mercredi 6 mai 2026
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À deux, au Yucatan

Tourné en langue espagnole et maya, au cœur de la jungle mexicaine, le dernier film du réalisateur photo-reporter franco-suisse Germinal Roaux, ouvre un espace de contemplation et de réflexion.

Le Cosmos, dans la pensée grecque, désigne ce qui s’oppose au chaos ; dans notre imaginaire contemporain, c’est l’univers, ses mondes, ses étoiles. Le titre du film de Germinal Roaux, joue sans doute sur ces sens premiers mais renvoie aux fleurs de Cosmos, de la famille des astéracées, symboles d’harmonie, dont un des protagonistes fera un bouquet final. Il y a d’emblée l’association du Tout et de la partie, de l’universel et de l’intime, de l’aspiration à un équilibre menacé par nos peurs et une technologie arrogante et destructrice.

L’histoire se déroule dans un lieu qui semble hors du temps : le Yucatan, une terre maya. Forêt, palmeraie, herbes hautes balayées par le vent. Tout y est minimal et essentiel, abstrait et strictement concret. La photo, superbe, cadre avec soin les espaces, les objets, entre pénombre domestique et lumière extérieure en poudré gris saturé. 

Le noir et le blanc, qu’adopte le réalisateur ne met pas seulement à distance le spectateur, pas plus qu’il n’est strictement esthétique mais permet comme il le précise « de raconter des histoires d’êtres humains pris dans des contrastes existentiels ».  En voix off, un texte poétique parle de deux solitudes qui prennent rendez-vous dans une mémoire étrangère.

Leon, Lena et Bruno

Au cœur de ce territoire, Leon (Antonio Catzin) un paysan sexagénaire vit seul dans sa petite maison à pièce unique. Il garde près de lui un crâne humain, parle à ses deux poules et vit de peu. Illettré mais riche d’une culture ancienne où le rapport des hommes au monde n’est pas de force, de conquête, de violence. Où on a appris à respecter l’arbre, le vent, les nuages, les bêtes et à accepter la mort. On entre dans son existence de gestes et de silence, par de longues séquences en temps réel, hypnotiques. Sa demeure -sans titre de propriété, est sur le point d’être anéantie par la construction d’une route. Les bulldozers sont déjà là, arrachant les arbres, se rapprochant de lui. Face à ce « progrès » en marche forcée, il ne fait pas le poids. A l’occasion d’un rare déplacement à la « ville » la plus proche, puis par l’intermédiaire de Bruno, un chien au nom humain, et sans doute aussi par l’intervention des dieux tutélaires du destin, il rencontre Lena (Ángelina Molina). Elle est veuve depuis des années. Elle aussi, a dépassé la soixantaine. Très malade, elle est revenue de Mexico où elle menait une brillante carrière de femme de lettres et d’universitaire, pour mourir dans sa région d’origine. Elle habite seule avec son chien, une grande maison coloniale aux hautes portes et longues coursives qui accueille l’ombre, la lumière, et bientôt Leon. Ces deux-là que tout oppose vont se retrouver et s’entraider. Peu se passe. Peu se dit. Toute la culture de Lena ne lui a appris ni à calmer ses angoisses, ni à accueillir la mort. Leon, le paysan maya qui parle une langue oubliée, va le lui apprendre.

Germinal Roaux dit qu’il a gardé en tête les mots de Marceline Desbordes Valmore : « la poésie n’est pas une petite chose : elle est essentielle, elle est notre dernière chance de respirer dans le bloc du réel ». Avec Cosmos, c’est cette respiration qu’il cherche et parvient à nous faire partager.

ELISE PADOVANI

Cosmos de Germinal Roaux

En salle le 6 mai

Nour Films

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