Après les dernières gravures de Picasso, la galerie départementale du cours Mirabeau propose pour sa nouvelle exposition, Chagall tout en couleur, un retour sur une partie de l’œuvre de Chagall. Y est présenté plusieurs séries de lithographie polychrome et sur zinc, rattachées à des matières littéraires : le roman pastoral grec de Longus, Daphnis et Chloé ; la comédie shakespearienne, La Tempête ; l’Odyssée ou l’Exode.
C’est dans l’atelier parisien de Fernand Mourlot et auprès du maître imprimeur coloriste, Charles Sorlier, que l’artiste explore la technique de la lithographie et toutes ses potentialités. L’éditeur Teriade demande à Chagall d’illustrer le texte grec que Bonnard avant lui, avait déjà abordé.
La série de 42 compositions sera le triomphe de la couleur qui pour Chagall « est tout ». Jaunes éclatants, verts et rouges puissants, bleus intenses et profonds irriguent chacune des scènes aux formats de 60×40 ou 60×80, « écrivent » picturalement les épisodes de la vie et les amours des deux jeunes héros de l’œuvre livresque.
Ombre et couleurs
Le visiteur suit le récit depuis le frontispice jusqu’à sa fin. La nature, les saisons, les travaux bucoliques des bergers ou vendangeurs sont autant de décors fantasques, dans lesquels les corps, les visages semblent voler dans les airs ainsi que les bêtes qui les accompagnent. L’illustration de l’Odyssée reprend cette matière grecque, mythologique : après le monde de la terre, des arbres et des fleurs, c’est celui de la mer, de l’errance qui s’impose.
On passe ensuite à la Torah. La couleur rouge pour le personnage d’Aaron et les jaunes et verts de la ménorah dans la planche 458 (seule présentée ici), font entrer en correspondance le monde antique polythéiste et celui du judaïsme de Chagall.
À l’opposé de ce flamboiement chromatique, l’exposition dévoile un travail en noir et blanc, papier-report sur plaque de zinc, avec les planches consacrées à la Tempête de Shakespeare. On retrouve alors des personnages de la pièce : Prospero, Miranda ou encore Caliban.
On pourra seulement regretter qu’un système d’éclairage produise, de manière assez intempestive, les ombres des nombreux visiteurs sur les murs des salles et sur les œuvres. Un paradoxe dans ce monde si lumineux et poétique de Chagall.
MARIE DU CREST
Chagall tout encouleur Jusqu’au 29 mars
Espace culturel départemental, Aix-en-Provence
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