Sorti le 30 septembre dernier, Notre Salut d’Emmanuel Marre revient sur l’histoire de son propre arrière-grand-père, fonctionnaire sous le régime de Vichy. Projeté à l’occasion du Festival d’automne de Gardanne, le film a été suivi d’un échange avec Gérard Leidet, historien et membre de l’association Promemo (Provence mémoire monde ouvrier).
L’échange s’est d’abord ouvert par une intervention de ce dernier, pour qui le film peut ouvrir trois pistes de débat. Tout d’abord, il permet de poser la question « comment Vichy a-t-il été possible ? ». Et de rappeler que la France a été un des très rares pays d’Europe à collaborer directement avec l’Allemagne nazie jusqu’à dépasser même les demandes de l’occupant dans la contribution à la déportation des juifs, alors que d’autres pays comme la Belgique et les Pays-Bas ont laissé l’occupant « gérer les juifs », ou ont même essayé de les protéger.
Ensuite, Notre Salut propose une vision de Vichy de l’intérieur, à partir du regard d’un fonctionnaire. Le régime pétainiste, porté principalement par l’extrême droite et la droite anti-républicaine, qui n’avait pas supporté l’épisode du Front Populaire, déployait une politique nationaliste, antisémite, autoritaire et verticale qui pouvait séduire des technocrates qui se percevaient comme des « non-conformistes » et se pensaient compétents. C’est, précisément, la « divine surprise » qu’attendait par exemple un Charles Maurras (essayiste d’extrême droite, antisémite, raciste, monarchiste… entre autre).
Enfin, Gérard Leidet souligne le problème moral que soulève le film. Vichy a fait plus qu’obéir aux demandes allemandes, sinon en 1944, concernant la sinistre livraison des juifs. « Il aurait dû réfléchir avant », précise Gérard Leidet qui rappelle l’épisode de la rafle du Vel d’Hiv et souligne que les dirigeants vichystes sont absents du film – à peine voit-on Pétain de dos.
Avec une modestie non-feinte, le porte-parole de Promemo précise qu’il a préparé son introduction au débat en s’aidant de l’ouvrage de Laurent Joly : Vichy. Histoire d’une dictature (Editions Tallandier, 2025). En croisant cette lecture avec les propos du réalisateur dans la presse, il déclare : « Le film fait écho a beaucoup de maux que nous vivons actuellement sous couvert d’économie efficace » et de « management ».
Emmanuel Marre a des questions sur le présent et est allé voir comment il pouvait trouver des réponses dans le passé. « Moi, quand j’étais gamin, cette histoire de collaboration me faisait honte. » Et de conclure : « Au début, il y avait bien un amour patriote pour Pétain. Celui-ci va s’estomper avec les rafles de juifs. Même dans une tyrannie, l’opinion publique ça compte ».
Le débat qui s’ensuit avec le public commence par l’actualité du film concernant notamment l’ordo-libéralisme contemporain et le « management ». Pour un spectateur, le discours de la fin sur l’ordre est d’une actualité glaçante. L’intervenant rappellera que Vichy n’est jamais allé jusqu’au régime à parti unique, malgré les tentatives de Doriot, Déat et consorts d’imposer leur parti, le « Rassemblement National Populaire » : silence assourdissant dans l’assistance.
LAURENT DUSSUTOUR
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