auprès des familles pour pacifier les quartiers. À Marseille, les premiers collectifs de femmes endeuillées commencent aussi à émerger.

JULIE BORDENAVE

Klap – Maison pour la danse
Marseille
04 96 11 11 20
kelemenis.fr

De l’art comestible au Citron Jaune 

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PontVer(t)s( © Eva Habasque

Zébuline. C’est une surprise de vous voir investir le stade Allianz Arena de Nice en septembre, en préambule des matches de rugby ! 

Pascal Servera. Il s’agit d’une demande émanant du ministère : faire des interventions dans certains stades concernés par la Coupe du monde. Cela nous permet de fournir des apports financiers conséquents à certains projets, mais aussi de mieux comprendre le tissu culturel du territoire. Nous travaillons ainsi avec des compagnies de Nice : Les hommes de main, qui proposent des formes in situ, et deux fanfares, La Fanfoire et le Nogobi Brass Band. Les propositions seront gratuites, ouvertes à tous sans billets, accessibles sur le parvis après la fouille. 

Le 17 septembre, on pourra y découvrir des prémices de la nouvelle création de Rara Woulib. 

Vertige(s) se décompose en trois cellules – des éléments sécables, qui peuvent être accueillis séparément – : la première, montrée cet été à Chalon dans la rue, se déroule dans une salle polyvalente, dans un contexte évoquant une fin de fête qui pourrait dégénérer. Des intervenants y prennent la parole pour évoquer leur rapport à l’engagement. La deuxième cellule est celle qui sera accueillie à Nice : une déambulation d’inspiration carnavalesque, dans laquelle vont se porter des discours politiques. On affrète un bus de cinquante personnes depuis Marseille, avec des musiciens amateurs et semi-professionnels dont une chorale pour enfants ! La troisième est une intervention plastique, qui peut accompagner ce cortège. Elle mobilise des habitants d’un quartier, invités à inscrire leurs revendications sur des grands kakémonos déroulés depuis leurs fenêtres. Le spectacle définitif verra le jour d’ici un an. 

Retour ensuite en Camargue avec Pont vert(s), de l’artiste arboriculteur Thierry Boutonnier. Le projet se poursuit autour du verger collectif installé au pied des immeubles du quartier Ambroise Crozat.
Nous faisons partie des heureux et rares lauréats de l’appel à projets de la Fondation Carasso, ce qui témoigne de la reconnaissance de l’enjeu à la fois écologique et politique du projet, et confirme sa viabilité financière. La deuxième étape démarre en septembre. En ligne de mire : produire la première huile d’olive de Port-Saint-Louis-du-Rhône, avec tout ce que ça comprend d’incertitude à l’heure actuelle ! Cela nécessite en amont une préparation minutieuse, les oliviers seront recouverts de kaolin pour être protégés d’une mouche. La première récolte d’olives sera analysée pour voir quel type de pollution elles contiennent. Ensuite viendra la première production d’huile, en petite quantité, qui donnera lieu à une fête autour d’un loto, le 10 novembre. À terme, la volonté est de rendre cette production autonome. Nous inventons des modalités d’agriculture urbaine, possiblement duplicables ailleurs. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR JULIE BORDENAVE

Citron Jaune
Port-Saint-Louis-du-Rhône
04 42 48 40 04
lecitronjaune.com

Racines et actualité de l’Utopie

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Pendant cinq jours, de nombreuses conférences gratuites invitent le public à s'intéresser au concept de l'utopie © Kolandjian Florent

Voyage en Utopies, thème de l’édition 2023 du festival Allez Savoir, avait été choisi avant le passage de relais de l’ancien directeur de l’EHESS, Christophe Prochasson, au nouveau, Romain Huret. Mais celui-ci semble s’en être emparé gaillardement, ce qui n’étonnera pas, puisque l’historien est spécialiste de la fabrique des inégalités dans les sociétés contemporaines, et l’inégalité, au cœur des réflexions séculaires sur l’utopie depuis l’île décrite par Thomas More au XVIe siècle. « Que faire des utopies ? » se demande-t-il dans l’édito de la manifestation. « Comment les réconcilier avec la rationalité, souvent froide, des sciences sociales et leurs méthodologies d’enquête et d’accumulation des savoirs ? » Peut-être justement comme cela, en proposant au public d’assister non pas à d’austères conférences entre spécialistes, mais en hybridant les formats et en invitant la réflexion à dialoguer avec les arts.

Utopie ou dogmatisme ?

Cinq jours durant, en entrée libre, chacun est invité à piocher dans un programme touffu et à circuler dans la cité phocéenne pour se faire sa propre opinion sur la question et sur une foule d’autres. Au Moyen Âge et à la Renaissance, par exemple, creusets de notre propre époque, est-ce que les universités ont plutôt été une fabrique d’utopie, en favorisant la circulation des idées, ou au contraire ont-elles formaté les esprits en tirant vers le dogmatisme ? Réponse le 21 septembre à la bibliothèque de l’Alcazar. Et puisque rien ne vaut de mettre la main à la pâte, pourquoi ne pas participer, le 23 septembre, à l’atelier tout public proposé à la Vieille Charité par Pierre-Antoine Marti, féru de littérature d’anticipation ? Il s’agira de concevoir une société idéale dans la Méditerranée, en évitant qu’elle ne dérive, comme tant d’autres, vers la dystopie.

GAËLLE CLOAREC

« Les citoyens aspirent à plus de démocratie »

Trois questions à Marie-Aude Fouéré, anthropologue, co-présidente avec l’historienne Sabina Loriga du comité scientifique d’Allez Savoir

Marie Aude Fouéré est co-présidente du comité scientifique d’Allez Savoir © DR

Comment prépare-t-on un festival de sciences sociales d’une telle ampleur ?

Marie-Aude Fouéré. Nous avons travaillé étroitement avec les Musées de Marseille, et les autres institutions, notamment le CNRS, Aix-Marseille Université… Sabina et moi avons essayé de trouver un équilibre entre les disciplines, histoire, sociologie, géographie etc… ; à articuler avec les dimensions artistiques de la manifestation. Ces dernières ont pris un relief particulier cette année, dont le thème, l’utopie, est par exemple très présent en littérature. Chacune depuis notre discipline, nous nous intéressons à la mémoire, et nous avons mis nos réseaux en commun. J’étais attentive à ce que la programmation porte sur d’autres aires culturelles que l’Europe, s’intéresse à l’Asie, l’Afrique… Un autre critère était important : assurer un équilibre de genre entre les intervenants.

L’Université populaire Marseille-Provence s’est emparée aussi de ce thème de l’utopie en cette rentrée, pour son cycle de conférences. Cela est dans l’air ?

Je pense que ces questions reviennent de manière récurrente dans le champ intellectuel. Sans doute, aussi, vivons-nous un moment historique particulier, avec des crises qui s’accumulent : politiques, nos démocraties prenant un tournant autoritaire ; migratoires ; écologiques ; climatiques… La jeunesse est inquiète de son avenir et les citoyens aspirent à plus de démocratie. Toutes ces voix demandent à être entendues, pour ne pas laisser nos sociétés basculer dans différents types d’horreur.

Concernant l’équilibre entre les genres, chaque année le dialogue inaugural se fait à deux voix. Pour cette édition, ce seront l’historien Jérôme Baschet et sa consoeur Axelle Brodiez-Dolino. Ils évoqueront les reviviscences de la pensée utopique aujourd’hui. En tant que spécialiste de la mémoire, qu’est-ce que cela vous inspire ?

La programmation d’Allez Savoir est riche en tables rondes et rencontres qui porteront sur les utopies du passé. Il sera intéressant de se pencher sur ce qu’il se passe actuellement. Jérôme Baschet travaille sur l’expérience zapatiste, Axelle Brodiez-Dolino sur les formes contemporaines de solidarité. Est-ce que les mouvements d’aujourd’hui vont puiser dans les ressources de leurs prédécesseurs, comme un imaginaire auquel se référer ? Je n’ai pas la réponse, j’attends d’assister aux événements pour voir si les gens s’en emparent.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR G.C.

Allez Savoir
20 au 24 septembre
Divers lieux, Marseille
allez-savoir.fr

Vu qui croyait voir

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Accueilli par une volée de bois vert lors de sa sortie le 6 septembre, le dernier long-métrage de Yann Gozlan ne démérite pourtant pas du reste de son ambitieuse filmographie. On y demeure sur un terrain connu : celui de l’aviation, déjà exploré par Boîte Noire, et source intarissable de fascination pour le cinéaste. Mais le registre n’est plus celui de la paranoïa et de la machination. C’est plutôt du côté de Burn out, précédent opus du réalisateur, que l’on se situe : la soif de contrôle, l’épuisement et le dérèglement mental de Diane Kruger évoque ainsi celui incarné par François Civil, motard contraint d’effectuer des courses pour un gang de narcotrafiquants. La détresse d’Estelle, pilote de ligne long-courrier, est cependant bien différente. Mais on y retrouve la question fondamentale du sommeil, et de son absence, ici induite non pas par un simple surmenage mais par un jetlag carabiné, soigné à coup de somnifères. 

Un inconfort rare

Le récit se densifie de rêves, de retours en arrière, d’ellipses d’autant plus déstabilisantes qu’ils s’opèrent en plein jour, baigné de la lumière si singulière de la Côte bleue, où se déroule la majorité du long-métrage. On y distingue la crise conjugale essuyée par le couple d’Estelle et de son médecin de mari, incarné avec ce qu’il faut d’inquiétant et d’enveloppant par Matthieu Kassovitz. Et surtout l’idylle ravivée avec Ana, artiste espagnole et surtout amour de jeunesse d’Estelle, qui a les traits et l’ardeur de Marta Nieto. Une inquiétude sourd d’interactions et de trajets faisant pourtant l’objet de peu de dialogues, et de scène distillant une étrangeté et même un inconfort rares dans le cinéma grand public français. Cinéma qui a jusqu’alors si peu fait honneur aux talents de Diane Kruger, dont on est heureux de constater la présence sur quasiment tous les plans. Et si Visions n’est pas exempt de maladresses, on peut au moins saluer cette volonté de s’emparer de cette héroïne hitchcockienne en puissance, et de l’avoir emmené sur un terrain nouveau. Pour elle, et aussi pour les porosités d’un récit plus ambigu et retors qu’il n’y paraît, Visions vaut bien un coup d’œil.

SUZANNE CANESSA

Visions, de Yann Gozlan
En salles depuis le 6 septembre
Le film a été présenté en avant-première lors d’une rencontre avec le réalisateur organisée par Les Cinémas Aixois.

Un souffle de liberté

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L’action se déroule à Londres sur deux années, de 1894 à 1896, et offre une peinture précise de la morale étriquée cette société. Les premières pages nous font partager un rêve érotique de John Addington, quarante-neuf ans, grand bourgeois érudit et prospère, marié à Catherine et père de trois filles. Dès le début il est clair que ce n’est pas sa vie conjugale qui satisfait ses désirs. Puis voici le timide Henry Ellis, médecin et écrivain, 30 ans, marié pour entente intellectuelle – mais sans consommation – avec Édith, rencontrée en 1892 dans la Société de la Vie Nouvelle qui ambitionne de réformer l’organisation et la morale de la société.

Le récit de Tom Crewe se déroule de façon circulaire, passant de la vie et des expériences de John à celles d’Henry en alternance, les entourant de personnages hauts en couleurs… John rencontre à Hyde park un homme de vingt-huit ans qui devient rapidement son amant et qu’il finira par imposer au domicile familial tandis qu’Henry accepte que la brillante et riche Angelica partage bientôt la vie, puis le lit d’Édith. Après la publication d’un article d’Henry sur Whitman, John rentre en contact avec lui. Leurs échanges épistolaires font naître le projet risqué de la publication d’une étude sur ce que l’on appelait « sentiment grec » ou « inversion sexuelle », et d’y exposer les fondements d’une moralité nouvelle qui permette l’épanouissement de chaque individu, quel que soit son sexe. 

Cru et remarquable

Fi des injonctions de la société, de l’obligation du mariage et de la procréation, des rôles déterminés au sein du couple, du moralisme et de la bienséance !  C’est à ce moment que survient le procès et la condamnation d’Oscar Wilde qui fait l’effet d’un tsunami. Pour ce roman, Tom Crewe s’est inspiré de deux hommes qui ont existé et publié, changeant quelques noms et dates, mêlant intimement la fiction à l’histoire qui bouleverse par la souffrance et l’étouffement des femmes et des hommes de cette époque qui ne sont pas sans évoquer les difficultés de la nôtre à propos du sexe, de l’épanouissement de l’individu, de la tolérance. Tom Crewe a fait un travail remarquable, dans un style séduisant qui n’a pas peur de la crudité et semble nous tendre un miroir, déformant certes, tout en rendant hommage à ces combattant·e·s de la première heure.

CHRIS BOURGUE

La vie nouvelle, Tom Crewe, traduit de l’anglais par Étienne Gomez
Christian Bourgois - 24 € 

actoral s’ouvre au Mucem

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Dans le cadre du prélude d'actoral, River Lin a été donné dans le hall du Mucem © Juliette Larochette

Les 8 et 9 septembre dernier, le festival pluridisciplinaire actoral, dirigé par Hubert Colas a fait son inauguration au Mucem. Et comme depuis quelques années déjà, ces deux jours en prélude précèdent de deux semaines le début d’un rendez-vous incontournable des arts de la scène.

Cette année, le festival arbore les couleurs de l’inclusivité, du dialogue, du partage. actoral célèbre « l’humanité des corps oubliés », la différence des genres, la singularité des récits. Il creuse les mémoires et fait honneur aux voix singulières. Tout en remettant celles-ci au cœur de la cité.

Ainsi, de River Lin, qui, dans My body is a public collection, fait déambuler les danseurs du Ballet national de Marseille au milieu du public regroupé dans le forum du musée. Interactions, regards, sourires : la frontière entre plateau et salle disparaît. Les spectateurs esquissent quelques pas de danse, écoutent un récit ou observent la chorégraphie conçue autour d’un objet des collections du musée, fragment oublié d’une mémoire pourtant commune.

De l’inattendu 

C’est aussi sous le signe du dialogue que cette édition se joue. Dialogue entre danse et musée : pour Dress-up, Darius Dolatyari-Dolatdoust a pioché dans les collections du Mucem différents costumes traditionnels ensuite réassemblés pour produire une performance entre surface et profondeur qui explore les facettes du moi. Dialogue entre cinéma et littérature, pour des ciné-lectures inspirés de films rares extraits des collections. Dialogue entre public et interprètes enfin, lorsque Stéphanie Aflalo détourne dans LIVE les codes d’un concert pop, pour produire en sous-sol la mélodie d’un one-woman show décapant. Un moment de complicité drolatique et tendre.

Il souffle sur ce festival, et c’est là sa rareté, un esprit de partage, d’aventure et de rencontres. Si toute aventure comporte sa part d’imprévus (comme une jauge plus réduite pour Dress-up, qui aura laissé quelques spectateurs déçus patienter au bar), c’est avec jubilation, dans d’un esprit festif mêlant art et revendication, que se clôt une riche soirée. Le set musical conçus par les artistes queer Flor Mata, Janis et mx.pinky révèle en effet une pop électro, sensible et envoûtante dont le maître mot, toujours, est de montrer que la scène est le lieu d’un questionnement vital sur nos différents rapports au monde. Et actoral le démontre avec brio, édition après édition.

ÉTIENNE LETERRIER-GRIMAL

Le prélude d’actoral a été donné au Mucem ces 8 et 9 septembre

Le festival se poursuit jusqu'au 14 octobre

Le Blues Roots Festival emporte le domaine Valbrillant

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Le Blues Roots Festival s'est tenu dans le domaine Valbrillant à Meyreuil, face à la Sainte-Victoire © François Colin

Les trois soirées du festival s’articulaient chacune en deux temps, un artiste jeune déjà solidement confirmé puis une légende. 

Hymne à la liberté

Le guitariste allemand surdoué Henrik Freischalader ouvrait le bal avec ses complices Moritz Fuhrhop (orgue Hammond), Armin Alic (basse), Hardy Fischötter (batterie). « Le blues est pour lui plus que de la musique, c’est sa vie », souriait le directeur artistique André Carboulet. Sur scène, la technique somptueuse du musicien se joue des sonorités rétro-70, se mariant avec une voix émouvante pour un blues intemporel qui ne néglige pas la joie de la danse même lorsqu’elle dit « my baby don’t love me no more ». 

Le soir suivant, Nikki et Jules, traduisez Nicolle Rochelle (chant, danse) et Julien Brunetaud (pianiste génial), apportaient leur verve et leur humour accompagnés de Sam Favreau (contrebasse), Cédrick Bec (batterie) et Jean-Baptiste Gaudray (guitare). Leur propos abordait le « deuxième versant de la grande vague du blues : boogie-woogie, rhythm and blues… ». La vivacité des utopies berce ces musiques généreuses. Le lapstick (cette étonnante petite guitare) de Laura Cox permettait un hommage à la musique country qui l’a nourrie avant de décliner un rock addictif qui flirte parfois avec les inflexions du groupe Popol Vuh (qui a tant composé pour le réalisateur Werner Herzog). Toute fine sur scène, la jeune guitariste et chanteuse impose une présence forte qui dynamise ses musiciens, Antonin Guérin (batterie), Adrien Kah (basse et chœur), Florian Robin (claviers). 

Le temps des légendes

JJ Milteau Blues Roots Festival Meyreuil 2023© Dan WARZY

Le pionnier de l’harmonica en France, Jean-Jacques Milteau, s’amuse aux traversées transatlantiques des musiques. Et comme « l’ensemble est supérieur aux parties », il réunit autour de lui, outre ses instrumentistes, Jérémy Tepper (guitare), Gilles Michel (basse), Eric Lafont (batterie), deux chanteurs aux voix opposées, l’un ancré dans la terre et les rocailles, l’autre tutoyant les nuages, Michael Robinson et Ron Smyth qui offrirent des duos sublimes où chaque timbre enrichissait l’autre. Le blues retrouve ses racines gospel, arpente les titres des albums. Le guitariste et chanteur Tommy Castro annonçait : « It’s party time tonight » et enchaînait ses tubes, The pink lady, That girl, Blues prisoner, avec un sens très théâtral en une plongée vertigineuse dans le grand bleu du blues. 

Le festival se refermait en pyrotechnie avec Sugaray Rayford, géant de la scène, endroit où il se sent chez lui, présent dès le changement de plateau, blaguant avec les techniciens et ses musiciens, s’adressant au public comme à des amis. La chaleur humaine est aussi une histoire de blues avec un orchestre éblouissant, (« ils peuvent jouer n’importe quoi » affirme Sugaray, exemples à l’appui), guitare stratosphérique de Daniel Avila, trompette (Julian Davis), sax (Derrick Martin), batterie (Ramon Michel), basse (Allen Markel) imperturbables malgré les frasques espiègles de Sugaray dont le chant conte, s’indigne, prend des allures de prédication des églises américaines, confie. On n’oubliera pas de sitôt la reprise par Robert Drake Shining aux claviers et au chant du célébrissime Comfortably Numb (The Wall, Pink Floyd), ni de l’intervention impromptue en « guest star » de l’épouse du bassiste, feu follet à la voix bigrement groovy, ni le dernier chant, a cappella, de Sugaray, assis sur une caisse, face au public, un What a wonderful world (Louis Armstrong) qui nous rappelle combien l’art est capable de rapprocher les mondes et de lutter pour la paix.   

MARYVONNE COLOMBANI

Le Blues Roots Festival s’est tenu du 7 au 9 septembre au domaine de Valbrillant, Meyreuil

Marseille, enchantée

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© Baptiste Ledon

Sur la terrasse de Marrou traiteur, face à l’Opéra de Marseille, un vibraphoniste casqué d’une tête de gabian (Tom Gareil) et un violoniste-mandoliniste casqué d’une tête de rate à oreille percée (Boris Vassallucci) commencent par jouer quelques notes d’un tube des Demoiselles de Rochefort. On doit cette fantaisie au Muerto Coco, union d’artistes et de techniciens tous terrains, qui résument leur travail de recherche ainsi : « une volontaire confrontation entre Hi-Fi et Lo-Fi, crétinerie et virtuosité, infantilisme et adultisme ». Et qui répond à l’invitation des rendez-vous Aller vers, projet de spectacle vivant à jouer dans les cafés imaginés en septembre 2021 par Dominique Bluzet, directeur des Théâtres, au moment de la fermeture du Gymnase pour travaux (qui devraient se terminer en 2024).

« Merci pour tout cher peuple phocéen »

Après quelques notes de musique, Gigot le gabian et Rafafa la rate sont rejoints par deux personnages (Maxime Potard et Coline Trouvé), touristes portant couronne, tirant derrière eux leurs valises à roulettes. Deux personnages moitié-moitié, de la tête au pied : moitié barbu, moitié glabre, moitié homme, moitié femme, moitié cheveux courts, moitié longue tresse, moitié robe aux fleurs bleues, moitié culotte bouffante renaissance et collants. Ce sont en fait des conteurs, et vont nous conter trois histoires marseillaises, avec princes et princesses, souvent coupés en deux et/ou mélangés. Princesse Justine du Frioul et Prince Vincent de Samena, qui après quelques péripéties tristes vont se baigner et se dissoudre dans la mer à cause de l’acidité des polluants. Puis Un amour impossible au Panier entre Prince Dominique et Princesse Dominique, ensemble depuis la 6e D. Et pour finir Du rififi en Provence, avec Prince Thierry d’Aix-Marseille Provence Métropole et Princesse Martine des Bouches-du-Rhône, qui croit que Le Lavandou c’est une lessive. Se livrant une guerre sans merci pour la conquête du territoire à travers les poubelles, les transports, etc. Grâce au gabian et à la rate qui protègent Massilia, et après quelques actions magiques, ils oublieront leur rivalité, Martine deviendra fromagère au Rove, et Thierry naturopathe à Forcalquier. Le tout rythmé par des détournements de chansons Legrand-Demy piochés dans Les demoiselles de Rochefort et Peau d’Âne. Des histoires guignolesques, amusantes et piquantes, aussi bien avec le folklore contemporain de la ville, qu’avec celui de l’amour et du couple. 

MARC VOIRY

Muerto Coco 
Divers lieux, Marseille
Du 12 au 17 septembre
lestheatres.net

Des métamorphoses du cercle 

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Les Voix animées © Marc Perrot.

Un concert d’exultation et de joie pour les Voix Animées. Magnificat renvoyait son écho luxuriant au spectacle précédent, In Memoriam, dont la gravité et les déplorations se résolvaient en espérance. Le mot lancé tel un clairon solaire par une voix soliste, « Magnificat », se voit rejoint par le tissu moiré des voix des huit chanteurs disposés en double chœur. Les notes graves finales semblent n’être que des points d’appui destinés à de nouveaux élans lumineux. À la pièce de Palestrina succédait une messe complète due à Tomás Luis de Victoria, compositeur majeur de la fin de la Renaissance espagnole. L’Ave Regina Caelorum emplit le transept de l’abbatiale de Silvacane de ses résonnances, les lignes mélodiques d’une étonnante netteté se déploient, redessinent les lieux, s’orchestrent en fine dentelle. 

Entre Renaissance et XXIe siècle

Quittant la forme antiphonique, le chœur entonnait Ego flos campi de Francisco Guerrero. Les voix des sopranos, Maud Bessard-Morandas, Sterenn Boulbin, des contre-ténors, Maximin Marchand, Raphaël Pongy, des ténors, Damien Roquetty et Camille Leblond, rencontrent avec une juste élégance les basses, Luc Coadou et Julien Guilloton. Quelques airs encore de la Renaissance, puis, s’opère une plongée dans notre XXIe siècle. Les chanteurs s’installent en rond pour interpréter le second motet de l’œuvre commandée par les Voix Animées pour l’abbaye du Thoronet au compositeur Laurent Melin, Pax hominibus. La pièce débute par les deux croches frappées sur le woodblock qui refermaient avec une certaine espièglerie le premier motet, Et in terra. Au désordre des voix, répondait dans Pax, une réconciliation entre la terre et le ciel. Dans la dynamique des deux croches initiales, le tapis murmurant des voix, moiré des frémissements d’une multitude, laisse s’épanouir en un double mouvement une pensée qui retourne sur elle-même puis s’élève en une spirale infinie, ascension d’un cercle, reconquête de l’harmonie et de la transcendance. 

MARYVONNE COLOMBANI

Concert donné le 10 septembre à l’Abbaye de Silvacane dans le cadre du cycle Entre pierres et mer #12