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Seuls les Rebelles gagnent : romance dans l’entre-deux

« Un film qui a dû résister pour exister », c’est ainsi que la réalisatrice Danielle Arbid présente Seuls les rebelles gagnent, sélectionné à la 76è Berlinale, dans la section Panorama.

Six ans après Une Passion Simple, adapté du roman d’Annie Ernaux, la réalisatrice française invente une histoire d’amour et propose un film politique en résonance avec nos temps troublés par les haines.

L’action se passe à Beyrouth. Impossible de tourner dans ce pays dont le sud est bombardé par Israël. Impossible pour la réalisatrice de créer un Liban de carton. Elle imagine alors un dispositif spécifique : les lieux sont filmés par une équipe sur place qu’elle dirige depuis Paris. Ces images rétroprojetées se combineront dans le plan, aux images réelles. Joli travail opéré avec la directrice de la photo Céline Bozon qui rend tangible la fragilité d’une ville que la réalisatrice craint de voir disparaître. Un artifice du cinéma ancien qui donne écrin au mélodrame façon Douglas Sirk.

Suzanne (incarnée magistralement par Hiam Abbass) est une Palestinienne installée depuis longtemps à Beyrouth. Elle est veuve, a deux enfants adultes et un petit-fils. Chrétienne, intégrée dans la société libanaise mais toujours dans le no man land de l’exil. Entre son pays d’origine et celui où elle a dû faire sa vie.

Osmane (Mohamat Amine Benrachid) est un émigré soudanais sans papier, qui veut gagner l’Europe. En transit, entre le pays qu’il fuit et celui qu’il espère. La rencontre de ces deux-là, est de hasard et de nécessité.

Elle le défend alors qu’il est agressé dans la rue. Scène ordinaire d’un racisme endémique, filmée en musique et en très gros plans dans une chorégraphie qui refuse le réalisme.

Suzanne a plus de 60 ans, il en a 27. Une histoire d’amour naît entre eux. Le jeune Africain s’installe chez elle au grand dam de ses voisins et de ses enfants. Pourtant jamais il ne profitera d’elle qui retrouvera par lui, sa rébellion originelle, constitutive de son histoire. Contre l’ostracisme, les préjugés, la mesquinerie, la bêtise. Contre l’obscurantisme d’une société libanaise fermée, les amants tissent une relation complexe et solaire, dansent sur l’abîme que promettent les informations à la télévision. « Un jour, tu ris, un jour tu pleures/ Un jour tu ris, un jour tu meurs » chante Julios Iglésias

Pour Danielle Arbid, peu importe que cet amour soit improbable. C’est sur une dualité, conflictuelle ou fusionnelle, que se construit son film auquel elle refuse un épilogue, heureux ou malheureux, le laissant en suspens.

ELISE PADOVANI

Seuls les Rebelles gagnent de Danielle Arbid

Sortie le 24 juin 2026

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