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Salon-de-Provence : des toiles filantes

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Permettre aux gens d’aller à la rencontre de vivants aux semelles de vent, sans jamais quitter son fauteuil, telle est l’ambition des Rencontres Ciné de Salon-de-Provence. Du 5 au 14 avril la 34e édition du festival projette à Cineplanet une soixantaine de films et prévoit plusieurs conférences et débats autour de l’actualité sociale et politique, parfois brûlante.

Du ciné…

L’attention particulière portée au film documentaire dans la programmation montre l’attachement des Rencontres Ciné au champ politique. Avec l’avant-première de Once upon a time in Venezuela on plonge dans la lutte des habitants de Congo Mirador contre l’exploitation pétrolière de leur village. Bye Bye Tibériade nous amène au cœur de l’histoire mémorielle de la Palestine, où il est question d’exil et de douleur. Mais les projections aux sujets graves n’effacent pas la présence de films plus humoristiques. C’est le cas du premier film de la Québécoise Ariane Louise-Seize, Vampire humaniste cherche suicidaire consentant, racontant l’histoire cocasse du compromis entre une vampire anti-meurtre et un homme lassé de vivre. Quelques comédies donc, quelques polars, mais aussi des drames, à l’image des tragiques expériences humaines que le festival s’est donné pour but de représenter. Un autre fil rouge se dégage de la programmation puisque ces rencontres cinés sont un véritable voyage, faisant passer les spectateurs par 41 pays et avec une focale particulière sur les combats et les aspirations de la jeunesse.

…et des rencontres

Pour les festivaliers il ne s’agit pas que de regarder silencieusement les films qui leur sont proposés. Sur les 62 films, dix font l’objet de rencontres entre le public et les réalisateur·ices, acteurs et distributeurs des dites projections. La rencontre avec Jon Marquez, le directeur de la photographie de Once upon a time in Venezuela peut ainsi permettre d’ouvrir le dialogue autour de ce documentaire engagé (le 9 avril). La conférence de SOS Méditerranée et Welcome Salon, partenaires de Moi, Capitaine, place notre rapport avec l’autre au centre des débats (le 10 avril).  La réussite de cette 34e édition se déterminera sans doute par la qualité des discussions et des idées échangées lors de ces rencontres prometteuses. 

RENAUD GUISSANI 
Rencontres cinématographiques de Salon-de-Provence
Du 5 au 14 avril
Cineplanet, Salon-de-Provence
rencontres-cinesalon.or

Une résistance sénégalaise

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Après Tableau Ferraille en 1997 et Madame Brouette (Ours d’Argent à la Berlinale en 2002), le cinéaste sénégalais Moussa Sène Absa poursuit son exploration de la société de son pays, exposant ses maux, ses tabous dans son dernier film, Xalé, les blessures de l’enfance. « Pour tous mes films, je m’inspire de ce qui se passe autour de moi : je n’invente rien, tout est là ! » 

Inspiré par un fait qui s’est passé dans sa famille, il nous raconte l’histoire d’Awa (Nguissaly Barry), une jeune fille de 15 ans, qui partage son temps entre un petit travail dans un salon de coiffure et l’école où elle excelle. Contrairement à son frère jumeau, Adama (Mabeye Diol) petit vendeur dans les rues de Dakar et qui n’aspire qu’à une chose : s’embarquer sur une pirogue pour fuir ce pays qui ne donne aucun avenir à ses enfants. À la mort de la grand-mère, la vie d’Awa est bouleversée. En effet, selon les derniers vœux de l’aïeule, sa tante Fatou (Rokhaya Niang) est mariée de force à Atoumane (Ibrahim Mbaye), son cousin qu’elle n’aime pas. Fatou résiste : le mariage n’est pas consommé. Atoumane blessé dans son amour propre, méprisé par son patron, castré par la société, en arrive à commettre un acte infâme : violer sa nièce. Suite au verdict du tribunal coutumier, il est exclu du village pour dix ans. Awa est détruite mais, se retrouvant enceinte, elle relève la tête et prend seule la décision de garder le bébé… Elle a pu ouvrir son salon de coiffure, elle élève sa fille Bintou, a retrouvé son amour  d’adolescence, semblant s’être reconstruite jusqu’au jour où Atoumane revient…

« Les maux qui gangrènent »

À travers l’histoire d’Awa remarquablement interprétée par Nguissaly Barry, Moussa Sène Absa veut faire réagir face à un problème majeur de la société : « Quand on lit les journaux sénégalais, on se rend compte que pas une journée ne se passe sans qu’on y évoque un viol par un père, un cousin, etc. Le plus souvent, cela se passe dans le cercle familial, ou professionnel, avec des enseignants qui abusent de leurs élèves. Il y a beaucoup de non-dits dans la société sénégalaise et c’est justement ceux-ci qui m’intéressent. Il faut s’appesantir sur les maux qui gangrènent notre société. » 

Tourné en langue wolove, majoritairement parlée au Sénégal, Xalé, les blessures de l’enfance est un film rempli de couleurs et de musique. Robes des griots et des griottes, tantôt rouges, tantôt bleues, tantôt blanches selon qu’ils condamnent, commentent, encouragent ou chantent l’amour. Comme un chœur antique. « Ce n’est pas imaginable pour moi qu’un de mes films n’ait pas de musique » précise Moussa Sène Absa qui vient d’une famille de griots. 

Xale, les blessures de l’enfance est dédié à Rock Demers, producteur de son film Madame Brouette, disparu et 2021 et à sa mère : « Mes films sont des hommages continus aux femmes, à leur force au quotidien. Je suis certain des apports considérables des femmes à la société, leur place permet d’assurer équilibre. » Comment ne pas être d’accord avec lui !? 

ANNIE GAVA
Xale, les blessures de l’enfance, de Moussa Sène Absa
En salles le 3 avril

Cendrillon, sans hésiter

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J.Pommerat Cendrillon © Cici Olsson

Il y a des spectacles qui vous marquent, où vous voudriez emmener tous vos proches, faire voir à tous. Cendrillon de Joël Pommerat fait partie de ceux-là. Créée en 2011, recréée en 2022, la pièce met en scène le deuil et l’enfance avec une force émotionnelle exceptionnelle. Tout y est parfait, la puissance simple des acteurs, le lumières qui s’éteignent si brutalement, l’erreur de l’enfant, le temps qui s’écoule trop lentement, trop bruyamment, le père, les sœurs, la terrible marâtre, le prince qui doit lui aussi admettre le deuil. Adressé aux enfants, le spectacle parle surtout à celui que nous portons tous en nous-mêmes, avec ses douleurs profondes, ses oublis, ses terreurs, ses culpabilités qui immobilisent et séparent de la vie. Suggestif, écrit avec la simplicité de l’évidence et la poésie des images inconscientes, Cendrillon nous fait comprendre pourquoi nous aimons tant les contes, ces histoires universelles qui s’adaptent aux époques et aux sociétés qui les transmettent : nous en avons besoin pour changer et grandir, à tout âge. A.F.

Cendrillon est jouée du 4 au 6 avril aux Salins, scène nationale de Martigues

Le matrimoine musical à l’honneur

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Eve Risser ©Sylvain-Gripoix

Depuis 2022, Nathalie Négro et sa compagnie Piano and Co travaillent à ce projet avec des écoles au Portugal, en Grèce, en Arménie et à Chypre afin de rendre visible la présence des femmes dans la musique euro-méditerranéenne. Cette semaine des musicien.ne.s de tous ces pays débarquent à Marseille pour présenter le travail accompli.

En ouverture le 6 avril une conférence intitulée « Compositrices : L’histoire oubliée de la musique », du nom du dernier ouvrage du Guillaume Kosmicki qui en sera l’animateur. Le reste de la programmation est concentrée sur les 11, 12 et 13 avril avec un concert par jour. D’abord, la compositrice grecque Esthir Lemi présentera  en création mondiale une pièce mixte (électro acoustique, harpe, marimba et piano) commandée par Piano and Co. Le lendemain, une autre commande  :  une pièce d’Eve Risser pour orchestre alliant instruments classiques et traditionnels des diverses cultures méditerranéennes.  Pour le concert de clôture les musiciennes interpréteront des morceaux de sept autres compositrices grecques, chypriotes, arméniennes et portugaises .

Sublimes subliminales
Une table ronde intitulée « Les femmes musiciennes sont dangereuses » d’après le livre d’Annie Coste, regroupera autour d’elle la pianiste Macha Gharibian, la rappeuse Amalia et la compositrice Eve Risser (13 avril). Pour compléter le tableau, deux films documentaires seront projetés. Le premier, Sisters with transistors de Lisa Rovner raconte l’histoire méconnue des pionnières de la musique électronique. Le second, réalisé par Anne Alix revient sur tout le parcours du projet Musical Bounce Back.

Enfin, le conservatoire Pierre Barbizet accueillera une exposition scénographiée par Claudine Bertomeu qui permettra de (re)découvrir la place importante des femmes dans la musique « de manière un peu subliminale », selon les mots de Nathalie Négro.

CHLOE MACAIRE

Musical Bounce Back
Du 6 au 13 avril
Divers lieux, Marseille

Un festival pour la paix

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Cette année, le festival se concentre sur trois « grands » week-ends répartis sur le territoire, convoquant plus de dix artistes internationaux, comme autant d’invites au voyage. 

Détour par le Liban

Le Liban le pays invité de la Biennale d’Aix 2024 ouvre le festival par Une nuit à Beyrouth, concert des virtuoses du violon et du oud que sont Christian Fromentin et Tarek Abdallah. La Bastide Granet, don du peintre à la Ville d’Aix, et gérée depuis deux ans par l’association Boîte à Mus’, la « BàM », organisatrice du festival, accueillera outre des concerts l’exposition photographique de Laurent Villeret, Villa Beyrouth. Son appareil photo s’est attardé, après les terribles explosions du 4 août 2020 au port de Beyrouth sur les murs d’une des villas laissées en ruine après la tragédie. Curieusement, des artistes anonymes en avaient investi les murs laissant des créations spontanées et mystérieuses aux interprétations ouvertes. 

Rendez-vous avec le monde

On partira pour l’Amérique du Sud, en compagnie de la chanteuse mais aussi médecin et anthropologue, Tattiana Angel. Son premier album, Entre verso y soledad mêle réflexions sur les sujets sociaux et notre manière d’habiter la planète terre. L’élégance et la subtile sobriété de Mandy Lerouge se glissent dans un répertoire, La Madrugada, qui arpente les étendues de l’Argentine qui n’est pas que la patrie du tango. Départ pour Cuba aux côtés d’Irina González et son « Novísima Trova » aux parfums de jazz, bossa, afro-cubain, puis avec le groupe Soneros del Caribe, six complices qui rendent hommage aux légendes du Buena Vista Social Club et bien d’autres. Cinglons vers les îles du Cap-Vert et Radio Mindelo dont les trois musiciens nous parlent de joie et de soleils métissés, tandis que les deux lauréats du Prix des Musiques d’ICI 2023, Benzine, mixent poésie bédouine et musique électro avec un bonheur communicatif. Enfin l’Espagne trouvera ses expressions les plus pures avec l’ambassadeur du Flamenco moderne, Luis de la Carrasca et son spectacle Barò Drom puis grâce à la Fiesta Gitana portée par le talent fou des familles Deleria et Santiago. Les représentations du 11 au 13 avril seront prolongées par des soirées, tango, bodega, DJ Chichi Queen. « On donne l’heure du début des spectacles, jamais de leur fin », sourit Magali Villeret.

MARYVONNE COLOMBANI

4 au 7 avril, Bastide Granet, Aix-en-Provence, Cabriès, La Ciotat, Le Tholonet
11 au 13 avril, La Manufacture, Aix-en-Provence
19 et 20 avril, La Destrousse, Le Tholonet
04 42 38 81 33
musiterranee.com

Tara fait escale à Marseille 

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Mission Microbiome © Giulia Grossmann

La fondation Tara, créée par la styliste Agnès b. (alias Agnès Troublé) en 2003, s’est donné pour mission de comprendre et protéger l’Océan. Elle finance entre autres le périple d’une goélette, Tara, qui sillonne depuis un an les côtes européennes afin d’étudier l’impact des pollutions terrestres et du changement climatique sur les écosystèmes côtiers. « Hotspots » de biodiversité, particulièrement vulnérables, ces milieux marins sont étudiés par les partenaires scientifiques de l’expédition. Laquelle fait escale à Marseille du 4 au 7 avril, à l’occasion du Grand musée bleu, temps fort organisé par le Mucem dans le cadre de ses 10 ans. Notons que l’événement est, comme l’ensemble des célébrations anniversaires du Mucem, financé par la CMA-CGM, acteur majeur du transport maritime mondialisé, et, comme tel, responsable de nuisances environnementales considérables. Quant à Tara, elle est soutenue, entre autres, par Axa, Veolia, L’Oréal… Pas, donc, les plus scrupuleuses des multinationales.

Garder à l’esprit cette contradiction permettra d’assister avec un œil plus vif aux diverses propositions du week-end. Qui s’inaugurera, le vendredi, avec une conférence invitant Pierre Boissery (Agence de l’Eau Rhône Méditerranée et Corse), Rémy Simide (biologiste marin, Institut Paul Ricard), Audrey Lepetit (responsable du programme Pêcheurs d’Avenir, Planète Mer), et Alexis Rosenfeld (photographe, Fondation One Ocean) à s’exprimer sur le futur de la Méditerranée. Le public pourra, sinon visiter la goélette (les réservations sont closes), en tout cas rencontrer les artistes accueillis en résidence à son bord, Enrique Ramirez et Nicolas Floc’h, assister à la projection de films documentaires, ou participer à de nombreux ateliers, à partir de 8 ans. L’un d’eux s’intitule Plastique en mer : les solutions sont à terre. Il invite à réduire à la source les déchets, en n’en produisant pas, ou le moins possible. Une excellente idée.

GAËLLE CLOAREC

Un grand musée bleu
4 au 7 avril
Mucem, Marseille

Mort de Maryse Condé : Retour sur une vie sans fard

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Maryse Condé chez elle à Paris, en 2015 © Jacques Torregano

Maryse Condé s’est éteinte dans la nuit du 1er au 2 avril. Et c’est tout le monde des lettres françaises et francophones qui se sent aujourd’hui orphelin. Âgée de 90 ans et affectée par un accident cérébral, elle s’était installée avec son mari et traducteur Richard Philcox dans le Lubéron depuis plusieurs années. Son affaiblissement physique n’avait jamais entamé son désir d’écrire, si bien qu’elle avait dicté ses derniers textes. On se souviendra longtemps des deux journées consacrées à son œuvre organisées en novembre 2022 au Mucem.

À la croisée des continents

Née à Pointe-à-Pitre dans une famille d’instituteurs, Maryse Condé dénoncera non sans tendresse son éducation « à l’occidentale » dans son roman autobiographique Le Cœur à rire et à pleurer : sa mère, Jeanne Quidal, première institutrice noire de la Guadeloupe, s’y enorgueillit d’être « plus français[e] » que les français eux-mêmes : « Nous sommes plus instruits. Nous avons de meilleures manières. Nous lisons davantage. Certains d’entre eux n’ont jamais quitté Paris alors que nous connaissons le Mont Saint-Michel, la Côte d’Azur et la Côte basque ». Elle y raconte aussi ce père « convaincu que seule la culture occidentale vaut la peine d’exister ». Ses études menées à Paris au mi-temps des années 1950 et ses premiers écrits gardés secrets, marqués par un désir de créolité, la mettent devant l’évidence : elle est attendue ailleurs. En Afrique, où elle découvrira la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Ghana au gré de postes d’enseignante ; à Londres, puis au Sénégal. Douze années de découvertes mais aussi de souffrance aboutissant à sa rencontre avec Richard Philcox, narrées dans le très beau La vie sans fards : « Il était celui qui allait changer ma vie. Il allait me ramener en Europe puis en Guadeloupe. Nous découvririons l’Amérique ensemble. Il m’aiderait à me séparer en douceur de mes enfants le temps de reprendre mes études. Surtout, grâce à lui, je commencerais ma carrière d’écrivain ».

De retour en France, au tournant des années 1970, elle travaillera longtemps pour les éditions Présence Africaine, et effectuera de nombreux retours en Guadeloupe, ou encore aux Etats-Unis où elle mènera, en parallèle, une carrière universitaire, puisqu’elle dirigera jusqu’à sa retraite le centre d’études française de Columbia. 

Des honneurs tardifs

Certes tardifs, les honneurs décernés à Maryse Condé en France et en Europe, loin de l’Amérique qui avait déjà reconnu ses talents et où elle fit paraître plusieurs essais, furent nombreux. Elle fut, entre autres, couronnée du « Prix Nobel Alternatif » décerné en 2018, année de l’annulation des Nobel pour cause de scandale #metoo. L’autrice laisse derrière elle une œuvre abondante, politique, portée par une langue unique, lyrique et musicale. Marquée d’accents, de mots et de structures créoles, qu’elle prit parfois le pari de ne pas traduire pour mieux désarçonner ses lecteurs et lectrices. On évoque souvent, à son sujet, la saga Ségou publiée en 1984 et 1985, mêlant fiction et grande histoire du régime bambara ; ou encore Moi, Tituba … sorcière noire de Salem, biographie fictionnalisée de l’esclave d’un pasteur puritain. Mais c’est peut-être La Migration des cœurs qui résume le mieux l’ambition romanesque de cette autrice unique : une transposition hallucinée des Hauts de Hurlevent dans les Caraïbes du début du XXème siècle. Heathcliff y devient Razyé, jeune orphelin adopté par une famille béké. La langue y est étincelante et imagée, comme ce  « silence pesant comme un linge mouillé », ces « ventres à crédit », ou encore ce soleil qu’on regarde « se lever et se coucher derrière les dents de scie de la montagne, et se lever encore ». Vivace et vibrante, à l’image d’une autrice dont il nous faudra chérir l’infatigable appétit de vivre.

SUZANNE CANESSA

La FNCC à la recherche d’un nouveau pacte 

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Frédéric Hocquard © Marie-Sophie Leturcq

Zébuline. D’abord, qu’est-ce que la FNCC ?
Frédéric Hocquard.
C’est une fédération qui existe depuis 1960, et regroupe des élus à la culture, de différentes collectivités, beaucoup de communes, mais aussi des départements, des régions, des intercoms, des métropoles… C’est une fédération pluraliste sur le plan politique, donc avec des élus de différentes sensibilités politiques. Ces élus réfléchissent autour des questions culturelles et cherchent à trouver une parole collective autour des grands sujets qui concernent la culture. 

Pourquoi était-ce important d’organiser un congrès maintenant, sept ans après le précédent ?
Les collectivités territoriales contribuent pour deux tiers des financements publics dans le domaine de la culture, et on est aujourd’hui à un croisement en termes de politiques culturelles. Certaines sont à bout de souffle, d’autres demandent à être changées, redynamisées. On est à un point où il y a besoin de retrouver un nouveau pacte entre les collectivités territoriales et l’État, qui coconstruisent les politiques culturelles. Ce pacte se défait petit à petit à cause des problèmes de financement et du manque d’intérêt. On a une valse des ministres de la Culture depuis des années, on voit bien que la culture n’est pas vraiment prise au sérieux, alors que c’est un élément structurant en termes de politique publique. L’idée de ce congrès c’est aussi de faire des propositions en partant de ce qui est fait sur les territoires. On ne va pas se contenter de débat théorique. 

Et pourquoi avoir choisi Marseille pour ce congrès ?
Marseille a été capitale européenne de la culture en 2013, ça a donné une impulsion nouvelle qu’on observe depuis à l’échelle de ce territoire très grand. C’est quelque chose qu’on veut saluer. Marseille est à la mode aujourd’hui sur les sujets culturels, beaucoup de gens cherchent à y développer des projets, et c’est une bonne chose, parce que c’est une ville qui mérite d’être attractive. 

À quoi peut-on s’attendre pour ce congrès ?
Beaucoup de sujets importants traverseront le congrès : la transition climatique et sa possible articulation avec le développement de la culture donnera lieu à une table ronde, les droits culturels, la coopération entre l’État et des les collectivités territoriales… 

On a invité beaucoup d’élus de différentes collectivités territoriales d’un peu toute la France. Pour l’ouverture, on aura entre autres le maire de Marseille, la présidente du département, le président de l’Association des maires ruraux de France (AMRF), et puis la ministre de la Culture.

Et vous, qu’attendez-vous de ce congrès ?
J’attends beaucoup ! Je voudrais qu’il permette la mise en place d’un pacte qui renouvelle la coopération des collectivités territoriales et de l’État. Depuis quelques années, l’État avance tout seul de son côté. Quand il a mis en place le Pass Culture, par exemple, il l’a fait seul. Aujourd’hui, la ministre de la Culture parle de révolutionner le Pass Culture pour l’adapter. Ce sont des choses que les collectivités territoriales disaient il y a quelques années, en faisant la remarque que ça ne fonctionnait pas, qu’il fallait faire mieux sur les dépenses collectives. Je prends cet exemple-là, mais ça pourrait se multiplier. La question, c’est de savoir comment on peut remettre en place un cadre de coopération dans ce domaine.  

Justement, que pensez-vous des coupes budgétaires annoncées par Bruno Le Maire ?
Cette baisse budgétaire est brutale et inédite. Pour la création, c’est 10% du budget qui est retiré sur un claquement de doigts. Et encore une fois, c’est unilatéral. Cette baisse de budget, les collectivités ne pourront pas la compenser. 

Rachida Dati, ministre de la Culture, a également annoncé des fermetures d’écoles d’art…
Il y a 15 jours, on a fait une Conférence des territoires pour la culture, et il n’en a pas été question. Et là, on apprend que le ministère veut les fermer, alors qu’elles sont financées en grande partie par les collectivités territoriales ? On est étonnés de continuer à avoir des décisions qui viennent d’en haut… On ne peut pas faire tout seul dans le domaine de la culture, les choses sont beaucoup trop entremêlées. Prenez l’exemple de Marseille : le Mucem est un établissement national, il relève de l’État. Juste à côté, vous avez la Grotte Cosquer qui est un établissement régional. De l’autre côté du Vieux-Port, il y a le Théâtre de La Criée, qui est financé par l’État, le Département et la Ville. Si une des institutions arrête les financements, qu’est-ce qu’on fait ? Si la ville veut cesser de financer La Criée, on arrête un tiers de sa programmation ? Ça n’a aucun sens. Tout ça est entremêlé, au service des habitants et des artistes. C’est comme ça qu’ont été construites les politiques culturelles depuis les années 1960. Là, on est en train de tout déconstruire. Ça ne va pas. 

Que pensez-vous de la proposition de loi de Pierre Dharréville, concernant la continuité de revenus pour les artistes ?
C’est un débat qui date de la dernière élection présidentielle et qui opposait droits d’auteur et intermittence du spectacle : soit on ouvrait l’intermittence du spectacle à tous les types de métiers artistiques, soit on laissait les artistes-auteurs vivre seulement de leur droits d’auteur. Cette proposition de Pierre Dharréville est de l’ordre de l’expérimentation, et l’intermittence du spectacle s’est aussi construite ainsi. Ça a commencé sous le Front Populaire avec une caisse de secours pour les techniciens du cinéma, et ça s’est finalisé dans les années 1970, quand les chorégraphes et les danseurs y ont eu accès. Bref, c’est cette sédimentation qui fait que c’est un bon dispositif. Là, c’est pareil, il faut ouvrir un nouveau temps qui permettra dans le futur d’avoir des droits qui seront étendus à plus de gens qui travaillent dans la culture. Pierre Dharréville a eu du mérite de travailler cette question. 

ENTRETIEN REALISÉ PAR CHLOÉ MACAIRE

Oyez pitchounes  

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La grande parade de Festo Pitcho avec les marionnettes géantes de la compagnie Archibald-Caramantran © X-DR

Avec les animaux de La Fontaine en ombres tutélaires de cette nouvelle édition, l’écologie se taille la part du lion pour une sensibilisation en douceur, autour des mésaventures d’une jeune ourse polaire (Ricochet(s), du 5 au 14 avril, Grand Avignon), ou d’un conte musical dans une réserve naturelle d’animaux marins au Brésil (Voyage au-delà des mers, le 10 avril, Châteaurenard). Les expérimentations sensorielles immergent dans le cycle du vivant : les compositions électro-acoustiques de Simon Kansara accompagnent les dessins animés réalisés en direct par l’artiste peintre Émilie Tarascou, donnant vie à paysages naturels mouvants – fil des saisons, vol des oiseaux, scintillement des étoiles… (Versant Vivant, le 9 avril au Grenier à Sel, Avignon). Pour les plus petits, place aux formes courtes, mêlant théâtre d’ombres (Le Tout Petit Voyage, 25mns, dès 1 an, le 10 avril à Sauveterre) ou fable musicale évoquant le vol d’une raie manta dans l’atmosphère onirique de vitraux colorés, bercée par les trois musiciennes de la Compagnie Klankennest, aux percussions et violoncelle (Manta, 40mns, de 4 à 24 mois, du 11 au 13 avril à La Garance, Cavaillon). 

Pas de côté 
Pour les plus grands, la programmation ose le pas de côté. Création in situ à la Maison Jean Vilar, Bazar Vilar retrace la vie du grand homme – les escabeaux se muent en tréteaux, et c’est la grande histoire du théâtre qui prend vie sous nos yeux ! (du 11 au 13 avril). Avec Méandres, la chorégraphe Sara Pasquier ressuscite le Minotaure pour une initiation à la danse contemporaine (les 12 et 13 avril au Théâtre Golovine, Avignon), tandis que Moi c’est Talia nous plonge dans la psyché d’une collégienne, confrontée à son surmoi récalcitrant. Apaiser les cavalcades de pensées à l’orée de l’adolescence, tout un programme (le 16 avril au Théâtre des Halles, Avignon) ! La compagnie Les Traversées s’attelle au deuil, sujet ardu mais nécessaire : deux jeunes orphelins s’épaulent dans la découverte intuitive de la résilience, jugulant chacun à sa manière l’immense chagrin de la perte d’un parent (Le chant de la baleine, les 13 et 14 avril au Théâtre Transversal, Avignon). Plus léger, le concert de Coeur de Louve met le rock à hauteur des petits, autour de thèmes qui leur sont chers : la perte du doudou, l’apprentissage du non… (à l’Isle-sur-la-Sorgue le 12 avril). Les plus téméraires oseront la musique improvisée, autour des “chimères syllabiques” de Baby Jotax (les 19 et 20 avril à l’AJMI, Avignon). Enfin, deux rendez-vous de plein air : le 15 avril, la chorale Pitchoun scelle l’aventure collective menée par le musicien Thomas Pitiot avec une cinquantaine d’enfants scolarisés à Avignon. Et dès le 6 avril, les animaux mènent la sarabande dans les rues de la ville, pour un lancement en fanfare auprès des marionnettes géantes de la compagnie Archibald-Caramantran (départ à 15h du Square Agricol Perdiguier, clôture à 17h autour d’un grand goûter). 

Julie Bordenave 

Festo Pitcho
Du 6 au 24 avril
Avignon et alentour,
festopitcho.com

Biennale d’Aix, un festival de propositions 

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Aux lendemains de la crise covidienne, Sophie Joissains, maire d’Aix-en-Provence, contrant les propos jugeant la culture non-essentielle, décidait de renouer avec le souffle de la culture par l’élaboration du projet fou. Une biennale ayant pour « terrain de jeu » toute la ville d’Aix-en-Provence, du cœur historique aux quartiers plus excentrés et les villages au pourtour de la ville. « Il s’agit de mettre l’art au cœur de la cité, de le rendre accessible à tous », expliquait Sophie Joissains lors de la présentation de la première étape.

Une initiative politique

Deux temps seront déclinés cette année au lieu des « quatre saisons » de la première biennale qui tentait – avec le succès que l’on connaît – à rompre avec les années de restrictions liées à la pandémie. « Il était important de ne pas mélanger la biennale et les autres festivités traditionnelles de l’année, telles le festival de Pâques ou le festival d’art lyrique » ajoute l’édile. En revanche, le lien patrimonial est renforcé, mettant à contribution, non seulement les lieux institutionnels, comme les divers musées de la ville, les théâtres et lieux de spectacle, les bibliothèques, les écoles d’art, le conservatoire, mais aussi les centres sociaux, les parcs, jusqu’au Gymnase de Val de l’Arc : quarante espaces où seront jouées, interprétées, projetées, performées, exposées, commentées, les 80 propositions de la première partie des festivités. 

 « Croiser patrimoine et création est un pari passionnant auquel sont associés les partenaires du territoire » explique Stéphanie Lelouarn, chargée de mission à la Biennale d’Aix. « La biennale existe comme une, chance une opportunité pour valoriser et développer les propositions de l’École d’Art d’Aix, et prend une place importante dans la politique d’insertion professionnelle des élèves de l’école », affirme l’historienne de l’art et directrice de cette institution, Barbara Satre. Christel Roy, coordinatrice des musées d’Aix-en-Provence, souligne combien le lien entre la ville et l’art contemporain est symbolisé par Beyond consciousness, « tissages oniriques et organiques » qui constituent l’installation immersive de l’artiste Chiharu Shiota. 

Du local et de l’international

Suivant le principe d’accueillir lors de chaque édition un nouveau pays, la biennale 2024 offre son écrin aux artistes du Liban en écho à l’anniversaire de l’accord de coopération avec Baalbeck, jumelée avec Aix-en-Provence depuis 2003. Le « cinéma comme force vitale » mettra à l’honneur ce pays par plusieurs projections et débats grâce à l’Institut de l’Image. Le Couvent des Prêcheurs recevra la soirée musicale Galbi Galbi et l’Auguste Théâtre y proposera une lecture théâtralisée, Beyrouth 2020, Journal d’un effondrement tandis que dans la cour du musée Granet l’autrice, actrice et metteure en scène libanaise Chrystèle Khodr interprètera la performance théâtrale et musicale Ascension et chute de la Suisse de l’Orient. 

Axée aussi sur la jeunesse, la Biennale reconduit sa collaboration avec lAix-Marseille Université pour Before-Campus de nuit#2. Les manifestations comme l’agitation foraine de Cosmogonos de la compagnie Titanos ou le Manège d’Andréa de François Delarozière investiront les espaces urbains pour des émerveillements partagés. Expositions collectives, installations sonores, lien fort avec les Rencontres du 9e art, la première édition du festival pluridisciplinaire Lips #1, théâtre, danse (dont un somptueux programme concocté par la compagnie Grenade), arts de la rue, déambulations, impossible de tout citer tant la ville foisonne de propositions toutes plus inventives et intéressantes les unes que les autres… Indubitablement, l’art est le lien privilégié et essentiel qui fonde notre humanité.

MARYVONNE COLOMBANI

Biennale d’Aix
Du 6 avril au 29 juin
biennale-aix.fr