Zébuline. Depuis le début, vous inscrivez votre théâtre dans des problématiques sociales liées à la prise en charge des personnes et aux marginalités. Qu’est-ce qui vous a amené à ce type de démarche ?
Maurin Ollès. C’est d’abord la rencontre avec des éducateurs et des éducatrices, et la fascination que je pouvais avoir pour ce métier. Je les sentais enrichis de leur travail, des gens avec qui ils travaillaient, qu’ils accompagnaient, dont ils s’occupaient. Et, hors de leur métier, ils continuaient à être des personnes ouvertes aux autres. C’est aussi une envie de parler des services publics, dans une démarche militante.
Après une première pièce sur la jeunesse délinquante et la justice des mineurs, puis sur la vie d’un garçon autiste de sa naissance à l’âge adulte, vous vous intéressez ici aux usagers de drogue et plus particulièrement aux usagères. Comment est né ce projet ?
J’ai donné un atelier dans une communauté thérapeutique. Ce sont des lieux où les gens viennent pour arrêter de consommer et essayer de reprendre une vie plus tranquille. J’ai été marqué par ces personnes, qui ont perdu confiance en elles, et pour qui faire du théâtre prend beaucoup de sens, il y a une vraie vertu thérapeutique. Mais c’est aussi un lieu qui me posait parfois question, par rapport à des éducateurs qui parlaient à des gens qui avaient plus de 60 ans un peu comme à des enfants. Et un lieu où il y avait beaucoup d’hommes et très peu de femmes, ce qui m’a également interrogé.
Comment avez-vous travaillé sur la mise en scène ?
J’ai très vite eu l’idée qu’il y aurait des musiciens, et que les personnages principaux seraient féminins. Et plusieurs institutions représentées : l’institution sanitaire, l’institution judiciaire et le monde de la recherche aussi, qui fait partie des rencontres qui ont été marquantes. Je suis donc arrivé avec ces envies-là, en proposant aux actrices et acteurs des personnages, des situations, et on a fait beaucoup d’improvisation. Le spectacle s’est construit à partir de là, dans les allers-retours entre les personnes concernées, les improvisations des acteurs actrices, et mes envies.
C’est un spectacle foisonnant, qui dresse le portrait de beaucoup de personnages. Il y a beaucoup de scènes qui s’enchaînent, avec des transitions assez rapides. Et trois musiciens au plateau qui jouent aussi des personnages. La musique nous permet de venir à la fois déréaliser et raconter l’histoire d’une autre manière. On fait beaucoup de reprises de chansons, qui viennent nous parler aussi des personnages, d’une autre façon.
Pourquoi ce titre « Hautes perchées » ?
Il y a « perchées » qui raconte que lorsqu’on prend des drogues, on est perché, c’est un jeu de mot avec ça, qui me permet aussi de féminiser le titre, pour signifier que c’est surtout les femmes dans le monde des drogues qui nous intéressent ici.
Et puis j’avais envie de quelque chose qui soit assez positif, assez joyeux, parce qu’on m’a beaucoup dit, au cours de mes entretiens, de ne pas trop dramatiser avec ce sujet-là. On pense à des films un peu gore, un peu tristes, quand on parle des drogues. Donc, j’avais envie de quelque chose qui tire vers le haut.
ENTRETIEN REALISE PAR MARC VOIRY
Hautes perchées
Du 10 au 14 mars
La Criée, Théâtre national de Marseille
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