dimanche 22 février 2026
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Babel Music XP : les musiques mondiales ont rendez-vous à Marseille

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Olivier Rey © Jean de Peña

Zébuline. Quelles dynamiques ont permis de faire renaître un événement d’envergure internationale comme Babel Music XP ?

Olivier Rey. A la fin de Babel Med Music en 2016, nous étions intimement convaincus que l’événement avait du sens et une légitimité parce qu’il mettait en miroir la dimension économique, sociétale et culturelle des musiques actuelles du monde. Trois éléments dont les enjeux n’avaient pas coutume d’être associés et auxquels le projet refondé répond. On s’est rapidement inscrits dans une dynamique collective pour coconstruire un nouvel événement que l’on considère d’intérêt général parce qu’il est au service de la filière. Pour nous, il fallait absolument que les différents acteurs de l’écosystème musical puisse manifester leur intérêt et nourrir le projet. Des réseaux régionaux nationaux et internationaux ont validé et soutenu la démarche. Le point central était de savoir comment réinventer le modèle économique de l’événement et les partenaires institutionnels, les collectivités territoriales au premier chef – Région Sud, Ville de Marseille et Métropole -, ont fait preuve d’une écoute attentive. En 2020, au milieu de la crise du Covid, nous avons proposé un « before » au format digital qui a montré sa pertinence : au moment où la filière était à l’arrêt, ce moment lui a permis de se rassembler autour des thématiques qui la traversent. En 2021, il y avait encore les contraintes liées au Covid ; en 2022, les mobilités internationales n’étaient toujours pas assurées donc on s’est projetés sur l’édition 2023.

A quoi peut servir un marché de la filière musicale, particulièrement dans le secteur des musiques actuelles du monde et dans l’après-Covid ?

Il y a de moins en moins de fenêtre de diffusion pour les artistes des esthétiques que l’on défend et qui font carrière principalement sur scène. Il faut un événement fédérateur pour participer à la relance, notamment économique. Depuis la crise sanitaire, les programmateurs ont tendance à s’orienter vers des têtes d’affiche dont le cachets ont augmenter, pour certaines, de 30 %. Cela grève les budgets, donc nécessite de faire de la billetterie et donc diminue les possibilités de prendre des paris sur des artistes émergents ou en développement de carrière. L’idée, avec Babel Music XP, est de rassembler tout ce monde-là pour pouvoir poser les modalités d’un nouveau mode de fonctionnement, surtout après la fin de certaines aides liées au Covid. Recréons des connexions et un climat de confiance pour imaginer des coopérations et combattre la frilosité ambiante.

Quelle est la pertinence de l’organiser à Marseille ?

Depuis que Babel Med Music s’est arrêté, les marchés ont fait florès sur tous les continents. On sait que ce sont des accélérateurs de carrière mais pour des artistes locaux, il est souvent difficile d’y accéder. Sur notre créneau, il n’y a pas d’équivalent en France alors que le premier marché des musiques du monde en Europe, c’est la France. Tous les métiers de la filière au niveau régional et national vont donc bénéficier de la venue du monde entier à leur porte sans avoir à prendre l’avion. Si on a enlevé le terme « Med » de notre nom, c’est parce qu’on s’est rendu compte que dans certains territoires de la planète, on pensait que Babel Med Music était confiné à l’aire méditerranéenne. Mais quand on discute avec nos collègues internationaux, on constate que Marseille est un point d’ancrage puissant dans l’imaginaire des gens. Que l’on vienne d’Europe et du continent Nord-Américain pour prendre le pouls du bassin méditerranéen et de l’Afrique sub-saharienne ou que l’on vienne des pays du Sud qui nous voient comme la porte d’entrée pour accéder aux marchés occidentaux. Enfin, Marseille fait sens parce que la ville raconte l’histoire des diasporas, des migrations, des passages entre les continents.

Quels sont les principaux enjeux des rencontres professionnelles ?

Nos musiques sont aussi porteuses de valeurs. On ne vit pas dans un monde clos, déconnecté des préoccupations sociétales. Avec l’inclusion, l’égalité des genres, la diversité ou d’autres sujets, la question de la transition écologique traverse intégralement la filière. Les festivals sont un secteur énergivores et la crise énergétique a contraint des salles, qui ne pouvaient pas payer les factures, à fermer. En même temps, de plus en plus de dispositifs sont portés un peu partout à travers le monde. Notre volonté est de rassembler autour de plusieurs tables rondes les acteurs de ces initiatives qui ne parlent pas forcément entre eux. Non pas pour les photocopier mais pour s’en inspirer et être plus vertueux dans nos pratiques. On n’a pas d’avis préconçu et l’idée n’est pas de faire du militantisme forcené mais de montrer comment, à partir de récits inspirants du monde entier, on peut tracer son propre chemin sur son territoire. Sur l’égalité des genres, il y a par exemple une table ronde qui réunit Yacko enseignante et rappeuse féministe indonésienne, Germaine Kobo, chanteuse belge d’origine congolaise et Alexandra Archetti Stølen, directrice du Oslo World Festival. Le secteur culturel est souvent à l’avant-garde sur des idées qui peuvent infuser la société. Et Babel veut être la caisse de résonance de ce genre d’avancée.

Babel Music XP est aussi ouvert au grand public, à travers trente-deux concerts. Pourquoi cette dimension est-elle importante ?

On est un événement consacré aux musiques actuelles du monde. Le marché accueille le monde, les rencontres professionnelles sont empreintes des préoccupations actuelles et il est inconcevable de ne pas proposer des musiques à écouter. Babel Music XP donne l’opportunité aux artistes de se retrouver face à des programmateurs. Et la meilleure des expositions pour un artiste reste quand même de montrer son travail sur scène, face à un vrai public. Parce qu’il se passe autre chose que devant un auditoire composé des seuls professionnels qui, eux, pourront se projeter. Par leur diversité et leur ancrage dans le monde d’aujourd’hui, les trente-deux groupes qu’on propose définissent très le périmètre des musiques que l’on promeut.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LUDOVIC TOMAS

Babel Music XP
Du 23 au 25 mars
Divers lieux, Marseille

Lignes de fuite 

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© X-DR

Le public était à nouveau au rendez-vous du désormais rituel Au bout, la mer, proposé par la Mairie des 1er et 7e arrondissement de Marseille. Sous un soleil dominical bienvenue, 18 000 personnes ont déambulé le long d’une Canebière transfigurée dans sa partie piétonne. Au milieu des stands habituels – marché de producteurs, jeux pour enfants, village associatif, université populaire… -, les formes circassiennes courtes tiennent le haut du pavé. Comme d’habitude, il s’agit de jouer avec les lignes de fuite, d’intégrer l’horizon dans les acrobaties sens dessus dessous, d’inviter à la contemplation les yeux dans les cieux. Dans l’écrin verdoyant du Jardin des vestiges du Port antique, les deux acrobates de la compagnie Si seulement offrent 45 minutes de pure grâce aux spectateurs subjugués de tous âges, suspendus à la délicatesse des deux artistes s’effleurant, grimpant au mât pour offrir d’entêtants points de vue au milieu des ruines, tentant le jonglage à l’aveugle… Un duo misant sur la force de la confiance et du lâcher prise, deux essentiels des binômes de main à main. 

À quelques encablures de là, plus tard dans l’après-midi, les cinq artistes de la compagnie Lézards Bleus réussissent la prouesse de tenir en haleine la fourmilière bouillonnante investissant la Canebière. Têtes levées et souffle coupé, les spectateurs vibrent à l’unisson en suivant les pérégrinations de ces jeunes hommes rompus à l’art du parkour, escaladant les façades, sautant de toit en toit, toisant la foule du haut des divers édifices. Une performance de toute beauté orchestrée par Antoine Le Ménestrel, ancien grimpeur passé maître dans l’art de la danse sur façades depuis trente ans. De l’exigence à ciel ouvert, une belle manière de clôturer un mois trépidant consacré au cirque sous toutes ses formes à échelle de la région Paca, tout en sensibilisant les spectateurs des futures éditions. 

JULIE BORDENAVE 

Au bout, la mer se tenait le dimanche 12 février sur la Canebière, en clôture de la Biennale Internationale des Arts du Cirque

Liddell, rayon boucherie

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Liebestod © Christophe Raynaud de Lage

Difficile de sortir indemne du Liebestod d’Angélica Liddell. C’est aussi pour ça qu’on y va. Et pour certains qu’ils y retournent. Tandis que d’autres – étonnamment très peu – partent avant la fin. Supporter les allégories radicales de la metteuse en scène espagnole n’est pas à la portée de tous. Elles ne sont pourtant qu’une illustration, qu’un support du texte, monologue parfois hurlé qui bouscule souvent davantage que les tableaux humains – mais pas que – qui ponctuent le spectacle. Celui, inaugural, où un homme à la longue barbe, torse nu et en jupe, tenant une dizaine de chats en laisse, est de loin la moins perturbante. Pour nous mettre rapidement dans l’ambiance, Liddell, attablée avec un verre de vin rouge, se taillade les mains puis les jambes avant d’éponger son sang avec une tranche de pain qu’elle ingurgitera. Une image qui en dit long sur son obsession/admiration pour la mort. Celle-ci est présente tout au long des deux heures de cette pièce d’une densité autant visuelle qu’orale incroyable. Si Liebestod fait référence à l’air final d’Isolde dans l’opéra de Wagner, son interminable sous-titre évoque le torero Juan Belmonte, que l’artiste cite comme modèle d’audace et de prise de risque en réponse à la médiocrité du monde actuel qui la révulse. Quant au toro, celui du combat tauromachique, il est représenté à deux reprises sur le plateau. L’un, entier et sur pied, auquel elle semble prête à se donner ; l’autre, en deux demi-carcasses descendant du ciel, au milieu desquelles elle se glisse, un poignard à la main. Œuvre à la métaphore sacrificielle, Liebestod est aussi un manifeste plaçant l’art comme esthétique immorale au-dessus de tout discours politique ou social. Dans une de ses nombreuses diatribes contre le système, Angélica Liddell se désole d’une jeunesse qu’elle considère apathique parce qu’elle pense à défendre sa retraite plutôt qu’à véritablement faire exploser les conventions. Avant cela un cercueil, des nourrissons et une personne amputé du bras et de la jambe droites, moignons à l’air, sont passés sur scène. Provocations ? Pas dans l’esprit de l’artiste dont la principale motivation est de se libérer, et avec elle le public, de l’asservissement de la pensée. On a été servi.

LUDOVIC TOMAS

Liebestod a été joué du 9 au 11 février, à La Criée, théâtre national de Marseille.

Poèmes intérieurs 

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Falaise © François Passerini

Le petit monde de Baro d’evel est régi par une « écriture précise prête à improviser à chaque instant, (…) une dramaturgie à tiroirs ». En une dizaine de créations pensées pour la salle comme pour le chapiteau ou l’extérieur, la compagnie franco-catalane a su instaurer son univers bien à part dans le paysage du cirque contemporain. À sa tête, Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias, installés dans une ancienne cave coopérative dans le Comminges, œuvrent de concert à lier nature et culture, en mots comme en actes. Les animaux, ils travaillent avec depuis leurs débuts : on ne parle pas ici de monstration de numéro, mais bel et bien de présences conviées au plateau, incluant toujours une inévitable part d’improvisation d’où surgit la grâce. Leurs pièces, ils les conçoivent comme « des poèmes intérieurs », ménageant toujours un rapport privilégié avec le public. À l’image du micro chapiteau du Sort du dedans (2009), cocon intimiste enserrant les spectateurs en ses multiples membranes animées du souffle des humains et des chevaux courant tout autour. En 2012, le spectacle Mazut crée un tournant dans leur parcours. Les deux artistes s’y aventurent dans des contrées plus abstraites et paradoxalement plus évocatrices, osant la radicalité. Le ton de la compagnie s’affirme, ses obsessions et son propos aussi, en même temps que son univers graphique, en complicité avec Benoît Bonnefrite (dont les Marseillais peuvent admirer le fameux trait trembloté en devanture du restaurant La Boîte à sardines aux Réformés !). 

Dénuement métaphysique 
Ce cheminement les mène à imaginer un diptyque autour de la fin du monde : au dénuement métaphysique de (2018) répond le foisonnement inquiet de Falaise (2019). Dans le premier volet caracolent un couple de danseurs – sur lequel plane l’ombre du duo chorégraphique catalan Mal Pelo – et les facéties de Gus le corbeau pie. Constitué d’une immaculée toile de fond recouverte de blanc de Meudon, le décor est le résultat d’expérimentations plastiques menées en partie à la Pedrera, ce fantasque immeuble de Gaudi planté en plein cœur de Barcelone. Dans le second volet, huit humains, un cheval fantomatique et des pigeons virevoltants s’affairent au plateau sur une dramaturgie de Barbara Métais-Chastanier. Atemporel, baigné de gris et clair obscur, le décor se constitue de façades minérales abruptes et de lampadaires, d’où l’on se hisse autant que l’on risque d’en chuter. Dans les deux créations, la transdisciplinarité règne en maître : danse, acrobaties, théâtre et musique, le chant lyrique de Camille Decourtye se frotte aux délires picturaux de Blaï Mateu Trias, inspirés tant par Antonio Tapiès que Samuel Beckett, Jacques Tati, Buster Keaton, Wim Wenders… Pêle-mêle ici, les anges choient des toits, les clochards crèvent les murs au sens propre et les élégants chevaux n’en font qu’à leur tête. On pense aussi à Martin Zimmermann pour la sophistication des images noir et blanc, d’où émanent borborygmes ou improbable esperanto, assaisonnés d’un humour volontiers absurde. Tous attendent ou explorent des stratégies d’évitement et de contournement. Devant la fin du monde annoncée, on ose défier l’angélisme et fuir l’optimisme forcé. Plus dure sera la chute ?  

JULIE BORDENAVE 

Falaise
Du 28 février au 4 mars
La Criée, théâtre national de Marseille
Une programmation du Théâtre du Gymnase, hors les murs.

Midi sur scène

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Le Poids des Nuages © Caillou

Après une édition 2022 couronnée de succès, le festival Régions en scène se réinstalle sur les scènes de Fos, Vitrolles, Pertuis … pour une sélection de spectacles destinés tantôt aux professionnels accrédités, tantôt au public. C’est ainsi à 19 heures le 28 février que tout un chacun pourra découvrir au Théâtre de Fos Fin de la 4ème partie, spectacle de la compagnie Peanuts qui sera également proposée à 14h30 à un public de scolaires. Cette pièce tous publics, indiquée à partir de 9 ans, imagine, entre autres, un monde post-apocalyptique et « post-humain » pour mieux questionner notre rapport collectif à l’utopie, au réel et au virtuel. Puis c’est en musique et à Vitrolles que la musicienne tous terrains Ottilie [B] et le violoncelliste Olivier Koundouno s’emparent du Théâtre de Fontblanche. Au programme, percussions, violoncelle donc, mais aussi charango, sensa, machines, beat … et du chœur à l’ouvrage ! On retrouve également Nicolas Torracinta, guitariste chanteur qui revisite depuis plusieurs années les musique de tradition corse à la sauce anglo-saxonne, sur fond d’onirisme planant et féerique propre au conte. Le 1er mars, la ville de Pertuis accueille l’intégralité des festivités. Dès 11 heures, place Garcin, Le poids des nuages, spectacle de cirque inspiré du mythe d’Icare et porté par la compagnie Hors Surface, va faire vibrer le cœur de la ville. Au programme : trampoline et jeux d’équilibre étourdissants effectués par Damien Droin et Émilien Janneteau. Le Théâtre de Pertuis propose ensuite l’alléchant Crème-Glacée de l’Insomniaque Compagnie, ode aux appétits en tout genre d’une petite fille solitaire. Il faudra enfin rejoindre la médiathèque Les Carmes, à 17 heures, pour entendre les Histoires rebelles de L’Auguste Théâtre, conférence documentée dont Claire Massabo a le secret et qui propose pour un public à partir de 9 ans de découvrir les itinéraires d’une quizaine de personnages célèbres : Galilée, Spartacus, Nina Simone … Des rendez-vous à ne pas manquer également pour les professionnels qui pourront échanger autour du Labo des idéaux concocté par la Compagnie Le Pas de l’oiseau le 28 février au Théâtre de Fos. Mais aussi et surtout pour un public que l’on espère familial et nombreux.

SUZANNE CANESSA

Régions en scène
28 février
Divers lieux, Bouches du Rhône
1er mars
Divers lieux, Vaucluse 

Une mosaïque de spectacles

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Descensions © N.Sternalski

La tournée Mosaïque est un dispositif initié par la Région Sud et financé par l’opérateur culturel régional Arsud. Forte du succès de ses trois premières éditions d’été, l’événement propose sa première saison d’hiver en diffusant des spectacles gratuits jusqu’au 24 mars dans les théâtres et scènes conventionnées des six départements de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Les compagnies et ensembles présentés, issus du territoire régional, sont tous d’une envergure nationale et internationale et offrent des soirées d’une teneur et d’une qualité qui transportent les publics. Les marionnettes de l’Anima Théâtre nous entraîneront avec REBETIKO de Panagiotis Evangelidis, dans une odyssée nouvelle nourrie d’images et de musiques puisées dans le vaste répertoire du Rébétiko. Cette forme d’expression musicale est née dans la Grèce des années 1920 à la suite de la « Grande Catastrophe », phase finale de la deuxième guerre gréco-turque qui conduisit au massacre ou à l’expulsion des populations chrétiennes d’Asie Mineure. Les États qui ferment leurs frontières, les peuples poussés à quitter leurs terres, se voient évoqués dans ce spectacle par les silhouettes émouvantes des figurines qui, malgré l’immobilité de leurs visages, deviennent expressives et bouleversantes. L’art du cirque a une belle part dans cette programmation : Éther de la compagnie Libertivore relie par un assemblage de fils et de cordes deux planètes, telles deux miroirs où l’une et l’autre se reflètent. Un duo étrange s’instaure entre deux circassiennes, sœurs, ennemies, indifférentes, écho des relations qui se tissent entre les êtres au cœur d’une poésie lunaire. La compagnie Lézards Bleus livre avec Descensions un trajet étonnant mêlant chant lyrique, Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche et danse de façade (par danse de façade entendez les murs du théâtre, intérieurs ou extérieurs, sur lesquels évoluent les artistes). Que de merveilles !

MARYVONNE COLOMBANI

24 mars
Descensions
Théâtre du Briançonnais, Briançon
04 92 25 52 42 
theatre-du-brianconnais.eu
www.tourneemosaique-regionsud.com

À Berlin, focus sur l’hôpital français

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"Notre corps", de Claire Simon © Madison films

À l’heure où on parle beaucoup de la crise du système hospitalier et des souffrances du personnel soignant, deux films français, à la 73e Berlinale, nous emmènent dans deux hôpitaux. L’un, Notre Corps, un documentaire tourné à l’hôpital Tenon où Claire Simon a passé six à sept semaines ; l’autre, une fiction, très inspirée par le réel, Sages-femmes de Léa Fehner.

Notre corps

C’est la voix de Claire Simon qui nous fait entrer dans le service de gynécologie obstétrique et médecine de la reproduction de l’hôpital : « C’est la productrice Kristina Larsen qui m’a soufflé l’idée d’aller filmer l’hôpital après y avoir passé deux ans. Je voulais filmer un service hospitalier de femmes… Entre chez moi et l’hôpital, se trouve un cimetière. Ça m’a fait rire, mais ça m’a aussi fait peur. » Un prologue filmé en un seul plan pour ouvrir ce film et les portes de l’hôpital où pendant quelques heures nous allons assister à ce qui peut arriver au corps des femmes, de la jeunesse à la mort. Nous assistons ainsi aux entretiens de jeunes femmes qui souhaitent avorter, aux consultations pour une transition de genre, pour des problèmes d’endométriose, d’infertilité, de cancer.

La caméra de Claire Simon s’introduit aussi dans les salles d’opération,  filmant tour à tour, une césarienne, un accouchement sous péridurale, de profil, nous montrant en même temps le bébé qui sort et le visage de la parturiente nimbé de lumière. Parcourant de longs couloirs, nous passons, comme dans la vie, d’instants remplis de joie et d’espoir à des moments terribles comme cette scène d’entretien où une jeune hispanique apprend les risques de stérilité après une opération indispensable: la patiente communique avec son médecin à l’aide de l’application Google Traduction de son téléphone portable. Il y a ces scènes extraordinaires de la fécondation in vitro à laquelle on assiste aux cotés d’un stagiaire qui apprend la technique. « Connaître le processus de PMA n’est pas la même chose que le voir », précise la cinéaste. Si Claire Simon filme avant tout les corps des femmes, elle s’intéresse aussi réunions de médecins, les « RCP », où ils discutent et se mettent d’accord sur les interventions. Et soudain, aux deux tiers du documentaire, on retrouve la cinéaste dans une salle d’attente : « Quand le film et la maladie se rencontrent, c’est important de comprendre.» C’est à présent elle, la patiente : elle apprend qu’elle a un cancer du sein, et plus tard, qu’elle va subir une mastectomie. « L’hôpital est un lieu où chacun arrive avec son histoire. Il y a une myriade d’histoires. Une valse folle des destinées. La malade n’a qu’une histoire, la sienne. »

Tourné avec une équipe exclusivement féminine, Notre corps est un documentaire très fort qui nous permet de voir, de comprendre, de mettre en relation mots et images et de réaliser combien la vie est belle et fragile.

Sages femmes

« Sages-femmes » de Léa Fhener © Geko Films

Dès que Sofia (Khadija Kouyaté) et Louise (Héloïse Janjaud),deux amies,prennent leur poste à la maternité, elles sentent, et nous aussi, la tension qui règne dans le service. Une caméra nerveuse les suit, alors qu’elles reçoivent les instructions d’une autre sage-femme exténuée. Sofia veut travailler à la salle de naissance, pas s’occuper du travail de préparation à l’accouchement. Douce et efficace, elle prend des initiatives mais parfois manque d’assurance pour les cas difficiles ce qui lui vaudra d’être affectée à la préparation des accouchements, poste qu’elle refuse. Toutes sont sur les nerfs car le personnel est en sous effectif, il n’est pas rare que chacune se retrouve avec trois accouchements à assurer et quand il faut réanimer un bébé, quand le matériel pour les péridurales tombe en panne, quand une parturiente arrive sans aucun suivi médical, la salle de naissance, ressemble aux urgences. Quand une SDF qui vient d’accoucher se retrouve à la rue et que Valentin (Quentin Vernède), leur colocataire, l’accueille sans leur en parler, la tension monte entre Sofia qui comprend et Louise qui refuse. Et dans le service, le stress est permanent, la fatigue, extrême, poussant certaines à démissionner. « Je ne veux plus maltraiter les parents ! », pleure Bénédicte (Myriem Akheddiou) qui vient d’apporter le corps d’un bébé mort à ses parents abandonnés pendant cinq heures dans une chambre. Léa Fehner a su aussi ponctuer ce film nécessaire et politique de séquences drôles comme la garde de Noël où Valentin apporte un gâteau qu’il a décoré… d’une vulve en sucre ou celle où Louise parvient à chasser de la salle de naissance la mère de Réda (Tarik Kariouh) seul homme sage-femme du service : elle voulait prendre à tout prix les décisions à la place de Souad, sa fille qui allait accoucher.

Ecrit et tourné avec des comédiens sortant du conservatoire d’art dramatique de Paris qui ont construit leur personnage à partir des témoignages d’une dizaine de sages-femmes, Sages femmes est un film sous haute tension comme l’hôpital aujourd’hui. « Ce cœur battant de la maternité, je voulais qu’on puisse le sentir dans le film», explique la cinéaste. C’est chose faite.

ANNIE GAVA, à Berlin

Notre corps, de Claire Simon et Sages-femmes, de Léa Fehner ont été présentés à la 73e Berlinale, qui s’est tenue du 16 au 26 février, à Berlin.

« Le Ciel rouge », dans le feu de la Baltique

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"Le Ciel rouge"de Christian Petzold © Christia Schulz Schramm Film

Le réalisateur allemand Christian Petzold vient de décrocher à Berlin, l’Ours d’argent du Grand prix du jury, pour Roter Himmel (titre français : Le Ciel rouge), deuxième volet d’une trilogie mettant en avant les éléments. Après l’eau d’Ondine, ce sera donc le feu. Le feu d’un été brûlant, d’un incendie au temps du réchauffement climatique, le feu des passions éternelles qui consument les cœurs. Heinrich Heine y est convoqué : « Je suis de la tribu d’Asra / de ceux qui meurent quand ils aiment ».

Une forêt, une station balnéaire de la Baltique. Loin des villes, un paradis estival qui devrait être d’insouciance mais sur lequel volent les hélicoptères des soldats du feu. Deux amis, Felix (Langston Uibel) et Leon (Thomas Schubert) emménagent dans une villa prêtée par la mère de Felix. Le premier veut prendre du bon temps et trouver une idée de sujet pour un porte-folio. Le second doit finir le manuscrit de son deuxième roman. Tout oppose les deux jeunes hommes. La classe sociale, le physique, le caractère. Felix est ouvert, positif, sympathique. Leon est bougon, négatif, maladroit. Tout à la fois vaniteux – il se drape dans la toge de l’ « artiste » qu’on ne doit pas déranger dans sa création, et jaloux de l’aisance des autres à vivre. Entre mépris et envie. Anxieux des jugements de son éditeur (incarné par Matthias Brandt) et de ses lecteurs. Le réalisateur, qui ne manque pas d’autodérision, a affirmé qu’il s’identifiait au masochisme de ce personnage.

Faussement simple

Le film commence comme une comédie de caractère et de situation, autour des réactions cocasses de Leon face à l’enchaînement des contrariétés. Panne de voiture, maison déjà occupée par Nadja (Paula Beer), une nièce de la propriétaire et, cerise sur le gâteau, l’intrusion de Devid (Jonas Dassler), athlétique surveillant de baignades aux solides appétits sexuels. Entre l’écrivain, le photographe, le maître-nageur et la jeune femme, vont se nouer des rapports amicaux, amoureux. Un coup de foudre refoulé. Un coup de foudre assumé. Charme solaire de Nadja qui pédale par les chemins et échappe à tous les regards convenus, sensualité des corps qui bronzent, jouent, font l’amour. Christian Petzold dit s’être inspiré des « films d’été français » et du Songe d’une nuit d’été deShakespeare : le théâtre de la confusion sentimentale et des faux semblants, la légèreté et la gravité intimement liées. La vie, l’amour, la maladie, la mort.

Le Ciel rouge est un film faussement simple. Un film sur le regard. Celui de Léon qui se trompe systématiquement sur la réalité qu’il observe – la référence fugace à Uwe Johnson, disciple d’une école du regard, n’est sans doute pas fortuite. Celui de Felix qui photographie ceux qui regardent la mer, de face et de dos. Celui du réalisateur, enfin, qui manipule le nôtre, amusé, et bougrement malin !

ÉLISE PADOVANI, à Berlin

Le Ciel rouge de Christian Petzold a été présenté à la Berlinale 2023, Berlin.
Le film a reçu l’Ours d’argent du Grand prix du jury.

Une « dernière » fête à Venelles

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Ce soir-là, la salle des fêtes de Venelles proposait son dernier concert. Les prochains spectacles seront accueillis désormais au tout nouveau pôle culturel L’Étincelle, avenue de la Grande Bégude. Une certaine nostalgie nimbait ce concert d’adieu à un lieu qui a su héberger tant de formations diverses, chanson, musique contemporaine, créations… Deux ensembles étaient invités à partager ce moment particulier, le groupe marseillais Biensüre et le « Prince du Raï 2.0 », Sofiane Saidi.

« Certains sont loin, certains sont près, / Certains passent par mon cœur mais / Hélas, Hélas, / Je n’ai pas trouvé d’ami / Comment vais-je trouver ? » Les quatre musiciens de Biensüre reprennent le refrain Eyvah, Eyvah (« Hélas, Hélas ») en chœur avec le public qui chaloupe devant lui. Hakan, le parolier du groupe, évoque dans ses textes les amours oubliées, les amitiés perdues, les déracinements, mais aussi les joies d’être réunis, les complicités qui se nouent. Les paradoxes se multiplient, au rythme des marches et des courses en pulsations dynamiques sur lesquelles les mélodies du saz se déploient, inspirées autant des musiques traditionnelles kurdes, turques, arméniennes que des scènes disco de l’Istanbul des années 1980. Anselme Kavoukdjian (synthé), Milan Petrucci (batterie et percussions), Hakan Toprak (saz, chant) et Benjamin Dauvergne (basse) vivent intensément textes et musiques et savent capter l’auditoire debout qui chaloupe tandis que des enfants s’approchent de la scène en jouant. Pour l’anecdote, le nom de ce groupe qui s’est soudé à Marseille, la ville de tous les possibles, vient d’un tic de langage d’Hakan qui répondait toujours à ses amis « bien sûre » avec un e final, le circonflexe a été changé pour le tréma afin de « turquifier » le nom. Biensüre était né et tient une belle place parmi les musiques émergeantes d’aujourd’hui. Un vinyle est dans les bacs depuis octobre 2022, un condensé d’optimisme et de mélancolie vivifiants !

La deuxième partie voyait, seul sur le plateau au milieu de ses instruments électroniques, Sofiane Saidi qui défend une musique qui est aussi une attitude : le raï signifie « opinion » et a « un côté anarchique » qui plaît au chanteur. Le prince du raï rappelle l’assassinat de Cheb Hasni que l’on appelait le « rossignol du raï ». « Les terroristes veulent nous terroriser. J’affirme que je n’ai pas peur et je continue de chanter »… Ses mots se mêlent aux larges nappes sonores qu’éclaire parfois le son aérien d’une flûte. Le « tarab », ce blues du raï, conduit à des « transes profanes » où se condensent les émotions. Tout un univers naît ici, se chante et se danse, irrésistiblement.

MARYVONNE COLOMBANI

Biensüre et Sofiane Saidi ont joué le 11 février à la salle des fêtes de Venelles.

Le balèti, c’est pour tous !

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Saraï © Zoé Lemonnier

En langue d’Oc, le balèti désigne tout simplement le « bal populaire ». À Correns, le Chantier, Centre de Création des nouvelles musiques traditionnelles et musiques du monde, organisait une soirée « balèti », cette « musique traditionnelle à danser tous les instants de la vie par tous les âges confondus » expliqua Frank Tenaille lors de sa présentation. En première partie, l’Ensemble de musique traditionnelle du Conservatoire de Brignoles réunissait une belle phalange d’accordéons diatoniques, deux flûtes traversières et un beau pupitre de guitares (la classe au complet compte vingt-cinq élèves depuis les tout petits aux adultes). « Qui dit bal dit danse ! On va commencer par une Scottish ! » D’abord hésitants, les assistants s’emparent de la piste de danse improvisée de la salle de la Fraternelle (les chaises habituelles ont disparu, seuls quelques sièges attendent les plus fatigués ou les plus timides le long des murs). Se succèdent bourrées à deux temps dont une surnommée « de l’enclume » et pourtant toute de légèreté, mazurkas, bourrée à trois temps dite la « bourrée des voyageurs », valse « distillée » et bien évidemment plébiscité le fameux cercle circassien, danse conviviale s’il en est !

Bourrée à trois temps

Peu importe les générations, tout le monde danse, ceux qui « savent » vont vers ceux qui regardent, leur apprennent dans les rires et la bonne humeur. Tant pis si l’on rate une mesure, si le comptage des pas est parfois aléatoire, si l’on ne saute pas au bon moment dans la mazurka, si les bourrées s’embrouillent ou si l’on ne tourne pas dans le bon sens du premier coup, les corps et les esprits sont libres, se laissent porter par la musique, les gestes partagés. En jonction des deux parties de la soirée, les trois musiciens de Saraï montent sur scène aux côtés des élèves du conservatoire pour interpréter avec eux une mazurka nouvelle composée par Baltazar Montanaro. Le second temps de cette manifestation festive permet d’entendre et de danser les « histoires d’amour occitanes » concoctées par Baltazar Montanaro (violon baryton), Sophie Cavez (accordéon diatonique) et Juliette Minvielle (chant et percussions). Il y est question des relations amoureuses sur un mode espiègle, décalé ou profond, historiettes puisées dans un corpus de textes du XVe au XXIe siècle à partir du fonds documentaire du Cirdoc (Centre international de recherche et de documentation occitanes).

Et valse à cinq temps

Le thème intemporel se marie au branle de la vallée d’Ossau, à la valse à cinq temps (qui pourrait croire que seuls les trois temps sont figés à jamais !), à la chapelloise (gigue en Belgique), au rondeau par couples, à la bourrée à trois temps « dans le type auvergnat, mais pas classique », au rigaudon final. « Pour tout vous dire, les textes des chansons sont cueillis du Moyen Âge à nos jours, poétiques et féminins (car presque tous écrits par des femmes), et traitent de la question non encore résolue de nos jours, celle de l’amour », explique en souriant le meneur de jeu. La voix prenante de Juliette Minvielle, les instruments qui savent inventer sur des rythmes et des motifs traditionnels, en une époustouflante variation des tempi, accordent à ce balèti leur virtuosité joyeuse. Déjà fini ! « Tenir tout un bal après quelques jours de résidence, ce n’est pas mal ! Protestent les musiciens. Promis, un disque sort bientôt ! » Rendez-vous pris !

MARYVONNE COLOMBANI

Le balèti s’est tenu le 10 février au Chantier de Correns.

Photo : Zoé Lemonnier