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André Péri : jouer et soigner

Au théâtre de l’Astronef, le directeur André Péri montait sur scène et revenait sur quarante ans de carrière en tant qu’infirmier psychiatrique

Ce samedi 30 mai, la chaleur est étouffante dans l’enceinte de l’hôpital Édouard-Toulouse. Derrière les façades en crépi, les salles de commission et les espaces médicaux, difficile d’imaginer un théâtre. Pourtant, quelques centaines de mètres plus loin, au bord d’un espace de verdure, se cache l’Astronef. Une fois le pas de la porte franchi, l’air est plus frais. Assis sur un tabouret au centre de la scène, André Péri se prête à une séance photo avec une aisance relative. « Baisse les épaules, les mains sur les genoux, regarde droit devant, les yeux dans les orbites », lui lance le photographe d’un ton rieur. André obtempère, esquisse un sourire.

L’exercice n’est visiblement pas son terrain de jeu favori. Il faut dire qu’il n’est ni acteur professionnel ni modèle. Depuis plus de quarante ans, il est infirmier psychiatrique. Le théâtre, pourtant, il l’a dans le sang. En cette soirée de début d’été, c’est tout un public qui l’attend sur le plateau de l’Astronef, lieu qu’il dirige avec Marie Laigneau-Bignon. Il vient y présenter Placement libre, une vie passée à soigner, une création intime qui retrace quatre décennies passées dans les couloirs de l’hôpital psychiatrique.

Une vie à soigner

À 17 ans, ce fils d’ouvriers italiens rêve de devenir kinésithérapeute. Faute de moyens, il doit renoncer. Son professeur de philosophie lui fait alors découvrir Marx et Freud. Une idée germe :« Je me suis dit que si on ne prend pas soin des personnes les plus fragiles, qu’est-ce qu’on est comme société ? ».« L’utopie, c’est mon truc », confie-t-il. André Péri se lance alors dans la psychiatrie, mais également dans un combat constant contre des maladies souvent incurables, une technocratie déconnectée des enjeux de terrain et la stigmatisation associée à la folie.

La réalité est bien loin de ses idéaux, mais pour André son métier c’est avant tout sa colonne vertébrale. Dans les années 1980, il fait partie de cette nouvelle génération de soignants qui rêve de faire tomber les murs qui séparent les patients de la «société ». Avec d’autres, il lie sa vocation à sa passion en créant des ateliers de théâtre puis un carnaval. Mais pourquoi s’arrêter là ?« Quand je m’entraîne au foot, c’est pour faire un match », lui suggère un patient.

Alors les ateliers deviennent spectacles, et les spectacles quittent l’hôpital, se jouent dans des maisons de retraite, des festivals, jusqu’au Off d’Avignon. Faire avec les contraintes est devenu sa méthode : « On prend les contraintes et on voit comment les utiliser au mieux pour les patients. »Longtemps aux mains de l’administration, André Péri prend finalement la direction de l’Astronef en 2019. Avec des soignants, des artistes et des patients, il contribue à faire vivre ce lieu singulier où création artistique et psychiatrie se mêlent. Depuis cinq ans maintenant, l’équipe y organise ateliers, spectacles en tout genre, théâtre-forum et rencontres. Mais ce soir, les projecteurs sont braqués sur lui.

Raconter la psychiatrie

La veille encore, les technicien·nes terminaient d’installer le décor. Une scénographie volontairement sobre que le comédien décrit comme « le désordre de sa mémoire ». Pendant une heure, il invite le public à s’y perdre avec lui. Le spectacle n’a rien d’un bilan de carrière. « Ce n’est pas une méthode. Ce n’est même pas un témoignage. C’est simplement ce que j’ai vécu. » Sur scène, il déroule quarante années de psychiatrie à travers une série de portraits. Il raconte Marie, persuadée d’être un cyborg, ou encore JP et sa compagne, tous deux psychotiques, qui rêvent de construire une famille. Des histoires drôles, bouleversantes et toujours profondément humaines. Au terme de la représentation, lorsque les applaudissements retentissent, l’émotion est palpable dans la salle. Debout, le public salue autant le spectacle que l’homme qui le porte. Un infirmier, mais aussi un comédien désormais à la retraite, qui pendant quarante ans a tenté, à sa manière, de soigner.

CARLA LORANG

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