jeudi 1 octobre 2026
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Festival de Cannes : «  Doubler le nombre de tournages dans la région d’ici 2030 »

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Sophie Joissains © Région Sud

Zébuline.Cette année, le Festival de Cannes présente onze films soutenus par la Région Sud, dont deux en compétition officielle, j’imagine que c’est une fierté pour votre collectivité ? 
Sophie Joissains. C’est magnifique, nous sommes très heureux de cela. La Commission régionale du film a bien montré son discernement dans les films qu’elle a aidés. Et je tiens à souligner que la Région se démène pour associer de plus en plus de collectivités [à son action], je pense à la Métropole Aix-Marseille Provence et le Conseil départemental du Vaucluse, et ça c’est formidable.  

C’est aussi une récompense pour le travail engagé avec le Plan stratégique pour le cinéma et l’audiovisuel en 2022 ? 
Bien sûr, nous sommes vraiment une terre de cinéma. Il faut savoir qu’il y a eu 6 000 jours de tournage en 2023 sur l’ensemble du territoire. Et la Région investit énormément, avec un budget 2023 de 24,43 millions d’euros. On a soutenu près de 1250 films depuis 2016, mais aussi tous les acteurs de la filière, ce qui est crucial : je pense à la production, les scénaristes… Une étude de 2018 du CNC a démontré qu’un euro investi par une collectivité dans un tournage engendrait 6,62 euros de retombée locale. C’est à peu près 135 millions d’euros qui ont été dépensés sur le territoire en 2023, et on a l’ambition doubler le nombre de tournage dans la région d’ici 2030. 

Et ainsi dépasser la Région Occitanie ? 
Non, non, c’est une ambition qui nous est propre… par rapport à l’intérêt que suscite la plus belle région du monde. 

Cette année, le Festival sera certainement marqué par #MeToo. Quel regard portez-vous sur ce mouvement, et cette libération de la parole ?
Pour nous, les violences sexistes et les violences faites aux femmes sont une grande cause régionale depuis le début du mandat. Et bien sûr, nous soutenons l’ensemble des artistes qui ont pu être touchées par ces violences. 

Et le prestige du Festival de Cannes peut-être une caisse de résonance pour cette parole ?
Ce n’est pas à nous de le décider. Mais en tant qu’institution, nous faisons très attention à la parité en ce qui concerne la sélection. Un tiers des films que nous soutenons ont été réalisés par des femmes – plusieurs sont d’ailleurs dans la sélection officielle [Diamant brut d’Agathe Riedinger, L’Empereur de Marion Burger et Ilan J. Cohen, Niki de Céline Sallette et Animale d’Emma Benestan, ndlr]. Nous ne pouvons pas nous substituer à d’autres institutions, mais à notre niveau nous agissons en ce sens. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR NICOLAS SANTUCCI

Clément Baloup met le cap sur l’Arctique

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Dans Captif des glaces, Le scénario de Clément Baloup rend en préambule un hommage à Pythéas, le massaliote, premier homme à fouler la terre d’Islande en 330 av. J.-C. Dix-huit siècles plus tard, une expédition, financée par un magnat de la presse américaine avec 32 hommes et George Melville pour ingénieur, part en direction du pôle nord par le détroit de Béring, entre la Sibérie et l’Alaska. La Jeannette quitte New York le 8 juillet 1879.

Le sens du devoir

Immobilisé dans les glaces et avarié, le navire sombre ; le voyage continue en traineaux, puis sur trois canots. Seule la baleinière de Melville atteint la Sibérie en novembre 1881. Douze survivants sont rapatriés par la Russie, mais Melville, qui fait demi-tour pour retrouver ses camarades, ne ramènera que des cadavres gelés, ainsi que le journal tenu par le commandant. Melville sera félicité pour sa bravoure. L’album se termine par une postface de Vincent Piolet qui souligne les volontés toujours vives de puissance politique des états contemporains dans des territoires qui changent constamment de visage avec les effets du réchauffement climatique. Les dessins et les couleurs d’Hugo Stephan accompagnent ce récit avec précision et une certaine poésie froide où dominent les variantes de bleus. Un de ses dessins reprend une gravure exécutée en 1882 d’apès une photographie. Hommage émouvant.

CHRIS BOURGUE

Captif des glaces de Clément Baloup et Hugo Stephan
Stenkis – 22 € 

Faire entendre Le bruit des mots

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Stanislas Roquette © X-DR

L’association Nouvelles Hybrides ne cesse de défendre avec une passion éclairée la littérature vivante en invitant des auteurs, suscitant des temps de performances, de musique, d’analyses, de rencontres. Durant trois semaines, à l’occasion du rendez-vous Le bruit des mots, plus de quinze lectrices et lecteurs professionnels et amateurs vont proposer leurs lectures de textes variés issus de livres aimés. Défileront Romain Gary, Marcus Malte, Philippe Delerm, Daniel Pennac, Umberto Eco, René Daumal, Éric-Emmanuel Schmitt… La première édition décline la thématique du rire. 

Ainsi, une soirée spéciale sera consacrée à Milan Kundera, sans doute parce qu’il a écrit La Plaisanterie, Livre du rire et de l’oubli, Risibles Amours. Malgré les titres, le rire n’est pas évident, certains soulignent que « face à la bêtise et au cynisme, il choisit l’infinie bonne humeur » (André Clavel, Le Temps). Le rire se fait alors outil d’analyse et de critique, vivifiant dans sa manière de mettre en évidence les travers de notre humanité. La lecture musicale de Stanislas Roquette et Éric Charray (clarinettes), le jour où Panurge ne fera plus rire précédera Personne ne va rire qui met en scène un universitaire refusant d’écrire une lettre de complaisance pour un pseudo savant… le jeu littéraire des apparences, de la polysémie inhérente aux mots et à leurs agencements devient un plat de fin gourmet… Lectures-intermèdes, lectures-apéro, « grandes lectures », mais aussi lectures-enfants, tout se conjugue dans les médiathèques ou chez l’habitant pour faire de la lecture non un acte solitaire mais une communion collective de partage… l’amour des livres peut commencer par là…

MARYVONNE COLOMBANI

Le bruit des mots
Du 18 mai au 9 juin
Divers lieux, Luberon

Dans Le Bon Air du temps 

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Le Bon Air © GuillaumeBleyer

Depuis le 19 avril, un Bon Air souffle sur la région. Celui des pulsations électro, qui s’engouffre dans bien des lieux et des territoires : au Bière de la Rade à Toulon, à La Croisière d’Arles, et à Marseille au Couvent ou à la Citadelle. Car non content de fabriquer un des plus brillants événements électro du Sud de la France, Le Bon Air proposait cette année encore un off ambitieux, qui laissera place, dès le 17 mai, au rendez-vous « officiel ».

Quel programme pour 2024 ?

Comme depuis 2016, la programmation du festival allie avec adresse les talents et les styles. Dans les murs et sur le toit de la Friche la Belle de Mai, de jour comme de nuit, se pressent quelques noms des plus excitants de la scène électro mondiale. Comme Héléna Hauff, la DJ et productrice de Hambourg, qui à l’image de sa ville, s’inspire de l’héritage industriel dans ses sets : acid house et EBM font – notamment – partie de sa large panoplie. Invitée en résidence par le festival, elle se produit deux fois pendant les trois jours : le vendredi (à 3h30) et le samedi (1h30) en compagnie de Ben Ufo. Autre nom attendu, Nina Kraviz l’artiste sibérienne qui s’est imposée comme une des DJ les plus influentes de son époque, notamment à travers ses labels Trip et Galaxiid. Ou l’illustre Laurent Garnier, qui à presque 60 ans, reste toujours dans l’air du temps, et tiendra bonne place parmi la soixantaine d’artistes attendus. 

En plus de la programmation musicale, le festival promet cette année des performances artistiques hors scènes : danse, drag-shows, improvisations, arts numériques, photographies et concerts acoustiques « pourront surgir à tout moment au cœur du dancefloor ou dans les espaces de circulation » prévient l’organisation. 

NICOLAS SANTUCCI

Le Bon Air
Du 17 au 19 mai
Friche la Belle de Mai, Marseille
le-bon-air.com

JO populaires ! 

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L’arrivée de la flamme à Marseille a dépassé les espérances et confirmé la singularité et le succès de la cité phocéenne aux yeux de la nation et du monde. L’image de la ville corrompue, décatie, déclinante, dangereuse, sans nom, incapable d’affronter ses horizons marins comme son ancrage provençal, semble effacée, pour ne conserver que les traits positifs qui la caractérisent aussi dans l’inconscient national : populaire, conviviale, festive, accueillante et belle. 

Bien sûr, on peut s’interroger sur les impacts écologiques de la Patrouille de France, des immenses feux d’artifices sur l’eau, des équipes de télé et de sécurité, et les frais de transports de chacun. Est-il raisonnable de proposer encore des grands événements aussi polluants ? La question amorce l’idée d’un renoncement souhaitable aux grandes fêtes populaires live ou télévisées, qu’elles célèbrent la flamme olympique, l’Eurovision, le 14 juillet, le Festival de Cannes ou les carnavals. Habitués à des débauches de lumières, de son et de paillettes et de bulles, devons-nous apprendre à nous en passer, ou à les penser plus sobrement ? 

Un autre cérémonial est possible

Nous avons peut-être, à Marseille, assisté au dernier des « grands événements » d’un autre temps, et au début d’une autre époque. Une fête gratuite, alors que la polémique sur le prix des places de la cérémonie d’ouverture enfle. Une journée où la flamme oublie son apologie de l’excellence pour être portée par des corps de tous âges et de toutes couleurs, résistants, intellectuels, travailleurs sociaux, héros et héroïnes du quotidien. Où la foule se presse au côtés de chanteurs populaires tandis que le Président écoute un orchestre qui interprète, avec brio, un hymne d’une rare pauvreté mélodique. Où la culture populaire fait un pied de nez au Palais du Pharo, où Gaston Crémieux et la Commune furent exécutés, pour s’exprimer au bas de la Canebière, grande artère symbolique et populaire, lieu de tous les rassemblements revendicatifs. Indéniablement le peuple s’exprime, et on ne reviendra pas en arrière.

Reste le problème du coût et du profit. La puissance publique ne peut-elle organiser de telles cérémonies sans faire appel aux sponsors du très contestable Coca-Cola ou des banques du groupe BPCE ? La privatisation de l’espace et de l’imaginaire collectif est-elle inéluctable ? Si elles dictent leur loi, quelle culture populaire les entreprises vont-elles fabriquer, afin qu’elle leur rapporte ? 

Dans notre société de communication capitaliste, il s’agit toujours de promouvoir une marque : celle d’une boisson polluante et trop sucrée, ou d’une destination touristique et économique. Celles de rappeurs marseillais devant la mer, ou d’un drapeau national dans le ciel. Comment faire autrement ? Sans doute en continuant de croire qu’une culture publique, qui ne promeut qu’elle-même, est possible.

AGNÈS FRESCHEL

Chroniques d’une disparition

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Le texte s’attache sous forme d’une performance virtuose à réfléchir sur ce que notre mode de fonctionnement induit. Un décor de plastique animé de souffles d’air symbolise ce qui reste de notre planète. Sur le côté, trois écrans superposés affichent des images qui défilent, classées dans des fichiers, tandis qu’un androïde (Paolo Cafiero aussi aux lumières et musiques) semble être l’ultime lien entre la vieille femme (Joëlle Cattino), dernière représentante de l’espèce humaine, « la dernière des vieilles, même la seule qui tient encore debout » dit-elle, et des populations qui auraient fui sur d’autres planètes. Autour d’elle, le vide. Ses interlocuteurs se réduisent à l’androïde et ses sonorités électroniques et un animal, en cage. Au cours de quatre actes, baptisés « dossiers » sur les écrans numériques, s’orchestre la reconstitution d’une mémoire disparue : la vieille femme elle-même n’a pas connu ce qu’elle décrit, les vagues, la mer, le bourdonnement des insectes, le chant des oiseaux… témoin de témoins, elle rapporte le parfum des fleurs, le calme des forêts, reprenant le principe du disque d’or de Voyager. Les mots hésitent, « s’approximativent », se reconstruisent. Le langage, ultime trace, redessine un monde oublié, s’émerveille de « la terre d’avant ». « C’était quand même pas si moche, mince » ! Le subtil creuset de l’art nous réconcilie alors avec notre capacité d’émerveillement. On est subjugués, emportés par le flux poétique où se conjuguent tous les registres. Il n’est pas de leçon mais une projection dystopique qui nous donne à percevoir plus que d’ennuyeux discours le sentiment de notre fragilité. Un bijou ciselé.

MARYVONNE COLOMBANI

L’Ouvre-Boîte, Aix-en-Provence les 18, 19 et 20 avril

De l’enfermement des filles

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A la marge © Matis Lombardi

En colonne vertébrale de la pièce a été choisi le texte de Sonia Chiambretto, Peines Mineures, paru aux éditions de L’Arche en février 2023. À ce texte qui évoque en parallèle les voix de jeunes filles enfermées dans les enceintes d’un internat du Bon-Pasteur dans les années 1950-60 et dans un Centre éducatif fermé d’aujourd’hui, s’insèrent des fragments d’enquêtes, d’interviews de mineures. Un personnage armé d’un micro fait le lien entre les diverses paroles et permet l’articulation de l’ensemble. Les époques se voient délimitées par les tenues des protagonistes, leur langage, tandis que les conditions de « détention » présentent de cruelles similitudes. Il s’agit non d’éduquer ou de préparer à une réinsertion, mais de juguler les caractères.

Face cachée de la justice
Dans À la marge, Wilma Lévy s’empare de ce corpus documentaire pour le transmuer en objet théâtral. La mise en scène des bribes de dialogues, de confessions, de constats, s’articule en une chorégraphie qui passe autant par la danse, moments de jubilation libératoire, que par l’occupation du plateau qui offre divers lieux d’énonciation : témoignages d’éducateurs et d’éducatrices, de juges, de sociologues, de religieuses… Le simple fait d’être considérée comme « paresseuse » suffit dans les années 1960 pour justifier la perte de la liberté… Se posent les questions de pouvoir, de marginalité, de justice, de réinsertion, par le biais de plus de vingt jeunes interprètes au plateau. La vivacité, le naturel confondant des artistes en herbe, l’intelligence de leur occupation de l’espace scénique dans un dispositif scénographique minimaliste, accordent une belle fraîcheur à l’ensemble du propos et donnent envie d’aller plus loin dans l’appréhension de cette face cachée de la justice appliquée aux mineures. Clairement, la délinquance des filles est ici symptomatique d’un ordre sexué.

MARYVONNE COLOMBANI

À la marge était donné le 26 avril au Théâtre Antoine Vitez, Aix-en-Provence.

Un huis clos de haut vol

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Border Line © Condor Films

Un couple se dirige en taxi vers l’aéroport de Barcelone. Visages souriants ils partent s’installer aux États-Unis. Elena née à Barcelone donnait des cours dans une école de danse. Diégo, né à Caracas (Vénézuela) est urbaniste mais avait du mal à trouver un emploi. Ils ont donc décidé de tenter leur chance à Miami. Elena est très détendue alors que Diego semble un peu nerveux. Craint-il qu’en tant que Vénézuélien, il n’ait quelques problèmes pour son entrée sur le sol américain ? À l’aéroport de Newark, après les formalités habituelles, scan des mains, examen des documents officiels, ils sont emmenés sans explication dans une salle d’attente pour des contrôles supplémentaires, puis dans un bureau de l’immigration : là, ils subissent fouilles de leurs valises et au corps, interrogatoires à deux et séparément. Des questions très déstabilisantes, personnelles, voire  intimes. « On ne m’a jamais contrôlée comme ça de toute ma vie ! » s’indigne Elena.

C’est ce huit clos que le Border Line des deux réalisateurs vénézuéliens nous fait vivre. Un film où la tension monte peu à peu, où nous partageons l’impuissance, la peur, la déception, l’incertitude, la souffrance de Diego (Alberto Ammann) et surtout d’Elena qu’interprète Bruna Cusi – qu’on avait remarquée dans Eté 93 de Carla Simon. Son visage reflète toutes les émotions qu’éprouve la jeune femme ; sa colère d’abord, sa révolte devant ce qu’on leur fait subir, puis ses doutes et sa déception au fil de l’interrogatoire. Ce rôle lui a valu le Prix d’interprétation féminine au festival Premiers Plans d’Angers.

Des bourreaux ?
Ce film dense, qui nous tient en haleine du début à la fin est inspiré de la vie de Juan Sebastian Vasquez et Alejandro Rojas, « Le film est fondé sur des choses que nous avons vécues nous-mêmes, de manière similaire, ou sur les histoires de gens que nous connaissons. Nous voulions faire un film qui montre le pouvoir absolu qu’a celui qui interroge de remettre en question la décision de changer de pays, sans doute principalement pour des raisons liées à l’origine, l’orientation sexuelle ou la couleur de la peau. Des vies peuvent être détruites. Nous ne voulions pas faire un film qui ne montre que la procédure d’immigration ; nous souhaitions aussi mettre en avant ses conséquences émotionnelles »  précisent les réalisateurs.

Et c’est fort réussi ! On sort de ce huis clos un peu sonné et admiratif du travail des cinéastes dont Border Line est le premier long métrage, du chef opérateur Juan Sebastian Vasquez et de tous les comédiens, aussi bien les « victimes » Alberto Ammann et Bruna Cusiqueles « bourreaux » Laura Gomez et Ben Temple.

ANNIE GAVA

Border Line, de Juan Sebastian Vasquez et Alejandro Rojas
En salles le 1er mai

L’hôpital en burn-out

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Etat Limite © Penelope Chauvelot

« Encore un film sur l’hôpital ! » pourrait-on se dire en lisant le synopsis du documentaire de Nicolas Peduzzi, Etat Limite. Après – entre autres – la trilogie de Nicolas Philibert où se révèle le manque de moyens des services de psychiatrie, après le film de Léa Fehner, Sages Femmes, qui dénonce les difficultés d’exercer « le plus beau métier du monde », nous voilà à nouveau immergés dans le quotidien d’un hôpital, au cœur d’un système auquel chacun de nous a été ou sera confronté, et dont certains ne sont pas loin de penser que le pronostic vital est engagé. Mais, si Nicolas Peduzzi partage avec les autres ce funeste diagnostic, son film explore plus particulièrement cet état limite qui donne titre au film et désigne en psychiatrie, un trouble psychique entre démence et normalité. Avec une grande intelligence, il montre que l’état limite touche désormais, tout à la fois les patients, les soignants, et l’hôpital tout entier.  

Faire liaison
Le film s’ouvre sur le prélude n°4 op.28 de Chopin. Couloirs aux fades couleurs, encombrés de brancards, d’appareils médicaux en transit. On suit la nuque tatouée d’un aide-soignant. On est à l’hôpital Beaujon dans la région parisienne. Des policiers attendent depuis des heures une décision administrative pour un homme violent entravé sur un lit. Les salles d’attente sont bondées. On suit les baskets du docteur Jamal Abdel-Kader, unique psychiatre de liaison dans l’établissement. Il navigue d’un service à l’autre, d’un patient à l’autre, monte les étages malgré son mal au dos, s’interroge sur les protocoles de soins, gère ses internes, et les situations de crise avec les familles. Il court après le temps toujours insuffisant pour écouter chacun : la jeune Aliénor, suicidaire, renversée par un train et amputée de trois membres, rejetée par sa famille, Vincent aux pulsions de défenestration, Windy atteint d’une pancréatite, muré dans sa souffrance, plongé dans le noir devant des séries médicales.

Des fragilités humaines en écho avec celles des soignants qui reçoivent en plein cœur toute cette douleur. Il est encore jeune Jamal. Biberonné à l’hôpital public français où ses parents venus de Syrie se sont formés, aimés, mariés, ont travaillé et habité un temps. Destiné à la chirurgie avant de découvrir par un stage, la psychiatrie et d’acquérir la conviction, avec un peu d’orgueil avoue-t-il, qu’il pouvait faire mieux que les autres. Un convaincu qui doute parce qu’on ne peut pas faire ce qu’il faut quand s’impose une logique comptable et quantitative. Et Jamal se demande si en accomplissant chaque jour l’impossible, il ne se fait pas complice d’un système qui se fiche bien et des patients et des médecins.

La caméra du réalisateur toujours pudique approche avec respect les malades auxquels on demande systématiquement leur consentement. Certains l’oublient, trop préoccupés par leur mal être. D’autres la regardent au passage comme une interlocutrice supplémentaire. Peduzzi nous offre des scènes bouleversantes et drôles à l’instar de celle où on joue dans un atelier théâtre, Molière et Shakespeare. Le tourbillon des activités s’arrête parfois sur images dans de superbes photos en noir et blanc signées Penelope Chauvelot. Seraient-elles les futures archives d’un monde disparu ? État limite donne à voir et à penser la vulnérabilité des individus et du collectif, avec pour viatique, l’idée toute simple que comme pour la société toute entière, on ne peut tenir qu’en s’obligeant mutuellement.

ÉLISE PADOVANI

État limite, de Nicolas Peduzzi
En salles le 1er mai

Sur la Côte Bleue, la culture va bon train 

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L'Odyssée © Simon Gosselin

Il y a peu d’endroits où l’on peut prendre le train tout en admirant la mer Méditerranée. Allier l’utile à l’agréable, c’est là tout le pari du Train Bleu où les spectateurs sont amenés sur des lieux culturels en transport collectif – du train bien sûr, mais aussi en bateau, en bus et même en kayak. Cet événement artistique s’étale sur quatre jours, les weekends du 18/19 et 25/26 mai, pour autant de parcours culturels de Miramas à Ensuès-la-Redonne, de Marseille à Vitrolles, en passant par Carry-le-Rouet, Martigues ou encore L’Estaque. 

En intérieur 

Le premier parcours prévoit d’acheminer en train les spectateurs à Port-de-Bouc, au départ de Marseille ou de Miramas (le 18 mai). Une fois arrivés, direction Le Sémaphore pour voir l’adaptation de l’Odyssée par la metteuse en scène Pauline Bayle, qui délivre une version moderne de l’œuvre d’Homère où la figure d’Ulysse est plus que jamais humanisée. Une fois la représentation terminée, les spectateurs pourront rejoindre Martigues en bateau, où une chorégraphie reprenant les codes et techniques de l’électro se dansera aux Salins. Avant de conclure la soirée par un apéritif et un DJ set pour celleux qui le souhaitent. Lors du deuxième parcours (le 19 mai), les participant·es feront halte à l’Estaque au Pic Télémaque pour assister à un double concert. Celui du Sayat Trio, au jazz et à la musique classique arménienne, suivis par l’orchestre de l’Ensemble Télémaque qui joueront des chansons folks écrites par le compositeur italien Luciano Berio. 

Le second weekend du Train Bleu verra aussi son lot d’activités en intérieur, qu’il s’agisse d’événements calmes ou entraînants. Dans un registre intimiste à Miramas, au théâtre La Colonne, la voix du directeur de La Criée Robin Renucci et le violon de Bertrand Cervera s’associent pour interpréter Que ma joie demeure de Jean Giono (le 25 mai). Le lendemain, à Ensuès, l’ambiance sera tout autre au Solarium où le groupe de rock Indeep compte bien faire bouger les têtes. 

En extérieur 

La culture sort aussi des salles obscures, au sein de paysages qu’il s’agit de découvrir. Le Train Bleu l’a compris et ses différents parcours proposent des balades, visites en extérieurs et autres réjouissances ayant pour but de profiter du patrimoine naturel du territoire. À Vitrolles l’association Ici/Ailleurs a prévu un circuit conté aux Salins du Lion, pour aborder ce paysage de l’étang de Berre d’une manière plus poétique (le 19 mai). Le weekend d’après, la déambulation théâtrale et l’art de rue de l’association Nickel Chrome sont mis à l’honneur au départ de la gare de Croix-Sainte, tout comme la convivialité puisque la fin des prestations marque le début d’un barbecue sous les étoiles ! Le dimanche 26 mai vient clôturer en beauté les activités en extérieur, en laissant le choix entre une balade en kayak ou une randonnée depuis Carry-le-Rouet pour rejoindre Ensuès et assister au concert d’Indeep. Un bon moyen pour relier sport et culture, juste avant les Jeux olympiques. 

RENAUD GUISSANI 

Le Train Bleu
18-19 et 25-26 mai
Miramas, Port-de-Bouc, Martigues, 
Ensuès-la-Redonne, Vitrolles, Marseille