vendredi 10 avril 2026
No menu items!
Plus d'infos cliquez ci-dessousspot_img
cliquez sur l'image pour faire un donspot_img
Accueil Blog Page 342

LES THÉÂTRES : Pour une saison lumineuse

0

C’est au théâtre du Jeu de Paume que la conférence de presse annonçant la saison nouvelle a eu lieu, le public de journalistes et professionnels installé sur scène face aux rangées de fauteuils tendus de velours rouge. Dominique Bluzet, directeur des Théâtres, endossait, renouant avec ses amours premières, le rôle de l’acteur. Par cœur,  avec une faconde et un esprit d’escalier jubilatoires, et quelques précisions bienvenues sur cette entreprise de théâtre unique en France. Extraits !

A quoi ça sert un théâtre ? 

« Je voudrais d’abord raconter ce que nous sommes devenus. Depuis deux ou trois ans, l’activité des théâtres a été possible grâce à l’implication des collectivités, avec plus de 88% de moyenne de fréquentation, 35 000 artistes, 185 000 spectateurs et 220 000 avec les tournées. 

Les Théâtres sont une machine extraordinaire, ce sont des maisons avec de la ville autour, ce qui amène à un changement d’appréhension de notre territoire. Le Gymnase reste fermé pour travaux jusqu’en 2025 – et je remercie les théâtres qui nous accueillent en attendant- mais ces travaux illustrent bien notre changement de vision de cette maison de théâtre qui en 2025 sera au cœur d’un quartier reconstruit avec brasserie, restaurants autour. 

Bien sûr, la première mission du théâtre est d’amener les gens dans les salles, de leur offrir des aventures artistiques et humaines hors normes, en accompagnant les jeunes compagnies comme celle des Estivants et faire venir les grands artistes du moment. 

Mais se pose la question clé : à quoi ça sert un théâtre ? sa finalité est-elle uniquement celle de la représentation ? quelle est sa place dans la vie des gens, en quoi cela est-il important pour eux, en quoi cela les change-t-il ? 

Grâce à Aller vers, construit avec le Département, et Garçon un demi, dispositif dans les cafés, le spectacle s’est déplacé dans les EHPADs, les places de villages, les cafés. Mon équipe, merveilleuse, et moi nous interrogeons sans cesse sur notre rapport aux gens du territoire, ceux qui viennent et ceux qui ne viennent pas. 

Ainsi on ne conçoit plus le Festival de Pâques sans les  concerts décentralisés et les master classes. Avec l’ASSAMI, on va vers les gens en souffrance sociale ou physique ; tout citoyen, quel que soit son état, est en droit d’accéder à la culture. 

Pour les enfants il y a les opérations de médiation, mais aussi au festival de Pâques le Festival des Enfants, avec des tranches d’âge définies, qui expliquera depuis la partition jusqu’aux répétitions et la représentation le travail d’un grand orchestre. Le bus des enfants sera à leur disposition pour les amener au théâtre. »

Utopie en actes 

Et d’enchainer sur la présentation des spectacles, choisis dans un souci d’équilibre, mais aussi sur des fidélités et des coups de cœur. Sans abandonner l’utopie, sa foi dans un théâtre qui peut sauver le monde : « dans un monde où les ténèbres gagnent, on revendique accès à la lumière ».

C’est pourquoi il soutient le travail de Kamel Guemari, le « Che Guevara des MacDo » et l’Après-M fast food coopératif qui est aussi un lieu culturel et social. Car le directeur des Théâtres s’interroge depuis des années sur son rôle, affirmant que si « les spectacles, c’est le boulot des artistes » le sien est de mobiliser les énergies, par exemple par le mécénat, mais aussi convaincre les décideurs publics de la nécessité, voire de la rentabilité, d’une entreprise culturelle comme la sienne. Car le budget est important, et nécessite de soulever des montagnes pour produire ou accueillir 180 spectacles et concerts. 

Dominique Bluzet souligne encore « la chance d’exister sur un territoire avide de culture », des collectivités aux entreprises et aux spectateurs, qui lui permet de concilier proximité et international, chaleur et grand plateau… 

180 spectacles

J’ai trop d’amis © Christophe Raynaud de Lage

Il est des spectacles « producteurs d’émotions » auxquels les équipes des théâtres s’attachent particulièrement : Les vagues de Virginia Woolf interprétée par Élise Vigneron, poète du froid avec ses marionnettes de glace qui fondent le temps de la représentation ;  John a-dreams, la pièce de Serge Valletti revisite le thème d’Hamlet avec l’immense acteur Patrick Pineau ; le facétieux et profond Quand j’étais petite je voterai d’Émilie Capliez, adaptation du roman de Boris Le Roy.  

Côté danse nous embarquerons avec Josette Baïz, sélectionnée dans le cadre de l’Olympiade Culturelle 2024 pour  sa création Antipodes. Le voisin Angelin preljocaj aussi sera présent, avec sa création en mai, et la reprise de Blanche-Neige avant les fêtes..  

La venue du Ballet de l’Opéra de Paris se pérennise, comme celle de la Comédie Française,  complétées par l’Orchestre Philharmonique de Hong-Kong, l’Orchestre des Champs-Élysées…

Le festival Actoral s’invite aux Bernardines pour un Tea Time entre Christophe Fiat et Fred Nevché

Le festival Nouveaux Horizons, entièrement gratuit, fête sa quatrième édition, avec pléthore de propositions de haut vol mêlant musique dite classique et musiques contemporaines et de création, interprétées par huit virtuoses accompagnés par Renaud Capuçon et l’altiste Gérard Caussé : six créations mondiales par six compositeurs d’aujourd’hui.

Virtuosité et dépassement : en septembre Renaud Capuçon au violon et Kit Armstrong au piano donneront l’intégrale des Sonates pour violon de Mozart, une véritable gageure !

Calembours indisciplinaires  

La danse, le théâtre, la musique se côtoient et s’entrecroisent dans les divers lieux de la programmation. Dans  l’épaisse brochure programmatique de l’année 2023-2024, intitulée Lumière, se décline en calembours de circonstance, « en été, le clavier est toujours bien tempéré », « c’est comme ça qu’en automne, on chopin rhume », « inspirez, shakespearez, c’est le printemps »… L’espièglerie se poursuit et se fait saisonnière… 

MARYVONNE COLOMBANI

Les Théâtres 
Aix-en-Provence, Marseille
08 2013 2013 
lestheatres.net
Premières dates
26 au 29 septembre Actoral (voir notre article ici)
27 au 30 septembre Ballet de l’Opéra de Paris
29 au 30 septembre Intégrale des Sonates pour violon de Mozart

Qui brûle des livres ?

0
À l'image de cette inscription, la librairie a reçu un soutien immédiat et chaleureux des habitants du quartier de la Plaine © G.C.

Il faut, avant que les travaux de rénovation ne soient effectués, passer par le couloir voisin. À l’intérieur, un pan de mur encore noirci, des rayons dégarnis. Une jeune femme venue commander de livres tend un sachet kraft à la libraire : « ce sont des prunes de mon jardin ». Autour de Mathilde Offroy et ses deux collègues, le soutien a été immédiat et chaleureux, à l’image du quartier de la Plaine où est implantée la librairie. « Il y a eu beaucoup de monde à l’apéro de soutien, les gens voulaient nous prêter des outils, nous apporter une aide financière. Mais les travaux vont être pris en charge par l’assurance, hors une franchise que nous allons pouvoir résorber sans conséquences. » 

Un rayon de la librairie où le feu s’est propagé © G.C.

Mathilde n’a pas peur, explique-t-elle. Pourtant, lorsque les pompiers sont intervenus dans la nuit du dimanche 10 septembre, ils ont tout de suite constaté qu’il s’agissait d’un incendie volontaire. Une simple vitre cassée, « juste assez pour mettre le feu à des cartons vides faciles à enflammer », et pas de revendication. Qui peut brûler des livres et mettre des vies en danger ? « Incendier le rez-de-chaussée d’un immeuble d’habitation  n’est pas un acte facile à revendiquer », soupire la libraire. « Nous avons porté plainte, cependant il n’y a pas eu d’enquête jusque-là. » Personne ne veut formuler d’accusation sans plus d’éléments (et les jours passant, il sera difficile d’en réunir), toutefois, relève-t-elle, « c’est une sale rentrée pour les librairies ». À Paris, deux établissements associatifs (La Brèche et Michèle Firk) ont été vandalisés pour leur positionnement militant, anti-raciste, féministe. « L’Hydre n’est pas une librairie militante, dans la mesure où nous sommes un commerce, même s’il s’agit d’une Scop, conclut Mathilde. Mais nous avons un positionnement politique à travers le choix de livres que nous proposons, et les rencontres que l’on organise, des vecteurs d’émancipation. »

GAËLLE CLOAREC

La réaction de Jean-Marc Coppola, adjoint au maire de Marseille, en charge de la Culture 
« Cet incendie n'est pas anodin, déjà parce qu'il s'agit d'une librairie, un lieu culturel, mais encore plus parce qu'elle porte des valeurs engagées. Je les ai appelées, pour témoigner de notre solidarité, et je compte y passer. Vous m'apprenez qu'aucune enquête n'est encore diligentée, cela peut être une piste pour les aider : nous pourrions inviter à ce que la justice et la police fassent leur boulot. Si la plainte est banalisée et traitée avec le mépris, si cela ne bouge pas, je pourrais écrire à la Procureure de la République, car l'incendie criminel est caractérisé. En tout cas le message que je souhaite faire passer est que la meilleure aide que l'on puisse leur apporter est de fréquenter encore plus ce lieu. Il faut protéger et encourager les librairies, leur situation économique n'est déjà pas simple, si en plus surviennent ce genre d'actes délictueux, cela n'encourage pas à poursuivre leur activité et à donner envie à d'autres d'en ouvrir. C'est pour cela qu'il ne faut pas relativiser ! » G.C.

Magistral Trio Joubran

0
Le Trio Joubran au festival Arabesques © Luc Jennepin

Ce dimanche 17 septembre, c’est devant un amphithéâtre du Domaine d’O plein à craquer que le Trio Joubran clôture l’édition 2023 du festival Arabesques. Magistral, ce concert se révèle à l’image des trois frères palestiniens qui composent le prestigieux trio : déterminé et engagé comme Samir (l’aîné), virtuose et délicat comme Wissam, fougueux et créatif comme Adnan (le plus jeune). Dans la lignée d’une famille d’oudistes sur quatre générations, ils sont depuis vingt ans les ambassadeurs musicaux de la Palestine libre à travers le monde. En faisant référence aux difficultés tragiques qui ont récemment touchées le Maroc et la Libye, Samir déclare sur scène : « Un artiste fait partie intégrante de l’univers qui l’entoure. Si nous voulons rester fidèles à nous-mêmes, nous ne pouvons pas venir sur scène et prétendre que tout va bien alors que le monde va mal« . 

Palestine au cœur

Le Trio Joubran s’est forgé une réputation à travers le monde grâce à l’intelligence avec laquelle les trois frères se sont approprié la musique traditionnelle classique arabe pour en redéfinir les codes grâce à leur maîtrise du oud. Ce luth oriental devient alors un instrument capable d’explorer des champs musicaux bien plus vastes, évoquant des territoires se rapprochant du jazz comme de la musique flamenco, en laissant une grande place à l’improvisation et à la rythmique. Des mots résonnent, que l’on devine être ceux du grand poète de la liberté, Mahmoud Darwich. À défaut de les comprendre, l’émotion intensément poétique et politique qu’ils portent nous atteint sans requérir une traduction. « Nous avons grand espoir qu’un jour nous pourrons rentrer chez nous« , lâche Samir dans un souffle. Avant que les oud reprennent leur course folle, se répondent avec malice, caracolent entre les rythmiques endiablées, accompagnés par deux percussionnistes (dont l’incroyable percussionniste-chanteur iranien Habib Meftah) et un violoncelliste librement… inspirés.

ALICE ROLAND

Le Trio Joubran était en concert le 17 septembre au Domaine d’O, Montpellier

CARRÉ SAINTE-MAXIME : Sous le signe du Carré

0
La vie est une fete © philippe lebruman

Au Carré Sainte-Maxime, la première partie de saison invite Mourad Merzouki, Chimène Badi, Luc Langevin, Axel Bauer, Thibault de Montalembert, Gaspard Proust, Blanca Li, Les Chiens de Navarre et Fary ! Un anniversaire qui ne va pas attendre pour organiser sa fête : les 29 et 30 septembre, Nuits singulières #1, de 19h30 jusqu’au bout de la nuit, bar géant et garden-party, auxquelles se mêleront les 25 danseurs et les musiciens de la Cie Käfig, de Mourad Merzouki, figure pionnière et incontournable de la scène hip-hop française. Il recrée pour l’occasion Kaléidoscope, melting-pot spectaculaire embrassant trente ans de ses chorégraphies, créée l’année dernière à l’occasion de son départ du CCN de Créteil. 

Humour vache et chansons d’auteur

Les adeptes de comédie grinçante et/ou délirante vont être servis : Demain la revanche (10 novembre) de l’auteur « moliérisé » Sébastien Thiéry s’amuse avec un quadra paumé et amnésique qui débarque une nuit chez ses parents pour régler ses comptes… Joué par l’humoriste Gaspard Proust (son premier rôle au théâtre) avec Jean-Luc Moreau et Brigitte Catillon. Dans l’embarras du choix (9 décembre – nomination Molière 2022 de la meilleure comédie), de Sebastien Azzopardi et Sacha Danino, c’est un trentenaire tout aussi paumé, paralysé à l’idée de faire les mauvais choix de vie, qui s’en remet totalement aux avis du public pour influer sur son avenir, ses amours, son travail, ses relations amicales et familiales… Chalenge d’impros en vue ! Quant aux Chiens de Navarre, ils sont lâchés dans l’univers psychiatrique : La vie est une fête (13 janvier), ça fait mal et ça fait rire. Côté concerts, de la chanson française avec Axel Bauer (20 octobre), qui a signé les années 1980 avec son méga-tube Cargo, et vient de sortir son septième opus Radio Londres, en compagnie notamment de Boris Bergman, parolier historique d’Alain Bashung. Chimène Badi interprétera elle ses reprises des chansons cultes d’Edith Piaf (17 novembre), à qui elle rend un hommage vibrant dans son dernier album.

Inspiration Shakespeare

Shakespeare est dans la place ! Le cirque contemporain du collectif québécois Les 7 Doigts, Duel Reality (3 novembre) revisite à la croisée du cirque, du théâtre et de la danse le mythe shakespearien de Roméo et Juliette. Olivier Saccomano et Nathalie Garraud traversent d’interrogations politiques et théâtrales contemporaines les figures d’Hamlet et d’Ophélie, avec Un Hamlet de moins (22 novembre), quatre jeunes gens coincés sur un escalier et dans la pièce de Shakespeare depuis 420 ans, cherchent leur chemin ; et Institut Ophélie (25 novembre) que les deux co-directeurs du théâtre des 13 vents de Montpellier décrivent comme un « espace-temps réglé comme une montre folle, voué sans doute à la liquidation, où on fomente encore des œuvres et des batailles… ».

MARC VOIRY

Le Carré
Sainte-Maxime
04 94 56 77 77 
carre-sainte-maxime.fr

Dans la tête des designers

0
© Anaïse Mourocq

4e édition pour la France Design Week, une manifestation nationale lancée en 2020 pour célébrer le design dans toute sa diversité. Cette année, il s’agit de valoriser l’innovation et le savoir-faire auprès du grand public. Installée à Montpellier, mais aussi à Crest et Lyon, l’agence de design entreautre co-organise pour l’occasion avec la designeuse montpelliéraine Camille Boyer une exposition collective intitulée DESIGNS du 21 au 27 septembre à la Halle Tropisme. Présentée au sein des 230m 2 de l’espace La Menuiserie, l’exposition DESIGNS met en lumière vingt projets, comme autant de façons d’explorer la multiplicité des champs du design : design produit, design graphique, design numérique, design typographique, design recherche… Il est fascinant de réaliser à quel point les domaines d’application sont vastes, de la mobilité au mobilier en passant par la médiation ou le médical. On peut ainsi découvrir les coulisses de la création de projets de tous genres : une cheminée, des tasses, des bactéries, des textiles recyclés, un vélo en bois, un fauteuil…

Défis à relever

Et l’arrêt de bus en terre éco-conçu Terra signé par l’agence entreautre, laquelle s’évertue à mettre un design engagé au service de la simplicité afin de concevoir des projets innovants à impacts positifs. DESIGNS est une façon comme une autre d’entrer dans la tête de ses concepteurs, tous basés à Montpellier et dans les environs, aux pratiques très différentes les uns des autres. Entre échantillons, esquisses et prototype, le visiteur peut ainsi s’immerger dans leurs questionnements, leurs processus de travail, se passionner pour leurs pistes de recherche, comprendre les défis à relever. Également au programme : des animations et ateliers pour petits et grands… À savoir que nombre des designers exposés participent également au parcours Vitrines Bleues organisé par le collectif Indigo d’Oc dans le centre-ville de Montpellier jusqu’au 27 septembre. 

ALICE ROLLAND

France Design Week
La Halle Tropisme, Montpellier 
Du 21 au 27 septembre
04 67 04 08 10
tropisme.coop

Le 6mic pense l’avenir 

0
Pomme © Lian BENOIT

Zébuline. L’été du 6mic a été marqué par une nouvelle édition du Tour du 6mic. En êtes-vous satisfait ? 

Stéphane Delhaye. Oui ça a été une belle édition. On a découvert des artistes d’autres lieux de la musique actuelle en France dans une ambiance agréable et festive. Pour l’ensemble des groupes, ils sont tous très contents et nos partenaires aussi. Certaines personnes de l’encadrement et des salles viennent avec eux jusqu’au 6mic, ça nous permet de leur faire découvrir le lieu et de créer des contacts un peu plus privilégiers. À l’avenir, on espère que les autres lieux sauront s’en souvenir et que l’on puisse exporter nos groupes de la région. 

L’été maintenant fini, quelles sont selon vous les trois dates à ne pas louper cet automne au 6mic ?

C’est difficile mais je veux bien me prêter au jeu : je dirais Pete Doherty et Frédéric Lo (25 octobre), Sarah McCoy (2 novembre), et Gogo Penguin (6 décembre). Mais dans toutes les dates que l’on a, il y en a pour tous les gouts, toutes les esthétiques, tous les calibres. Je pense à une date exceptionnelle avec Macy Gray (18 novembre), l’âme de la soul américaine ; Albin de la Simone (22 novembre), qui nous présente son nouvel album ; La Rumeur (25 novembre), pour que les jeunes découvrent le rap des darons (!) ; ou encore Charlie Winston (29 novembre), Izia (30 novembre), Adé (8 décembre), Pomme (24 novembre) pour la nouvelle génération… et puis Ludwig von 88 (9 novembre) pour les vieux punks. 

Le 6mic c’est aussi un dispositif d’accompagnement pour les jeunes artistes, qu’est-il prévu cette année ?

Nous avons ouvert la saison le 13 septembre avec Aurore. C’est très symbolique pour nous de commencer par une soirée dédiée aux artistes émergents amateurs. Il y en aura également en octobre et en novembre. Avec eux, nous effectuons un repérage, puis des rendez-vous sous la forme d’un diagnostic, pour savoir leur niveau, leurs attentes, vers quoi ils veulent aller. On les aiguille dans ce chemin. Il y a un travail effectué avec des coachs scéniques, vocaux… ça dure en général plusieurs mois. L’objectif c’est de les amener à être plus performants, à sublimer leur musique, sans pour autant les formater. Il y a ensuite une résidence dans le club qui dure deux ou trois jours, pour mettre en place et parfaire leur set. Elle donne lieu à une sortie de résidence, gratuite et en public, pour que tout le monde puisse venir découvrir les artistes émergents du territoire. 

Vous faites partie du réseau Provence Culture, lancé au printemps dernier. Que pouvez-vous nous dire de l’intérêt d’une telle structure ? 

Les douze plus gros opérateurs culturels du territoire aixois se sont regroupés au sein de l’association Provence Culture. L’idée est de mieux se connaître, de mieux travailler ensemble. Permettre la création ou la mise en place de projets communs pour mieux faciliter les déplacements et la circulation des publics et des œuvres. C’est aussi un laboratoire d’idées. Il y a un certains nombres de sujet qui nous impactent tous et sur lesquels nous devons collectivement avoir des réflexions et, pourquoi pas, des prises de position. Je pense notamment à la transition écologique. On sait que le climat est en train de changer, et sur notre territoire, la canicule va devenir une donnée permanente en été. On a eu un exposé de spécialistes de Météo France, pour nous expliquer l’importance des changements climatiques à l’œuvre, pour prendre conscience de l’impact que ça va avoir sur nos activités et mieux les anticiper. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR NICOLAS SANTUCCI

6mic
Aix-en-Provence
6mic-aix.fr

MONTPELLIER : L’Opéra fait sa rentrée

0
Chloeì Dufresne © Capucine De Chocqueuse

Elle était déjà à la tête de l’orchestre en septembre 2022 pour les concerts de rentrée. Et la revoilà sur un programme constitué cette fois-ci de pages opératiques. Entretemps, la carrière de Chloé Dufresne n’aura cessé de prendre de l’ampleur. Il semble loin le temps où la montpelliéraine désormais trentenaire officiait dans le chœur d’enfants affilié à l’Opéra de Montpellier. Et quelle émotion ce doit être de revenir au bercail après une année passée à Los Angeles en compagnie de Gustavo Dudamel, et à peine plus d’un an après sa nomination aux Victoires de la Musique Classique ! Et ce d’autant plus que Chloé Dufresne partage l’affiche avec deux chanteurs tout aussi talentueux : la soprano Manon Lamaison, qui depuis sa formation à Toulouse, Lyon puis Montréal, s’est fait une spécialité des rôles mozartiens ; et le baryton suisse Félix Gygli, membre cette année du International Opera Studio de l’Opéra de Zurich, et Papageno salué à la production de l’Ouverture-Opéra. Autant dire qu’on attendra le duo de pied ferme sur Là ci darem la mano, aria parmi les plus célèbres du Don Giovanni et comptant parmi les incontournables de ce concert généreux en tubes, dont deux extraits des Noces de Figaro. Sous la direction de Noëlle Gény, le Chœur s’est lui aussi mis à Mozart, et au Chœur des voyageurs extrait de l’Idomeneo ; mais aussi aux pièces maîtresses de Lakmé, des Pêcheurs de perles et du Faust de Gounod. Le répertoire italien ne sera pas en reste, puisque Rossini et son Largo al factotum, le Falstaff de Verdi et la donizettienne Fille du régiment seront également au programme. De quoi réviser ses classiques à prix doux, puisque le tarif unique de 10€ reste en vigueur.

SUZANNE CANESSA

Opéra Comédie, Montpellier
23 septembre
04 67 60 19 99
opera-orchestre-montpellier.fr

De la bifurcation du regard

0
L'artiste Clarissa Baumann sera en résidence cette année au 3 bis f © Marc Coudrais

Zébuline. Pourquoi avoir nommé la nouvelle saison Incertain regard ? 

Jasmine Lebert. Nous n’avons pas voulu de thématique de saison, mais plutôt l’annonce d’une couleur, par une formule qui nous engage. Lorsque l’on porte un regard sur les artistes invités l’an dernier, on se rend compte que leur trajectoire, leur propos sont interdisciplinaires. C’est ce qui caractérise aussi cette nouvelle saison : une forme très vaste de dénominateurs communs qui passent par la « bifurcation du regard ». Une expression que j’emprunte à la philosophe et dramaturge Camille Louis, une des artistes en résidence cette saison. Elle viendra plusieurs fois pour l’écriture de son essai, La fabrique des yeux secs. Il s’agit de prendre d’autres points de vue, d’autres espaces. 

Vous conjuguez en effet l’espace dans lequel vous vous trouvez avec les créations mises en œuvre ou réfléchies au 3 bis f…

Oui, par exemple, lors des Journées européennes du patrimoine, organisées avec le centre Montperrin, le théâtre pense les espaces du soin. La première exposition de septembre sera d’ailleurs consacrée à Yoan Sorin, Désordres, univers très riche, très lié au relationnel. Nous avons invité cet artiste à partager une soirée dans le cadre d’actoral avec Camille Louis. Ils l’ont composée ensemble en mettant leurs travaux en résonnance. Notre jardin d’art et d’essai est aussi au centre de cette relation. À l’invitation encore de Diane Pigeau, directrice artistique du centre d’art, Clarissa Baumann, artiste à la fois plasticienne, performeuse, danseuse et chorégraphe viendra en résidence de recherche pour travailler sur l’interrelation entre corps, espace, mémoire, un enchevêtrement et encore une « bifurcation » ! 

Qu’en sera-t-il de vos Soirées astrales au jardin ? 

C’est un temps d’expérimentation autour des artistes en résidence. Pour cette troisième édition Rebecca Digne performera sa nouvelle création Delirio, mêlant arts plastiques, danse, texte et bande son tandis que Marin Fouqué proposera une lecture performance autour de son dernier livre À la terre. Il est difficile de tout énumérer, le superbe travail d’Emmanuel Vigier et de Mario Fanfani, de l’inspiration apportée par la philosophe écoféministe australienne Val Plumwood (1939-2008), de la chorégraphe marseillaise Maud Pison, du musicien Thierry Balasse, du metteur en scène Youri Romão et tant d’autres. 

Je voudrais aussi insister sur les groupes de réflexion qui produisent des savoirs « situés » : se croisent les savoirs des expériences vécues, des patients, des artistes, des soignants. Ils reposent sur une méthodologie citoyenne et activent des solidarités entre art et soins, une nouvelle anthropologie des vulnérabilités sachantes s’élabore. Le mouvement du rétablissement est très vivant et très pionnier à l’échelle du territoire.  

ENTETIEN RÉALISÉ PAR MARYVONNE COLOMBANI

3 bis f
Aix-en-Provence
04 42 16 17 75 
3bisf.com

Une Passerelle éprise de nature 

0
Maldonne © Nora Houguenade

Zébuline. Le dispositif Curieux de Nature, qui investit chaque automne un espace naturel différent, franchit un nouveau cap : vous emmenez cette fois vos spectateurs sur l’eau ! 

Philippe Ariagno. On commence la saison à Savines-le-Lac, avec RicOchets, une balade poétique et musicale au petit matin sur le lac de Serre-Ponçon à bord d’une carline, un bateau rétro. Nous inaugurons avec ce projet – vraiment particulier et symboliquement fort pour nous, en rapport avec un territoire qu’on apprécie –, un compagnonnage de 3 ans avec Ottilie [B], une chanteuse des Hautes-Alpes qui pratique un magnifique chant diphonique. Plusieurs rendez-vous suivront avec cette compositrice, à l’image de 1 + hein ? dès novembre, trois jours de résidence avec David Lafore, suivis d’une performance. 

Nouveauté cette année, vous proposez de longues séries sur certains spectacles.
En effet, huit dates pour La saga de Molière, de la compagnie Les estivants, une très belle équipe de la région : Johana Giacardi s’empare du texte de Boulgakov, tout en établissant un parallèle entre une jeune compagnie contemporaine et un Molière qiu rencontrait des difficultés en tournée sur les tréteaux, avant d’être connu. Huit dates sont aussi prévues pour De bonnes raisons, un spectacle de cirque par la compagnie La Volte qui aborde le rapport au risque, la nécessaire confiance qu’il induit, ce qui advient lors de la chute éventuelle… Cette programmation est intégrée au parcours des Olympiades culturelles.

Cette saison est aussi largement féminine !
Plus de la moitié des projets est en effet portée par des femmes. Certaines sont des fidèles, telle Maëlle Mays qui propose une nouvelle Leçon impertinente de Zou. Une autre révélation : Leïla Ka, qui fut danseuse chez Maguy Marin. Nous l’accueillons lors de deux soirées, la première autour d’un triptyque qui aborde la notion d’identité, ce qu’on est et qu’on doit être, la frustration de n’être que soi… La deuxième autour de Maldonne, sa nouvelle création. On y retrouve notamment Jane Fournier Dumet, une danseuse qui jouait dans le solo Bien parado de La Méandre. Au rayon théâtre, Estelle Savasta adapte L’endormi, un texte coup de poing de Sylvain Levey, étayé du flow de Marc Nammour, leader du groupe La canaille : de l’excellent rap à hauteur d’enfants, dès 9 ans. Vient ensuite L’affolement des biches, dans lequel Marie Levavasseur, que nous avons accueillie sur toutes ses précédentes créations, se frotte pour la première fois à du spectacle tout public. Avec la douceur et la finesse qu’on lui connaît, elle y aborde la mort, le deuil, la manière de se reconstruire après la disparition de ceux qu’on aime. 

Ces autrices s’emparent aussi de violents sujets sociétaux.

Notamment avec Le jour où j’aimerais pour la première fois sans toi de la compagnie Vertiges, basée à Nice. Après un premier solo de danse aux accents autobiographiques, Alexandra Cismondi y raconte l’histoire d’une famille, qui commémore la mort d’une de ses sœurs advenue lors d’un massacre dans un lycée. Il s’agit d’un texte étonnant, qui prend place dans un futur proche plutôt dystopique. C’est très particulier, le langage n’est pas le même pour les générations, qui ont du mal à communiquer entre elles… Une petite bombe, les collégiens et lycéens adorent ! C’est aussi le cas avec Les femmes de barbe bleue, une relecture du conte de Perrault, dans laquelle les femmes assassinées prennent la parole pour évoquer les arcanes du désir féminin, le mécanisme à l’oeuvre dans les relations toxiques, la figure ambigüe  du prédateur… Il s’agit de se libérer des modèles archaïques qui gouvernent nos inconscients, de chercher à reprendre le pouvoir sur ses désirs. Le tout est porté au plateau par une belle sororité entre les actrices qui s’entraident et s’écoutent. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR JULIE BORDENAVE

La Passerelle
Scène nationale de Gap
theatre-la-passerelle.eu

Les valeurs de l’ovalie

0

Il n’est pas de bon ton de se plaindre d’accueillir une compétition sportive. La presse, les politiques, les commerçants, les bistrotiers, se réjouissent en chœur de l’arrivée en masse d’un public au « panier moyen » élevé, qui consomme et qui, miracle de l’ovalie, ne fracasse pas, comme le public du foot, les équipements communs et la gueule des supporters de l’adversaire. 

Pour autant célèbre-t-on le sport avec cette Coupe du monde, masculine, de rugby ? Est-ce un hasard si la France, dans cet affrontement des nations, s’accommode d’un deuxième ligne accusé d’avoir cassé du « bougnoule », et d’un chauvinisme qui sombre à pieds joints dans la caricature ? 

La cérémonie d’ouverture avec béret, foulard rouge, baguettes croustillantes, Jean Dujardin recuit et coq géant débile est bien sûr une offense à notre sens esthétique, à toutes les magnifiques compagnies qui savent fabriquer des spectacles à l’échelle d’un stade. C’est surtout un camouflet au pluriculturalisme et à la diversité qui anime nos rues. Non seulement la France, ce n’est pas cela, mais ça ne l’a jamais été, en aucun temps, même pas dans les années 1930, en aucun lieu et encore moins dans un Montmartre fantasmé. 

Tout le travail d’une culture en marche est d’échapper aux images caricaturales qui enferment les peuples et les esprits, de refuser de céder aux fantasmes, de briser les miroirs oublieux d’où ne savent surgir que des hommes, parisiens, blancs, forcément vantards et bons vivants, filous à la main leste. 

Valeur de l’ovalie ? Valeur du sport ? Fierté française ? 

La France sera une grande nation sportive quand elle aura des équipements qui permettent aux enfants d’apprendre à nager, à courir, à sauter, à faire équipe. Quand chacun et chacune pourra pratiquer une activité sportive, à tout âge, performant ou invalide, doué ou maladroit.  Quand elle cessera de confondre sport et compétition, match et affrontement identitaire, sport et spectacle sportif. 

Alors, on pourra se réjouir de partager des valeurs, les plaisirs les gestes des corps en  mouvement. Comme les arts, les sports n’ont de sens que s’ils sont partagés. Dans un spectacle qui construit du collectif et non de la castagne, dans une pratique ouverte et possible pour tous et toutes, et dans une élaboration commune des enjeux et des règles qui les régissent. 

AGNÈS FRESCHEL