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« Ciné Palestine » : un projectionniste dans les lacets de l’histoire

Le festival Ciné Palestine a débuté à Marseille avec la projection de Habibi Hussein, où Alex Bakri brosse le portrait attachant d’un projectionniste de Cisjordanie pris dans les lacets de l’Histoire

La cinquième édition marseillaise du festival Ciné Palestine s’est ouverte le 28 mai dans un climat tragique, empreint de la situation des cinéastes palestiniens. Et de prises de position malaisantes : la représentante de Culture en lutte 13 appelait à boycotter tout spectacle et tout film provenant d’Israël, mais aussi la venue de Joann Sfar le lendemain à la Criée dans le cadre de Oh les beaux Jours. Or le bédéiste n’est ni Israélien, ni financé par Israël, ni belliqueux. Mais il a bien signé une tribune demandant que l’État de Palestine ne soit pas reconnu par la France avant la libération des otages. Doit-il voir, pour autant, sa parole censurée ?

La minute de silence observée en hommage à Mohamed Bakri, réalisateur du documentaire Jenine Jenine interdit en Israël, avait plus de sens. D’autant que son très court métrage était projeté juste après : dans Le Monde, tourné quelques jours avant sa mort en décembre on voit l’acteur, aveugle et malade, quitter une fête qui se déroule devant une télé diffusant des images de la destruction de Gaza, devant des convives totalement indifférents.

Des épaisseurs d’échecs

Le film d’Alex Bakri (son cousin) est tout aussi subtil. Habibi Hussein ne parle jamais directement d’Israël. À Jenine les policiers sont palestiniens, et la bonne volonté de l’ONG allemande venue en 2010 reconstruire le Jenin, cinéma historique de la ville, s’avèrera très surplombante : « On ne va pas passer du Godard, ils aiment les films indiens et Bruce Lee ».

Concevant son documentaire comme une fiction ménageant ses effets narratifs, Alex Bakri met en scène les échecs superposés de l’ONG, de l’Autorité nationale palestinienne, et du vieux projectionniste Hussein dépassé par l’usure de son vieux matériel, et sa méconnaissance des appareils sophistiqués qui le remplacent.

La métaphore est profonde, complexe, et désespérante, puisque le cinéma Jenin sera, dans le réel, détruit en 2016. Non par les forces occupantes, mais faute de spectateurs. Quant au projectionniste, le « très cher Hussein », on le voit une dernière fois, les tempes blanchies, sur les décombres du cinéma qui fut sa vie. Il est, depuis, décédé.

AGNÈS FRESCHEL

Le Festival Ciné Palestine s’est tenu à Marseille du 27 au 31 mai.
Il se poursuit à Paris du du 5 au 14 juin.

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