Quatre titres comme autant d’esquisses sensibles entre ses souvenirs du Brésil et quelques paysages de la cité phocéenne. La voix de Maud Revol est un instrument. Elle en joue avec malice et superbe. Nantie d’un sens du time rare, elle la fait osciller dans une tessiture mezzo-soprano, à la fois légère et affirmée, modulant ses syllabes et phonèmes avec une fluidité évidente, chantant en français et en portugais avec la même ferveur habitée, jusque dans des onomatopées confondantes de musicalité. En particulier sur le titre Malmousque : « Pourquoi aurait-on besoin de paroles ? Les onomatopées, je les ai travaillées lorsque j’étais à l’Institut Musical de Formation Professionnelle, quand on nous faisait lire des pages et des pages de solfège rythmique. Autant j’aime m’exprimer sur des standards, autant j’avais envie de proposer une entité ».
Si elle donne le titre Casa Verde à l’ensemble de cet opus, c’est parce que son séjour brésilien, en 2019, a été déterminant dans la constitution de son identité de musicienne. « Dans cette maison verte, où je faisais du woofing dans une bibliothèque communautaire au cœur d’une favela, on chantait en dansant sur du côcô, une musique traditionnelle du Nordeste dont l’aspect transe m’a permis de trouver une joie intérieure. Cependant, je ressentais une sorte de malaise, parce que j’avais un passeport européen et que j’étais une personne blanche dans une communauté de personnes noires. J’étais dans une sorte de tourmente, dans une société que je trouvais très poétique et aussi un peu violente. »
Ces sensations sont particulièrement bien transposées sur le titre éponyme, qui se déploie comme un cadavre exquis, évitant le cliché thème-solos-thèmes, et proposant des tableaux dont émerge le mot « corazao ». Car Maud Revol a du cœur à revendre. Elle a conçu certains de ses textes à l’occasion d’ateliers d’écriture poétiques, comme Vanité, portrait au vitriol d’un ancien partenaire amoureux qu’elle finit par décrire comme un « coq vaniteux », ou encore Lila Blanc, décrivant un amour qui éclot puis se fane, basé sur une mélodie de Debussy convertie en bossa-nova.
Musicalement, les titres oscillent entre effluves brésiliens et quête de l’interplay. En leadeuse affirmée, elle a convié des musiciens qu’elle qualifie de « versatiles ». À la batterie, Jérémy Martinez, dont elle loue le grand sens de l’écoute – son jeu aérien déborde de générosité. Willy Quicko, quant à lui, est le bassiste idéal pour ce projet basé sur des harmonies inspirées de Fauré, Debussy et Wayne Shorter : elle loue « son attrait pour les musiques latines et sa connaissance des claves » ainsi que sa rigueur au point de « chambouler des mises en place, comme sur le pont de Casa Verde, qu’il a fini par transformer en une véritable polyrythmie ».
Elle n’a pas hésité à faire dialoguer le piano de Yann Delaunay – « un son moderne et un toucher léger » et la guitare de Luke Darlison – « un son très contemporain, avec des espaces mélodiques et harmoniques très originaux ». En confiant les arrangements à Max Parotto, issu comme ses compères de la classe de jazz du conservatoire de Marseille, elle a plus que réussi son pari : celui de proposer une création toute en émotions contrastées, avec un art de la créolisation qui ne pouvait éclore que dans la cité phocéenne.
LAURENT DUSSUTOUR
À venir
3 juin
Talus, Marseille
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