Dans le cadre du temps fort Nature & Biens communs, qui revenait pour la 6e édition au Zef, les murs du théâtre ont accueilli une nouvelle exposition. Trois photographes du collectif Tendance Floue, Celine Croze, Jonas Wibaux et Alain Willaume, y présentent chacun une série qui s’inscrit remarquablement dans le thème général, Terres & Résistances. Leur consœur Yohanne Lamoulère, compagne régulière de la Scène nationale de Marseille, a travaillé la scénographie avec Alice Purgu et Sophie Jurging, pour mettre en regard leurs perceptions sensitives d’un monde pétri de grandes mutations. Sur trois continents, dans des contextes très différents (Venezuela, France, Afrique du Sud), un point commun : l’eau, présente ou absente, le sol, pour y vivre ou y mourir, deviennent des enjeux majeurs. Comment être humain dans ces conditions qui se durcissent ?
En résonance
Le plus jeune d’entre ces photographes, étonnant de maturité, est un autodidacte de 24 ans. Jonas Wibaux documente sa vie nomade de saisonnier, dans les vignes ou sur le site de Sainte-Soline, haut lieu de lutte contre les méga-bassines. Le noir et blanc de ses prises de vue est intemporel : il pourrait s’agir d’archives de la Seconde Guerre mondiale, ou bien d’un film de science fiction, avec des traits de camaraderie réconfortante.
Point de réconfort en revanche dans la série de Céline Croze : c’est l’étrangeté qui prédomine sur ses images, amplifiée par la scansion d’une voix off hypnotique dans la vidéo qui les complète. Mala Madre est un conte ou un poème inquiétant, basé sur l’organique : le corps des pilleurs de tombe est sans visage, un serpent prisonnier de barbelés contre-attaque, les formes fractales du végétal nourrissent un imaginaire halluciné, le grain, la couleur sont d’apocalypse. Qu’a-t-on fait à la Terre ?
C’est aussi la question que semble poser Alain Willaume, après avoir pointé son appareil sur les paysages désertiques du Karoo en Afrique du Sud, où l’entreprise Shell a des projets d’exploitation de gaz de schiste. Dans ses tirages dénués de contraste, au ton presque sépia, un voile de poussière recouvre tout, y compris les hommes. L’accrochage avec un léger relief et des ombres ajoute à la sensation de suspens : que va-t-il se passer, si l’eau ne revient pas ? L’exposition est à voir jusqu’au 4 décembre, avant ou après les représentations. Ne la manquez pas.
GAËLLE CLOAREC
Terres & Résistances
Jusqu’au 4 décembre
Zef, Scène nationale de Marseille
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