mercredi 30 septembre 2026
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Le temps et le sel

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Sous les racines, un chœur de femmes dans un bain de sel

Il y a des propositions que l’on aimerait par dessus tout aimer, en ce contexte politique où près d’un tiers des français voulaient être gouvernés par un parti prônant la préférence nationale, la discrimination active des binationaux et refusant l’égalité salariale homme-femme. Mais Tamara Cubas, intimidée sans doute par l’importance de son propos, la force de ces femmes qui portent leur combat sur scène, a produit un spectacle de moins d’une heure trente qui semble long au bout de 20 minutes. L’artiste, qui a l’habitude aussi de créer des installations et des œuvres plastiques qui ne s’inscrivent pas dans la problématique d’un temps diégétique, narratif ou dramatique, a créé un spectacle dont on devine dès le départ le déroulement, et qui nous apprend très peu sur l’histoire et les conditions de vie de ces femmes, avec lesquelles on ne parvient pas, faute de savoir qui elles sont, à entrer en empathie.

Racontez-nous… 

On apprend, par la feuille de salle, et quelques allusions éparses que Noelia Coñuenao, Karen Daneida, Dani Mara, Ocheipeter Marie, Hadeer Moustafa, Sekar Tri Kusuma et Alejandra Wolff sont des femmes qui toutes parlent des langues d’exils, minoritaires ou natives. mapuche, edo, malais, arabe, didxaza, borum. Mais ce que l’on voit, ce que l’on entend, ce ne sont pas leurs histoires, mais un chœur de femmes antique chantant, psalmodiant, se déplaçant, se revêtant de blanc, de voiles. Sur le mur du lointain après un long temps passé sans mots compréhensibles, quelques-uns, traduits, poétiques, viennent s’écrire, allusions à la femme de Loth changée en sel parce qu’elle s’est retournée pour regarder la ville qu’elle quittait. 

Le sel, sur la scène, cache d’autres voiles encore qu’elles déterrent pour s’en revêtir, et par moments les chants sont beaux, les gestes, les visages éclatants comme des combats. Dont on aimerait, vraiment, savoir davantage, car rien n’est plus urgent sans doute aujourd’hui que de produire des récits d’exils et de témoignages des ethnocides, en particulier par les femmes qui sont, généralement, les voix porteuses des victimes. 

AGNÈS FRESCHEL

Sea of Silence a été créé au Théâtre Benoit XII du 4 au 9 juillet

AVIGNON OFF : Totem de jouvence

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20 spectacles, 241 représentations, 13 jours d’exercices, telles sont les mensurations du Totem, pour son festival de juillet. La Scène conventionnée Art-Enfance-Jeunesse d’Avignon souligne la diversité de langues et des langages qui fertilisent les écritures à destination des jeunes publics.

Du zoo de Kaboul (Le dernier lion d’Afghanistan) à l’odyssée d’un phacochère (Fuega), en passant par une fugue sur les routes du Nevada (Enfant sauvage) ou une expédition vers l’Arctique (Grand Nord). Les déplacements et voyages à travers les espaces ou les esprits soutiennent bon nombre de propositions.

Pouvoir de la parole, expression des gestes, En Forme ! En L.S.F., combine français et langue des signes. La proposition ouvre ainsi une porte vers la réflexion et l’abstraction. Les corps sont à l’ouvrage dans Rien, nouvelle création de Monsieur K, le clown-danseur imaginé par Patrice Thibaud, examine ici les attraits de l’ennui. 

Si La Bête déploie une enquête sonore en quête de mémoire, la curiosité est au coeur de La Puce et l’oreille, podcast théâtral [sic], compte rendu d’un tour de France en témoignages, enregistrés par Sarah Carré. Pérégrinations nomades (Ne m’attend pas), parcours d’apprentissage (Sur les pas d’Oodaaq), aventures maritimes (L’Île au trésor),cet été au Totem la jeunesse forge plus que jamais dans les voyages.

Éveil d’intelligence

Dans l’esprit des festins de théâtre à la durée hors-norme, programmés par le Festival d’Avignon, Les Abimés désigne un triptyque signé Catherine Verlaguet. En trois fois trente minutes, P’tit Ludo et Ludo se réparent face à la maltraitance, au fil d’une saga qui associe suspense et consolation.

Au-delà des représentations dans les salles ou dans la cour, les pratiques artistiques ne sont pas en reste. Dans Foule d’imaginaires, Pablito Zago plasticien et Clément Puig photographe animent une résidence collective axée sur la transmission. De son côté, la comédienne Sarah Nedjoum orchestre une immersion festivalière pour les spectateurs de 8 à 12 ans. 

Enfin Création et handicaps (15 juillet), Création musicale jeune public (17 juillet), tels sont les thèmes des rencontres professionnelles incluses dans la programmation de ce lieu de référence, acquis aux écritures adultes à l’adresse du jeune public. Car, en ces temps d’accélération et de schématismes effrénés, l’éveil de l’intelligence ne doit pas attendre le nombre des années.

MICHEL FLANDRIN

Le Off d’Avignon au Totem : du 6 au 20 juillet. Relâche le dimanche.

L’art pour faire le deuil

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WAYQEYCUNA Festival d Avignon

Le son irrégulier des clochettes enveloppe les spectateurs d’une atmosphère apaisante. Sur des toiles tendues, une chaîne de massifs montagneux. Derrière ces toiles, Tiziano Cruz s’avance accroupi, semblant traverser la vallée. Une corbeille de pains côté cour. En une mise en scène sobre, l’artiste transpose avec sensibilité au gymnase du lycée Mistral les paysages et la culture de son enfance. Issu de la communauté autochtone Wayqeycuna, qui, en quechua, signifie « mes frères à moi », Tiziano Cruz conclut sa trilogie de spectacles sur la mort de sa sœur, commencée avec Adios Matepac et Soliloquio, par un chant de paix et de réconciliation avec ses racines, et un retour au nord de l’Argentine, dans les hauts-alpages où il a grandi.

Paroles d’autochtone

Tiziano de Cruz porte à la scène une parole que les spectateurs occidentaux n’ont pas pour habitude d’entendre : celle des autochtones. Et elle est éminemment politique puisqu’ils sont pauvres et que l’art leur est refusé. Il s’interrompt d’ailleurs souvent pour se faire spectateur des images de ses proches, filmés dans leur quotidien. Tiziano Cruz a joué le jeu de l’acculturation. Sous son poncho traditionnel, une simple combinaison blanche, signe de l’effacement de sa culture. Mais les couleurs reviennent peu à peu sur le plateau neutre : les drapés aux pompons multicolores sur la table dressée ou les vivres dans les paniers. Avec ce spectacle, l’artiste se sépare de la culture européenne et de la langue espagnole et revient aux rituels ancestraux dont il investit la scène : les pains assemblés qui représentent la cosmogonie andine en sont un exemple.

Spectacle de la guérison

Tiziano Cruz a passé deux années à explorer le monde artistique et théâtral. Dans l’art, il a trouvé refuge et créé un nouvel espace cathartique au sein duquel il a pu déverser ses souffrances. Comment, en effet, revenir dans des lieux chargés de traumatismes, des lieux où est décédée une sœur bien-aimée ? À présent, l’art et le théâtre lui sont-ils encore nécessaires ? Tiziano Cruz fait part de sa volonté de se retirer de cet univers. « Je fais mes adieux à ce monde. Je retourne à la montagne qui m’a vu naître […] qui m’a vu partir », est-il possible de lire à l’écran où défilent ses mots poignants. Les pains distribués à la fin du spectacle perpétuent le lien entre l’artiste et les spectateurs, et ses chants et ses saluts se poursuivent jusqu’à la sortie du public. Si les deuils ne finissent pas, l’amour non plus.

CONSTANCE STREBELLE

Wayqeycuna a été donné du 10 au 14 juillet au gymnase du lycée Mistral, Avignon.

Une enclave africaine dans le Luberon

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Exposition Bandiagara © X-DR

Bandiagara est le nom d’une ville historique malienne, accrochée à une vertigineuse falaise qui porte le même nom. C’est dans cette région, le pays Dogon, que Jean-Paul Blachère, riche industriel, eut une « révélation initiatique ». En 2004, il fonde la fondation qui porte son nom – et celui de son entreprise – dédié à l’art contemporain africain. Avec Bandiagara, c’est quelques-unes des plus belles pièces qui sont données à voir aux visiteurs. Fruit du travail d’artistes emblématiques d’Afrique de l’Ouest – parmi lesquels Sokey Edorth, Jems Robert Kokobi ou Hassan Slaoui – durant les trois dernières décennies, à cheval entre tradition et modernité…

Entre les cigales, les lavandes et l’Afrique il n’y a qu’un pas. Celui de la porte de cette Fondation, sise à quelques mètres de l’ancienne gare de Bonnieux, désormais point de passage pour la véloroute du Luberon. Dès la première – et principale – salle, c’est d’abord un immense éléphant, prostré, qui accroche le regard du visiteur : il s’agit d’une œuvre d’Andries Botha, réalisée avec des centaines de planches de bois, et intitulée The fallen elephant. À côté, une série de neuf toiles signées Sokey Edorth Les naufragés de l’espoir, narrant la tragédie de ceux qui prennent tous les risques pour chercher dans l’ailleurs un avenir. Traits fins, composition déstructurée, il faut rester de longues minutes – ou heures – pour apprécier à sa juste valeur le talent de cet artiste togolais engagé. Plus loin, on appréciera l’impressionnant masque de trois mètres de haut de Jems Robert Kokobi, Hommage à Zahouli, qui s’inspire ici de l’ensemble des masques des communautés Gouro (en Côte d’Ivoire).

Stigmates de la guerre

Dans la deuxième pièce, ce sont les œuvres d’Hassan Slaoui qui accueillent le public : céramiste et ébéniste de formation, il sculpte des objets, les patine, les vieillit, et leur confère une valeur patrimoniale : c’est le cas de ces deux tablettes en bois, reliées par une armature métallique tel un cahier à spirale. Le parcours se termine à l’étage, avec une série de Freddy Tsimba : des dizaines de sculptures en bronze, qui laissent apparaître les stigmates de la guerre qu’a connue son pays de la République Démocratique du Congo : sur le mur, trois corps s’évanouissent, uniquement réalisés à partir de douilles de balles soudées entre elles. Puis un douzaine de statues en bronze, à l’écriture spatiale qui saisit le mouvement : brutal et poétique. 

De cette belle exposition, on regrette tout de même le manque d’acompagnement du visiteur. Les cartels sont minimalistes, et nécessitent un smartphone, via QR code, pour accéder aux informations. 

NICOLAS SANTUCCI 

Bandiagara
Jusqu’au 21 septembre
Fondation Blachère, Bonnieux

Baignade Borély

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Julia Pirotte, Marseille, vers 1940. Marseille, Musée d’Histoire, inv.2007.2.1 et 90

À l’occasion de cet été olympique au cours duquel Marseille accueille les épreuves de voile des JO, le Château Borély invite le bord de mer pour Le Grand Bain, une exposition dédiée à l’histoire du maillot de bain et du vêtement de plage. Les trois commissaires, Marie-Josée Linou, Laurence Donnay et Caroline Baujard, ont pioché une centaine de pièces dans l’importante collection de “beachwear” des archives de mode de la ville pour proposer un voyage dans le temps sur les plages du sud-est. L’exposition met ainsi particulièrement en avant les créateurs et marques françaises, ainsi que les modes spécifiques à la Côte bleue et surtout à la Côté d’Azur comme la mode Riviera ou Saint-Tropez. La scénographie en partie chronologique permet d’apprécier les évolutions des matières et de formes, et de fait celle des canons de beauté et de la libération des corps.

Importable

Située au premier étage de la bastide, le trajet du Grand Bain traverse par moment des parties de l’exposition permanente, dans laquelle on retrouve des archives du Cirva, dont des vases avant-gardistes d’Ettore Sottsass. Marie-Josée Linou y voit un dialogue, une référence à la liberté formelle et de mœurs des années 80, que l’on retrouve dans les maillots de bain de la même époque, et notamment ceux conçus par Jean Remy Daumas. Ce créateur, qui lègue en 1989 toutes ses collections aux archives de la ville de Marseille, est le plus représenté dans l’exposition. Ses créations de prêt-à-porter haut de gamme, pleines d’humour et de de clins d’œil à la haute couture où il a fait ses armes, font parties des pièces “importables” (ou en tout cas difficilement) de la collection, davantage pensées comme des œuvres d’arts ou des coquetteries fantaisistes pour clientèle bourgeoise que comme réel vêtement de baignade. C’est également le cas d’un maillot d’Inès de la Fressange agrémenté de petits tubes de verre, ou du maillot en fourrure de Corinne Cobson. 

Vedettes

La photographie a aussi sa place dans l’exposition, avec notamment des clichés de mode et de célébrités comme Grace Kelly ou Brigitte Bardot en vacances sur la Côte d’Azur. Elles permettent de mettre en avant le contexte esthétique de l’époque et d’évoquer des modes, comme le vichy avec Bardot, sans pour autant voler la vedette aux pièces présentées. L’un des halls de l’exposition regroupe également des photos de baignades et de bronzette prises par la photographe de guerre Julia Pirotte, qui exerçait à Marseille pendant la Seconde Guerre mondiale. Une jolie touche de quotidien qui, avec des images du Cercle des nageurs plus loin, ancre résolument cette charmante exposition dans l’histoire de la cité phocéenne. 

CHLOÉ MACAIRE 

Le Grand Bain
Jusqu’au 5 janvier 2025 
Château Borély, Marseille

Le Cooksound remet le couvert

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Dhoad © THeo

Il n’était pas certain que cette 13e édition ait lieu. Comme beaucoup dans le secteur culturel, le Cooksound Festival fait face à d’importantes difficultés financières – les deux dernières éditions ont été déficitaires – et il a été question de ne pas reconduire ce projet à la fois familial et artistiquement séduisant. Pour y remédier, l’organisation a décidé d’arrêter la gratuité, et de passer en prix libre, tout en y ajoutant un tarif plancher : il en coutera 10 euros minimum pour accéder à chaque soirée, ou 25 euros, toujours minimum, pour accéder aux trois jours : très, très, accessible donc. D’autant que cette année encore, la programmation artistique est ambitieuse, en invitant des découvertes, comme des artistes confirmés.  

À voir

Pour ouvrir le triptyque, la première soirée accueille le multi-instrumentiste David Walters. De culture antillaise, il propose une musique électro-jazz créolisée et tropicalisée de la plus belle tenue ; un remarquable voyage acoustique auréolé d’un succès public notable depuis 2006. Dans la foulée, le voyage se poursuit avec Amazonité, musicienne et activiste féministe venue d’Équateur, pour un DJ set entre les rythmes de chez elle et de l’Afrique de l’Ouest.  Avant ça, les festivaliers auront pu danser avec Rag n’Swing, soit quatre musiciens qui reprennent des « vieux » standards de jazz manouche ou de musette parisienne. 

Le lendemain, la tête d’affiche s’appelle Temenik Electric. Le collectif marseillais mené par l’hyperactif Mehdi Jaddjeri – il est notamment directeur du Nomad’Café – qui propulse son « arabian rock » puissant depuis 13 ans. À côté d’eux, on va écouter l’excellent nu-reggae du Britannique exilé en France Flox ; et L’arbre à palabres, un conte proposé par l’association Pichaïm avec Soumaïla Zoungrana. Pour terminer la soirée, c’est DJ Kaplan qui s’empare des platines, pour un set entre funk, hip-hop, et trap downtempo. 

Pour terminer le week-end, on a hâte d’entendre encore une fois l’ensemble Dhoad – Les Gitans du Rajasthan. Un merveilleux mélange des cultures gitane, hindoue et musulmane initié par Rahis Bharti, en France, en 2002. On change ensuite d’ambiance avec Nooke, groupe originaire d’Irlande qui trace sa route dans le sillon des années 1970, entre soul, disco et psyché.  

À manger

Comme chaque année, les notes de musique se mêlent à des notes plus épicées dans les assiettes. Pour cette édition, le thème retenu est celui du « Sud d’ici & d’ailleurs »… mais surtout d’ici. Car c’est dans la cité voisine de Sisteron que seront mitonnés la plupart des propositions gastronomiques : des plats cuisinés, réalisés dans la « plus pure tradition provençale », et élaborés à partir de produits issus d’une agriculture raisonnée, biologique et de proximité. 

NICOLAS SANTUCCI

Cooksound Festival
Du 18 au 20 juillet
Couvent des Cordeliers, Forcalquier

Déambulation artistique à Digne-les-Bains

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Fragmentin Endangered (artificial) herbarium, 2023 Kornhaus Forum, Berne, Suisse Installation 180 x 210 x 180 cm Acrylique, câbles élecrtiques, pinces en alluminium, lampes spots, gélatine pourpre © Fragmentin

Apian / Abelhat au Cairn

Apian est le nom du ministère des Abeilles, fondé par l’artiste Aladin Borioli en 2014, pour aider à la préservation de ces insectes, très souvent victimes de la société capitaliste. Abelhat signifie « ruche habitée » en occitan. Deux mots qui donnent le titre à la nouvelle exposition présentée au Cairn jusqu’au 3 novembre 2024, « qui dépeint les possibles apicultures de demain, entre savoirs traditionnels et science fiction ». Dans le parcours, on découvre des « ruches futuristes », imaginées par le collectif d’artistes suisses Fragmentin, mais aussi le travail de recherche de Nicolas Césard, ethnologue au Museum national d’histoire naturelle de Paris. Au Cairn, il documente et révèle la pratique des cueilleurs de miel à la cordée dans les Gorges du Verdon. Cette technique, aujourd’hui disparue, et unique dans l’histoire récente européenne, l’exposition en présente les derniers témoignages. 

Lucioles, l’art de l’enfance au Musée Gassendi

Après les abeilles, les lucioles – et pas pour n’importe qui. Pratique artistique souvent négligée dans le milieu de l’art contemporain, le Musée Gassendi propose cet été une exposition destinée à la jeunesse. Avec Lucioles, l’art de l’enfance, le centre d’art de Digne présente le travail de plusieurs dizaines d’artistes et designers mettant « en lumière le lien intime qui peut se nouer entre le jeu et l’apprentissage et, plus profondément encore, comment l’imagination, mère de l’invention, peut être une clé pour comprendre des phénomènes complexes. » Un foisonnement d’œuvres issues du fonds de l’association Les Trois Ourses, mises en dialogue avec celles du Centre national des arts plastiques. 

Maison Alexandra David-Néel

Alexandra David-Néel est en tout point une femme d’exception : elle était tibétologue, chanteuse d’opéra, journaliste, écrivaine, exploratrice, féministe, anarchiste, franc-maçonne et bouddhiste. Surtout, elle voyagea pendant une quarantaine d’années, à pied, à travers l’Inde, la Chine, le Japon et le Tibet… où elle fut la première occidentale à se rendre dans la ville sainte de Lhassa. De ce parcours hors-norme, la Maison Alexandra David-Néel à Digne-les-Bains – où elle vécut et mourut à 101 ans en 1969 – en garde la mémoire. Photographies, correspondances et objets rapportés lors de ses voyages permettent de saisir l’incroyable récit de sa vie, sa modernité, et sa complexité. 

NICOLAS SANTUCCI

Apian / Abelhat
Jusqu’au 3 novembre 
Cairn

Lucioles, l’art de l’enfance
Jusqu’au 25 février 2025
Musée Gassendi 
Digne-les-Bains

À Arles, sous les étoiles

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L'Histoire de Souleymane © Pyramide films

Après une ouverture en fanfare de cette 8e édition des Rencontres cinématographiques d’Arles avec Lady Maga et les Sax Toys,le 22 juillet à 21 h, ce sera le film d’Emmanuel Courcol, En fanfare (Sélection officielle festival de Cannes) qui débutera la manifestation. Une  comédie qui rend optimiste avec Benjamin Lavernhe, Pierre Lottin, Sarah Suco. Le lendemain, à 21h45, Thierry de Peretti présentera son dernier opus, À son image (Quinzaine des cinéastes), adapté du roman de Jérôme Ferrari : l’histoire de la Corse de la fin du XXe siècle à travers le destin d’Antonia (Clara-Maria Laredo) une jeune photographe de presse amoureuse d’un indépendantiste. Le 24 juillet à 22 h, un film de Boris Lojkine, L’Histoire de Souleymane (Un certain regard) avec Abou Sangaré qui a reçu pour son rôle d’un demandeur d’asile le Prix du Jury et du Meilleur acteur. Le lendemain, ce sera le film de Jacques Audiard, Emilia Perez qui a obtenu le Prix du jury et le Prix d’interprétation féminine pour l’ensemble des actrices. Un polar en forme de comédie musicale, librement adapté de l’œuvre de Boris Razon. Et pour terminer cette réjouissante programmation, Emma Benestan viendra présenter sa dernière réalisation, Animale (Semaine de la Critique) : l’histoire de Nejma qui s’entraine dur pour réaliser son rêve et remporter la prochaine course camarguaise avec la talentueuse Oulaya Amamra. Tous ces films seront présentés sous les étoiles, à Croisière. Et les enfants ne seront pas oubliés puisqu’une projection aura lieu pour eux, (mais pas que !) au Cinéma Le Méjean le 23 juillet à 14 h. Et quel film ! Flow (Un Certain regard) le film d’animation de Gints Zilbalodis en avant-première, Prix du jury et prix du public au Festival d’Annecy 2024. Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau.

ANNIE GAVA

Rencontres cinématographiques d’Arles
Du 22 au 26 juillet

Dans la peau

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Pascal Tessaud est né à Paris – nobody is perfect. Milieu ouvrier. Premier bachelier de sa famille. Études de cinéma puis réalisation de courts métrages, de doc musicaux , de clips. Dans la mouvance de ces cinéastes nés dans des banlieues décriées dont ils mettent en valeur la richesse créatrice. Brooklyn, son premier long métrage de fiction, se déroulait en Seine Saint-Denis et suivait une jeune rappeuse suisse . Dans la peau, né d’un atelier de direction d’acteurs à l’Académie La Moovida de Marseille, créée par l’Association Ph’art et Balises, a pour cadre la cité phocéenne, et raconte l’itinéraire d’un danseur de Krump des Quartiers Nord.  

Kaleem (Wilfried Blé) rencontre Marie (Almaz Papatakis). Il est d’origine africaine, sort de 5 ans de taule, vit à la Savine, travaille comme manœuvre sur les chantiers pour ne pas replonger. Elle est d’origine grecque, architecte, vit en Centre ville . Elle écoute du neo kyma, lui du rap. Leurs musiques vont pourtant s’accorder comme leurs corps, si différents et si semblables dans leurs blessures familiales respectives.

Entre contrôle et explosion

Ce n’est pas tant dans les grandes lignes de son scénario qu’il faut chercher l’originalité de ce film 100% marseillais. Le retour du taulard. La protection empoisonnée de Rachad, le caïd du coin à qui on est redevable. Les armes planquées dans les placards. La petite sœur à protéger. Les jeunes guetteurs au pied des immeubles et les minots jouant au foot. La collusion plus ou moins imposée avec les responsables politiques locaux. Les familles immigrées attachées à leurs traditions comme une identité et une dignité. Et même la rédemption du héros. Tout cela, a  déjà été raconté maintes fois.

Ici, cela passera très vite à l’arrière-plan cinématographique. Ce qui importe c’est l’irruption-éruption d’un amour et le rêve têtu de Kaleem de créer une salle multisports dans le quartier, vivre de et pour la danse. Les séquences de Krump, filmées en très gros plans, nous immergent dans l’incroyable gestuelle de cette discipline, entre contrôle et explosion. Le film de Tessaud communique cette énergie-là, y puise sa tension.

Et puis, il y a Marseille. Des toits des cités avec vue sur la Méditerranée aux rochers de Malmousque, d’une piscine désaffectée à celle privée où on s’ébat. Fluidité urbaine en bus,  voiture, scooter, qu’on aimerait plus sociale. Des ghettos communautaires noirs, blancs ou gris, il ne resterait alors que le bleu du ciel et de la mer en trait d’union. Un rêve debout, quand l’avenir se teinte de brun.

ÉLISE PADOVANI

Dans la Peau a été présenté en avant-première mondiale le 8 juin 2024 au 27e Brooklyn International Film Festival. Seul long-métrage français sur les 159 films en compétition, il a remporté le prestigieux Spirit Award du meilleur long métrage

Explosives créatures

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Du 1er juillet au 1er septembre et tous les week-ends du mois de septembre, la Friche de l’Escalette propose des visites guidées. 

Au programme : promenade caillouteuse (escarpins à éviter), jalonnée par les œuvres permanentes héritées des précédentes expositions (dont les cités fantastiques en cérastone de Jean Amado, les jarres baroques de Traquandi, une cabane perchée de Marjolaine Dégrémont, les totems de François Stalhy…). Pause au bungalow du Cameroun de Jean Prouvé et découverte de la nouvelle proposition : cet été, c’est au tour de Germaine Richier, « la Méditerranéenne » de faire escale dans ce repli minéral du Parc National des Calanques.

Usine de plomb

L’histoire est connue de cette usine de plomb installée là, au milieu du 19e siècle pour limiter la pollution en ville, son développement organique dans la caillasse, ses étranges cheminées rampantes sur la colline, son déclin rapide, sa longue notoriété de royaume des ferrailleurs, de cimetière automobile, et puis son acquisition par le galeriste Eric Touchaleaume, au début des années 2010. Un (très) gros nettoyage, la préservation scrupuleuse de la végétation, une mise en sécurité réglementaire. Et le site se transforme peu à peu, au fil des aménagements des espaces clos et des mises en valeur minimalistes des traces du bâti historique résiduel, en lieu d’exposition de sculptures contemporaines et d’architecture légères du XXème siècle.

Golems

Les 13 créatures de Germaine Richier ne sont pas exposées au cœur de cette nature maritime tourmentée, comme l’aurait sans doute souhaité l’artiste provençale. Mais elles y ont été opportunément photographiées, et tout visiteur pourra en garder le souvenir grâce à l’élégant fascicule mis à la disposition par l’organisateur. Les œuvres sont présentées pour la plupart dans un ensemble bâti clos et couvert, lui-même très découpé, très segmenté, sans régularité, sans homogénéité. Sur leurs socles de bois brut, chacune de ces sculptures a son propre espace, ses propres perspectives et résonances, au gré des dimensions toujours diverses, et éclairages aléatoires.

Des œuvres noires, écorchées, hirsutes, golems brutalement extraits. Richier et Giacometti, son illustre contemporain, traitent pareillement la matière. Mais quand les personnages de celui-ci semblent plus souvent inviter à la méditation, au mystère et à la lenteur, ceux de Richier, pas toujours identifiables, humains ou hybrides, mythologiques, puissants et dégingandés, préfèrent de loin l’explosivité et l’expressivité. On s’arrache en gesticulant de la lave en fusion et c’est joyeux !

MAURICE PADOVANI

Germaine Richier : La Méditerranéene

Jusqu’au 29 septembre

Friche de l’Escalette, Marseille